Doc.1 : Lettre du Préfet de l’Ariège au ministre de l’Intérieur, 9 mars 1906, 2ème Bureau, affaires politiques.
« J’ai l’honneur de vous informer que l’inventaire de la commune d’Ercé ( Cominac) n’a pu avoir lieu le 16 mars denier. Bien avant l’arrivée du percepteur, de l’adjoint au maire et de deux gardes champêtre, les cloches ont sonné et les habitants se sont dirigés vers l’église.
Lorsqu’il arriva, le percepteur se trouva , à l’église, en présence d’une foule compacte d’environ 300 parsonnes ( tout le village » comprenant au moins 100 hommes et 200 femmes, filles ou enfants, en plus de 3 beaux ours que tenaient en laisse leurs propriétaires respectifs, et 4 curés ; celui de Cominac, celui d’Aleu, le vicaire d’Ercé et le curé d’Aulus.
Le percepteur ayant fait connaître l’objet de sa mission, le curé de Cominac répondit par une longue et véhémente protestations, et lui remit un acte notarié constatant que l’église de Cominac avait été acquise et construite par le seul concours des habitants de la section de Cominac, par des dons et souscriptions en nature ou en argent.
Loin de chercher à contenir la foule et de la calmer, le curé fit appel au dévouement de ses fidèles, pour résister par la force aux opérations de l’inventaire. le curé d’Aleu qui était venu prêter main forte à son collègue, a engagé aussi tôt les habitants à la résistance à outrance, terminant par ses paroles « : nous résisterons jusqu’au bout, car nous préférons mourir dans le sang plutôt que de vivre dans la boue ».
La perception adressa quelques paroles à la foule, pour protester contre les allégations du desservant, et déclara que la loi recevrait son exécution.
En présence de la résistance passive qui lui était opposée, il prit le parti de se retirer.
Je dois ajouter que cette population est composée de très bons contibuables et de gens très paisibles, qui avaient crû devoir protester, non contre le percepteur, mais contre l’application de la loi.
Il est à présumer qu’aucun incident grave ne se produira lorsque l’agent auxiliaire des domaines se présentera de nouveau pour faire l’inventaire ;mais il faut n néanmoins s’attendre, cependant, à une très vive résistance de la part des gens qui ont la certitude que le droit de propriété qu’ils ont sur leur église, se trouvera menacé et deviendra illusoire. »
Doc 2 et 3: Cartes postales et photographie parue dans l'Illustration . « Ours des Pyrénées, inventaire de Cominac… ». 6 mars 1906
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Opérations
d’inventaires : Cominac d’Ercé.
Le 6 mars 1906 cette
communauté villageoise avec son curé prenait une décision originale et
spectaculaire pour faire fuir le représentant de l’Etat.
En effet, des ours , à
l’apparence redoutable, participaient à cette manifestation pour empêcher le
bon déroulement de cet inventaire.
La loi de la séparation
des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905 , mettant fin à un siècle de
Concordat , imposait l’inventaire des biens des paroisses par le décret du 29
décembre.
En Ariège les opérations
débutaient à partir du 29 janvier et se poursuivaient jusqu’au 10 mars 1906.
L’analyse des trois cent soixante huit inventaires démontre que l’application
de ce décret ne s’est pas faite sans incidents.
La résistance s’est
organisée de façon passive, simple protestation, ou de manière violente. A
Camarade dans le canton du Mas-d’Azil le percepteur était accueilli par un jet
de pierres, de morceaux de bois et d’œufs.
Ces incidents doivent être
remis dans le contexte local pour en comprendre l’essence. Il s’agit ici d’une contestation traditionnelle contre
tout élément venant de l’extérieur. L’histoire de l’Ariège est bien pourvue en
exemples illustrant cette démarche peu commune : l’obstruction.
Les Ariégeois sont-ils au
plus profond d’eux-mêmes conservateurs ou tout simplement très attachés à leurs
usages ?
