DOCUMENTS ANNEXES
"Edward aux mains d'argent"
Tim Burton - Etats-Unis - 1h47
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TIM
BURTON |
ANALYSES
DU FILM | ||
TIM BURTON

L'ENFANCE DE L'ART
Tim Burton, de son vrai nom Timothy William Burton, est né le 25 août 1958 à Burbank en Californie. Il est l'aîné d'une famille de deux enfants. Son père travaille pour Burbank Parks and Recreation Departement, sa mère tient une boutique de cadeaux-souvenirs à Burbank. C'est Hollywood-bis, la ville dans laquelle est implanté les studios de la Warner Bros, de Disney, de la Columbia et de NBC. Pourtant point de stars et de paillettes, mais une ville-dortoir pour les obscurs techniciens du septième art. Tim Burton est un enfant introverti, peu à l'aise en public, qui s'habille avec des tenues hippies et écoute de la musique punk. Il passe son temps libre à regarder la télévision et aller au cinéma. Ses programmes préférés : les films de genre, les long-métrages de SF fauchés mais poétiques, les films d'Harryhausen et de la Hammer, de Mario Bava et les programme-bis des cinémas. Ado, il remet en scène ses films-préférés avec une caméra super 8 et réalise également des petits films d'animation en image par image.Tim Burton développe très jeune un don pour le dessin, une activité qui lui permet de se concentrer et de donner libre cours à sa créativité. A 18 ans, poussé par un professeur qui comprend enfin les tourments et le talent rare du garçon, il décroche une bourse d'études pour la California Institute Of The Arts, une école de préparation pour entrer dans les prestigieux studios Disney. A chaque fin d'année, les élèves doivent réaliser un petit film pour démontrer leur capacité. Après trois ans d'études sous forte discipline, Tim Burton réussit l'examen de passage. Le voici donc engagé par les studios Disney, le rêve pour tout apprenti-dessinateur, le cauchemar pour Tim Burton
LES ANNEES DISNEY
En effet, il n'entre pas dans le moule Disney. Ses travaux pour le film Rox et Rouky puis Taram et le Chaudron Magique sont repoussés par la direction du studio qui préfère les dessins traditionnels aux croquis originaux, les trouvailles d'Andreas Déja (qui a travaillé depuis sur Le Roi Lion et Kuzco, L'Empereur Mégalo notamment ) aux siennes alors qu'ils sont en concurrence en tant qu'artiste concepteur. Tim Burton tombe dans une semi-dépression mais il trouve le soutien de deux cadres importants du studio : Julie Hickson et Tom White. Ce dernier lui offre 60000 dollars pour produire un petit court métrage d'animation : Vincent. Réalisé en 2 mois avec l'aide de 3 collaborateurs, Rick Heinrichs (l'ami fidèle, chef décorateur de la Planète des Singes), Steven Chiodo et Victor Abdalov , Vincent (1982) conte les fantasmes d'un petit garçon de 7 ans, Vincent Malloy qui se projette dans les films tirés de l'œuvre d'Edgar Poe. Un petit bijou qui se termine par une citation du Corbeau d'Allan Edgar Poe, Vincent résume en 5 minutes l'univers de Tim Burton. Le jeune héros au cheveux hirsutes, les expérimentations canines, la difficulté de communiquer avec le monde extérieur, autant d'éléments qui reviendront sans cesse dans les longs métrages du réalisateur. De plus, il accomplit l'un des rêves les plus fous, rencontrer et travailler avec l'idole de sa jeunesse, l'acteur Vincent Price, qui lit la voix-off du film.Vincent, très sombre, plaît guère aux cadres de Disney et n'est projeté que deux semaines en première partie d'un insipide teenage-movie. Le film reçoit néanmoins des prix au festival de Chicago et à celui d'Annecy (Prix de La Critique) et apporte à Tim Burton un début de reconnaissance.Tim Burton après ce premier et prometteur coup d'essai se voit confier une plus grosse somme d'argent -166000 dollars pour réaliser une version semi-réelle, semi-animée d'Hansel et Gretel (1982), un conte des frères Grimm pour l'émission Disney Channel. Il fournit une version inédite du conte sous influence asiatique et surtout japonaise. C'est son premier film avec des acteurs, même si ceux-ci sont amateurs pour la plupart. Hansel et Gretel passe le soir d'Halloween à une heure tardive et ne convainc qu'à moitié. Tim Burton a alors deux projets en tête : un conte de noël avec des personnages d'Halloween, intitulé L'Etrange Noël de Monsieur Jack et une relecture du mythe de Frankenstein. C'est ce dernier projet qui est produit pour le budget conséquent d'un million de dollars. Inspiré des souvenirs de Tim Burton de Frankenstein et de La Fiancé de Frankenstein dirigé par James Whale, Frankenweenie (1983) raconte en 25 minutes l'étrange aventure de Victor dix ans, qui redonne vie à son chien Sparky. Pour la première fois, Tim Burton dirige des acteurs pros, met en scène un film cent pour cent en images réelles. Le résultat est un chef d'œuvre, baigné dans un noir et blanc somptueux, avec des scènes d'une poésie et d'une puissance d'évocation rare. Frankenweenie est hélas noté PG (interdit aux enfants de moins de 12 ans non accompagnés) par la censure et ne peut précéder un film tout public. Le film est donc mis au placard. Tim Burton, furieux, claque alors la porte des studios Disney qui ne font rien pour retenir ce jeune homme au talent indéniable mais à l'univers macabre et mélancolique éloigné des produits calibrés que finançait Disney dans les années 80. Shelley Duvall, actrice dans Frankenweenie lui demande de réaliser un épisode pour son show télé, Faerie Tale Theatre, intitulé Aladdin and his Wonderful Lamp (1984). Rien de bien personnel dans cette commande très encadrée mais Tim Burton a la chance de diriger deux acteurs qu'il adore : James Earl Jones (Dark Vador) et Leonard Nimoy (Spok).
LES PREMIERS FILMS
Tim Burton n'a pas le temps de trop gamberger. La Warner Bros met en chantier un film avec Pee-Wee Herman alias Paul Reubens star des shows pour enfants outre-atlantique et le studio cherche un jeune réalisateur aux idées neuves. Frankenweenie plaît à Paul Reubens qui engage Tim Burton. L'enfant introverti de Burbank se lance donc une prolifique carrière de cinéaste. En trois films et autant de succès, Pee-wee's big Adventure (1985), Beetlejuice (1988) et Batman (1990), il se fait un nom et une réputation d'auteur exigeant qui transforme en dollars des scripts difficiles. Il fonde en 1989 sa propre société de production avec Denise Di Novi et se lance dans des projets éminemment personnels comme Edward aux Mains d'argent (1990), L'Etrange Noël de Monsieur Jack (1993) et Ed Wood (1995). Au réveillon de l'an 1992, il rencontre Lisa Marie Smith. Coup de foudre : Tim Burton a trouvé sa muse et Lisa Marie son pygmalion. Depuis, la belle figure au casting de chaque film de son compagnon.
LES DOUTES PUIS LA RENAISSANCE
Avec Ed Wood, Tim Burton essuie son premier échec public même si ce film obtient les deux seuls Oscars de sa carrière. Mars Attacks (1997) confirme la disgrâce temporaire de l'auteur de Burbank qui décide alors de revenir à ses premiers amours esthétiques - le gothique avec Sleepy Hollow (2000). Après avoir envisagé la réalisation de nouvelles aventures de Superman, il accepte de mettre en scène un remake d'un classique qu'il adore : La Planète des Singes. Un film de commande réussi qui lui permet de retrouver les sommets du box-office et d'envisager la suite de sa carrière artistique avec sérénité. Après deux films très importants pour la suite éventuelle de sa carrière, il a de nouveau la possibilité de mettre en scène le projet qui lui tient à cœur.
