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L'UPI,
vue par des élèves de 4ème
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L’
Unité Pédagogique d’ Intégration
(
par Nathalie Bepmale - enseignante de l'UPI du collège
)
L’ Unité
Pédagogique d’ Intégration est un dispositif
créé en 1995, installé sur des collèges.
a)
Public :
Le BO (circulaire numéro 95-125 du 15-05-95 publié
au BO numéro 21 du 25 Mai 1995) indique que : «
Les UPI peuvent être créées dans certains
collèges pour accueillir des préadolescents
présentant différentes formes de handicap mental,
qui peuvent tirer profit en milieu scolaire ordinaire d’une
scolarité adaptée à leur âge et
à leurs capacités, à la nature et à
l’importance de leur handicap »(...) « C’est
ainsi que l’on évitera absolument de déterminer
le recrutement des élèves de ces unités
à partir d’une seule catégorie de handicap(...)L’élève
admis dans une UPI doit se situer dans une dynamique de progrès
lui permettant de poursuivre des apprentissages de nature
scolaires (...) Les élèves doivent manifester
des possibilités cognitives, même si elles peuvent
apparaître dans l’instant limitées. Ils
doivent pouvoir tirer parti de ce mode particulier de scolarisation ».
Les textes disent encore : « Les élèves
admis dans les UPI (…) ne peuvent être accueillis
à temps complet dans une classe ordinaire et pour lesquels
l’admission dans un établissement spécialisé
peut-être différé, qui sont pris en charge
par un service ou un établissement spécialisé(…) »
Il faut rappeler en faisant toujours référence
au BO cité plus haut que « les UPI accueillent
des préadolescents ou adolescents de onze à
seize ans dont le handicap a été reconnu par
la CDES ou la CCSD. L’admission est réglementairement
subordonnée à la décision de la CDES,
lorsque l’organisation d’un soutien et d’un
suivi spécialisés s’avèrent nécessaire ».
De plus, en ce qui concerne l’orientation d’un
jeune vers l’UPI, il est intéressant de noter
que les textes soulignent l’importance de l’avis
de l’équipe de cet UPI : « Lorsque
l’orientation d’un adolescent est envisagée
vers ce dispositif d’intégration, la CCSD, recueille
l’avis de l’équipe de l’UPI qui l’informe
sur la composition du regroupement et sur son projet pédagogique.»
Munie de ces informations, la CCSD reste la seule apte à
décider de l’orientation opportune pour le jeune.
Le BO met l’accent sur l’importance de la différence
dans les handicaps accueillis à l’UPI. Toutefois
en appliquant les directives ministérielles, les groupes
ne doivent pas être trop hétérogènes
en regroupant, par exemple, des jeunes présentant des
troubles du comportements et des jeunes déficients
intellectuels. Dans ces même textes, rien ne donne un
«niveau minimal ou maximal » scolaire
pour les jeunes entrant à l’ UPI. Ces textes
parlent de «dynamique de progrès, de possibilités
cognitives » ce qui n’est pas très
précis, mais accepte donc toute intégration
dans la mesure où le jeune est dans une démarche
d’apprentissage, qu’il manifeste son désir
d’apprendre, il entre dans une dynamique. Il y a progrès
si, après une évaluation de départ, l’enseignant
note des progrès après apprentissage.
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b)
historique UPI Toulouse
L’Unité Pédagogique d’Intégration
de l’académie de Toulouse s’est ouverte
en janvier 1999 avec trois jeunes au collège de Ramonville.
Je n’y ai pris mes fonctions qu’à la rentrée
1999. L’UPI ouvrait sur deux sites : celui du collège
André Malraux de Ramonville et celui du collège
Henri de Toulouse-Lautrec, le premier au sud de Toulouse et
le second au nord. Ces deux sites composaient le poste et
la classe unique d’UPI sur Midi-Pyrénées.
De ce fait, les jeunes de ces deux collèges partageaient
une seule et même enseignante à raison de deux
jours par semaine.
Le passage à 4 UPI s’est effectué toujours
sur le principe des mi-temps à la rentrée 2001
et le passage à 4 temps plein s’est effectué
à la rentrée 2002.
A la rentrée 2002, j’ai donc choisi de m’installer
sur L’UPI du collège Toulouse-Lautrec qui accueille
aussi une CLAD et une SEGPA. La création d’une
UPI sur un collège n’est pas toujours facile
car elle arrive sur une histoire, un passé et sur des
dynamiques déjà installées dans lesquelles
elle doit s’intégrer.
