Les résultats atteints quatre ans après mon
retour me paraissent encourageants. Au lieu que
notre pays restât plongé dans la confusion politique dérisoire
où il se débattait, j'ai voulu l'amener à choisir un
Etat qui ait une tête, un gouvernement. un équilibre. une autorité.
C'est fait! Plutôt que de le laisser verser son sang, perdre son argent,
déchirer son unité, en s'accrochant à une domination
coloniale périmée et injustifiable, j' ai voulu remplacer l'ancien
Empire par l'association amicale et pratique des peuples qui en dépendaient.
Nous y sommes ! (...)
Afin que l'Europe cessât d'être un champ de haines et de dangers,
d'étaler de part et d'autre du Rhin et des Alpes sa division économique
et politique, de dresser les uns contre les autres ses peuples de l'Ouest
et de l'Est sous prétexte d'idéologies, j'ai voulu que la France
et l'Allemagne deviennent de bonnes voisines, que prenne corps le Marché
commun des Six, que soit tracé le cadre dans lequel ils peuvent conjuguer
leur action vers le dehors, que renaissent la sympathie et la confiance naturelles
entre les Slaves et les Français. Le tout est en bonne voie! Tandis
que la France renonçait à elle-même, en s'égarant
dans d'astucieuses nuées supranationales, en abandonnant sa défense,
sa politique, son destin, à l'hégémonie atlantique, en
laissant à d'autres les champs d'influence, de coopération,
d'amitié, qui lui étaient jadis familiers dans le tiers-monde,
j'ai voulu que parmi ses voisins elle fasse valoir sa personnalité
tout en respectant la leur, que sans renier l'alliance elle refuse le protectorat,
qu'elle se dote d'une force capable de dissuader toute agression et comportant,
au premier chef, un armement nucléaire, qu'elle reparaisse dans les
pensées, les activités et les espoirs de l'univers, au total
qu'elle recouvre son indépendance et son rayonnement. C'est bien là
ce qui se passe !
Questions: ,
Le programme de la série S prévoit que, pour l’étude de « L’évolution politique de la France depuis 1945 », « on étudie les grandes phases de la vie politique… On analyse les institutions de la Ve République et leur fonctionnement. On examine les orientations durables et les grandes phases de la politique extérieure, en la replaçant en particulier dans le cadre de la construction européenne ».
Tous ces thèmes peuvent être abordés à travers le texte du général de Gaulle, qui dresse, a posteriori, un bilan de son action dans les quatre premières années de la Ve République. On valorisera les candidats capables de porter un regard distancié et critique sur les propos de De Gaulle (en particulier en précisant le contexte de la rédaction) et de percevoir comment, dans l’ensemble du texte, s’exprime le rejet de la IVe République, qui est, en effet, une des permanences du discours gaullien.
La phrase soulignée fait clairement allusion aux institutions et aux pratiques du régime qu’il a mis en place (le président renforcé, un gouvernement stable et respecté…). Il le compare implicitement à celui de la IVe République.
De même, de Gaulle évoque les drames et les échecs de la IVe République face aux problèmes coloniaux (Indochine, Algérie). On se satisfera du rappel par les candidats de l’accession à l’indépendance de la plus grande partie de l’ancien Empire colonial entre 1958 et 1962 : l’Afrique noire, Madagascar et Algérie. Ceux qui sauraient évoquer la « Communauté » verraient leur travail valorisé, mais ce niveau de précision ne peut être exigible en série S.
Il est aisé de repérer, dans le second paragraphe, les axes majeurs de la politique extérieure française à cette époque : le rapprochement franco-allemand, la poursuite de la mise en œuvre prudente de l’Europe communautaire, le rapprochement avec les pays d’Europe de l’Est, le maintien de liens avec le Tiers-Monde, le refus de la tutelle américaine, la mise en place d’une force de dissuasion nucléaire. L’indépendance, la souveraineté de la France sont les principes qui constituent la principale ligne de force de la politique extérieure du général de Gaulle.
On ne perdra pas de vue que, pour les sujets de deuxième partie (commentaire d’un document d’histoire), le niveau d’exigence doit se limiter à l’essentiel, dans la mesure où « l’ensemble des réponses [aux questions] ne doit pas excéder une page ». Par ailleurs, le correcteur appréciera cette limitation à une page avec toute la souplesse requise.