Document introductif
Document 1
Document 2
Document 3
Document 4
Document 5
Document 6
Document 7
Document 8
Document 9
Document 10
Document 11
Document 12
Document 13
Document 14
Document 15
Document 16
Le texte de la loi...

 

La loi de 1905 dans le TARN

Dossier : recherches et conception par Elisabeth Claverie, Service Educatif des Archives du Tarn.
Mise en forme Web : Thierry Couët.

Dossier téléchargeable en format Pdf

Deux Tarnais pendant la période...

Carte
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Deux Tarnais ont participé à l'élaboration de la loi de Séparation du 9 décembre 1905, Emile Combes et Jean Jaurès. Ils sont tous deux favorables à la politique anticléricale et la séparation leur semble inévitable.

Emile Combes, né à Roquecourbe en 1835, fait ses études secondaires au petit séminaire de Castres puis ses études supérieures à Paris et rentre au grand séminaire d'Albi. Il enseigne chez les religieux, se destine à la prêtrise puis change d'orientation, se marie et décide de devenir médecin. Il s'installe à Pons en Charente, perd sa foi et se tourne vers la franc-maçonnerie et la République. Il exerce la médecine et s'intéresse à la vie politique ;conseiller municipal puis sénateur. Il est l'un des principaux dirigeants du parti radical et il devient président du conseil en 1902. Il fait fermer certaines congrégations en juin 1902 puis fait voter la loi du 7 juillet 1904 qui interdit l'enseignement aux congrégations. Il prépare la séparation mais elle n'est réalisée qu'avec son successeur, Rouvier.
Il n'a pas vécu dans le Tarn, y passait parfois pendant les vacances. Son anticléricalisme lui fut reproché et les Tarnais ne l'appréciaient guère ; c'est "le petit père Combes" , "le bouffeur de curé". Ainsi, aux Archives départementales du Tarn, il a été impossible de trouver des photos de Combes, seulement des caricatures pas très élogieuses. L'histoire et surtout les Tarnais n'ont retenu que les lois contre les congrégations, or cet homme a eu pendant de longues années des responsabilités politiques ; n'est-ce pas un peu réducteur ?
Connaissez-vous dans le Tarn des lieux publics qui portent son nom ?
Oublié dans le Tarn et à Roquecourbe pendant longtemps, une plaque a été apposée depuis quelques jours (en juin 2005) sur la maison où il vit le jour afin que les passants se souviennent....

Jean Jaurès, né à Castres en 1859, reçu à l'agrégation de philosophie après de brillantes études, il enseigne à Albi puis à la faculté de lettres de Toulouse. Brillant orateur, il est attiré par la vie politique et devient député en 1885 dans la circonscription de Castres (où il est battu en 1889). Dès le début des années 1890, le Républicain s'approche du socialisme et défend les mineurs de Carmaux. Principal adversaire du marquis de Solages, il est élu député dans le nord du Tarn en 1893, réélu en 1902, en 1906, en 1910, en 1914 mais battu en 1898. Rôle politique local mais aussi national ; en 1903 il est vice-président de la Chambre et appuie le gouvernement Combes. Il joue un rôle important dans l'élaboration de la loi de séparation du 9 décembre 1905. La même année, il contribue à la naissance de la SFIO.
S'opposant à la guerre, il est assassiné le 31 juillet 1914. Sa popularité n'a cessé de progresser ; image d'un martyr puis d'un visionnaire dans plusieurs domaines...
Le contexte est totalement différent du personnage précédent puisque Jaurès était connu et reconnu dans le Tarn pour les nombreuses causes qu'il défendait.
On ne compte plus dans le Tarn les lieux publics en son honneur et vous pouvez aller à la rencontre des mineurs retraités de Carmaux ; ils vous conteront des histoires, des anecdotes sur Jaurès....

