L'empire concentrationnaire d'Auschwitz comprenait non pas un,
mais une quarantaine de Lager 2; le camp d'Auschwitz proprement dit, édifié
à la périphérie de la petite ville du même nom
(en polonais Oswiecim) pouvait contenir environ vingt mille prisonniers et
constituait en quelque sorte la capitale administrative de cette agglomération;
venait ensuite le Lager (ou plus exactement les Lager, de trois à cinq
selon le moment) de Birkenau, qui alla jusqu'à contenir soixante mille
prisonniers, dont quarante mille femmes, et où étaient installés
les fours crématoires et les chambres à gaz; et enfin un nombre
toujours variable de camps de travail, situés parfois à des
centaines de kilomètres de la « capitale ».
C'est dans la pratique routinière des camps d'extermination que la
haine et le mépris instillés par la propagande nazie trouvent
leur plein accomplissement. Là en effet, il ne s'agit plus seulement
de mort, mais d'une foule de détails maniaques et symboliques, visant
tous à prouver que les Juifs, les Tziganes et les Slaves ne sont que
bétail, boue, ordure. Qu'on pense à l'opération de tatouage
d'Auschwitz, par laquelle on marquait les hommes comme des boeufs, au voyage
dans des wagons à bestiaux qu'on n'ouvrait jamais afin d'obliger les
déportés (hommes, femmes, enfants !) à rester des jours
entiers au milieu de leurs propres excréments, au numéro matricule
à la place du nom, au fait qu'on ne distribuait pas de cuillère
(alors que les entrepôts d'Auschwitz, à la libération,
en contenaient des quintaux), les prisonniers étant censés laper
leur soupe comme des chiens; qu'on pense enfin à l'exploitation infâme
des cadavres, traités comme une quelconque matière première
propre à fournir l'or des dents, les cheveux pour en faire du tissu,
les cendres pour servir d'engrais, aux hommes et aux femmes ravalés
au rang de cobayes sur lesquels on expérimentait des médicaments
avant de les supprimer. (...)
On a inventé au cours des siècles des morts plus cruelles, mais
aucune n'a jamais été aussi lourde de mépris et de haine.
1Primo Levi, ingénieur italien juif,
fut déporté à Auschwitz au début de1944
2 Lager: camp
1 : Présenter le document.
2 : Que nous apprend l'auteur sur l'organisation du système concentrationnaire?
3: Quels aspects de l'idéologie nazie peut-on retrouver dans ce témoignage?
2. Ce que lon peut attendre :
3. Ce quil faut valoriser ou pénaliser :
Ce que montre la lecture de quelques copies :
Les attentes :
A valoriser :