L’UPI de Toulouse-Lautrec existe donc depuis septembre
1999 et bénéficie d’un enseignant à
temps plein depuis septembre 2002.
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c)
présentation du groupe UPI
L’UPI est
composée de dix jeunes. Les handicaps des jeunes sont
différents ce qui fait la richesse et l’hétérogénéité
de ce groupe. Certains jeunes présentent des troubles
de la communication, de la personnalité (autisme...),
d’autres sont porteurs de la trisomie 21, d’autres
présentent une déficience légère.
Le point commun de tous ces jeunes est qu’ils sont capables
de vivre dans l’enceinte du collège sans prise
en charge particulière. Ils ont la possibilité
d’avoir un regard plus attentif si le besoin s’en
fait sentir. Les jeunes peuvent avoir des niveaux scolaires
très différents allant de l’apprentissage
de la lecture à des niveaux collège ordinaire.
Ils peuvent donc suivre une partie, voire la quasi-totalité
de leur scolarité dans des classes du collège
ou de la SEGPA. Ils ont un emploi du temps personnel et adapté
à leur progression. Quand leur niveau scolaire ne permet
pas de vivre les apprentissages fondamentaux dans des classes
de collège, ils travaillent ces domaines à l’UPI
et font des intégrations dans des domaines comme la
musique, l’art plastique, les sciences, la technologie
ou l’EPS. Ce sont des intégrations, individuelles
ou collectives, temporaires ou à l’année,
avec accompagnement adulte ou non.
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L’intégration
est l’un des mots fondamentaux de l’UPI. En effet,
elle ne doit en aucun cas être dans un coin de l’établissement
mais au contraire saisir toutes les occasions de vivre avec
le collège, de participer aux projets de l’établissement,
de favoriser au maximum les échanges entre les élèves
inscrits sur le dispositif de l’UPI et ceux du collège.
« On
veillera à préserver, au maximum, les temps de
présence des élèves dans les classes »
(BO N°95-125 du 17/5/95).
Les intégrations sont des actions qui se préparent,
dans un premier temps avec les professeurs et les élèves,
puis elles doivent ensuite êtres suivies régulièrement
et pouvoir être reprises avec les élèves
si besoin est. L’enseignant spécialisé est
le chef d’orchestre qui dirige tout cela. Il peut arriver
à une certaine distanciation dans cette orchestration
pour privilégier l’autonomie des élèves,
mais il est là, comme garde-fou, impliqué dans
la vie scolaire de ses élèves. L’enseignant,
en étant sur le site à temps plein, se saisit
de tous les problèmes, favorise leurs résolutions
et garde ainsi son rôle de référent toute
la semaine, ce qui ne diminue en rien les intégrations.
Cela en augmente, au contraire la qualité. L’enseignant
spécialisé de l’UPI doit être convaincu
qu’intégrer c’est le but de l’ UPI.
Il faut rechercher « la participation la plus active
et la plus fréquente possible des jeunes élèves
intégrés aux activités des autres classes
du collège » (BO N°95-125 du17/5/95)
L’enseignant est là pour aider les jeunes, faire
en sorte que tout se passe bien et que le collège ne
voit que les fruits positifs dans le fait d’intégrer
des jeunes porteurs de handicaps.
Quand
un professeur de collège a accepté l’idée
d’intégrer un des élèves de l’UPI,
nous cherchons ensemble une classe et un créneau horaire
qui soit satisfaisant pour le professeur et qui s’adapte
à l’emploi du temps compliqué des jeunes
de l’UPI. Nous intégrons les élèves
dans des classes de 6° et les professeurs cherchent des
classes où règne un climat propice.
Les intégrations obligent les enseignants à travailler
en équipe aussi bien pour leur mise en place que pour
leur bon déroulement.
Démarrer une intégration sociale que l’on
peut appeler immersion est relativement aisée. La difficulté
commence quand il s’agit de poser des objectifs scolaires
aux intégrations. Je crois que c’est d’autant
plus difficile que les intégrations sont individuelles
et donc multiples. Les problèmes sont alors variés :
Comment adapter les programmes de la classe qui accueille ?
Quels objectifs choisir parmi ceux que le PLC propose dans le
travail de sa classe ?
Comment rencontrer les différents PLC qui intègrent
les élèves de l’UPI ?
Comment évaluer les apprentissages des jeunes de l’UPI ?
Comment faire participer les PLC aux différentes synthèses
des jeunes de l’UPI ?
Comment faire un suivi de ce que les élèves font
pendant l’heure d’intégration ?