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FILMOGRAPHIE
1982 : Vincent (court métrage d'animation) - réalisation, scénario, histoire originale
1982 : Hansel and Gretel (court métrage d'animation pour la télévision) - réalisation
1982 : Frankenweenie (court métrage) - réalisation, histoire
1984 : Alladin and His Wonderful Lamp (court métrage pour la télévision) - réalisation
1985 : Pee Wee's Big Aventure - réalisation
1985 : Alfred Hitchcock Presents : The Jar realisation (épisode de la série TV)
1988 : Beetlejuice - réalisation
1989 : Batman - réalisation
1990 : Edward Scissorhands (= Edward aux mains d'argents) - réalisation, production, histoire
1992 : Batman Returns (= Batman le défi) - réalisation, production
1992 : Family Dog (série animée) - production, conseiller visuel
1993 : The Nightmare Before Christmas - production, histoire
1994 : Ed Wood - réalisation, production
1995 : Batman Forever - production
1996 : James and the Giant Peach - production
1996 : Mars Attacks ! - réalisation, production
1999 : Sleepy Hollow - réalisation
2000 : Stainboy (court métrage d'animation)
2001 : Planet of the Apes (= La planète des singes) - réalisation
2005 : Charlie et la Chocolaterie (en projet)
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Extrait d'Entretien avec Tim Burton / Michel Ciment et Laurent Vachaud in Positif, n°364, Juin 1991
…[...]
J'ai
toujours aimé les contes de fée qui permettent d'avoir une image
forte, graphiquement audacieuse, absurde parfois, tout en exprimant un état
psychologique. Dans ce cas précis, ce fut celui d'un personnage en conflit
avec lui même, qui voudrait toucher mais ne le peut pas, qui est à
la fois créatif et destructeur. Les ciseaux sont un bon symbole de ces
tendances contradictoires, à la fois simples et complexes.
…[...]
Le film passe insensiblement d'un monde enchanté dans le genre du Magicien
d'Oz à un commentaire social plus acerbe comme Le garçon aux cheveux
verts.
C'est ce qui me plait dans le cadre offert par le conte de fée.
il donne la possibilité d'exprimer un ensemble d'idées et de sentiments
d'une grande variété. La structure de base est simple et permet
le commentaire social aussi bien que la rêverie, l'abstraction et les choses
les plus concrètes. Le film, pour cela, s'ouvre par : "Il était
une fois…".
…[...]
Vos
films traitent d'ailleurs tous du fantastique mais d'une façon ludique,
avec amusement. Vous ne prenez pas l'horreur au sérieux ?
Cela
a toujours été une tendance profonde en moi. Quand j'étais
enfant, ce n'étaient pas les monstres, mais plutôt les humains qui
me déroutaient. Je me sentais des liens avec des monstres, comme beaucoup
d'enfants je suppose. Dans les films d'horreur classiques, c'est le monstre qui
témoignait des sentiments humains, en particulier dans les années
cinquante car les acteurs étaient alors très raides dans leur jeu
! Il était plus facile de s'identifier aux créatures.
Comment
s'élabore pour vous l'écriture du scénario ?
Dans
le cas d'Edward aux mains d'argent, c'est le premier film en dehors de mes courts
métrages dont l'idée venait de moi. Cela a commencé avec
l'image abstraire du personnage et les émotions que l'histoire était
censée exprimer. Puis sont venues les images de buisson, de la neige, des
chiens et quelques idées d'articulations narratives. J'ai eu la chance
de trouver en Caroline Thomson quelqu'un qui comprenait très bien mes intentions,
car je n'ai jamais été très verbal et je m'exprime souvent
en terme semi-abstrait… Le cinéma est un art collectif et le réalisateur
a besoin d'aide. Il faut permettre aux autres d'offrir leur contributions.
…[...]
Une
question maintenant sur les ouvertures de vos films…L'incipit de Batman
et celui d'Edward aux mains d'argent sont d'ailleurs assez semblables dans leur
jeu avec l'ombre et la lumière. Avant de commencer un film, est-ce que
vous en visualisez tout de suite le premier plan ?
En fait, non. Les séquences
du génériques sont souvent faites à la fin du tournage et
prennent vie d'elles- mêmes, un peu indépendamment du reste. Pour
Edward aux mains d'argent, j'ai travaillé avec un très bon title
designer et nous avons beaucoup discuté de la manière dont un tel
film pourrait commencer. Installer d'emblée une atmosphère de conte
de fées était pour moi primordial, et cela a amené ces portes
qui s'ouvrent et se ferment sur des instantanés de ce qu'avait pu être
la vie d'Edward, tout en restant très abstrait, car à ce stade-là
du film vous ne savez pas encore de quoi il s'agit. L'important pour un film aussi
bizarre qu'Edward aux mains d'argent, c'est de communiquer un climat dès
les premières images, et ce, sans passer par les mots. De cette manière
le public est averti, il se dit : "Ok, ça ne va pas être un film
habituel."
