Pierre-Henri de Valenciennes
la nature, les ciels


Etudes d’après nature…

"Il est nécessaire qu’il [l’artiste] fasse plusieurs études de paysages d’après Nature, pour perfectionner son talent. Les plus grands Peintres d’histoire n’ont pas négligé cette partie importante. Ce genre d’étude apprend à mettre de l’air dans les Tableaux, à peindre la couleur locale des lumières et des ombres dans tous les instans du jour. Les ressouvenirs qu’on garde de la Nature, empêchent de copier servilement les effets du Clair-Obscur que présente le modèle renfermé et privé de la lumière principale et de l’air atmosphérique. (…)

O vous ! régénérateurs de la Peinture dans les temps modernes, savants Michel-Ange, sublime Raphaël, est-ce en copiant servilement des modèles isolés dans vos ateliers, que vous avez appris à composer les chefs-d’œuvre que l’on court admirer au Vatican et qui vous assurent l’immortalité ? Non ; vous étiez nés avec le génie de la Peinture ; mais l’étude de la Nature, considérée sur tous les rapports, a développé votre talent. (….) ….c’était dans la Nature vivante et sans cesse consultée, que vous alliez puiser ce caractère de justesse et de vérité qui fait le principal mérite de vos ouvrages. (…)".

ci-dessus : "Bord de mer à Marseille"
plume et encre noire, lavis brun sur une trace à la mine de plomb,
1777,
Toulouse, musée Paul Dupuy

ci-dessus : "A Rome : étude du ciel chargé de nuages"
huile sur papier marouflé sur carton, 1782-1784,
Paris, musée du Louvre

Méthode pour copier la nature, importance des ciels

" Il faut d’abord se borner à ne copier, le mieux possible, que les tons principaux de la nature dans l’effet que l’on choisit ; commencer son étude par le ciel qui donne le ton des fonds ; ceux-ci, celui des plans qui leur sont liés, et venir progressivement jusque sur les devants, qui se trouvent en conséquence toujours d’accord avec le ciel qui a servi à créer le ton local. On sent bien qu’en suivant cette marche, il est impossible de rien détailler ; car toute étude d’après Nature doit être faite rigoureusement dans l’intervalle de deux heures au plus : et si c’est un effet du soleil levant ou couchant, il n’y faut pas mettre plus d’une demi-heure. (…)

Il faut encore être bien persuadé que c’est du ton du ciel que dépend tout l’ensemble d’un tableau ; et que si l’on manque de rendre la vérité de ce ton, le reste sera nécessairement faux. "

Des Nuages

" Le Ciel pur et serein est, sans contredit un superbe spectacle ; mais relativement à la Peinture, il est encore plus admirable lorsqu’il se trouve chargé de nuages qui dérobent partiellement la voûte céleste. Ces nuages se déchirent, se réunissent, changent continuellement de forme, et leurs effets varient à chaque instant par les différentes lumières qu’ils reçoivent, soit directement, soit par reflet, soit enfin par le reflet des reflets.

Ces masses mouvantes et majestueuses se composent, se dessinent et se colorent quelquefois de manière à étonner par leurs formes et par leurs couleurs non seulement le vulgaire, mais même l’artiste le plus accoutumé à ce spectacle, et les esprits les plus accoutumés à la contemplation des merveilles de la Nature. (…)

C’est surtout dans le temps des équinoxes, c’est au moment des orages où toute la Nature est en convulsion, qu’il faut la contempler : c’est alors que l’on peut admirer les beaux effets de la distribution de la lumière que les Nuages errans et déchirés, laissent échapper, tantôt sur un objet, tantôt sur un autre."

ci-dessus : "Clair de Lune à Amboise",
pierre noire estompée, lavis gris et rehauts de blanc sur papier brun,
1775, Paris, musée du Louvre


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