Attention de ne
pas forcer les intégrations s’il y a risque de
marginalisation et d’exclusion pour les élèves
intégrés. En effet, l’intégration
scolaire confronte directement l’enfant ou l’adolescent
handicapé à ses limites et à sa différence,
dont il devient de plus en plus conscient en grandissant.
D’où l’importance que l’enseignant
soit entouré d’une équipe de soins qui
suivent attentivement ( sans surprotection ) les réactions
des jeunes de l’UPI.
Il peut y avoir des intégrations qui soit aussi subies
que des séparations. Cela peut s’appeler des
intégrations passives si elles ne sont pas choisies
par les exécutants. Les élèves peuvent
alors “moisir” au fond d’une classe dans
le meilleur des cas, ou provoquer un rejet ou encore entrer
rapidement dans une démarche négative envers
lui-même. J’ai pu observer ce dernier cas l’année
dernière : l’élève n’assumait
pas son intégration à plein temps au collège.
Voyant son état psychologique, l’équipe
a rapidement décider une séparation de l’élève
à mi-temps vers un établissement spécialisé.
Cette décision a été salvatrice pour
la jeune et son implication dans sa vie au collège
a pris naissance. Le danger des intégrations passives
et conformistes ( respect des règles principalement)
peuvent ne pas aller dans le sens du développement
de la personnalité. Il faut veiller à ne pas
aplanir la personnalité de chaque jeune. Cela n’empêche
pas que tout élève soit capable d’intégrer
et dans le même temps développer des phénomènes
de marginalisation et de rejet.
Un groupe d’UPI peut être une agrégation
d’élèves dans un collège sans qu’il
y ait une réelle intégration. Il faut du temps
et du travail pour passer à l’intégration
de ces jeunes.
Jusqu’ici, je n’ai parlé des limites de
l’intégration qu’au niveau des élèves
intégrés mais pas du coté des élèves
accueillants. Les difficultés seront moindres dans
la plupart des cas. Il me semble que le choix des
modalités d’intégrations peut aussi se
faire en fonction du public qui intègre et qu’un
mauvais choix peut être nuisible à ce public.
Le choix du tutorat par exemple avec des élèves
de SEGPA aura tendance à les responsabiliser alors
qu’une intégration collective dans ce même
groupe pourra plutôt les renvoyer à leurs propres
difficultés scolaires.
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e)
Différentes modalités d’intégration
Les
acteurs travaillants sur l’UPI ont le soin d’établir
les différentes modalités et possibilités
d’intégration. Le responsable est le principal
du collège. Le choix et les formes que peuvent prendre
une intégration sont assez vastes et chaque UPI invente
ses propres formules. Sur le site de Toulouse, nous avons particulièrement
développé l’intégration individuelle
dans les classes accueillantes avec les difficultés que
nous devons surmonter. Quelle que soit la formule adoptée,
certaines observations sont généralisables. Dans
un premier temps, nous cherchons l’intégration
dans la classe puis l’intégration, le plus rapidement
possible, sur la matière. Si l’on en reste au premier
temps, le jeune ne vit qu’une intégration sociale,
une immersion qui peut se transformer en déplacement
d’élève dormant au fond de la classe. Les
intégrations scolaires favorisent les interactions entre
jeunes. L’ensemble des expériences semble montrer
que la plupart des classes réservent un bon accueil aux
élèves de l’UPI. Ils ont d’abord conscience
des différences puis au fur et à mesure des échanges
dans le travail, les élèves du collège
repèrent aussi leurs ressemblances. Ils développent
aussi une inquiétude positive envers les jeunes de l’UPI.
Ils entrent alors dans une démarche de responsabilisation
et donc de citoyenneté. Il n’est pas rare de constater
que lors des intégrations, les jeunes de l’UPI
sont souvent pris en charge par les élèves en
grandes difficultés.
Au niveau des adultes du collège, ils notent la découverte
d’une nouvelle prise en compte du jeune. Les efforts fournis
pour les élèves de l’UPI peuvent être
utilisés pour des élèves du collège.
