A plusieurs reprises, les
carnavals donnèrent lieu à des affrontements entre le peuple
et les classes dirigeantes.
Retrouver le quotidien,
la hiérarchie sociale, les interdits, la misère, tournent
parfois à la rébellion, voire à l’émeute.
Le mieux connu de ces carnavals tragiques
est celui de Romans, dans le Dauphiné (actuel département de la
Drôme), étudié par Emmanuel Le Roy Ladurie.
Le lundi 15 février
1580, veille du Mardi gras, dans cette ville de 7000 habitants, des émeutes
sanglantes vont éclater puis dégénérer en un
véritable bain de sang quand les villages des alentours entreront
en scène.
Le
cadre : les clivages au sein de la population urbaine sont très
importants
-
les impôts royaux, tailles et redevances levés
pour frais de guerre sont énormes et ne pèsent, bien sûr,
que sur les roturiers.
-
les rancœurs des guerres de religion sont toujours présentes
et scindent la population entre Huguenots, Ligueurs et Catholiques.
-
les gens sont regroupés dans des associations, des corporations
: les rivalités sont très importantes, et ont
parfois des connotations sexuelles.
Par exemple, les groupes
sont représentés par des animaux symboliques :
- ceux des riches sont sexués,
aériens ( aigle, coq)
- ceux des pauvres, châtrés
( chapon ou mouton)…..
Les
circonstances
Les esprits étaient
échauffés depuis pas mal de temps et beaucoup souhaitaient
« en découdre ».
De jeunes hommes traversent
la ville en courant avec des flambeaux, les brandons : leur fonction de
purification et de fécondation vise à tuer symboliquement
les insectes parasites des arbres fruitiers, les rats, les mulots, et à
protéger les récoltes et les couvées.
Il y avait donc effervescence
dans la ville.
La présence d’une
reine de Carnaval chez les riches, d’une femme, que les pauvres sont
venus voir, alors qu’ils n’y étaient pas conviés va mettre
le feu aux poudres.
Le combat va commencer
vers 21/22 heures, entre bandes de riches et bandes de pauvres.
Les mouvements de panique
qui vont se propager dans toute la ville, vont faire le reste.
On note 20 à 30 morts,
ce qui est peu par rapport à ce qui va se passer les jours suivants.
En effet, les villages alentour se révoltent à leur tour,
la répression est effroyable : 1500 à 1800 hommes sont
passés au fil de l’épée les 26 et 28 mars 1580. Il
s’agit d’une véritable « guerre des paysans ».
Interprétation
S’agit-il vraiment d’une
lutte, classe contre classe ? Riches contre pauvres ? Il semblerait que
parmi les « acteurs », il n’y ait pas eu de véritables
indigents. C’est plutôt un règlement de comptes « patriciens
» contre « plébéiens ». L’élite
contre le « peuple »..
Auteur : Danielle MONTARIOL, professeur d'Histoire-Géographie
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