Témoignage de Cécile Pons.
1944, durant l'hiver jusqu'au mois de mai, il y eut au moins 4 parachutages réussis. L'un est tombé entre les bois, un autre dans le champ de Piquetalent et un autre devant Taillebrougue, un derrière La Jalousie (où est tombé l'Anglais qui avait perdu un soulier. C'est l'ouvrier de La Jalousie qui l'avait retrouvé). Des colis égarés furent retrouvés plus loin encore.
Les armes et autres objets, qui étaient dans des conteneurs de forme cylindrique,
furent cachés dans notre bois, près de l’ancienne vigne. D'autres le furent
dans celui de Piquetalent.
Quand l'Anglais est tombé du ciel, il est venu à la ferme de Taillebrougue avec
les commandants Sévenet et Monpezat du Corps Franc de la Montagne Noire. Ils
ont discuté comme à chaque fois, après avoir transporté les colis à l’abri dans
les bois, les résistants venaient manger à la ferme.Il y avait Paul Lanta et
mon mari, Jules Laborde, Arthur, Pierre et Raymond Maurette, Aimé Bras, Antoine
Martinou (nos voisins), Alexandre Castex, Elysée Delpech, Paul Roou, Fernand
Dedieu, des résistants de Toulouse dont les chefs de la Montagne Noire (Sévenet,
Monpezat et Richardson) et même quelques gendarmes de la brigade de Saverdun.
Ceux qui venaient de loin dormaient près de la cheminée à cause du couvre-feu.
Ils repartaient au petit matin.
Ces armes ont été récupérées par le Corps Franc de la Montagne Noire (l'équipe
de M. Carceller) en avril - mai 1944.
Le 26 juin 1944, le matin, nous avions entendu la fusillade de Justiniac mais
on ne savait pas ce que c'était. Heureusement qu'ils n'ont pas parlé. Sinon
tous les gens du Plateau auraient été tués.
Souvent, on nous a demandé pourquoi ce noyau de résistance s'était établi si
près (à quelques centaines de mètre à vol d'oiseau) du camp d'internement du
Vernet d'Ariège, “ un des plus dur de France ” d'après certains internés. D'abord,
il faut savoir qu'entre les deux existaient des obstacles difficiles à franchir
: une rivière importante (l'Ariège), une route en terre qui se transformait
rapidement en boue en hiver et devenait impraticable (les parachutages eurent
lieu en hiver 1943 - printemps 1944), un dénivelé conséquent (plus de 50 mètres)
ce qui constituait un rempart naturel infranchissable en cette saison-là, et
une épaisse murailleles côtés escarpés enserrant le Plateau comme un bijou dans
un écrin, le protégeant de tous les yeux indiscrets, Si les Allemands avaient
voulu intervenir, il leur aurait fallu plus d'une demi-heure pour y parvenir
!
De plus, la proximité du camp a pu jouer sur la prise de conscience de résistance
des gens du Plateau face à l'ennemi nazi. Il leur suffisait de s'approcher du
bord du Plateau pour apercevoir en contrebas, de l'autre côté de la rivière,
la pire image du régime nazi, là où les personnes humaines étaient rabaissées
au rang d'animaux, parquées car jugées "dangereuses" : le camp de
concentration.
Mon mari Léon, comme tant d'autres, avait été gardien dans ce camp et avait
été écœuré par ce qu'il avait vu. Et quand on lui a proposé de faire partie
de l'équipe des parachutages, c'est avec beaucoup de joie, de volonté et de
soulagement même qu'il accepta. Le paradoxe de la proximité du camp est sûrement
une des raisons qui poussa les paysans du coin, marqués dans leur esprit par
les horreurs du camp, à franchir le pas pour entrer dans la Résistance au péril
de leur vie, de celle de leur famille, au risque de tout perdre même leurs propriétés.
Si l'histoire devait se répéter, qu'on les menace ou qu'on menace leurs terres,
sûr qu'ils sauraient se mobiliser.
Le paradoxe de la proximité du camp est sûrement une des raisons qui poussa
les paysans du coin, marqués dans leur esprit par les horreurs du camp, à franchir
le pas pour entrer dans la Résistance au péril de leur vie, de celle de leur
famille, au risque de tout perdre même leurs propriétés.