Parcours de l'exposition


La présentation des toiles qui échelonnent ce parcours ne tient pas compte du plan d’accrochage, mais dans l’ordre chronologique elle s’attache à aider le visiteur à saisir l’évolution de l’œuvre de l’artiste.

1954 - La fabrica vermella - ( L’usine rouge) - 63 x 52 cm - Huile sur toile.
Ce paysage, exposé au Salon d’octobre à Paris montre l’influence du peintre NoucentistaTorres Garcia sur le jeune artiste de cette époque. La structure rigoureuse, la figuration synthétique des éléments architecturaux traités par masses simples et immobiles, héritent du constructivisme universel, de la dérive néo-plasticienne quasi abstraite des compositions urbaines du peintre uruguayen. On se souvient aussi que Ràfols-Casamada fut à l’origine tenté par des études d’architecture. On pense également aux solides paysages de Braque et au style constructif de F. Léger illustrant les thèmes joyeux de la vie ouvrière (ex : Constructeurs, 1950). Comme lui, Ràfols-Casamada est influencé par la peinture sociale du moment mais sans stridences ; cette usine qui se trouvait dans son quartier ne nous parle pas de conflits et son apparence tranquille, vide de présence humaine, nous montrent les choses de façon indirecte.

1964 - Hommage à Scott Fitzgerald - 60 x 70 cm - Huile sur toile.
Cette période est marquée par la découverte de la peinture des avant-gardes américaines et l’intérêt pour un contexte culturel élargi, qui se traduit par une série de toiles intitulées hommages … Hommage à William Morris, Hommage à Schoenberg, Mémoire de Lumunba. Ici la référence signale l’intérêt de l’artiste pour l’écriture – il est lui-même poète - mais surtout sa sensibilité à un monde social nouveau, si bien décrit par l’écrivain américain. Accentuée par un chromatisme réduit, il se dégage du tableau une atmosphère proche de celle des toiles étales de Rothko, sublimant le réel par la peinture ; mais la composition fondée sur la construction ordonnée et le coloris nous ramène à la rigueur économe de Mondrian. La matière parfois granuleuse, les coulures et le geste lisible du peintre, sont à rapprocher de l'Expressionnisme Abstrait. Mais c’est l’intégration d’un fragment de réalité – la coupure de journal reproduisant un portrait de famille- qui sollicite le plus les collages de Rauschenberg (ex : Bed. 1954) où les éléments extérieurs introduits sont porteurs de mémoire.

1976 - Espai blanc - 115 x 147 cm - Acrylique sur toile.
La couleur ici par son caractère quasi monochrome devient l’élément fondateur du tableau, c’est elle qui construit l’espace. Abandonnant le pigment traditionnel à l’huile, Ràfols-Casamada travaille dans une gamme de tons crayeux et mats qui rappelle à la fois Pietro della Francesca et Torres Garcia. Ici, le schéma géométrique de l’œuvre soutenu par les blancs subtils, barrés par une ligne bleue, transpose l’espace de la fenêtre Matissienne. Le dedans – dehors réunis sur un même plan ne se lit que grâce à la mise en place d’objets au contour évanescent qui évoquent une nature morte. La réalité n’est plus représentée, mais seulement suggérée.

1983 - Delft - 60 x 73 cm - Acrylique sur toile.
Plus qu’une nature morte ou qu’un paysage, le tableau est une évocation, la traduction d’une atmosphère, d’une émotion. L’harmonie colorée, recentrée sur le bleu (de Delft), couleur chère à Ràfols-Casamada qui la rattache à la Méditerranée, au voyage, à l’infini, est habitée par une vibration de touches multidirectionnelles, légères et rapides ; une gestuelle qui traduit un plaisir de peindre. Le tableau n’échappe à l’abstraction que par l’indication - au trait rapide - de signes qui ne font qu’évoquer un premier plan ou reposeraient des objets réduits à un graphisme d'angles. Le thème, soutenu par le titre, se généralise dans la traduction pure d’un espace construit par la lumière et sa couleur. Dans cette toile l’acuité et la spontanéité qui caractérisent les dessins de l’artiste sont préservées et traduisent au mieux la fugacité d’une émotion et la fragilité du monde visible.

1991 - Zigurat - 195 x 195 cm - Acrylique sur toile.
Le titre évoque ces architectures religieuses à degrés, couronnées d’une chapelle que l’on trouve en Mésopotamie. A l’imprégnation métaphysique, l’artiste superpose sa sensibilité à la culture méditerranéenne. L’espace plan et le grand format carré, confèrent à la toile une impression d’infini, voire d’infinitude. Cet espace désormais acquiert avec des moyens non conventionnels une nouvelle profondeur donnée par la répartition de la lumière –ou ici plutôt de son absence -. La toile brossée d’une gamme chromatique plus sourde, plus sombre et par-là plus romantique, absorbe la répartition de signes géométriques évoquant des objets ambigus représentés à des échelles inusitées et traduisant ainsi des espaces très différents. Emergeant des fines couches de peinture, la pyramide - ou peut être une pile de livres sur une étagère - nous renvoient à la liberté que le peintre s ‘arroge par rapport à la perception et à la représentation du monde.

2000 - Angle - 150 x 150 cm - Acrylique sur toile
L’artiste montre ici une œuvre dans sa pleine maturité qui sait absorber les processus actuels de la peinture – grand format, neutralité du carré, économie des moyens- tout en développant un style très personnel. Dans un espace aérien, désencombré de tout code, de toute convention, les formes autonomes, archétypales, flottent et rendent visible par la seule couleur une lumière qui est aujourd’hui l’unique et véritable sujet de la peinture de Ràfols-Casamada.
 

Conception : Service Educatif - Josiane Bellan, Chargée de mission pour le Rectorat de l'Académie de Toulouse.
Réalisation : Caisse d'Epargne de Midi-Pyrénées


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