Les moyens de la peinture chez Ràfols-Casamada



L’œuvre de l’artiste est imprégnée de classicisme ainsi que d’une ascèse relative à l’usage mesuré et volontairement réducteur des moyens de l’art, qui sont analysés ici.

L’espace

Dans la construction de l’espace, Ràfols-Casamada, qui a fait d’abord des études d’architecture, a réfléchi sur ce que l’on pouvait attendre de la géométrie. Il sait sur la surface d’une toile, créer des espaces différents, et les faire jouer entre eux. Cette façon de construire la structure interne du tableau fait que celui-ci, plus que de donner en spectacle son armature, son thème, tend à révéler l’invisibilité du monde dans un espace défini comme un lieu d’expérience où la couleur constitue la texture.

L’observation de la nature

Ce qu’il décrit dans une profondeur organisée, c’est un paysage qui lui est familier depuis longtemps, une sensation difficile à saisir et à arrêter, et qui s’accomplissant devient créatrice dans la toile. Cette métaphore plastique, latente dans le processus de figuration, s’impose à lui dans un rythme, une suite d’espaces et de couleurs. Il s’en explique :

"L’espace que j’observe se structure en une succession de plans presque horizontaux."

"Toute la peinture doit être lumineuse. Le rythme des touches du pinceau doit traduire le rythme et le mouvement des herbes."

"J’utilise la couleur essentiellement pour ordonner l’espace."

Les figures

Parmi ces grands mouvements d’envergure modulant l’espace, l’artiste porte une vision attentive aux objets, aux choses proches. Il les dessine de façon à ne pas les enfermer dans un nom, une fonction. Il met en jeu une vision qui les dépouille de leur caractère circonstanciel, ressemblant, et nous restitue seulement leur présence.

La matière

Ràfols-Casamada n’appartient pas au versant noir de la peinture espagnole comme ces contemporains Tápies ou Saúra. Il ne pratique pas comme eux la violence, ni sur les figures, ni sur les supports ; dans sa peinture, l’inquiétude s’efface au profit d’une sérénité doublée d'un trouble qui tient à un excès de lumière.

La couleur

Elle est pour lui fondatrice, elle lui sert pour exprimer un espace résistant (présent) et à la fois inexistant (imaginaire). La sensation colorée englobe avec des accommodations différentes et simultanées la totalité de la réalité représentée ; réalité qu’il nous donne à voir, telle que la cherchait Cézanne, en quête de "la vérité en peinture".
 



Pistes pédagogiques




Culture artistique

Analyse comparative de deux œuvres :

Ràfols-Casamada - Delft - 1983. Voir le catalogue et le  "Parcours" de l’exposition.

H. Matisse. Le rideau égyptien. 1949. Voir Henri MATISSE, Edition Taschen page 86

La toile de Matisse reprend le thème favori de l’artiste, celui de la fenêtre. Le déploiement d’un palmier situé dans le jardin est ramené sur le même plan qu’un "intérieur avec nature morte". L’utilisation importante de la couleur noire n’est pas destinée à assombrir, mais au contraire à réfléchir la lumière et à éclairer le tableau. L’intensité des autres couleurs s’en trouve ainsi accrue. Le fond et les motifs entretiennent un rapport étroit créant ainsi les espaces et les surfaces qui construisent la profondeur du tableau.

Citant H. Matisse, Ràfols-Casamada dit : "C’est dans la limitation des moyens que la force d’expression trouve sa stimulation."

L’analyse comparative des deux œuvres peut montrer comment dans l’attachement à un même objectif "d’économie" ces deux artistes divergent par l’utilisation de moyens plastiques différents.
 

Pratique artistique

A - Peindre une nature morte dans un objectif de réduction des moyens, tout en préservant la reconnaissance du sujet : à partir d'une reproduction de tableau ou d'une composition réalisée avec divers objets, vous transposerez le modèle en réduisant les motifs qui le composent à leur suggestion plutôt qu’à leur représentation.

B - Peindre et dépeindre la lumière : représenter d'après modèle plusieurs objets (isolés ou groupés), uniquement en repérant les zones d'ombres et de lumière qui les révèlent.

Technique et outils possibles : hachures ou frottis au crayon gras, lavis noir ou de couleur, peinture ….
 

Conception : Service Educatif - Josiane Bellan, Chargée de mission pour le Rectorat de l'Académie de Toulouse.
Réalisation : Caisse d'Epargne de Midi-Pyrénées


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