Cloîtres et monastères disparus de Toulouse
Les femmes
A la fin du XIIe s., Conrad de Marchtal, abbé Prémontré, proteste contre l'établissement de monastères doubles et s'exprime ainsi : "Nous et l'ensemble de notre communauté de chanoines, reconnaissant que la méchanceté des femmes est plus grande que toute autre méchanceté au monde, qu'il n'y a pas fureur pareille à la leur, et que le poison des serpents et des dragons est plus facilement guérissable et moins dangereux pour les hommes que la familiarité avec les femmes, nous avons décrété unanimement pour la sécurité de nos âmes non moins que pour celle de nos corps et de nos biens qu'à aucun prix nous ne recevrons de nouvelles sœurs pour accroître notre damnation, mais que nous les éviterons comme des animaux venimeux." cité par R.W.Southern, dans "L'église et la société dans l'Occident médiéval"
Ce n'était peut-être pas une opinion générale et, si elle l'était à son époque, elle s'est sans doute tempérée par la suite ; il est toutefois sûr que les monastères de femmes n'avaient pas les mêmes objectifs que ceux des hommes et qu'ils répondaient sans doute autant, si ce n'est plus, à des considérations sociales (retrait du monde de veuves, de femmes seules, de jeunes filles indésirables), qu'à des considérations religieuses.
Les monastères doubles, comme Fontevraud par exemple, ne subsistent pas longtemps : ils ont quasiment tous disparu au milieu du XIIe siècle.


Les Clarisses
ou Claristes, ou religieuses de l'Ordre Mineur de Saint Damien ou Minorettes
L'ordre a été fondé par sainte Claire d'Assise au début du XIIIe siècle, qui s'était placée sous la direction spirituelle de Saint François.

Au XIVe s. elles s'installent entre la Garonne et la rue des "Tholosains" ; actuellement l'emplacement de leur couvent abrite l'Institut catholique (ci-contre), au numéro 31 de la rue de la Fonderie. L'édification est très lente, l'argent provenant presque exclusivement de dons et d'aumônes. 
Au XVIe siècle, le monastère compte 26 religieuses, les bâtiments sont en partie reconstruits et ils le seront aussi au XVIIe.
Le couvent est désaffecté à la Révolution ; en 1794, on y transfère la fonderie à canons, qui devient en 1816 la première fonderie à canons du royaume. Elle le restera jusqu'en 1866. 

cliché Institut Catholique

Il y avait d'autres Clarisses, les Clarisses de la Porte ou de Saint-Cyprien qui occupaient, vers la fin du XVe s., un local précédemment habité par des moines bénédictins du prieuré de la Daurade, dans l'actuelle rue Réclusane.

Les Chanoinesses de Saint Pantaléon ou des Onze Mille Vierges,
compagnes légendaires de sainte Ursule, massacrées à Cologne au Ve siècle.

Elles étaient installées dans le quartier des Puits-Clos et devaient leur nom aux reliques de Saint Pantaléon.
Elles étaient divisées en quatre chœurs qui devaient chanter continuellement, nuit et jour, sans interruption, l'office divin et prier Dieu.
De plus, "lesdites religieuses, n'auraient pas, si faire se pouvait, l'âge de cinq ans lorsqu'elles seraient reçues et porteraient sur leurs robes de laine, la chemise romaine, et sur la chemise, une robe noire".
Pour dire les messes et célébrer les offices, il y avait douze chanoines réguliers, prêtres, qui porteraient l'habit des chanoines réguliers de Saint-Etienne et auraient leur logement, dortoir et réfectoire séparés de la maison des chanoinesses.
Celles-ci étaient issues uniquement de familles nobles.
L'emplacement du couvent se situait aux numéros 3 et 5 de la rue St-Pantaléon et s'étendait aussi sur la rue Baour-Lormian.
En 1754, il n'y avait que neuf religieuses et deux sœurs converses, les unes et les autres très âgées. A la suppression de l'ordre, en 1790, leur nombre était remonté à trente.
Leur église fut alors, à cette époque-là, transformée en salle de bal...

