Textiles sacrés du Tarn
du XVIIème au XXème siècle

L’histoire du Tarn, comme celle des autres départements français, a été marquée par la présence d’un catholicisme omniprésent. On en connaît tous ses représentations : églises, statues, tableaux, orfèvrerie... Un pan de cet art religieux reste cependant méconnu, celui du textile sacré, des ornements liturgiques : chasubles, chapes, dalmatiques, étoles, manipules... autant de vêtements dont on ignore pour la plupart aujourd’hui non seulement la signification mais aussi la beauté et la qualité.

1. Tissus sacrés : les ornements liturgiques

Le culte catholique a donné une importance symbolique aux vêtements portés lors des célébrations religieuses. Au Moyen-Age, ces vêtements vont être investis d’une dimension sacrée, les réservant pour l’usage exclusif des célébrations religieuses. Le vêtement, de plus en plus travaillé, devient alors ornement.

Cet ornement reflète dans l’Eglise la fonction de celui qui le porte : la chasuble est le vêtement du prêtre, la dalmatique celui du diacre, la chape quant à elle pouvant être portée par un plus grand nombre de clercs. Etoles et manipules étaient portés aussi bien par le prêtre que par le diacre.

A ces ornements peuvent être associées d’autres pièces textiles, assorties, servant lors de la consécration (pale, voile de calice, étui de corporal) ou à la décoration de l’autel (devant d’autel ou antependium).

 

2 - Les couleurs liturgiques et leur symbolique

La couleur utilisée dans les offices religieux dépend de la cérémonie ou de la fête du jour. L’usage des couleurs liturgiques n’a été cependant définitivement codifié qu’au 19ème siècle (1834). Au 16ème siècle avec le Concile de Trente il est admis cinq couleurs, déjà utilisées depuis longtemps : le blanc, le rouge, le vert, le violet, le noir. Ces couleurs sont signifiantes. Elles participent à la liturgie car elles expriment la fête, la passion, la pénitence, le deuil.

D’autres considérations peuvent cependant modifier un peu ce code des couleurs. Ainsi, en 1774 dans les campagnes du diocèse de Castres est-il admis le tissu toutes couleurs pour les jours ordinaires afin de remédier au mauvais état des ornements.


Si la couleur bleue n’est pas une couleur liturgique elle est présente dans le vestiaire de la paramentique, ce que l’on sait par les textes d’archives. Elle est donc évoquée ici. La couleur rose est aussi présente dans les tissus exposés, mais peu fréquente. Cela s’explique par le fait qu’elle ne pouvait servir qu’à l’occasion de deux dimanches de l’année liturgique.

 

3. Aux Sources de l’histoire des ornements

La présentation et l’évocation des textiles sacrés du Tarn ne commencent pas avec le premier ornement. Le département du Tarn est riche d’un grand nombre de documents permettant de retracer cette histoire, de compléter les lacunes dues aux aléas de la conservation de ce patrimoine textile particulièrement fragile.

Ainsi, sont exposés des manuscrits, dont le plus ancien remonte au IXème siècle, mettant en lumière le rôle symbolique et sacré du vêtement liturgique, ou illustrant par leur iconographie la richesse d’ornements aujourd’hui disparus.

Mais au-delà de ces documents prestigieux (provenant de la médiathèque Pierre-Amalric d’Albi ou des Archives Départementales du Tarn), il faut souligner la richesse des archives en documents peut-être moins exceptionnels, mais tout aussi précieux pour la connaissance du sujet : inventaires de sacristie, mandements épiscopaux, rituels, commandes, archives de fabriques…

 

4. Décors et Techniques de confection

Certains de ces ornements, sont d’une rare qualité en raison de leur ancienneté, de leurs motifs ou leur technique de confection : chasuble dite au jardin (XVIIIème siècle, Albi église de la Madeleine), chasuble armoriée (ancienne cathédrale Saint-Benoît de Castres), chasuble brodée par les Clarisses de Mazamet (Notre-Dame-Drèche), ornement brodé XVIIème siècle de Lisle-sur-Tarn, ornement vert (ancienne cathédrale Saint-Benoît de Castres), Antependium de Lavaur, chape XVIIème siècle d’Ambres.

