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La Grammaire est une chanson douce (Erik Orsenna) "Les
mots sont les petits moteurs de la vie. Nous devons en prendre soin" |
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Les noms | Le premier métier, c'est de désigner les choses. Vous avez déjà visité un jardin botanique ? Devant toutes les plantes rares, on a piqué un petit carton, une étiquette. Tel est le premier métier des mots : poser sur toutes les choses du monde une étiquette, pour s'y reconnaître. C'est le métier le plus difficile. Il y a tant de choses compliquées et des choses qui changent sans arrêt ! Et pourtant, pour chacune il faut trouver une étiquette. [...] Il y a des noms-hommes, ce sont les masculins, et des noms-femmes, les féminins. Il y a des noms qui étiquettent les humains : ce sont les prénoms. [...] Il y a des noms qui étiquettent les choses que l'on voit et ceux qui étiquettent des choses qui existent mais qui demeurent invisibles, les sentiments par exemple : la colère, l'amour, la tristesse... |
| Les articles | La toute petite tribu des articles. Son rôle est assez simple et assez inutile, avouons-le. Les articles marchent devant les noms, en agitant une clochette : attention, le nom qui me suit est un masculin, attention c'est un féminin ! Les noms et les articles se promènent ensemble du matin jusqu'au soir. Et du matin jusqu'au soir, leur occupation favorite est de trouver des habits ou des déguisements dans les magasins. | |
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"Le papier est la vraie maison des mots. Sitôt couchés sur lui, ils cessent de s'agiter, ils ferment les yeux, ils s'abandonnent, comme un enfant à qui on raconte une histoire". |
Les adjectifs | Les
magasins sont tenus par la tribu des adjectifs. Le nom féminin "maison"
pousse la porte, précédé de "la", son article
à clochette. - Bonjour, je me trouve un peu simple, j'aimerais m'étoffer. - Nous avons tout ce qu'il vous faut dans nos rayons, dit le directeur en se frottant déjà les mains à l'idée de la bonne affaire. Le nom "maison" commence ses essayages. Que de perplexité ! [ ] La maison se tâte. Maison "bleue", maison "haute", maison "familiale", maison "fortifiée", maison "fleurie". Les adjectifs tournent autour de la maison cliente avec des mines de séducteur, pour se faire adopter. La maison ressortit enfin avec la qualificatif qui lui plaisait le mieux : "hanté". Ravie de son achat, elle répétait à son valet article : - "Hanté", tu imagines, moi qui aime tant les fantômes, je ne serai plus jamais seule. "Maison", c'est banal. "Maison" et "hanté", tu te rends comptes ? Je suis désormais le bâtiment le plus intéressant de la ville, je vais faire peur aux enfants, oh comme je suis heureuse ! - Attends, l'interrompit l'adjectif, tu vas trop vite en besogne. Nous ne sommes pas encore accordés. [...] Au royaume des mots, les garçons restent avec les garçons et les filles avec les filles. [...] Comme ils seraient mornes, les noms, sans les cadeaux que leur font les adjectifs, le piment qu'ils apportent, la couleur, les détails... |
| Les pronoms | Tu vois le groupe, là-bas, assis sur le banc près du réverbére : "je", "tu", "ce", "celle-ci", "leur". Tu les vois ? C'est facile de les reconnaître. Ils ne se mêlent pas aux autres. Ils restent toujours ensemble. C'est la tribu des pronoms. On leur a donné un rôle très important : tenir, dans certains cas, la place des noms. Par exemple, au lieu de dire "Jeanne et Thomas ont fait naufrage ou Jeanne et Thomas réaprennent à parler"... au lieu de répéter sans fin Jeanne et Thomas, mieux vaut utiliser le pronom "ils". | |
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"Une
phrase, c'est comme un arbre de Noël. Tu commences par le sapin nu
et puis tu l'ornes, tu le décores à ta guise... jusqu'à
ce qu'il s'effondre. Attention à ta phrase : si tu la charges trop
de guirlandes et de boules, je veux dire d'adjectifs, d'adverbes et de
relatives, elle peut s'écrouler aussi".
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Les adverbes | Ah, ces adverbes ! De vrais invariables, ceux-là ! Pas moyen de les accorder. Les femmes auront beau faire avec eux, elles n'arriveront à rien. |
| Les verbes | Ces
fourmis, ces verbes, serraient, sculptaient, rongeaient, réparaient;
ils couvraient, polissaient, limaient, vissaient, sciaient; ils buvaient,
cousaient, trayaient, peignaient, croissaient. Dans une cacophonie épouvantable.
Un verbe ne peut pas se tenir tranquille, c'est sa nature. Vingt-quatre
heures sur vingt-quatre il travaille. Tu as remarqué les deux, là-bas,
qui courent partout ? Soudain je les aperçus, "être"
et "avoir" . Oh, comme ils étaient touchants ! Ils cavalaient
d'un verbe à l'autre et proposaient leurs services : "Vous n'avez
pas besoin d'aide ? Vous ne voulez pas un coup de main ?" C'est pour
ça qu'on les appelle des auxiliaires, du latin auxilium, secours.
[...] "Le Diplodocus grignoter la fleur" Il faut dater le verbe. "Grignoter", c'est trop vague. Et ça ne dit pas quand ça s'est passé. Il faut donner un temps au verbe. [...] "Le diplodocus grignote la fleur" Tu es dans le présent. Le diplodocus est en train de manger. "Le diplodocus grignotait la fleur" Tu es dans l'imparfait. C'est du passé bien sûr, mais un passé qui se répétait : qu'est-ce qu'ils faisaient toute la journée, les diplodocus, du premier au trente et un décembre ? Ils grignotaient. Alors que là "grignota', tu es dans le passé simple. C'est à dire un passé qui n'a duré qu'un instant. Un jour que, par exception, peut-être après une digestion, le diplodocus n'avait plus faim, il grignota une fleur. Le reste du temps, il dévorait. [...] "Le diplodocus grignotera la fleur" Le diplodocus était entré dans le futur : demain, il fera un repas léger de fleurs ! [...] "Le diplodocus grignoterait la fleur" Ca c'est le conditionnel. Rien n'est sûr, tout peut arriver, mais tout dépend des conditions. Si le temps était beau, si les glaces se retiraient, si..., si..., alors le diplodocus grignoterait. Tu comprends ? |
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