J'arrive
à Tolosa, en fin d'après-midi. C'est encore l'hiver. Je longe la Garonne.
A un moment je monte par une petite rue qui semble conduire vers le
centre de la ville. C'est la cohue! Les étalages des vendeurs de poissons
prennent une grande partie de l'espace. Les lourds et chauds vêtements
des passants le réduisent encore davantage. Il neige beaucoup et il
fait très froid. Je voudrais rejoindre l'Hôtel Dieu, refuge où l'on
accueille voyageurs et pèlerins malades: j'ai des égratignures et de
grosses ampoules aux pieds à cause des ronces et des cailloux; la marche
a été longue!
Impossible
de se frayer un passage sans se faire bousculer! De plus, il y a un
bruit!… Autour de moi,. des colporteurs crient à tue-tête. Les artisans
encombrent les rues avec leurs tonneaux et leurs outils. Je m'écarte
de la foule et passe par un endroit plus calme.
Soudain,
devant moi, un pèlerin tombe à mes pieds. Je me précipite pour lui
venir en aide. Il me tire vers lui et , dans un dernier effort, il
prononce ces mots: "Folquet, herbe, bois"... puis il s'évanouit. Personne
ne connaît cet homme qui vient de rendre l'âme à mes pieds . Les mots
échappés de ses lèvres avant le dernier soupir ne semblent s'adresser
à nul autre que moi. Qui est ce pèlerin?… Ses paroles me semblent destinées…Aussitôt,
un attroupement se fait autour du défunt. Un prêtre, se trouvant par
là, lui donne une bénédiction et on l'emporte sur une civière,
J'assiste
à la scène, songeur . Je suis de plus en plus préoccupé par cet étrange
incident.