Averroès : biographie
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Ibn Rushd, dit
Averroès, un acteur dans la vie quotidienne et un intellectuel exceptionnel.
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Une famille de juristes cordouans aux service des almoravides.
Averroès appartient à une famille respectée dhommes de religion et de juristes. Son grand-père, le plus célèbre de la lignée, grand cadi de Cordoue, était à la tête dune hiérarchie de magistrats, de desservants de mosquées et de prédicateurs. Averroès cadi (juge) a suivi la tradition familiale, mais il la étendue à dautres fonctions et dautres activités.
Une formation solide, pur produit de léducation classique de son époque.
Elle se fait par des maîtres particuliers. La formation initiale commence par létude, par cur, du Coran, à laquelle s'ajoutent la grammaire, la poésie, des rudiments de calcul et lapprentissage de lécriture. Averroès étudie avec son père, le hadîth, la Tradition relative aux actes, paroles et attitudes du Prophète et le fiqh, droit au sens musulman, selon lequel le religieux et le juridique ne se dissocient pas. Les sciences et la philosophie ne sont étudiées quaprès une bonne formation religieuse. Averroès élargit lactivité intellectuelle de son milieu familial en sintéressant aux sciences profanes : physique, astronomie, médecine. Á lissue de sa formation, cest un homme de religion féru de savoirs antiques et curieux de connaître la nature.
Une carrière officielle de juriste et de médecin au service des Almohades.
- Cadi à Séville, grand cadi à Cordoue, il suit la carrière de ses ascendants. En outre, il écrit des livres de droit dont le plus connu est la Bidâya, encore étudiée de nos jours à Médine.
Lobjectif dAverroès est de mettre en évidence ce qui permet un bon jugement. Le fondement du droit est la Loi religieuse, mais il peut apparaître des problèmes dinterprétation. Par exemple, comment concilier le Coran qui interdit le prêt à intérêt assimilé à lusure, et les opérations bancaires nécessitées par le grand commerce ? Il sagit de trouver des accomodations juridiques susceptibles de faire jurisprudence. Il est donc un praticien et un théoricien du droit.
- Il est médecin, titre donné rarement, et qui suppose une réputation bien établie dans le domaine théorique et pratique. Il est nommé médecin de lémir almohade Abu Yaqûb Yûsuf (1163-1184) à Marrakech en 1182. Cest dailleurs à loccasion de leur première rencontre en 1166 que le prince lui aurait demandé de faire le commentaire des uvre dAristote. Il sera également médecin de son successeur. En outre, il a rédigé des ouvrages de médecine dont un grand traité dans lequel sexprime son adhésion à la médecine scientifique héritée des Grecs quil faut concilier avec "la médecine du prophète", ensemble des traditions rassemblant les pratiques et les conseils du Prophète en matière de soins à lui-même et à son entourage.
En médecine comme en droit, Averroès fut praticien et théoricien.
Averroès philosophe, un destin paradoxal.
Ce nest ni comme médecin ni comme juriste quAverroès fut connu des Latins mais comme philosophe, commentateur dAristote. Lémir Yûsuf Ier lui ayant demandé, en 1166, de présenter pédagogiquement luvre dAristote, Averroès cherche à retrouver luvre authentique. Il utilise plusieurs traductions. En appliquant les principes de la pensée logique dont la non-contradiction, et en utilisant sa connaissance globale de luvre, il retrouve des erreurs de traduction, des lacunes et des rajouts. Il découvre ainsi la critique interne. Il a écrit trois types de commentaires : les Grands, les Moyens et les Abrégés. Il apparaît comme laristotélicien le plus fidèle des commentateurs médiévaux..
En Islam, la philosophie héritée des Grecs, la falsafa, culmine en Orient avec Ibn Sina dit Avicenne (980-1037) et en Occident avec Averroès qui connaît et discute la pensée dAvicenne.
Averroès se heurte à la difficulté de concilier philosophie et religion. Il sen explique dans "Le traité décisif sur laccord de la religion et de la philisophie". Pour lui il ny a pas de contradiction entre la Révélation et la philosophie : "le vrai ne peut contredire le vrai". Mais cette position nest pas partagée par la majorité des théologiens et des croyants. Lui-même, homme de foi ayant adhéré sincèrement à la réforme politico-religieuse des Almohades, invite les philosophes à la modestie en leur rappelant que leur intelligence est aussi incapable de saisir Dieu que les yeux de la chauve-souris de voir le soleil. Il insiste sur le maintien de la religion et de la philosophie dans deux sphères séparées. Mais il subit les critiques des oulémas, spécialistes de la connaissance religieuse.
A une époque, 1188-1189, marquée par des séditions dans le Maghreb central et la guerre sainte contre les chrétiens, le sultan Abû Yûsuf Yaqûb Al-Mansûr fait interdire la philosophie, les études et les livres, comme dans le domaine des moeurs, il interdit la vente du vin et le métier de chanteur et de musicien. A partir de 1195, Averroès, déjà suspect comme philosophe, est victime dune campagne dopinion qui vise à saper son prestige de cadi . Al-Mansûr sacrifie alors ses intellectuels à la pression des oulémas. Averroès est exilé en 1197 à Lucena, petite ville andalouse peuplée surtout de Juifs, en déclin depuis que les Almohades ont interdit toute religion autre que lIslam . Après un court exil dun an et demi, il est rappelé au Maroc où il reçoit le pardon du sultan, mais nest pas rétabli dans ses fonctions. Il meurt à Marrakech le 10 ou 11 décembre 1198 sans avoir revu lAndalousie. La mort dAl-Mansûr peu de temps après marque le début de la décadence de lempire almohade.
Suspecté dhérésie, il naura pas de postérité en terre dIslam. Luvre dAverroès sera sauvée par les traducteurs juifs. Elle passera par les Juifs de Catalogne et dOccitanie dans la scholastique latine.