Ce n’est pas ici une
remise en cause de l’idéologie républicaine mais un problème de mentalité.
De plus l’incident de
Cominac prouve la cohésion sociale des habitants face aux agressions de
l’administration. La carte postale visualise bien cette force qui unit les
hommes. Et le rapport établi par le préfet , relatant cet événement, ne fait
que conforter cette idée : lorsqu’il arriva, le percepteur se trouva à
l’église , en présence d’une foule compacte d’environ 300 personnes¨.
Par ailleurs ce percepteur
, sûrement peu rassuré par la vision effrayante des ours et l’air patibulaire
des villageois, a écouté la protestation lue par le curé, chef de file, de
cette résistance.Le desservant expliquait
que l’édifice et son mobilier appartenaient aux paroissiens et surtout aux
montreurs d’ours : « Ceux qui ont bâti notre église n’étaient pas
riches ; c’est en promenant un ours à travers les campagnes du Canada et
sous le soleil brûlant du Mexique qu’ils ont amassé les sommes qu’a coûté cette
bâtisse ».
Le curé avait revêtu ses
vêtements liturgiques donnant à cette péripétie un caractère solennel et
institutionnel . A ce moment là l’Eglise était présente avec son refus de la
loi.
Puis le percepteur préféra se retirer plutôt que de forcer le
passage vers l’église. L’ours devenait ainsi le héros de cette journée.
Enfin le choix de cet
animal , gardien des lieux, est significatif . L’Ariégeois et l’ours sont deux entités inséparables. Leurs deux
histoires sont liées. L’ours accompagne
encore cet homme dans son univers onirique car il tient une importante
place dans la mythologie pyrénéenne. D’autre part on lui attribue un pouvoir
magique d’où sa participation à des rites de fécondité ou de guérison.
Après
avoir pris connaissance du rapport réalisé par le préfet sur cette opération
d’inventaire, résumez l' épisode de la résistance d’un village ariégeois aux
inventaires.
Pourquoi
cet inventaire a-t-il marqué l’histoire du département ?
Cet
événement a –t-il eu un impact national ? Justifier votre réponse en
utilisant le document extrait de l’Illustration ( document 3)
Mettre
en relation des documents.
Peut-
on aussi affirmer que cet épisode de l’histoire de l’Ariège a été
préparé ? Justifier votre réponse en utilisant les deux documents
fournis : la carte postale et la page tirée de l’Illustration.
Aller
plus loin dans les recherches.
Démontrer
que l’histoire de l’ours est indissociable de celle des Ariégeois au cours des
siècles.
Elargir
l’étude de ce thème : les autres incidents.
L’application
de la loi de 1905 provoque de nombreux signes de protestation en Ariège.
Dressez
une liste des différentes formes de résistance aux inventaires en utilisant le
document tiré du répertoire de la série V des Archives départementales de
l’Ariège (document 4 )
Inventaire de Saint-Jean -de-Verges. 28 février 1906.