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ANALYSES DU FILM
Edward l'intouchable / Iannis Katsahnias in Les Cahiers du cinéma, n°442
"[...]Edward Scissorhands (Edward aux mains d'argent), 4ème long métrage de Tim Burton, est non seulement son premier projet vraiment personnel, mais aussi une réussite absolue. Conte de fée magique, symphonie mélancolique en quatre couleurs pastels (vert, bleu, jaune et rose). Edward Scissorhands se déroule dans un monde hostile où l'on assassine avec le sourire…
Comme Pinocchio ou E.T., Edward est une créature originale et familière à la fois, un pantin sorti tout droit de l'atelier de l'Inventeur, personnage anonyme donc archétypal, joué avec beaucoup d'émotion par un Vincent Price octogénaire apparaissant dans une série de flashes back aux allures expressionnistes, filmé dans un noir et blanc en couleur …[...].
Aucun amalgame, même parodique, n'est ici possible ni avec le héros des griffes de la nuit, ni avec la créature de Frankenstein. Edward retrouve la pureté optimale du conte et l'innocence d'un monstre originel grâce à un facteur décisif : l'inachèvement. S'il a des lames de rasoirs et des ciseaux en guise de doigts, c'est parce que l'Inventeur est mort avant de l'avoir terminé. Il a eu le temps de lui donner une âme mais pas de mains …[...].
Pour Tim Burton le personnage est une affaire de peau : ce deuxième épiderme en cuir que porte Batman non pas pour souligner des muscles saillants mais pour cacher un corps chétif, faible et fatigué ; ce maquillage couleur chair qu'utilise le Joker pour retrouver figure humaine, ce visage en porcelaine brisée qu'arbore Johnny Depp pour devenir Edward. Cœur fendu, visage cramé, le personnage Burtonien, qu'il soit "bon" ou "méchant", Batman ou Joker, mort ou zombie, c'est toujours un écorché…[...].
Mais d'où vient le récit de Edward Scissorhands ? Pour arriver à faire la connexion entre le conte et nous (ou, si vous préférez, pour arriver à raconter un conte dans un monde moderne, industrialisé et aseptisé) Tim Burton conçoit son récit comme la réponse à un question enfantine : "Dis Mamie, elle vient d'où la neige ?" Juste avant il y a eu le sigle de la Fox couvert de neige …Tim Burton commence le film avant le générique, récupérant l'emblème même de la compagnie qui le produit ... Mise en abyme du conte essayant de créer une illusion narrative tout en réduisant le scénario au strict minimum… Tim Burton ne supporte visiblement pas les impératifs scénaristiques ; le conte de fée non plus… dans Edward Scissorhands, le présent (cette scène qui suit le générique où une petite fille demande à sa grand mère de lui expliquer d'où vient la neige) à l'air plus ancien que le passé : le travail narratif se faisant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, vise l'abolissement des frontières temporelles et le transport du spectateur au "never-never-land"…[...].
Retour en arrière donc, dans une banlieue plate un lotissement de maisons impersonnelles situé quelque part en Floride, probablement à cause du soleil qui aplati encore plus des façades peintes aux couleur de Tupperware… Une femme fait du porte à porte… mais aucune de ses copines ne veut acheter ses produits… en désespoir de cause Peg décide alors de franchir le portail de la grande demeure gothique qui domine la région. En entrant dans cette maison hantée, elle quitte un environnement vaguement sixties pour un décor expressionniste tout droit sorti d'un film de Fritz Lang : l'atelier de l'Inventeur …[...].
Il y a une menace sous-jacente dans l'attitude amicale des habitants de cette banlieue-Tupperware, dans ces barbecue-parties où chacun apporte sa propre salade ou son propre gâteau pour accueillir le nouveau venu : une menace qui ne tardera pas à exploser. L'invention géniale de Tim Burton, l'idée qui différencie le film de toutes les histoires de monstres qu'on a déjà vus au cinéma, réside justement dans ce renversement de situation, dans cette compassion qui se transformera bientôt en haine féroce …[...].
