LE COMBAT DE ROQUEFIXADE.
De Vira à Roquefixade
En moins d'un mois, le secteur de Vira - Le Merviel, où se trouvent les maquis des FTP et des guérilleros espagnols, est devenu en Ariège la zone où est concentré le danger le plus important pour l'administration en place et où se trouvent - selon l'expression employée alors par les médias - les "Terroristes". Les actions se sont multipliées contre l'économie de l'opposant, contre l'administration , contre les relais du pouvoir politique et policier en place...
L'attaque de Vira, le 9 juin, alors que les FTP reçoivent des renforts conséquents après le débarquement, s'avère pour l'occupant allemand et les forces collaboratrices un échec : il y eut des morts de part et d'autres, mais cela n'anéantit pas le mouvement engagé par les guérilleros et les FTP dans ce secteur.
L'opération contre les guérilleros espagnols dans le même secteur
a touché plus les civils que les cibles visées.. .(Arvigna, Lenguit..., le
29 Juin). La milice de Mirepoix, en particulier, se sent en alerte car ses
membres sont harcelés. Les appels à l'intendant MARTY, chef régional de la
police, se font pressants. Il est donc décidé de se replier vers l'axe de
la 117 ( Foix- Saint Paul- Lavelanet). Des groupes de travailleurs espagnols
se trouvent non loin (Freychenet, Nalzen, Celles, Saint-Paul, Monferrier,
Monségur...).
De plus, sur Lavelanet, un groupe autour de BURG, THOUVENIN.
Après la bataille de Vira (9 juin 1944), les maquisards sont
contraints de partir à la suite de nouvelles attaques allemandes. Les F.T.P.
légaux rentrent chez eux, les illégaux s'installent près de Malléon.
Après cela, d'incessantes attaques se produisent dans les régions de Pamiers,
Mirepoix et Lavelanet. Ces activités exaspèrent les miliciens qui demandent
des renforts à Toulouse car ils décrivaient la région comme infestée de terroristes.
Mais le surlendemain, profitant de la nuit et de la brume, les maquisards
traversèrent le dispositif ennemi et allèrent s'installer à Armentières près
de Freychenet...
Ce sont pratiquement 40 à 50 maquisards ayant résidé au Grézat qui se sont
enfoncés dans la nuit pour aller vers un autre cantonnement : 16 d'entre eux
(les tués) sont toujours à Rambert; 3 sont prisonniers; PAULY est en route
pour Varilhes afin de se faire soigner; "COMES" et R. CASTILLO sont dans une
grange près de l'Herm; Hilarion CUENCA rejoindra Pamiers. Lenoir, caché dans
un trou le 6 ne rejoindra la Compagnie que bien plus tard. D'autres, enfin,
se sont perdus ou ont rejoint des amis ou des parents.... F.T.P. et guérilleros
doivent changer d'emplacement, et, de passage à Lavelanet, récupèrent des
armes sur des gendarmes.
Le 30 juin, ils s'installent à Coulzonne près de Roquefixade; ce n'est qu'un
campement provisoire car le site n'est pas sûr.
Le 3 juillet, une action de grande envergure est déclenchée
sur Lavelanet. Une centaine de F.T.P. et de guérilleros occupent les établissements
publics de la ville. Deux heures après, au milieu d'une foule immense chantant
"La Marseillaise", le maquis se retire emportant des armes, des vivres, des
tissus et de l'argent. Cette action fit grand bruit, ce qui mit en fureur
les Allemands.
Par la suite, une deuxième opération, cette fois sanglante, fut d'attaquer
une colonne allemande près de Celles. Aussitôt les surveillances allemandes
sont renforcées sur la route de Foix à Mirepoix.
Des actions de résistance s’intensifient :
- sabotages qui contrarient le déroulement prévu de l'économie, essentiellement
de l'ennnemi, et qui met les forces "collaboratrices en mauvaise position
;
- attentats sur des personnes considérées opposées aux mouvements de résistance
ou qui ont agi contre eux;
- détournements de bons, de marchandises réquisitionnées, attaque de centres
(coopératives, usines...),
- occupation de Lavelanet...
Bref, un ensemble d'actions ridiculisant les forces de Vichy et l'occupation allemande : d'où le qualificatif de "terroristes" employé à l'encontre des maquisards. A cela, s'ajoute une montée en puissance de l'opinion en faveur de la Résistance en général, malgré les risques.
Le déroulement du combat
Le combat de Roquefixade dura deux longs jours ou les pertes
furent importantes autant pour les maquisards que pour l'ennemi. Il débuta
le 6 juillet 1944 dans le but de briser l'activité de la Résistance dans cette
région. Les Allemands, bien renseignés, avaient lancé une opération d'encerclement.
