Pierre-Henri de Valenciennes
biographie


Premières années et apprentissage toulousain (1750-1772)

Pierre-Henri de Valenciennes est né le 6 décembre 1750 dans la capitale languedocienne d’un père maître perruquier, Pierre Devalenciennes (1724-1754) et de Marguerite Abel, fille d’un maître tapissier. Son éducation artistique commence par l’apprentissage de la musique et du violon à la maîtrise de la cathédrale Saint-Étienne. Il étudie ensuite la peinture à l’Académie royale de Toulouse en 1770-1771, où Jean-Baptiste Despax (1710-1773) et Guillaume Bouton (1730-1782) sont ses professeurs. Il effectue des voyages dans le sud de la France et découvre l’Italie en 1769, au cours d’une excursion en compagnie de son protecteur et mécène Mathias Dubourg (1746-1794), futur conseiller au parlement de Toulouse..

Les années de formation parisiennes (1772-1777)

Remarqué par les amateurs de Toulouse, le peintre acquiert une certaine renommée. Protégé par la famille Dubourg, Mathias puis Philippe (1751-1822), futur évêque de Limoges, bénéficiant de la position de sa tante Anne de Valenciennes, mariée au valet de chambre du duc de Choiseul (1719-1785), il s’établit à Paris et en Touraine. Dans cette région, il fréquente les cercles d’intellectuels et d’artistes qui entourent l’ancien ministre de Louis XV, alors en disgrâce, dans son château de Chanteloup, près d’Amboise. Il a pu rencontrer à cette époque le peintre d’histoire et paysagiste Hubert Robert  (1733-1808).

Recommandé par le duc, il suit à Paris l’enseignement du peintre d’histoire, membre de l’Académie, Gabriel Doyen (1726-1806). Il expose pour la première fois au salon du Capitole en 1778, en qualité d’élève de ce dernier. C’est au cours de cette période d’intense formation qu’il exécute ses premiers dessins d’après nature, reproduisant des paysages d’Ile de France et de Touraine.

ci-dessus : Jean-Michel Moreau,
gravé par Augustin de Saint-Aubin,
" P.-H. de Valenciennes. Amateur. Peintre du roi et de son Académie Royale de peinture et Sculpture",
eau-forte, 1788,
Toulouse, musée Paul-Dupuy

ci-dessus : "Vue de Rome, depuis le Colisée", 1777-1780,
plume et encre brune, lavis brun sur une trace à la mine de plomb,
Toulouse, musée Paul-Dupuy

Le voyage en Italie et l’enseignement de l’Académie de France à Rome (1777-1785)

Entre 1777 et 1785, sans doute grâce à ses appuis financiers et à ses relations, Pierre-Henri de Valenciennes s’établit à Rome. Le peintre entretient des contacts avec les pensionnaires du palais Mancini, mais également avec les autres artistes établis ou de passage dans la ville éternelle, comme les Parisiens Jacques-Louis David et Quatremère de Quincy, ou les Toulousains François Cammas et Joseph Roques. Au contact de ses pairs, en étudiant les " antiques " et les paysages romains, il affine son goût pour les représentations de la nature qui s’éloignent de la manière traditionnelle et tendent vers un nouveau langage formel, épuré, choisissant des angles de vue insolites ou privilégiant le traitement atmosphérique des scènes. Il revient peu à Paris, où l’on signale néanmoins sa présence vers 1781, date à laquelle il a probablement fréquenté le paysagiste Claude-Joseph Vernet (1714-1789).

Les études qu’il exécute d’après nature, dessins ou huiles sur carton lors de son séjour italien lui serviront plus tard à composer les grands paysages historiques qui feront sa renommée. Il les utilisera également dans son enseignement public ou privé, pour montrer à ses élèves comment observer et copier la nature.

En août et septembre 1779, Pierre-Henri de Valenciennes se rend à Naples, dans le royaume des Deux-Siciles, puis en Ombrie. Ce voyage est pour lui l’occasion de parfaire sa vision artistique, frappée par la beauté des paysages volcaniques comme par celle des ruines antiques.

Le retour à Paris. La consécration de l’artiste : académicien, enseignant et théoricien (1785-1819)

Après huit années passées à Rome où il a développé sa conception du paysage historique, Pierre-Henri de Valenciennes revient à Paris en 1785-1786. Présenté par le peintre Pierre-Antoine de Machy (1723-1807), il est agréé à l’unanimité à l’Académie Royale et reçu le 29 juillet avec Cicéron découvrant le tombeau d’Archimède (Toulouse). Cette œuvre inaugure une longue série d’envois du peintre aux Salons du Louvre où il connaît régulièrement, jusqu’en 1812, un succès unanime.

Le peintre est par ailleurs très occupé par ses activités d’enseignement. Entre 1795 et 1800, il forme Jean-Victor Bertin (1767-1842) et Achille-Etna Michallon (1796-1822), futurs maîtres de Jean-Baptiste Corot, et donne des cours de perspective à l’École polytechnique. A partir de 1812, il enseigne également la perspective à l’Ecole impériale et spéciale des Beaux-Arts.

Ses préceptes de pédagogue et de théoricien s’expriment aussi à travers l’ouvrage qu’il rédige entre 1795 et 1799 en collaboration avec Simon-Célestin Croze-Magnan (1750-1818), intitulé Élémens de Perspective Pratique à l’usage des Artistes ; suivi De Réflexions et Conseils à un Elève sur la Peinture et particulièrement sur le genre du Paysage. Ce traité, édité à Paris en l’an VIII (1799-1800), est considéré aujourd’hui comme un texte fondamental pour connaître les bases techniques et idéologiques de la peinture de paysage des XVIIIe et XIXe siècles. Il comporte trente-six figures gravées à l’eau-forte par Delettre.

Entre 1787 et son décès en 1819, Pierre-Henri de Valenciennes reçoit différentes charges honorifiques qui le font participer à la vie artistique et publique parisienne, nationale et hors des frontières. Il est notamment membre honoraire de l’Académie Royale de Toulouse en 1787, de la Société philotechnique (en 1796-1797), de la Société libre des sciences, lettre et arts de Paris (en 1798-1799), de la Société d’émulation d’Anvers en 1801, ou de l’Athènes des Arts en 1806.

ci-dessus : "Etude d’arbre : au bois de Boulogne",
pierre noire estompée, rehauts de blanc et sanguine,
1773, Paris, musée du Louvre

Malgré son titre d’ancien académicien, il ne sera pas élu à l’Institut National en 1795, ni à la classe des Beaux-arts en 1803. En revanche, il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1815 et voit son travail d’artiste et de théoricien reconnu, en 1816, par la fondation d’un prix du Paysage Historique à l’Ecole Royale des Beaux-Arts. Le premier lauréat en sera son élève Achille-Etna Michallon en 1817.

C’est au faîte d’une carrière prestigieuse que Pierre-Henri de Valenciennes, peintre et théoricien renommé, décède à Paris le 16 février 1819, à l’âge de soixante-neuf ans. Il était alors considéré par ses contemporains comme le plus grand paysagiste de l’époque. Son tombeau se trouve au cimetière du Père-Lachaise.


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