Du coup, la morale de l'histoire devient : quand tout le monde vous aime, personne ne vous aime ; quand personne ne vous aime, il y a peut-être une chance que quelqu'un vous aime vraiment. Le scénario classique de la communicabilité est inversé …[...].
Tout le prix des précédentes réalisations de Tim Burton, de ses films de commande, résidait dans cette qualité de croquis qu'il savait conserver, préférant enregistrer le chaos du tournage que créer la parfaite illusion […]Ici l'inachèvement quitte l'esthétique pour passer du côté de la fiction et devenir parti intégrante du personnage. Du coup Edward est ce moment magique où l'âme de l'artiste se matérialise devant nos yeux ébahis. Mieux qu'un film réussi, Edward Scissorhands est le conte de fées enfin retrouvé."
L'Amérique sous les fers / Antoine de Baecque in Les Cahiers du Cinéma, n° 442
"[...…] Burton est
un vrai "auteur de films", à l'ancienne pourrait-on dire, écrivant,
filmant, et mettant à nu sur un écran ces propres affections …
Cinéaste carnavalesque, son esprit est sens dessus dessous : Johnny Depp
est pris à contre emploi. Son visage bouffi lardé de cicatrices,
son corps de danseur sensuel guindé dans une lourde combinaison, le voici
enlevé aux désirs des collégiennes. Dans un même jeu
d'inversion grotesque, la petite ville proprette et colorée en pastels
où il trouve asile est un espace de terreur.
Gros plan sur l'un des
spécimens de cette ville bien quotidienne rongée par les tumeurs
de l'harmonie : la nymphomane, celle qui traque les plombiers. Sous les couteaux
d'Edward, elle fond littéralement, vivant "la plus inoubliable expérience
de sa vie". La séquence, presque classiquement, c'est-à-dire à
la manière du Hitchcock de Psychose, est un acte d'amour filmé comme
une scène de meurtre. Plutôt qu'une douche, le lieu du crime est
un jardin [...…].
L'innocence
d'Edward révèle de plus en plus explicitement les désirs
pervers de l'American Way of Life. Le petit jardin bien à soi, le petit
chien très énervant, la tignasse que les femmes, de ce côté-là
de l'Atlantique, portent en guise de chevelure : la progression dans les objets
du désir intime est explicite. Burton place sous les fers de son héros,
en une gradation loufoque, les fétiches réifiés d'une civilisation
sûre d'elle même.
Cette séquence d'amour est donc organisée
par un sadique, mais dont l'innocence est à toute épreuve. L'épreuve
infligée, pourtant, est une vraie corrida : filmée comme la mise
à mort du taureau, espada à l'appui, la scène de coiffure
n'est pas sans rappeler les crimes successifs du Matador de Pedro Almodovar. Mais
là où la femme d'Almodovar assassine un à un ses amants avec
la longue épingle de son chignon Edward ne fait ici qu'un acte très
dérisoire : il coupe des cheveux. C'est évidemment le contraste
entre le rituel de mort/amour et la quotidienneté de la situation qui fait
le piment de la séquence : l'horreur tranquille, l'horreur que chaque habitant
retourne en une jouissance, en un orgasme chez Joyce Monroe, la nymphomane, Monroe
dégénérée jusqu'au bout des ongles. Pendant ce temps,
appliqué, chef d'orchestre malgré lui, Edward fait le Mal(e) en
croyant faire le Bien [...]."
Edward l'Ermite / Thomas Bourguigon in Positif, n°364, Juin 1991
… Tons pastels des maisons/manoir tout noir ou blanc… ces deux univers irréconciliables peuvent être vus comme le rêve et la réalité, l'imaginaire et le prosaïsme, l'enfance et la maturité. Le héros du conte doit donc venir une seconde fois au monde, se confronter enfin à la réalité et s'insérer dans la société, afin de grandir…[...]