Doc1. Transcription d’un extrait du chapitre II « Biens de l’Etat des départements et des communes dont la fabrique n’a que la jouissance »
« Presbytère composé au rez-de-chaussée de trois pièces, 1er étage, 3 pièces, 2e étage galetas. Le presbytère est clôturé. Une cour précède l’entrée de l’habitation. Appartient à la commune, figure au cadastre sous le N° 398, section C pour une contenance de 2 ares. Le sol peut être évalué à 180 francs. Le jardin attenant au presbytère se trouve compris dans l’enclos. Appartient à la commune et figure au cadastre sous le n° 391 section C pour une contenance de 3 ares70 centiares. »
Doc 2. Transcription d’un extrait du chapitre I : « Biens de la fabrique de Saint-Jean -de-Verges »
| N° ordre | description des biens | Estimation | ||
| Dans la nef | ||||
| 1 | 40 chaises paille et pliantes disséminés dans la nef | 30 | ||
| 2 | 6 bancs à dossier | 6 | ||
| 3 | 16 bancs sans dossier | 5 | ||
| 4 |
7 tableaux, gravures couleurs, cadre bois, surmonté d’une croix 40x6, représentant le chemin de la Croix |
3,50 | ||
| 5 |
Une statue plâtre peint, représentant St Antoine tenant un enfant sur les bras et reposant sur un socle de bois forme conique, attaché au mur par des passes en fer et entouré de fleurs artificielles et 3 petits vases. Hauteur de la statue : 1, 20 m environ |
12 | ||
| 6 | Côté gauche de la nef | |||
| 7 |
7 tableaux, gravures couleurs, cadre bois, surmonté d’une croix 40x6, représentant le chemin de la croix |
12 | ||
| 8 |
renfermant une relique à 4 faces dont 3 vitrées, intérieur velours rouge, surmontée d’une croix reposant sur un socle haut de 40x30 sculpté avec chromos intérieurs 30x20 surmonté d’un chapiteau sculpté |
10 | ||
| (....... | .................................................................................................................................... | ...........) | ||
| Dans la sacristie | ||||
| (.........................................................................) | ||||
| 36 | 1 voile de calice | 3 | ||
| 37 | 1 voile | |||
| 38 | 2 surplis | 6 | ||
| 39 | 6 robes blanches enfants de choeur | 6 | ||
| --------------- | ------------------------------------------------------------------------------------------------ | |||
| 46 |
|
5 | ||
| 47 | Ostensoir argent doré | 20 | ||
| 48 | Encensoir avec navette métal blanc | 2 | ||
| 49 | Un bénitier portatif et goupillon métal argenté | 2 | ||
| 50 | 2 burettes verre et plateau | 1 | ||
| 51 | Un calice en argent et sa patère | 20 | ||
| 52 | Une sonnette | 0,50 | ||
| 53 | Un plat à quêter métal | 0,50 | ||
| .......... | ..................................................................................................................................... | ......... |
Doc
3: Extrait du commentaire du percepteur
inscrit en bas de page
« Les descriptions et évaluations ont été exclusivement faites par le percepteur des Contributions directes, dûment commissionné et assermenté, spécialement délégué par M.le Directeur des Domaines de Foix, sur le refus formel de M.le Desservant de signer et d’aider dans les évaluations »
Contexte 2
L’
inventaire Saint- Jean -de -Verges est
peu banal. En effet il ne se borne pas à une liste exhaustive des biens de
cette église comme la plupart des inventaires réalisés à ce moment là.
Cette démarche, consistant à inventorier les biens
des établissements religieux, n’est pas récente puisqu’en 1793 à l’époque de la
Révolution un semblable travail avait déjà été fait. L’histoire de 1906
est-elle la réplique de celle d’hier ?
La Convention , par décret du 10 septembre 1792,
avait ordonné l’inventaire de tous les objets appartenant aux églises. On avait
confisqué les propriétés immobilières qui servaient à l’entretien du culte.
Cet inventaire est un état des lieux qui peut être
considéré comme une source remarquable de renseignements. Il fournit des
éléments pour comprendre l’édification de ce monument de style roman et permet
d’esquisser une histoire de cette bâtisse avec son évolution au cours des
siècles. Il en donne l’architecture avec ses matériaux.
On apprend que cette église ne possède qu’une seule
nef terminée par une abside ronde et que deux absidioles encadrent l’abside.
Puis la description de l’intérieur est très
précise avec son décor, son mobilier,
ses tableaux, ses reliquaires, ses statues et son harmonium.
Ce descriptif donne aussi des indications sur les
desservants de cette paroisse. Les paroissiens leur ont rendu hommage par des
plaques ¨ en marbre noir avec des inscriptions dorées ¨ car ils ont contribué à
la conservation de ce patrimoine.
Enfin, on découvre l’ environnement immédiat qui se
compose d’un jardin et d’un presbytère.
Suggestions
pédagogiques 2
Q1 : Quelles sont les
caractéristiques de cet inventaire ?