Par exemple, le travail effectué sur le repérage
du temps et de l’espace est bien utile pour les jeunes
sixièmes qui ont besoin de leur première année
au collège pour s’adapter. De plus, les professeurs
de collège travaillant avec l’UPI reconnaissent
un apport pédagogique très important tant sur
la méthode de travail que sur les supports utilisés
dans les classes. Dans le cadre des préparations communes
des séances d’intégration, l’enseignant
spécialisé intervient sur la présentation
et le choix des supports qui vont être présentés
aux élèves de l’UPI. En général,
les critères retenus par celui-ci sont différents
de ceux du PLC et ce dernier a pu faire l’observation,
lors de travaux de groupe, que bien des élèves
de sixième s’appuyaient sur les supports destinés
à l’UPI pour faire leurs travaux. En revanche,
s’ils s’accordent à dire que l’UPI
a changé positivement la dynamique du collège,
cela ne se fait pas tout seul et demande un engagement, une
prise de risque de la part de l’équipe du collège.
-
Intervention d’un Professeur de Lycée ou Collège
dans la classe UPI.
Les PLC qui interviennent dans la classe UPI peuvent le faire
sous différents projets. Cela peut être en vue
d’un travail commun, à un moment donné,
avec une de leur classe pour la classe UPI entière, soit
pour un élève et faciliter ainsi son intégration.
Le PLC peut intervenir aussi pour que l’UPI bénéficie
d’un enseignement spécialisé dans une discipline
particulière. Les élèves suivent alors
les programmes de 6° adapté par un travail commun
entre les deux enseignants. Ils peuvent profiter de ce fait
des installations du collège telles que les laboratoires,
les salles d’arts plastiques. . .
Les jeunes de l’UPI sont conscients du fait que ce soit
un professeur ordinaire qui s’occupe d’eux .
Ils mobilisent donc toute leur attention et cherchent à
produire du mieux possible. Quant aux professeurs, ils reconnaissent
qu’au contact de ces jeunes et de l’enseignant spécialisé,
ils modifient leur consignes en étant plus attentifs
aux implicites, à la formulation…
-
Intégration d’un groupe UPI dans une classe accueillante
du collège.
Cette formule demande un travail préparatoire avant le
cours en intégration et une reprise des apprentissages
après le cours. Cette reprise se fait avec l’enseignant
spécialisé en classe UPI. De cette manière,
les intégrations peuvent se faire sur un grand nombre
de matières et par classe d’âge. La reprise
est indispensable pour essayer de fixer les apprentissages,
il doivent raconter, restituer et quand ils y arrivent, quelque
chose est acquis. Les cours proprement dit dans la classe restent
à l’initiative du PLC qui adopte souvent des modalités
variées comme les travaux de groupes ou les exposés
se sachant secondé par l’enseignant spécialisé
pendant son cours. Cette présence résout le problème
du suivi scolaire des intégrations. Quant à la
préparation du cours, la meilleure solution est la venue
du professeur lui- même dans la classe UPI. L’enseignant
spécialisé veille à l’adaptation
des consignes et à celle des supports.
-
Rencontre
des élèves de l’UPI et d’une classe
sur la base de projet ou de thèmes.
Tout d’abord l’enseignant spécialisé
et le professeur de la classe collège doivent trouver
un thème commun tiré du programme de la classe
concernée qui servira de base à la mise en place
du projet commun. A partir de là, il s’agit de
trouver des objectifs communs au deux classes.
En pratique, le PLC peut intervenir dans la classe UPI dans
le cadre de son emploi du temps, comme dans le premier cas,
et mener ainsi un même projet avec l’UPI et une
autre de ses classes afin de pouvoir établir à
certains moments des rencontres entre les deux classes soit
dans des cours communs ou par l’intermédiaire de
sorties communes. Cela peut se vivre en SVT ou en physique,
en participant à la première heure d’un
cours, par exemple, quand la classe procède aux expérimentations.
De la même manière que le cas précédent,
cette formule permet des intégrations dans de nombreuses
matières et sur différents niveaux.
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"Ceux
que l’on met au monde
Ne nous appartiennent pas
C’est ce que l’on nous montre
Et c’est ce que l’on croit
Ils ont une vie à vivre
On n’peut pas dessiner
Les chemins qu’ils vont suivre
Ils devront décider
C’est une belle histoire
Que cette indépendance
Une fois passés les boires
Et la petite enfance
Qu’ils ne faille rien nouer
Qu’on ne puisse pas défaire
Que des nœuds pas serrés
Des boucles, si l’on préfère
Ceux que l’on aide à naître
Ne nous appartiennent pas
Ils sont ce qu’ils veulent être
Qu’on n’en soit fier ou pas
C’est ce que l’on nous dit
C’est ce qui est écrit
La bonne philosophie
La grande psychologie…
Et voilà que tu nais
Et que t’es pas normal
T’es dodu, t’es parfait
Le problème est mental
Et voilà qu’c’est pas vrai
Que tu vas faire ton chemin
Car t’arrêteras jamais
De n’être qu’un gamin
Tu fais tes premiers pas
On se laisse émouvoir
Mais les pas que tu feras
Ne te mèneront nulle part
Qui es-tu si t’es pas
Un adulte en devenir
Si c’est ma jupe à moi
Pour toujours qui t’attire
C’est pas ce qu’on m’avait dit
J’étais pas préparée
T’es à moi pour la vie
Le bon Dieu s’est trompé
Et y’a l’diable qui rit
Dans sa barbe de feu
Et puis qui me punit
D’avoir prié un peu
Pour que tu m’appartiennes
A la vie, à la mort
Il t’a changé en teigne
Il t’a jeté un sort
T’es mon enfant d’amour
T’es mon enfant spécial
Un enfant pour toujours
Un cadeau des étoiles
Un enfant à jamais
Un enfant anormal
C’est ce que j’espérais
Alors, pourquoi j’ai mal ? !