Les personnages sont aussi schématiques et typés que les décors dans lesquels ils évoluent. Comme l'écrit Pirandello, ils sont "moins vrais mais plus réels"…
La fonction du conte de fée est de transmettre derrière le voile du récit fantastique, des valeurs sociale et une explication du monde auxquels l'enfant peut adhérer. Le conte est donc le vecteur privilégié de la socialisation. L'histoire est celle du passage à l'âge adulte…[...]
Or, ici, Edward ne s'intègre pas, il ne passe donc pas à l'âge adulte et retourne dans son manoir aux temps immobiles. Kim est devenu une vieille femme, tandis que lui n'a pas changé, pas vieilli. Il n'a pas réussi sa métamorphose…[...]
Le
message de Tim Burton n'est ni parodique, ni antisociale, même s'il revendique
pour l'artiste le droit d'être un Edward l'ermite.
Si le cinéaste
ne rejète pas la société, il ne se refuse pourtant pas à
la critiquer… Ce sont les femmes qui font l'objet de la satire la plus acerbe
[...] …
L'homme
américain n'est pas davantage épargné… Chez les hommes,
tous les âges sont représentés, comme une pyramide de défauts.
Les femmes, au contraire, sont toutes d'âge mûr en dehors de l'héroïne…
Cette opposition architecturale dans la représentation des deux sexes est
la métaphore d'une autre critique sous-jacente : le matriarcat. Toutes
les femme se comportent en effet comme des mères qui infantilise les hommes
pour assoires leur domination… Cependant la critique la plus corrosive est
celle du conformisme américain auquel rien ne doit échapper…
Seul le policier , vivante incarnation de la raison et de la justice, échappe
à ce conformisme… La scène de l'arrestation est la plus réaliste
du film : caméra portée, violent contraste de lumière, cadrages
volontairement désaxés, qui donnent un effet de réel. Voix
de la raison et de la tolérance (il n'est pas innocent qu'il soit le seul
noir du film), il sert de contre poids réaliste à cet univers irrationnel
et sectaire. De fait, c'est lui raccompagnera Edward dans son château…
Edward aux mains d'argent constitue, en dépit de quelques faiblesse, une
tentative aboutie de modernisation du conte, où l'aveuglante naïveté
de l'histoire recouvre un vaste champs, symbolique, émotionnel et poétique,
comme un voile de blanche neige. [...]"
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Le cinéma fantastique ? La définition du dictionnaire (fantastique" in Larousse : "forme artistique et littéraire qui reprend, en les laïcisant les éléments traditionnels du merveilleux et qui met en évidence l'irruption de l'irrationnel dans la vie individuelle ou collective") permet une première approche. Cette définition sert à désigner des uvres très diverses.
Traditionnellement, on parle de fantastique lorsque dans le monde réel on se retrouve en présence de phénomènes incompatibles avec les lois dites "naturelles". On le définit donc comme "l'intrusion de l'étrange dans le réel".
DES LES DEBUTS DU CINEMA
Le pionnier du cinéma fantastique est Georges Méliès (1861-1938), le prestigitateur du théâtre Robert Houdin. Il crée le spectacle cinématographique. Il emprunte les univers magiques et enchantés du music hall auxquels le cinéma apporte un pouvoir d'illusion beaucoup plus fort. (Voyage dans la lune, 1902).L'EXPRESSIONNISTE ALLEMAND
Après le fantastique bon enfant de Méliès, s'oppose vers 1920 l'expressionnisme Allemand avec ses jeux d'ombres et de lumières, ses décors étranges et déformés (Le cabinet du Docteur Caligari, Robert Wiene, 1919), ses personnages tourmentés et excessifs : des criminels comme Mabuse, toutes sortes de monstres (Le cabinet des figures de cires, Paul Leni, 1924 ; Nosferatu, le vampire, Murnau, 1922).L'AGE D'OR DU FILM FANTASTIQUE AMERICAIN
Entre 1931-1939 aux Etats-Unis, c'est l'âge d'or du cinéma fantastique américain. On assiste à l'avènement des grands mythes inspirés des classiques de la littérature de l'étrange (Docteur Jeckyll et Mister Hyde, Stevenson, 1913 ; Metropolis, Fritz Land, 1931).