Les Allemands se contentaient d'encercler et envoyaient à l'attaque G.M.R.
(Groupes Mobiles de Réserve) et miliciens. Les G.M.R. attaquèrent au sud et
au nord-est du côté de Péreille, les miliciens à l'est.
Dès que la sentinelle du maquis eut annoncé l'attaque des Allemands, ce fut
le branle-bas de combat. Un groupe de maquisards alla vers le sud où il constata
la présence d'un convoi arrêté. C'est alors qu'il fut pris sous le feu des
miliciens et dut se replier vers la montagne. Là, il tint plusieurs heures
et fut encerclé. Malgré la défense acharnée de ce groupe trop avancé, dix
jeunes tombèrent, tués ou blessés. Trois survivants retranchés dans les rochers
firent subir de lourdes pertes à l'ennemi. Les miliciens sur l'ordre de leur
chef, achevèrent les blessés. C'est alors qu'une contre-attaque du maquis
venue de la montagne obligea les miliciens à décrocher et dégagea les survivants.
Le soir, à Foix, un camion de morts fut ramené. Combien de victimes parmi
les miliciens ? C'est difficile à dire mais deux chefs furent tués. Les maquisards
comptèrent onze morts.
La tragédie
Le lendemain, la tragédie recommença : un groupe, revenu sur les lieux pour récupérer ce qui n'avait pas été détruit, tomba dans une embuscade, au moment même où il rendait les honneurs aux morts de la veille. Cinq hommes furent tués par les Allemands embusqués à proximité ; un seul réussit à se sauver, la main à demi arrachée. Le maquis était donc encerclé.
Mais le surlendemain, profitant de la nuit et de la brume, les maquisards traversèrent le dispositif ennemi et allèrent s'installer à Armantières près de Freychenet.
Les maquisards, qui se sont retrouvés, se rassemblent autour du château de Roquefixade. CALVETTI et J. SANNAC vont voir le maire, vers 22H, puis rejoignent le reste de la Compagnie. Avant l'aube du 8 Juillet, l'on descend du château et traverse les prés en empruntant un sentier à charrettes pour rejoindre l'embranchement de l'ancien chemin de Nalzen, entre Palot et le Fond de la Coste: cela se fait sans encombres bien que le maire ait averti que des Allemands patrouillaient autour du village. Dans le brouillard matinal, qui vaut le nom à cette vallée (Lesponne écume), l'on se dirige vers Armentières en passant entre Nalzen et le village de Février. Le jour se lève peu après. L'on emprunte les sentiers pour atteindre, d'abord Picarrot où l'on peut, enfin se restaurer; enfin, le hameau de Lamot où réside la famille BERTRANT Léopold. Des blessés sont traînés, un maquisard ayant une angine est porté par des camarades (dont “LAPIN”)...
Ce sont pratiquement 40 à 50 maquisards ayant résidé au Grézat qui se sont enfoncés dans la nuit pour aller vers un autre cantonnement : 16 d'entre eux (les tués) sont toujours à Rambert; 3 sont prisonniers; PAULY est en route pour Varilhes afin de se faire soigner; "COMES" et R. CASTILLO sont dans une grange près de l'Herm; Hilarion CUENCA rejoindra Pamiers. Lenoir, caché dans un trou le 6 ne rejoindra la Cie que bien plus tard. D'autres, enfin, se sont perdus ou ont rejoint des amis ou des parents...

Témoignage de MM.BUSTAMANTE, SANNAC et MARIN
" Après Vira, les maquisards se regroupèrent près de Roquefixade.
Ils devaient chercher du ravitaillement. Ils attaquaient les Allemands fréquemment
en les interceptant sur les routes. Les FTP avaient occupé Lavelanet un jour.
Un soir, vers 5-6 heures, un convoi allemand allait de Foix à Lavelanet. Il
s'arrêta puis ils redémarrèrent. “ Les miliciens ont attaqué à midi, ils étaient
mieux armés que nous, les FTP, qui n'avions que quelques armes parachutées.
Après 3 heures de combat, les miliciens ont battu retraite. 1O résistants
ont été tués.
Le lendemain, les Allemands sont venus. Les FTP ont battu retraite: 7 morts
de plus.
Ils croyaient nous avoir détruits mais on reprit le combat plus tard. Les
jeunes (Sébastien et Emile) étaient agents de liaison.
Le 3° frère d'Emile Bustamante est mort à Roquefixade ainsi que le frère de
Jean Sannac.
Il y eut 17 morts sur 80 maquisards. Parmi les résistants, 4 jeunes juifs
du château de La Hille qui nous avaient rejoints se battaient avec nous. Egon
Berlin, un jeune allemand antifasciste, mourut ce jour-là.