Q2 : Que nous apprend le
commentaire du percepteur sur le contexte ariégeois ?
Q3 : Cherchez d’autres formes
de résistance aux inventaires ?
LE REFLETS DES DEBATS DANS LA PRESSE , dans le département de l'Ariège
Quelles
sont les réactions et les prises de position des Ariégeois,au
moment de la mise en oeuvre et de l'application de la loi de séparation
des Eglises et de l'Etat ?
Contexte général :
Les
Ariégeois réagissent très diversement à la loi. Les députés radicaux ou
radicaux-socialistes ont voté la loi et
sont soutenus par une grande partie des habitants.
L'Ariège
est, en effet, un département très
républicain ( voir la carte)
La loi de 1905 provoque cependant des réactions outrancières des catholiques conservateurs ( voir les extraits de La Croix d'Ariège ) et même parfois des réactions inattendues et des situations cocasses dans les villages.
Comment la presse locale s'inscrit-elle pleinement dans les débats nationaux ?
Documents : 1,2 et 3
Document n°1 < Rome contre la Nation > extrait du journal le Républicain Saint-Gironnais du 2 septembre 1906. 2 Per 93 /1906.
|
« Rome contre la
nation
La loi 9 du décembre
1905 qui a établi la séparation des Eglises et de l'Etat
était une loi essentiellement libérale. |
Document
n°2
< Nos trois députés assassins > Extrait
du journal la Croix de l'Ariège du 6 mai 1906 . 2
Per 50 / 1906.
|
« Nos trois députés …assassins ! Voilà encore un bien gros
mot jeté à la face de nos trois représentants. |
Document
n° 3 <
La loi de Séparation : attention au traquenard >Extrait
du journal la Croix de l'Ariège du 5 août 1906. 2
Per 50 /1906.
|
Un appréciateur non suspect, M.Flourens, ancien ministre des affaires étrangères a fait paraître sur la loi de séparation une étude très remarquée. Voici ce qu'il dit de cette loi dans la lettre qu'il adressait au journal l'Éclair : « Croyez-en mon expérience d'ancien directeur des cultes ; la loi de 1905 est un épouvantable traquenard tendu aux catholiques. La franc-maçonnerie prépare le krach du catholicisme. C'est un triomphe que nous devons faire tous nos efforts pour lui ravir. Beaucoup de catholiques sincères auront les yeux dessillées et ne tomberont pas dans le piège » Voilà une affirmation qui mérite de contrebalancer les doucereuses protestations de ceux qui ont fabriqué la loi ». |
La
presse locale s' engage dans les débats qui animent la vie politique nationale.
Elle devient l' instrument de cette controverse passionnée , provoquée
par
la loi de 1905, entraînant dans son sillage l' opinion publique.
Le
journaliste du Républicain Saint-Gironnais rassure ses lecteurs par des arguments rationnels et désire
ramener le calme dans les esprits .
En
revanche, le journaliste de La Croix d' Ariège, reprend les idées du pape Pie X , dans ses articles et exprime les idées des
catholiques les plus réactionnaires.
Suggestions pédagogiques :
Q1 :Comment le journaliste du Républicain
Saint-Gironnais argumente-t-il en faveur de la loi de 1905 ( doc1) ? Retrouvez
les arguments utilisés.
Q 2 :Pourquoi peut-on dire que les propos
du journaliste de La Croix de l' Ariège sont outranciers et
diffamatoires ? Cette article témoigne de l' obsession d' un complot.
Montrez-le. ( doc 2 et 3)
Q 3 : Aujourd' hui en France, de tels écrits ( doc
2 ) seraient-ils publiés ?
Justifiez votre réponse.
Peut-on
parler de l'émergence d'un courant anticlérical en Ariège au
moment de l' élaboration et de l' application de la loi de
1905 ?
Documents 4 et 5 :
Document
n° 4 :
un dessin tiré de <Almanac
patouès de l'Arièjo, 1906 > Page 56. 1
Per 180 /1906.