J’aurai pas réussi
A me détacher d’toi
Le destin est gentil
Tu ne t’en iras pas
T’auras pas dix-huit ans
De la même façon
Que ceux que le temps rend
Plus hommes que garçons
T’auras besoin de moi
Mon éternel enfant
Qui ne t’en iras pas
Vivre en appartement
Ta jeunesse me suivra
Jusque dans ma vieillesse
Ton docteur a dit ça
C’était comme une promesse
Moi qui avait tellement peur
De te voir m’échapper
Voilà que ton petit cœur
Me jure fidélité
Toute ma vie durant
J’conserverai mes droits
Mes tâches de maman
Et tu m’appartiendras
Ceux que l’on met au monde
Ne nous appartiennent pas
C’est ce que l’on nous montre
Et c’est ce que l’on croit
C’est une belle histoire
Que cette histoire là !
Mais voilà que, surprise !
Mon enfant m’appartient
Tu t’fous de ce que disent
Les auteurs des bouquins
T’arrives et tu m’adores
Et tu me fais confiance
De tout ton petit corps
De toute ta différence
J’serai pas là de passage
Comme les autres parents
Qui font dans un mariage
Le deuil de leur enfant
J’aurai le privilège
De te border chaque soir
Et certains jour de neige
De t’mettre ton foulard
A l’âge où d’autres n’ont
Que cette visite rare
Qui vient et qui repart
Par soirs de réveillon
Tu seras le bâton
D’ma vieillesse précoce
En même temps qu’le boulet
Qui drainera mes forces
Tu ne connais que moi
Et ton ami Pierrot
Que j’te décris tout bas
Quand tu vas faire dodo
Et tu prends pour acquis
Que je serai toujours là
Pour t’apprendre cette vie
Que tu n’apprendras pas
Car ta vie s’est figée
Mais la mienne passera
J’me surprends à souhaiter
Qu’tu trépasses avant moi
On n’peut pas t’admirer
Autant que je t’admire
Moi qui ai la fierté
De t’voir m’appartenir
J’voudrai pas qu’on t’insulte
Et qu’on s’adresse à toi
Comme à un pauvre adulte
Parce qu’on t’connaîtrait pas
Si le diable s’arrange
Pour que tu me survives
Que Dieu me change en ange
Que je puisse te suivre !
Ceux que l’on met au monde
Ne nous appartiennent pas
A moins de mettre au monde
Un enfant comme toi
C’est une belle histoire
Que celle qui est la nôtre
Pourtant je donnerai ma vie
Pour que tu sois comme les autres"
Linda
Lemay
extrait de son album « live »
Que dire de ce texte qui suinte de réel, de souffrance
parentale ? Une certaine solitude en émane ainsi
qu’un certain fatalisme. Après l’émotion
engendrée par l’écoute de cette chanson,
je suis interpellée en tant que citoyenne, de surcroît
enseignante amenée à côtoyer « un
enfant pas normal, dodu, parfait, le problème est mental ».
Comment aider ces familles, dans notre devoir public, et leur
donner un minimum de possibilités et d’espoir de
voir un jour leur enfant évoluer dans notre société ?
Il est évident que la réponse est loin de pouvoir
se trouver dans ces pages, mais mon travail me permet de dire
que mon rôle, dans cet accompagnement vers une autonomie
toujours plus grande, se situe dans la passation de savoirs
qui, si minimes soient-ils , se rajoutent au longs efforts
qu’ils ont déjà faits pour en arriver là
où ils en sont. L’enseignant spécialisé
et le jeune partagent alors le même plaisir de la victoire
qui donne le courage et la force de persévérer
à l’un comme à l’autre.