Les religieuses de Sainte Catherine de Sienne
On les appelait aussi les Catherinettes ou Dames Noires, leur ordre est issu de celui des Dominicains.
Leur monastère, rue Lafayette, a été fondé en 1603, par l'épouse d'un conseiller au Parlement. Le couvent était destiné à être l'Hôpital des Orphelines : en 1622, on y installe les douze premières orphelines. En l'an V, elles sont transférées à l'Hôpital de la Grave.

Les Carmélites

Ordre fondé en 1453, par Jean Soreth, général des Carmes, il est réformé au XVIe siècle par Sainte Thérèse d'Avila qui voulut ramener la règle du Carmel à son austérité primitive. La solitude est à la base de la vie quotidienne des Carmélites. 

Le couvent a été construit au début du XVIIe siècle entre les rues du Périgord et Bellegarde. Il n'en subsiste que la chapelle , qui a un bel ensemble de peintures baroques (de J.P Rivals et J.B.Despax). 

A la Révolution, les bâtiments servent de prison, puis de caserne. C'est sur l'emplacement du jardin du Carmel que se trouve, actuellement, la Bibliothèque Municipale (ci-contre).


Les Bénédictines de Notre-Dame du Sac

On les appelait ainsi parce que leur couvent se trouvait au fond d'une impasse ou "cul de sac". Sur son emplacement, a été édifié l'hôpital Larrey, aujourd'hui démoli, puis le Conservatoire de musique.
Elles s'étaient installées là en 1623 et se consacraient à l'enseignement.
Elles étaient très nombreuses. Quand, en 1794, le couvent devint propriété nationale, il y avait 60 religieuses, 12 sœurs converses, 80 pensionnaires, 4 servantes, ainsi que beaucoup d'élèves externes. Le monastère couvrait plus de dix mille mètres carrés.

Les Augustines

Leur couvent et leur chapelle se trouvaient dans la rue Saint-Jérôme.

Leur monastère ayant été pris par les Protestants lors des troubles de 1562, la communauté adhère, en masse, aux idées de la Réforme ; toutes les religieuses, sauf une, se convertissent et décident de quitter le couvent.

Selon la tradition, sept bourgeois de Toulouse, "les sept Troubadours", ont décidé en 1323, de réunir, dans le verger des religieuses (situé hors les murs, sans doute vers la rue qui porte ce nom), des poètes de langue occitane. Cela donna naissance à la Compagnie du "Gai Sçavoir", ancêtre de l'Académie des Jeux Floraux.


Les Ursulines,
ou Filles de la Doctrine Chrétienne de la Compagnie des Vierges de Sainte-Ursule

C'est le Cardinal de Joyeuse qui les fait venir à Toulouse, en 1604, avec mission d'enseigner aux jeunes filles à lire, à écrire et à coudre. Leur couvent était situé dans l'actuelle rue Sainte-Ursule, au numéro 13.

"La tour des Ursulines" (ci-contre), bâtie au tout début du XVIIe, sans doute sur les restes d'une ancienne tour gothique, a été gardée telle quelle par les religieuses. 
Avant leur installation, il y avait, dans le corps de bâtiments, la salle du Jeu de Paume. 

De 1791 à 1799, c'est un mesureur de grains qui devient, par lots successifs, acquéreur national. 

L'ancien Hôtel des Postes, que l'on peut voir encore actuellement, y est établi en 1804.


Les Dames maltaises
Elles s'installent près de l'église de la Dalbade en 1623.

Elles portent sur leurs corsets de robe une croix de Malte.

Toutes sont nobles et sont chargées de l'éducation des jeunes filles nobles.

ci-contre, dessin de Julien Fournet

Autres
Citons rapidement, pour ne pas continuer une énumération qui pourrait devenir fastidieuse : les Béguines (entre la rue Pargaminières et la rue Deville), les Bernardines (rue des Salenques), les Hospitalières (rue Rivals), les Religieuses de la Madeleine (rue des Couteliers), les Tiercerettes ; à noter que ces dernières, ainsi que les Chanoinesses de Saint Sernin, accueillent les filles "de mauvaise vie" repenties.
Auteur : Danielle MONTARIOL,  professeur d'Histoire-Géographie

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