Document n° 5 : Une lettre adressée au préfet de l'Ariège par un habitant du village d'Amplaing en Haute Ariège. 9 V 88
|
Doc.5. Lettre d' un habitant d' Amplaing au préfet de l' Ariège. 20 octobre 1906 «
La loi de séparation défend de payer aucun culte.
Mr le maire d'Amplaing donne au carillonneur 70 francs par
an. Si les cléricaux veulent dire des angélus et aller
à la messe, qu'ils payent le sonneur. La commune est pauvre,
et il faut faire des économies . Nous ne sommes pas obligés
nous qui n'allons pas à la messe de payer les caprices des
cléricaux. Que M. le maire paye un sonneur pour la fête
de la République, et cinq francs suffiront. Nous ne sommes
pas obligés de payer les caprices de Madame la Mairesse .
M. le maire gouverne la commune comme il lui plaît et non
pas selon ce que veut le conseil municipal. Quant on
n'est pas capable de gouverner une commune on donne sa démission.Le
conseil municipal est très mécontent du maire et on
ne se rend pas aux réunions.Qu'il
démissionne ! »
|
Contexte local :
L'Ariège
n'est pas un département marqué par le catholicisme. Mais la religion
populaire qui a conservé des superstitions ancestrales est importante
pour les paroissiens qui réclamaient
souvent les sacrements mêmes s'ils n'étaient pas pratiquants. Le
curé devait rendre des services tout en respectant les traditions du
village. Au moment des opérations d'inventaires, le
curé est souvent devenu le porte- parole des villageois attachés
à leur église, symbole de la communauté ( épisode
des ours). Inversement, les anticléricaux sont bien implantés
en Ariège. Ces deux documents illustrent
ce courant anticlérical.
Q
1 : Ce
dessin illustre t-il une démarche anticléricale en Ariège ?
Justifiez votre réponse en utilisant le document n° 4 avec sa
légende.
Q
2 : Ce trait anticlérical n'est
-t-il pas aussi présent dans les propos tenus
par l'habitant d'Amplaing ? Justifiez votre réponse par des arguments
tirés de cette lettre ( doc 5)
Puis expliquez quel est le rôle joué par cette loi dans la discorde entre les habitants d'Amplaing .
Comment
les représentants de l'Eglise ont-ils pu réagir au moment
de la mise en oeuvre de
cette loi de séparation ?
Documents 4 et 5 :
Document
n° 6 : une
lettre d'Antonin Martinet, habitant
de Coutens près de Mirepoix , au préfet de l'Ariège.
9V3
|
" Je viens avoir recours à vous Mr le Préfet et vous expliquer dans quelle
situation m' a mise le curé de Besset. L' année dernière lorsque le dit curé est
passé dans les maisons pour faire signer une liste à l' adresse de Mr Tournier
afin que celui-ci vote contre la loi de Séparation, mon père et puis moi en
bons républicains, avons cru de notre devoir en ne donnant pas notre signature.