Une jeune trisomique a dit « Etre normal, c’est
faire tout, tout seul » « Quelques
fois on a envie de faire comme les autres, et on n’y arrive
pas, c’est comme ça, il faut faire avec, c’est
la vie »
Leur donner les moyens de gagner un peu de cette autonomie,
c’est leur donner les moyens de créer un morceau
de leur propre histoire , que cette histoire ressemble un peu
plus à celle des autres...que tous ces jeunes aient une
vie en dehors de celle de leur parent. Est-ce possible qu’un
jour, ils ne leur appartiennent plus ?
-
L’intégration
scolaire reste un pari idéal pour faciliter la vie
quotidienne de ces jeunes qui deviendront adultes et augmenter
cette autonomie même dans une structure plus protégée.
Ils seront peut-être des piliers pour leur collègue
de travail, ils seront certainement bien mieux intégrés
dans leur famille ayant accepté les règles de
la vie sociale et seront, du coup bien mieux intégrés
pour tous les gens qui les entourent. Je crois vraiment que
le passage par des intégrations en classe ordinaire
où chaque intégration est travaillée
pédagogiquement, où des interactions sont favorisées
par des travaux de groupe ou par le tutorat, où ces
élèves handicapés peuvent être
abordés par des collègues de l’éducation
ordinaire( et non spéciale), où ils peuvent
profiter des installations ordinaires d’un collèges,
où ils peuvent mettre en œuvre des initiatives
personnelles en intégration individuelle( sans surveillance
particulière) ou en récréation…
est un moyen efficace pour les préparer à leur
vie d’adulte plus autonomes matériellement, mais
aussi dans leurs choix, dans le développement de leur
personnalité, dans la possibilité de se créer
des relations amicales et sur le regard qu’ils posent
sur le monde qui les entoure. Les actions de l’intégration
permettent aussi de dédramatiser l’impact de
la différence chez beaucoup de collégiens et
de professeurs.
En revanche, bien que le passage par l’UPI, quand le
jeune est capable de le vivre bien sur, me semble très
positif et plein de promesse quant aux bénéfices
des intégrations, il n’en reste pas moins que
la question de leur sortie soit encore trop floue. Il faudrait
établir de nouvelles recherches pour tenter de clarifier
les objectifs de sorties pour les élèves et
quelles possibilités s’ouvrent à eux,
sachant que les intégrations professionnelles en milieu
ordinaire ne sont pas encore très développées.
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-
Définition
du processus de l’intégration
L’intégration est un terme qui peut recouvrir
maintes situations. Sur le plan étymologique, il se
rapporte à l’intégrité. Il s’agit
de « rendre complet » et permettre
« l’établissement d’une interdépendance
plus étroite entre les parties d’un être
vivant, ou entre les membres d’une société »(Lalande
in : le Robert). J’ai choisi de ne considérer
ici que le public des personnes handicapées et plus
précisément handicapées mentales. De
la même façon, je ne m’attacherai qu’à
l’intégration scolaire, qui, nous le verrons,
présente plusieurs formes d’où la nécessité
de proposer une ou plusieurs définitions de l’intégration,
puis de s’entendre sur la pluralité des définitions
de ce terme.
-
P.
FUSTER et P.JEANNE proposent une approche de l’intégration
à trois dimensions :
1)L’intégration physique
est la forme la plus élémentaire d’intégration.
Elle consiste à se trouver dans les mêmes lieux
que les autres citoyens. Dans ma pratique, je l’ai nommée
« immersion » dans une classe, sans
autre attente que celle de partager un temps l’expérience
des élèves ordinaires sans pouvoir en évaluer
les effets.
2)L’intégration fonctionnelle
est une forme d’intégration plus complexe. Il
s’agit d’assumer des actions quotidiennes comparables
à celles des personnes ordinaires. Au collège,
ce type d’intégration se retrouve aux récréations,
au réfectoire .. En revanche, on observe sur ces
temps des interactions entre les jeunes, difficilement évaluables.
3)L’intégration sociale
est la plus aboutie et consiste à mettre en place des
relations sociales positives avec ses pairs. Celle-ci se retrouve,
au collège, dans des classes quand les intégrations
sont préparées et que les jeunes s’y trouve
bien. Pour moi, l’aboutissement de cette intégration
est le partage d’un savoir, une relation aidée
par le scolaire et qui pourra évoluer par la suite.