Dans cette partie, l’exposition présente des ornements selon le fait qu’ils sont tissés ou brodés.

 

Ornements tissés

- Stylisation florale : bizarres, dentelles, grands décors (1690 - 1860)
Vers 1690, vont émerger dans la soierie de nouveaux répertoires décoratifs. Les motifs " bizarres " et " à dentelles " prennent de la distance par rapport à la nature, sous l’influence orientale principalement. " Furies ", " persiennes " et autres tissus à la mode ne sont pas l’apanage du vêtement, mais franchissent le seuil des églises, ajoutant leur faste au décor luxueux des églises post-tridentines.

Ce goût pour les grands décors n’a jamais quitté la clientèle, puisque, certains dessins de grande taille mis au point à la fin du 17ème siècle font, encore de nos jours, battre les métiers des quelques rares manufactures en activité à Lyon et à Tours.

- Naturalismes Imaginaires : rocaille, rivières, bouquets (1740 - 1800)

Le 18ème siècle s’est singularisé par une recherche éperdue des effets picturaux dans la soierie.

Elle se doit de donner l’illusion de la peinture : dégradés, ombres portées et effets de modelés requièrent une technique savante, que mettent progressivement au point les soyeux lyonnais au cours du deuxième quart du 18ème siècle. Pour autant, les motifs floraux, épars, reconstitués en jardins ou réunis en bouquets ne constituent pas tous une reproduction fidèle de la nature, mais sont modelés au gré des " caprices " et des " fantaisies " des peintres.

Les modes vont à l’amenuisement progressif des fleurs au cours du siècle. Lyonnaises pour la plupart, ainsi que nous le révèlent les archives, ces étoffes de belle qualité égayent les cérémonies religieuses tarnaises. Nous ne sommes pas encore en mesure de déceler celles qui pourraient provenir de la Manufacture royale de Lavaur.

- Tissus d’église : Symétrie, dessins ad hoc et neo - gothique (XVIII - XXème siècle)

Dès la fin du 18ème siècle, les soyeux lyonnais semblent trouver un nouveau débouché commercial, dans la confection de soieries spécifiquement destinées à un usage liturgique.

La symétrie, les fleurs stylisées, l’abondance de fils d’or et d’argent (tombés en désuétude dans la mode féminine), les motifs religieux déclinés en cinq couleurs liturgiques, sont les nouveaux attributs d’une solennité fabriquée en prêt-à-porter. Ces modèles sont renouvelés par l’inspiration néogothique.

 

Ornements brodés

Rares sont les broderies d’ancien régime parvenues jusqu’à nous, pour cause de destruction et fonte de métaux précieux révolutionnaires. Oeuvres de couvents, de brodeurs professionnels, voire de paroissiennes habiles, leur origine est incontestablement locale. Castres, Albi, Lavaur, Gaillac et Toulouse offrent la possibilité aux fabriques les mieux dotées de passer des commandes de proximité, même si toutefois, l’étoffe de fond provient de Lyon. Quant au cuir, matériau bon marché, il se substitue aux soieries et aux broderies inabordables et fragiles pour certaines paroisses modestes, dont il tente de reproduire en trompe l’oeil, l’éclat des fils d’or et d’argent tout comme le chatoiement des soies.

Au début du 19ème siècle tout comme au début du 20ème siècle, la broderie religieuse connaît un renouveau.

Qualité d’exécution et renouvellement stylistique la caractérisent. L’activité des religieuses, pourtant menée à mal en cette période post-révolutionnaire, va néanmoins émerger. A Albi, les Carmélites, à Mazamet les Clarisses surpassent bien des brodeurs professionnels, qui, au cours du 19ème siècle standardisent leur production, en proie aux lois du marché. La mise au point de la machine à broder Cornély et sa diffusion au début 20ème siècle schématisent encore davantage les modèles.

Contact : musée du textile - T. : 05 63 98 08 60 - F. : 05 63 98 36 14


Retour au sommaire "Culture" - musée du textile