Le Moyen-Age
Saint Jacques de Compostelle
entre légende et réalité…
Itinéraires
Le costume, un sauf-conduit ?
La coquille, un symbole
Le miracle du pendu dépendu
Fils de Zébédée et de Marie Salomé, et frère de Jean l’Evangéliste, Jacques, dit le Majeur, a été l’un des plus anciens et des plus proches disciples de Jésus. Il aurait quitté l’Orient et débarqué en Galice, à Iria Flavia (Padron actuellement). Après avoir évangélisé l’Espagne, il serait revenu à Jérusalem pour être décapité, sur ordre du roi Hérode Agrippa II vers 41-43 lors des premières grandes persécutions contre les Chrétiens. Après sa mort, deux disciples auraient embarqué de nuit son corps sur un navire et le bateau, guidé par un ange, serait revenu à Iria Flavia… Le corps de l’apôtre aurait alors été déposé dans un ancien compostum (cimetière) romain : on l’ y oublie…

En 813, un ermite, nommé Pélage, est conduit par la clarté d’une étoile miraculeuse à l’emplacement de la sépulture. Le cimetière romain devient alors le "Campus Stellae", le Champ de l’Etoile.
Le roi Alphonse II, prévenu de cet événement, fait édifier trois églises à cet emplacement. Le contexte politique d’alors est constitué de guerres incessantes entre chrétiens et musulmans pour la maîtrise de la péninsule, et Saint-Jacques va devenir rapidement un symbole pour l’Espagne chrétienne. En 844, a lieu la bataille de Clavijo entre Maures et Chrétiens : Saint-Jacques apparaît en cavalier et remporte la victoire. Il devient alors le "matamoros", le chef spirituel de la Croisade contre les Infidèles. 

Vers 1161, est créé l’ordre de Santiago, qui associe l’idéal chevaleresque et le culte du Saint. Au fil des siècles, le culte de Saint-Jacques ne cesse de se développer en Espagne. Au cours du Moyen- Age, la vénération s’étend à l’ensemble de la chrétienté. Pèlerinage régional au IXe siècle, St-Jacques voit son développement freiné au Xe siècle par l’insécurité des routes à cause des raids musulmans ; mais la reconquête aux XIe et XIIe siècles permit une rapide expansion qui draina d’immenses foules vers Compostelle.

ci-contre, Saint Jacques à la basilique Saint-Sernin de Toulouse


Itinéraires

     Les pèlerins venaient de toute l’Europe, et, selon leur région d’origine, pouvaient emprunter, parmi les multitudes de routes, l’une des quatre principales qui aboutissaient à Saint-Jacques :

- la Via Turonensis, de Paris à Ostabat, en passant par Tours (où l’on faisait une étape pour vénérer Saint-Martin), Poitiers, Saintes ; parmi d’autres possibilités, on pouvait aller à St-Jean d’Angély, puis à Bordeaux…

- la Via Lemovicensis (la Limousine), de Vèzelay (où l’on perpétuait le souvenir de Marie-Madeleine), à Ostabat, en passant, parmi plusieurs routes possibles, par Bourges, Châteauroux, St-Léonard de Noblat, Limoges et Périgueux. 

- la Via Podensis, du Puy à Ostabat (elle passait notamment par Conques, Cahors, Lectoure, Condom, Eauze, ainsi que par Moissac). Le Guide du Pèlerin précise qu’elle était empruntée par les Bourguignons et les Teutons.

- la Via Tolosana, elle, arrive d’Italie et draine les pèlerins venus du bassin méditerranéen ; elle part d’Arles, la voie principale passe ensuite par Saint-Gilles, Lunel, Montpellier, St-Guilhem le Désert, Lodève, Castres, Toulouse (où les pèlerins se recueillent auprès du corps de St-Sernin), Auch et Oloron. Pour ce trajet, d’autres chemins, à partir de Montpellier, bifurquent vers la Catalogne et la route des Pyrénées, d’autres vers Narbonne, passant alors par Carcassonne, Saint-Girons, Saint-Gaudens, Capvern, l’abbaye cistercienne de Lescale-Dieu et St-Pé de Bigorre.

- en vert : route du Piémont des Pyrénées

En Espagne même, le chemin de Puente-la-Reina jusqu’à St-Jacques s’appelait le "camino francès", la route des Français. Mais les itinéraires n’étaient pas fixes, les jacquets pouvaient bien sûr passer de l’un à l’autre.