Nous devons aussi nous poser les questions : comment
une personne s’intègre à un groupe et
comment peut-on aider un groupe à constituer un groupe
intégré ? Nous devons développer
les coopérations, la solidarité entre les individus,
essayer de réguler les tensions et les conflits, atténuer
les tendances à la marginalisation. Il est important
de prendre en compte l’ambivalence de chaque acteur.
La tendance à intégrer l’autre dans une
relation positive se couple d’une tendance à
le marginaliser, si des divergences d’intérêts,
de comportements, se présentent. Cela est vrai pour
tous les acteurs de l’intégration.
Dans les textes officiels, on trouve les termes de projet,
démarche, action, intégration, obligation, parfois
aussi une dimension éthique (morale) : affaire
personnelle de réflexion que l’on met en œuvre,
même s’il n’y a pas d’obligation et
de devoirs politique. Le terme de processus n ‘est pas
employé or dans l’intégration, il y a
interdépendance, interaction, relation entre différents
éléments d’un système.
Pour Winnicott, l’intégration est un processus.
L’intégration de la personne demande un maturation
neurologique qui se fait progressivement. Sur le plan psychologique,
l’intégration des différentes instances
de la personnalité entraînent des moments de
non-intégrations et de désintégrations.
Si on se fixe uniquement à une phase ou à un
mode d’adaptation, si on construit dans la crainte de
la non-intégration, on interdit le développement
et le dépassement de soi. Il faut abandonner certains
stades. Pour le processus de formation de la personne, Winnicott
considère que intégration, non-intégration,
désintégrations sont des passages obligés.
On trouve à chaque étape, des points positifs
qui permettent d’aller vers une intégration plus
complexe. Il y a un lien entre les dépressions et le
processus d’intégration plus complexe. Les temps
de régulations sont importants pour reprendre les temps
d’intégrations. La dynamique intégrative
est essentielle, mais les stagnations et les régressions
ne sont pas des échecs, cela permet de prendre du temps,
de consolider les apprentissages, de vivre des épreuves.
Ce processus d’intégration est ouvert, inachevé,
interactif. Tout processus amène la personne qui s’intègre
au groupe modifie le groupe d’élève dans
lequel il s’intègre. Le réseau des relations
change et à terme tous les adultes seront obligés
de bouger.
-
Définition
du handicap
Philippe Wood a défini une trilogie reconnue et acceptée
par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé)
en 1980 puis par la France en 1989. On parle alors de handicap
au sens de désavantage social. C’est une conséquence
sociale de la déficience. Le handicap peut être
lu à travers une chaîne causale qui peut fonctionner
dans les deux sens.
Déficience ? incapacités ? désavantages
Selon P.Wood, ces trois termes caractérisent le handicap :
La déficience correspond à l’aspect lésionnel
du handicap, l’incapacité est la conséquence
fonctionnelle de la déficience, le désavantage
social résulte de la déficience et de l’incapacité
et correspond à l’aspect situationnel du handicap.
P. Wood est le premier à introduire la notion de contextualisation
sociale de la déficience c’est à dire
qu’en fonction de la situation sociale, le handicap
est plus ou moins important. Par exemple, un jeune trisomique
en situation de danse est bien mois handicapé qu’en
situation de lecture. Il peut même être avantagé
par sa souplesse.
Cependant, l’ONU trouve que cette définition
a un caractère encore trop médical et « qu’elle
soit indûment centrée sur l’individu, qu’elle
ne précise pas assez clairement la manière dont
la situation sociale, les attentes de la collectivité
et les capacités de l’individu interagissent. »(« Règles
pour l’égalisation des chances des handicapés »,
introduction, alinéa 20, ONU, décembre 1993).
On retrouve une perspective identique dans le programme européen
Hélios II qui se consacre à l’intégration
des personnes handicapées, et qui considère
que le handicap est généré par l’environnement
incapable d’accepter la personne dans sa différence.
« Le traité de Maastricht doit être
révisé en vue d’inclure une clause de
non discrimination à l’égard du handicap
s’imposant à tous les pays européens.
Un handicap en tant que tel n’existe pas, mais est le
produit d’une interaction constante entre un individu
et son environnement » ( traité de l’union
européenne sur le statut des personnes handicapées,
7 décembre 1995)
Le handicap devenant plutôt une construction sociale,
l’OMS réfléchi à une nouvelle classification
internationale des handicaps en allant plus loin dans l’approche
sociale. Cela aura pour principale conséquence la responsabilisation
de la collectivité envers les plus désavantagés.
L’intégration dans le système scolaire
ordinaire me semble être une première réponse
à cela. L’effort devra se poursuivre dans l’intégration
professionnelle de ces personnes.
