Le Bois qui Chante...

En entrant je vois tout de suite que cet homme est d'un grand savoir: plusieurs encyclopédies manuscrites sur de nombreux sujets sont alignées sur les rayons de la bibliothèque. L'une attire mon regard par sa couverture richement enluminée: sur la première de couverture, la forêt de Béssèdes, à Cadouin, et le titre est: " la symbolique des arbres!"

Je lui dis alors que je cherche des essences de bois pour fabriquer un objet qui doit sauver mon père. Il me prête ce document pour que je le lise avant de dormir.

J'y découvre que certaines essences sont plus adaptées que d'autres à la fabrication des instruments de musique. Le buis, notamment, car c'est un bois gai, dur et étanche. Sa couleur d'un blanc terne ou gris, parfois veiné, donne vie à l'objet né de son bois. C'est alors que mon Maître envisage de m'initier à la fabrication d'un instrument. Nous nous arrêtons à onze heures pour l'office de tierce, suivi du repas.

Il est simple: il est composé de raves, de fromage et de châtaignes. Ce moment où tout le monde se réunit autour d'une même table me rappelle toujours l'absence de mon père …

Aussitôt terminé, après une pause, de repos pour moi et de prière pour mon Maître, nous revenons à l'atelier et je commence la fabrication d'un flageol (ou flûte à bec) en buis. J'apprends à reconnaître les outils et à les manier . Ma première manœuvre exige toute mon attention et précision: je scie dans le bois un morceau mesurant une coudée. Ensuite, je l' évide avec une gouge; il faut être bien minutieux, car un léger dépassement pourrait être fatal. Puis je perce les trous et rajoute le sifflet au bout effilé. Une fois l'instrument terminé, je ressens une immense fierté au fond de mon cœur, comme si j'avais laissé un peu de moi-même dans cet objet qui maintenant peut émouvoir d'autres cœurs grâce aux mélodies qui s'en échapperont…ainsi ce bout de bois est devenu mon messager…