Pablo Picasso
La dépouille du Minotaure en
costume d’arlequin, 1936
Rideau de scène pour le théâtre du
Peuple dit Rideau de scène pour le 14 juillet de Romain Rolland
Dossier
pédagogique
|
I - Propositions pédagogiques Espagnol |
Tout élève
de lycée apprenant l’espagnol se doit d’avoir étudié l’œuvre
de Picasso. Cela fait partie du bagage culturel de base d’un hispanisant digne
de ce nom. Les enseignants le savent et les élèves seront peut-être
amenés à étudier plusieurs fois des tableaux de ce peintre.
Partant de ce constat, il appartient à l’enseignant d’aborder ce "classique"
d’une manière originale et neuve.
C’est dans ce souci que nous proposons ici une fiche pédagogique, à partir d’une œuvre moins connue de Picasso, mais qui présente l’énorme avantage de pouvoir être vue grandeur nature à Toulouse, aux Abattoirs.
L’œuvre s’intitule : La dépouille du Minotaure en costume d’arlequin (sous titre : Rideau de scène pour le 14 juillet de Romain Rolland), mai/juillet, 1936.
Comme l’indique
le titre, on retrouve ici une figure emblématique de la production de
Picasso (voir La Mort du torero, 1933, Femme à la bougie,
Combat entre taureau et cheval, 1934, Corrida, 1934, La Minotauromachie,
Minotaure et cheval, 1935, Guernica, 1937, les différentes
lithographies sur les taureaux, 1945-46, ou encore les gravues intitulées
La Tauromaquia, 1957, etc...), et, plus largement, de la culture hispanique
: le taureau.
Une thématique possible pour l’étude de cette œuvre serait la
suivante :
"La figure du taureau comme mythe fondateur dans la culture espagnole".
Nous présenterons trois axes :
1. Aspect civilisationniste
2. Aspect littéraire
3. Aspect graphique et artistique
1. Aspect civilisationniste
a) L’Espagne en général
La figure
du taureau apparaît très tôt en Espagne. Il suffit de voir
à Avila les sculptures celtes des "Toros de Guisando" pour
s’en convaincre. Ainsi, l’étude des élèves pourrait débuter
par un petit texte du géographe grec Estrabon (63 av. J.C. - 25 apr.
J.C.). En effet, c’est à lui que l’on doit cette si fameuse comparaison
de l’Espagne avec la peau de taureau : "Se parece Iberia a una piel de
toro tendida en el sentido de su longitud de Occidente a Oriente, y en el sentido
de su anchura del Septentrión al Mediodía.
Tiene seis mil estadios
de longitud ; pero su latitud, allí donde ésta es mayor, alcanza
los cinco mil estadios, aunque en ciertos lugares desciende a menos de tres
mil, especialmente hacia el Pyrene, que forma el lado oriental. Esta montaña,
en efecto, extiéndese sin interrumpción de sur a norte."
(Traduction de Géographie, III, 1).
Cette étude s’inscrit dans le programme des premières, qui aborde la période grecque et romaine.
b) Le phénomène de la corrida
Plus conventionnelle mais incontournable est l’évocation de la corrida. Celle-ci s’adapte à tous les niveaux (seconde, première, terminale) et ne présente pas de difficultés, vue l’abondance de textes sur le sujet dans les manuels scolaires. En voici une liste non exhaustive :
Seconde :
1. Tengo, Delagrave p. 46 - Manuel Chaves Nogales : Juan Belmonte, matador de toros "La attración del peligro"
2. Adelante, Bordas p. 91 - Angel María de Lera : Los clarines del miedo "No quiero que muera !"
Première :
1. Continentes, Didier pp. 36-37 - Rosa Montero : La Hija del caníbal "Una corrida improvisada"
2. Encuentro, Hachette - p.202 - Gaspar Melchor de Jovellanos : Memorias de espectáculos y diversiones públicos - p.203 - Antonina Rodrigo : Figuras y estampas del Madrid goyesco
3. Mundos del Español, Bordas p. 26 - Jean Ducasse : Torero Tomás Campuzano "Los rituales son la máscara del poder"Terminale :
1. Adelante, Bordasp. 87 - Manuel Vicent : El País semanal (10/05/92) "Corrida de toros en Europa"
2. ¿Qué pasa ?, Nathanp. 79 - Federico García Lorca : Teoría del Duende "Todas las artes son capaces de duende"
2. Aspect littéraire
Le taureau est aussi une source d’inspiration pour les écrivains espagnols. On le retrouve fréquemment chez les poètes de la "Generación 27", dont l’on pourrait étudier l’un des textes :
Première : Caminos del idioma, Didier p. 47
- Federico García Lorca : La cogida y la muerteTerminale : ¿Qué pasa ?, Hachette p. 79
- Rafael Alberti : El toro de la muerte dans Verte y no Verte p. 79
- Vicente Aleixandre : Toro dans Espadas como labios
3. Aspect graphique et artistique
Si le taureau est devenu une figure culturelle et littéraire, c’est certainement parce qu’il dégage une image de force et de puissance obscure, fascinante pour l’homme. Comment s’étonner alors que naisse entre les artistes et le taureau un travail "de corps à corps" ?
Pour mettre en évidence le travail effectué par Picasso sur l’image conventionnelle du taureau en Espagne, nous proposons d’évoquer comme préalable la représentation (graphiquement littérale) mais ô combien convenue, du taureau, dans l’affiche publicitaire pour la marque de cognac Osborne. En effet, la silhouette noire de celui qu’on appelle "El Toro Osborne" est devenue le symbole visuel de l’entrée en Espagne pour tous les touristes. On trouvera les photos du "Toro" dans les manuels suivants :
Première : Mundos del Español, Bordas p. 109 + article "La silueta de un país con carácter" (¡Hola! - 98)
Terminale : Adelante, Bordas, p. 58
La disparition, annoncée il y a quelque temps, des affiches publicitaires du "Toro" a suscité une telle émotion que les pouvoirs publics non seulement ont renoncé à les supprimer mais on même voté une proposition de loi qui les inscrit comme patrimoine artistique et culturel de l’Espagne. Loin de nous l’idée de mettre "El Toro de Osborne" sur le même plan que le minotaure de Picasso. C’est au contraire pour mieux faire apprécier la valeur de la représentation mythologique et personnifiée de Picasso que nous plaçons cette affiche en tête de cette proposition pédagogique. L’analyse attentive de La dépouille du Minotaure en costume d’arlequin, et surtout la sortie pédagogique aux Abattoirs pour contempler l’œuvre réelle, ne laisseront aucun doute dans l’esprit des élèves. Car, répétons-le, c’est là le grand intérêt de cette étude : permettre aux élèves d’accéder à l’art espagnol dans toute sa splendeur.
Auteur : Cécile Cazanave, professeur d’Espagnol
Eléments de bibliographie
- Tauromachie et identité
nationale dans les mentalités espagnoles et étrangères
à l’époque moderne, Alexandra Merle, PUPS.
- Société,
mythes, tauromachie et poésie: un exemple de la génération
de 1927 : "Joselito en su Gloria", Henri Larose, PUPS.
- El "toro
de Osborne" y la Identidad cultural, Reflexiones desde la sociología
del Arte, Pedro
Romero de Solís, PUPS.
retour
au sommaire "Culture" - services
éducatifs et partenariat
- expositions
dossier
pédagogique "rideau de scène de Picasso"