Depuis toute ma famille est sous le coup de toutes les vengeances de la part de
ce prélat. Il
est allé même jusqu' à
nous prêcher en chair et nous interdire l' entrée de
l' église. Me trouvant
actuellement en instance de mariage et ma future ne voulant se marier
civilement, J' ai été obligé malgré
moi d' avoir recours au curé de Besset afin
de publier mes bans. J' ai été éconduit
d' une drôle de façon et il m' a
été dit
que puisque j' avais refusé de signer, lui se refusait de
me publier et que je
n' avais qu' à aller trouver Mr Tournier qui
me marierait. De ce fait ma future m' a mis en demeure de rompre ce qui
m' a laissé dans une mauvaise situation vu que nous avions acheté tout le
nécessaire pour notre mariage. Je vous dirai Mr le Préfet que le curé de Besset
dessert ma commune Coutens. Celle-ci lui fait une allocation annuelle de 250
francs ; étant un des trois de ceux qui paient le plus d' impositions dans
la commune je suis de droit un de ceux qui le paient le plus et devrais avoir
droit à ses services. Le budget qui a été voté en 1905 court jusqu' au mois de
mai 1906 ; le dit curé de Besset n' a donc pas le droit de refuser ses
services à Coutens puisqu' il est payé et qu' il n' a pas refusé ses
appointements. J' ai cru de mon devoir Monsieur le Préfet de vous signaler la
chose, vu que le curé de Besset n' a pas craint de briser ma situation ." |
Le
21 mars 1905 les débats commencent à l' Assemblée nationale. Les députés
s' affrontent sur le principe de séparation. Pour l' opposition aux députés du
parti radical, majoritaires au gouvernement,
elle est voulue principalement par les ennemis de l' Eglise ; la séparation risque de n' être qu' une
persécution religieuse. Pour la majorité des Républicains favorables à la
loi, elle
représente la liberté de conscience et
la liberté des cultes qui en est à la fois l' expression et
le corollaire ; la Séparation s' inscrit dans la lignée de la Révolution française.
Ce
projet de loi divise donc profondément
les députés.
Par
ailleurs le pape , Pie X , ne cache pas son hostilité au projet, ce qui renforce l' opposition de la majorité des
catholiques.
C' est
dans ce contexte national que le curé de Coutens lance une pétition pour demander au député de sa
circonscription de voter contre la loi.
Q 1 : Quel
a été le comportement de ce curé dans
ce village au moment du vote du projet de loi concernant la loi de Séparation ?
Dites pourquoi ?
Q2 : Quel projet d' Antonin Martinet a-t-il été entravé par le curé ? La situation peut-elle
paraître cocasse ? Expliquez
en trouvant les arguments dans la lettre d' Antonin Martinet.
LA NOUVELLE ORGANISATION DES EGLISES.
Comment les responsables politiques de l'Ariège appliquent-ils cette nouvelle organisation des églises ?
Documents
Document n° 1 :
Minute adressée par la préfecture à Monsieur le Conseiller Général , à Lavelanet,en
date du 4 avril 1906 . 9V 3.
|
Courrier de la préfecture de l'Ariège au Conseiller général de Lavelanet,
4 avril 1906 À M. le Conseiller Général, à Lavelanet |
Document n° 2 :
Arrêté
municipal réglementant les sonneries de cloches de Savignac en date du 15 juillet
1907 9 V 88
Contexte.
La loi régissant la nouvelle organisation Eglise-Etat est promulguée le 9 décembre
1905. A partir de cette date , l’Etat supprime de son budget ainsi que du budget
des communes, " toutes les dépenses relatives à l’exercice des cultes
" et cela en fonction des principes inscrits dans cette loi qui
met fin à la structure concordataire de Bonaparte qui permettait "aux
Ces deux documents évoquent l’application de la loi de 1905. Le premier document
met en évidence le problème posé par les nouvelles modalités, concernant les
traitements accordés aux prêtres par les budgets communaux . Le second document
fait état d’une décision prise au cours d’une délibération du conseil municipal
de Savignac. Il s’agit ici d’un règlement , en parfaite harmonie avec la loi,
se rapportant aux sonneries des cloches.
Suggestions pédagogiques :
Objectif : les élèves analysent des décisions prises au niveau local en fonction de la loi de 1905 .Ils s’interrogent sur les effets de cette loi au niveau du département et sur les difficultés d’application.
Questions
:
1.Les responsables politiques de l’Ariège sont-ils soucieux d’appliquer les
nouvelles dispositions de la loi de Séparation, concernant le traitement des
prêtres? Justifiez votre réponse à l’aide du document n°1
2 Pourquoi la commune de Savignac décide-t-elle de réglementer les sonneries
des cloches ? Expliquez en utilisant le document n° 2.
Corrigé.
