Un édit de pacification
" Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées d’une part et d’autre, depuis le commencement du mois de mars 1587 jusqu’à notre avènement à la couronne et durant les autres troubles précédents et à leur occasion, demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue . Et ne sera loisible ni à nos procureurs généraux, ni autres personnes quelconques, publiques ni privées, en quelque temps, ni pour quelque occasion que ce soit, en faire mention, procès ou poursuite en aucunes cours ou juridictions que ce soit . "          article I.

Henri IV évoque dans son préambule les  « effroyables troubles, confusions et désordres  » qui mettaient le royaume au bord de la désintégration .

Il accorde l’amnistie pour tous les délits et fautes commis pendant les guerres de religion.

ci-contre, le Temple du Carla-Bayle - Ariège

Il instaure la paix civile et religieuse. Ce n’est pas le seul .Une dizaine d’édits ou trêves a jalonné la deuxième moitié du XVI siècle. L’Edit de Nantes est le seul qui ait réussi. Il met fin à 30 ans de troubles politico-religieux qui ont déchiré le royaume . Il organise la coexistence de deux religions.

C’est un édit qui accorde la liberté de conscience :

" Et pour ne laisser aucune occasion de troubles et différends entre nos sujets, avons permis et permettons à ceux de ladite religion prétendue réformée vivre et demeurer par toutes les villes et lieu de cestui notre royaume et pays de notre obéissance, sans être requis, vexés, molestés ni astreints à faire chose pour le fait de la religion contre les conscience, ni pour raison d’icelle être recherchés dans les maisons où lieux où ils voudront habiter, en se comportant au reste selon qu’il est contenu dans le présent Edit. "                 article VI



C’est un édit qui accorde l’égalité civile :

" Afin de réunir d’autant mieux les volontés de nos sujets, comme est de notre intention, et ôter toutes plaintes à l’avenir, déclarons tous ceux qui font ou feront profession de ladite religion prétendue réformée capable de tenir et exercer tous états, dignités, offices et charges publiques quelconques, royales, seigneuriales, ou des villes de notre dit-royaume, pays, terre et seigneuries de notre obéissance... "      article XXVII .

" Ordonnons qu’il ne sera fait différence ni distinction, pour le fait de ladite religion, à recevoir les écoliers pour être instruits ès universités, collèges et écoles, et les malades et pauvres ès hôpitaux, maladreries et aumônes publiques. "                article XXII .


Mais l’exercice public du culte réformé est restreint à 3 types de lieu :

Dans certaines villes comme Paris et Toulouse, le culte est interdit.

Mais est-ce un édit de tolérance ?

" Ordonnons que la religion catholique, apostolique et romaine sera remise et rétablie en tous les lieux et endroits de cestui notre royaume et pays de notre obéissance où l’exercice d’icelle a été intermis pour y être paisiblement exercé sans aucun trouble ou empêchement. Défendant très expressément à toutes personnes, de quelques état, qualité ou condition quelles soient, sur les peines que dessus, de ne troubler ni inquiéter les ecclésiastiques en la célébration du divin service, jouissance et perception de la dîme, fruits et revenus de leurs bénéfices...Défendant aussi très expressément à ceux de ladite religion prétendue réformée de faire prêcher ni aucun exercice de ladite religion ès églises, maisons et habitations desdits ecclésiastiques. "             article III .
NON, au sens actuel du terme. La religion catholique est la religion dominante. Les protestants doivent payer la dîme, chômer le jour des fêtes catholiques .

OUI, au sens du XVIème siècle. Tolérer signifie alors endurer ce qu’on l’on ne peut empêcher.

OUI, dans la mesure où l’Edit est le fruit de plusieurs années de négociations où les conseillers du roi et les protestants ont discuté pour aboutir finalement à la reconnaissance légale d’une deuxième religion.

Mais il ne s’agit enaucun cas d’une égalité entre catholiques et protestants.Il y a bien liberté de conscience, mais pas égalité dans la liberté de culte. Les protestants ont droit à un culte public restreint . C’est une sorte de charte, de code qui réglemente la vie des réformés pour un siècle.

Les protestants sont faits sujets d’exception par l’Edit de Nantes.

- Des cours de Justice spéciales :

Des chambres mi-parties : elles sont créées auprès des Parlements de Toulouse, de Bordeaux, de Grenoble. Elles s’occupent des affaires où des protestants sont impliqués, au civil comme au criminel.

Des Chambres de l’Edit fonctionnent, avec dix magistrats catholiques et six protestants auprès des Parlements de Paris , de Bretagne et de Normandie.

" Outre la chambre ci-devant établie à Castres pour le ressort de notre cour de Parlement de Toulouse, laquelle sera continuée en l’état qu’elle est, nous avons pour les mêmes considérations ordonné et ordonnons qu’en chacune de nos cours de Parlement de Grenoble et Bordeaux sera pareillement établi une chambre composée de deux présidents, l’un catholique, l’autre de ladite religion prétendue réformée, et douze conseillers dont six seront catholiques et les six autres de ladite religion, lesquels président et conseillers seront par nous pris et choisis des corps de nos-dites cours. "         article XXXI.
- Des places de sûreté : c’est la concession la plus spectaculaire.150 villes, villages et châteaux sont octroyés aux protestants et entretenus par le Trésor royal.
 
Les places de sûreté de la région :

Tarn et Garonne : Bruniquel, Caussade, Nègrepelisse, Saint-Antonin, Mas de Verdun, Castelsagrat.

Gers : Castelnau de Mirande, Castillon, Eauze, l'Isle Jourdain, Lectoure, Manciet, Meillant.

Ariège : Foix, Tarascon, Varilhes, Montaut, Montgaillard.

Lot : Capdenac, Cardaillan, Saint-Céré.

Tarn : Castres,Berlats, Puylaurens.

Haute-Garonne : Villemur.

Aveyron : Millau.


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