-
Le
champ du handicap mental est
assez vaste et pose le problème du diagnostic. La personnalité
humaine est déjà difficile à catégoriser
et c’est d’autant plus vrai quand il s’agit
d’enfants ou d’adolescents qui sont en pleine
évolution car en construction de leur personnalité.
Reconnaître un jeune porteur d’un handicap est
un passage nécessaire, normalement, pour une entrée
en UPI . Ce faisant, il faut donner un nom à ce handicap
et cela provoque un certain nombre de confusion dans la mesure
où bien des cas sont difficilement étiquetables.
Le quotient intellectuel (QI) reste un outil permettant de
faciliter un le diagnostic posé sur un individu. Il
donne une indication mais ne doit en aucun cas être
le seul critère pris en compte. Depuis 1989, la lecture
des résultats des tests de QI est différente.
un QI <50 signifie que l’individu présente
des déficiences intellectuelles
un QI compris entre 50 et 70 signifie que l’individu
présente un retard mental léger
un QI compris entre 70 et 75 est une variation de la normale
Certaines déficiences intellectuelles peuvent avoir
des causes psychologiques provoquant une inhibition intellectuelle.
Cela renforce le problème du diagnostic. Un même
enfant, selon qu’il passe devant telle ou telle équipe
peut avoir des variations de handicap.
La définition du handicap peut être assez précise
en théorie, mais sur le terrain la notion de handicap
et sa définition est bien plus difficile à saisir.
Cela demande une grande prudence de tous les professionnels
travaillant autour du handicap mental. Le public accueilli
dans les UPI doit éviter d’appartenir à
une seule catégorie de handicap, mais il me semble
impossible de faire des groupes trop hétérogènes,
comme un public souffrant de TCC et un public souffrant de
déficiences.
-
Représentation
du handicap sur la société
Pendant
très longtemps en France et dans le monde, la définition
du handicap reposait sur la notion de déficience sans
prendre en compte le contexte social de chaque situation. Cela
a renforcé l’approche négative de la personne
handicapée. La définition du handicap a évoluée,
mais pas ou très peu la représentation que se
fait la société de la personne handicapée.
Celle-ci n’est vue que par déficience, manques,
perturbations…Quand on sait l’importance du regard
de l’Autre pour la construction de l’Image de Soi
et pour les prises de risques dans l’action, il y a long
travail à faire pour que la société change
ce regard. Combien de personnes autour de moi me demande si
les élèves de l’UPI sont capables de progrès,
si les jeunes trisomiques sont “ éducables”,
capables d’autonomie me démontrant ainsi la méconnaissance
de ce public et de ce fait, le rattachement aux idées
préconçues véhiculées par la majorité
du grand groupe qu’est la société. En revanche,
la description de cette expérience qu’est l’UPI
ne laisse que peu de gens indifférents et bouscule pour
la plupart leurs représentations.
Si ces représentations sont présentes dans mon
entourage, elles le sont aussi dans le milieu scolaire et peut-être
encore plus prononcées, car l’UPI peut croiser
leur chemin et donc, provoquer une confrontation directe entre
une réalité et les idées reçues.
La représentation que se fait le professeur a une incidence
directe sur le jeune handicapé pour plusieurs raisons .
- Ce qui est possible avec les élèves dépend
de la représentation que l’on se fait d’eux.
Plus nos demandes seront exigeantes en considérant la
capacité du jeune à y répondre, plus le
jeune cherchera les moyens d’avancer pour aller plus loin
et répondre du mieux possible à nos attentes.
Cela induit aussi l’attitude du professeur par rapport
à l’élève :
Si la représentation du handicap est basée sur
la déficience, le comportement va se situer sur un versant
plus affectif, sentiment de protection mêlé à
un peu de pitié ( oh, le pauvre !) et les exigences
comportementales vont chuter. Les rapports professeurs/élèves
seront déviés.
Si la représentation du handicap s’appuie sur la
définition de l’OMS, l’attitude de l’enseignant
s’adaptera au contexte social dans lequel le jeune handicapé
se trouve. Si l’élève est dans un contexte
de classe au collège, l’exigence du professeur
devra répondre aux critères attendus d’un
élève dans ce contexte là. Cela n’empêchera
pas d’adapter certaines consignes mais en gardant l’objectif
fixé par la situation en vue. De cette manière,
le professeur donne la possibilité à l’élève
handicapé de ne pas avoir de désavantage social
dans certaines situations malgré ses déficiences.
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