1. Cet échange de courrier entre les dirigeants politiques de ce département,
prouve que ces hommes sont attachés aux principes édictés par la loi. En effet
le Conseiller Général s’interroge sur les dispositions prises par des maires,
ayant trait aux traitements des prêtres des communes de Dreuilhe et de St-Jean-d’Aigues-Vives.
Le responsable du service de la préfecture évoque, dans sa réponse, les textes
officiels pour démontrer que ces décisions sont bien en conformité avec les
circulaires du gouvernement. De plus le député de cette circonscription semble
très attaché à l’application intégrale de cette loi dans son département, comme
le prouve ce document.
2. Cet arrêté de la municipalité de Savignac, près d’Ax-les-Thermes, met en
évidence la volonté de séparer le domaine religieux du domaine civil . En effet
il organise des sonneries dites "civiles" . Le maire occupe les cloches
toute la journée pour appeler les enfants à l’école, pour fixer l’heure, pour
alerter les villageois en cas de danger et pour commémorer les grands événements
locaux ou nationaux. Cette décision est en parfaite harmonie avec l’article
27, du titre V , concernant la police des cultes . La vie de tous les jours
dépend de ces sonneries qui prennent désormais une "résonance laïque
".
Comment les responsables ecclésiastiques ariègeois ont-ils réagi au moment
de la cession de leurs biens immobiliers ?
Documents.
Document n°1 :
" Note transmise au Sous- Préfet de Pamiers
par la Préfecture de Foix reprenant la circulaire du ministre de l'Intérieur
aux Préfets de France, en date du 12 décembre 1906 (9V 12).et
concernant les séminaires ". 9 V13.
![]() |
Note de la préfecture de l'Ariège transmises aux sous-préfets
|
Document n° 2: Cliquez pour agrandir et lire les textes.
| Circulaires du ministre de l'Intérieur aux Préfets de France, en date du 10 et du 13décembre 1906. | |
![]() |
|
Document n° 3 :
| Grand et petit séminaire : les bâtiments. | |
Contexte.
Ces documents évoquent directement ou indirectement la résistance passive du clergé de Pamiers
à la loi de 1905. En effet aucune association cultuelle, autorisée par l'article
4 de la loi, n'avait vu le jour pour remplacer la mense épiscopale. Ces associations
devaient :"subvenir aux frais, à l'entretien d'un culte ….les édifices
servant au logement des ministres du culte sont la propriété des associations."
Objectifs pédagogiques
Les élèves analysent les réactions du clergé ariégeois à l égard
de l'application de la loi. Ils s'interrogent également sur le nouveau statut
des bâtiments relatifs aux cultes et sur l'évolution de ce patrimoine religieux.
Travail possible à réaliser par les élèves en vue de répondre aux objectifs.
1) L'Etat accepte-t-il la résistance à la loi ? Expliquez à l'aide d'arguments tirés des documents
2) D'après la circulaire, que pouvez-vous dire de l'attitude des ministres
du culte de Pamiers au moment de l'application de la loi de 1905 ? Justifier
votre réponse.
Corrigé, compléments.
1) Le ton des circulaires, notamment les précisions du recours possible à la force publique (voir plus bas) ne laissent guère de doute sur la fermeté des intentions de l'Etat central en cas de refus patent des autorités ecclésiastiques.
2) Indirectement, la circulaire aux Préfets, prouve que les ministres
du culte de Pamiers s'opposent à l'application de la loi. Ils appliquent ainsi
les instructions de Pie X, pape combatif et peu disposé à pactiser avec une
République laïque. En effet aucune association cultuelle ne s'était constituée
dans la ville et cela dans "le délai d' un an prévu par la loi du 9
décembre 1905 "; le clergé se trouvait ainsi dans une situation
illégale et l'Etat réagit avec fermeté par rapport à cette attitude d'insoumission
: en effet le ministre écrit au préfet de l'Ariège pour lui dicter sa conduite " vous prendrez à cet effet les disposions nécessaires pour assurer
avec tact mais fermeté l'exécution intégrale de la loi ".
Histoire géographie. Académie de Toulouse.