Le costume, un sauf-conduit ?
 
Les pèlerins ne portent pas, à l’origine, de vêtements caractéristiques. Mais petit à petit, le costume va se fixer et devenir le signe distinctif du jacquet, lui servir de "sauf-conduit", lui donner droit à la charité des hospices et des fidèles.

Le pèlerin est vêtu d’une robe, que l’on appelle aussi une cotte, serrée à la taille. Par dessus, il a un surcot avec un capuchon, ouvert devant. Au XVe siècle, le collet du chaperon s’élargit et devient une sorte de cape, la pèlerine. Les hommes portent un chapeau de feutre à larges bords qui protégeait à la fois du soleil et de la pluie, les femmes une guimpe. Ils sont chaussés de sandales ou de brodequins mais certains (ou beaucoup ?) vont pieds nus.

Les deux accessoires essentiels sont la besace, sorte de sacoche de cuir qui se porte en sautoir (l’escharpe). L’autre accessoire est le bourdon, gros bâton de 2 mètres de haut environ. Au-dessus de l’endroit de la prise en main, il y a un ou deux renflements où est attachée la gourde, sorte de courge évidée et séchée, nommée aussi calebasse, dans laquelle les pèlerins mettent en réserve les rations supplémentaires de vin fournies par certains hôpitaux. On s’appuie sur le bâton quand on est fatigué mais il peut éventuellement servir à se défendre si l’on est attaqué, soit par des hommes, soit par des animaux.

ci-contre, copie d'un détail d'une fresque (San Martino dei Buonomini, Florence)

Le symbole du pèlerinage est la coquille ; les jacquets les ramassaient sur les plages de Galice et les ramenaient chez eux, comme preuve de l’accomplissement d’un vœu et comme souvenir. Mais ils pouvaient aussi en acheter à Compostelle sur le parvis de la cathédrale… De plus en plus, les pèlerins la portent fixée au chapeau ou à la cape. Elle est également sculptée sur la plupart des statues de l’apôtre pour le rendre reconnaissable. 
Pourquoi la coquille ? On ne le sait pas exactement : dans l’Antiquité, les coquillages au sens large étaient des symboles d’amour et étaient censés protéger de la sorcellerie, du mauvais sort, de toutes sortes de maladies. Mais y a-t-il un symbole chrétien ? 
Selon une légende, un prince, précipité dans les flots par un cheval emballé, en aurait été retiré par Saint-Jacques et en serait sorti, couvert de coquilles, qui depuis, portent son nom. 

Le miracle du pendu dépendu

Certaines légendes rendent compte des risques encourus sur les routes, ainsi que des miracles que pouvait accomplir Saint Jacques ; celle-ci n’est pas spécifique à Toulouse, on la retrouve, identique, dans plusieurs autres villes...

Un Allemand qui se rendait avec son fils au tombeau de Saint-Jacques, en 1020, s’arrêta en route dans la ville de Toulouse.
L’hôte chez qui ils logeaient les fit boire plus que de raison et cacha dans leur besace un vase d’argent.

Le lendemain, comme les pèlerins voulaient repartir, l’hôte malhonnête les accusa de vol et, en effet, on retrouva le vase dans leur sac.
Le magistrat ordonna alors que tout ce que possédaient les deux pèlerins soit remis à l’hôte qu’ils avaient voulu dépouiller, et il ordonna que l’un des deux soit pendu. Le père voulait mourir pour que son fils ait la vie sauve et vice-versa. Ce fut finalement le fils qui "l’emporta" et qui fut pendu et le père, désolé, poursuivit son pèlerinage.

Lorsqu’il revint à Toulouse, trente-six jours après, il courut au gibet où pendait son fils et se mit à se lamenter. Mais le fils se mit à parler comme si de rien n’était et lui dit : "Mon cher père, ne pleure pas, car rien de mauvais ne m’est arrivé, grâce à l’appui de Saint Jacques, qui m’a toujours nourri et soutenu." Le père courut vers la ville pour faire état du miracle, la foule arriva sur les lieux, dépendit le fils qui était en parfaite santé, et ce fut l’hôte qu’on pendit à sa place.


ci-dessus, copie d'une peinture sur bois, Musée National de Bavière, Munich.

Dessins  : Annie Maurens
Auteurs : Geneviève Joutard et Danielle MONTARIOL


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