Le genre va connaître un essor considérable avec le parlant. En 1931, deux films marquent le cinéma fantastique et se révéleront productifs jusqu'à l'époque contemporaine à travers des séries de suite et de remakes (Dracula, Tod Browning, 1931 ; Frankenstein, James Whale, 1931).
Plus tard malgré les contraintes de la censure (le Code Hays est destiné à sauvegarder la moralité du cinéma entre 1930 et 1966), les écrans américains voient déferler des films comme L'île du docteur Moreau, E. C. Kenton, 1932 et Freaks ou la monstrueuse parade, Tod Browning, 1932.LE MERVEILLEUX FRANÇAIS
En 1940-1945, le cinéma français essaye d'oublier la guerre à travers des uvres d'évasions. C'est un cinéma qui s'ouvre naturellement au fantastique avec par exemple La nuit fantastique de Marcel L'herbier (1942) ; La Belle et la Bête de Jean Cocteau (1945).UN CINEMA DE LA VIOLENCE
Aux Etats-Unis en 1957, on remarque un engouement pour des films fantastiques d'un autre genre. On délaisse les savants farfelus pour les vampires et autres monstres.
Le cinéma fantastique va évoluer de plus en plus nettement vers un cinéma satanique. En 1968, les spectateurs américains allaient découvrir que l'épouvante pouvait naître dans le cinéma fantastique et dans des décors banals et ordinaires : Rosemary's baby de Polanski (1968).
Le cinéma fantastique est alors dévalué, on se moque du Comte Dracula, des loups-garous et de Frankenstein.
Le genre se nourrit désormais des angoisses psychologiques et des phénomènes de la folie. La possession diabolique prend un nouvel élan avec L'exorciste (William Friedkin, 1973). Les angoisses sont aussi provoquées par le sentiment que la création scientifique et technique commence à s'affranchir de l'homme. (La mouche, D. Cronenberg, 1986)
On voit aussi apparaître un cinéma plus violent avec La nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955), Psychose (Alfred Hitchcock, 1960). Le cinéma fantastique se rapproche des films d'horreur. La frontière entre les genres peut parfois sembler floue, mais certains films s'inspirent à la fois des uns et des autres.
A force d'inventer des effets spéciaux de plus en plus performants et élaborés, les films sanglants (gore) ont atteint un réalisme stupéfiant dans le rendu des scènes à effets. (Vidéodrome, de Cronenberg).DE NOUVEAUX TALENTS
C'est durant les années 1970-1980 que de jeunes réalisateurs présentent des uvres très personnelles et différentes : Phantom of paradise (Brian De Palma, 1976), Gremlins (Joe Dante 1984), Beetlejuice (Tim Burton, 1988), Elephant Man (David Lynch, 1980). En France, le fantastique reprend les thèmes du folklore et de la légende avec Peau d'âne (Jacques Demy, 1970), Le passage (René Marzon, 1986). Durant les années 1990, le fantastique traditionnel semble revenir avec ses archétypes : le fantôme (Ghost, de Jerry Zucker, 1990), l'insolite (La famille Adams de Barry Sorrefeld, 1991), le merveilleux (Hook de Steven Spielberg, 1991), l'éternelle jeunesse dans La mort vous va si bien (Robert Zemerckis, 1992).
LES ANNEES 1990-2000
Les distinctions entre le fantastique et d'autres genres paraissent aujourd'hui de plus en plus floues. Ceci est dû entre autre à l'apparition de genres dits "fantastiques" : fantasy, héroic-fantasy. De plus il existe un nombre croissant de fictions mêlant fantastique, policier, science-fiction. Mais la différence majeure entre SF et fantastique se retrouve dans les rapports au réel. Dans le récit fantastique, il y a intrusion de l'irréel dans le cadre réel. En SF, l'histoire est supposée réelle, il n'y a pas de présence irréelle.De nos jours, deux tendances essentielles se dégagent dans le cinéma fantastique :
- le fantastique classique de tradition folklorique qui met en scène fantômes, spectres, créatures de légendes, monstres , vampires et loups-garous.
- le fantastique imprégné d'atmosphère de terreur, d'étrangeté et d'angoisse.
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http://www.timburton.com/
Site officiel de Tim Burton