Tableau général des documents et des commentaires

Nature
Date
Commentaire
Questions
0 - Article de Jean Jaurès, la Dépêche 15 août1904
1 - Protestation de l'archevêque lors de l'inventaire de la cathédrale Sainte Cécile à Albi. (II V 18) 14 février 1906
2 - Rapport de gendarmerie de Castres (II V 16)
le 26 février 1906
3 - Rapports du commissariat de Mazamet pour l'inventaire de l'église Saint-Pierre des Plos mars et novembre 1906
4 - Journal la Voix de la Montagne 1er février 1906
5 - Lettre pastorale de Monseigneur Mignot au clergé et aux fidèles de son diocèse 28 février 1906
6 - Les écoles congréganistes dans le Castrais 22 août 1904
7 19 novembre 1909
8 23 août 1911
9 7 juillet 1906
10 octobre-novembre 1907
11 20 juin 1907
12 4 juin 1904
13 30 mai 1907
14 7 février 1912
Cliquez
15 25 avril 1906
16 - 2 articles de journaux à la veille des législatives de 1906 : la Dépêche et l'Union Libérale 3 mai 1906 (D) 5 mai 1906 (UL)


Document O (Introductif).
Article de Jean Jaurès dans la Dépêche du 15 août 1904


Dépêche

Comment évoquer les évènements de la période sans prononcer le nom de Jean Jaurès ?
Il semblait assez judicieux d'approcher le concept de Séparation des Eglises et de l'Etat en commençant par l'article de Jaurès dans la Dépêche le 15 août 1904. Introduction idéale puisqu'il explique les fondements de la Séparation et son inéluctabilité.
Quels sont les arguments du tribun tarnais ?
La presse de droite et ses lecteurs pensent que la Séparation est impossible ; c'est une atteinte à la liberté religieuse. Jaurès l'estime inévitable en raison des faits avérés depuis les élections législatives de 1902. La présence du Bloc des gauches a ravivé la querelle religieuse ; certains ecclésiastiques résistent à la loi sur les congrégations, des évêques protestent et Pie X s'oppose à la France. Le Saint-Père, représentant du pouvoir spirituel, outrepasse son rôle et s'immisce dans le temporel. Face aux assauts ecclésiastiques, le Concordat de 1801 n'a plus de raison d'être.
Les élections municipales et cantonales de 1904 revêtent une importance capitale pour l'application des lois laïques votées par le parlement. Aux municipales du 1er mai, la gauche progresse avec le glissement de villes comme Paris et Toulouse. Dans le Tarn, elle se renforce dans des bastions déjà acquis comme Albi avec Edouard Andrieu, Carmaux avec Jean-Baptiste Calvignac et gagne certaines communes du sud comme Dourgne et les Cammazes. Les cantonales du 31 juillet, quelques jours seulement après la loi du 7 juillet interdisant aux congrégations d'enseigner, confortent l'ancrage à gauche : le nouveau conseil général tarnais a 25 conseillers de gauche sur 36 ! Ces résultats confirment-ils l'adhésion de la majorité des Tarnais à la politique anticléricale du début du XXe siècle ? Pour Jean Jaurès, 1904 est une année de transition et de tension qu'il convient d'apaiser grâce à la Séparation des Eglises et de l'Etat.

La laïcité est un concept qui progresse sous la IIIe République, des lois Jules Ferry à la Séparation des Eglises et de l'Etat. L'idée de séparation est en germe dès les années 1880 mais les Républicains pensent que c'est encore prématuré. Les lois Ferry et la loi Goblet de 1886 entraînent une première période de tension entre catholiques et anticléricaux tarnais. C'est l'usage du "manuel d'Instruction civique et morale" rédigé par le député républicain Gabriel Compayré qui met le feu aux poudres ; le conflit dure de 1882 à 1884, semblable à une guerre civile. La rancoeur des Tarnais contre les lois Ferry se reporte sur le manuel Compayré. Que lui reproche-t-on ? Un des personnages du manuel affirme que le plus important lors d'un mariage est le passage à la mairie et non à l'Eglise.(ADT Série I V 212-217, Attitude politique du clergé au sujet de l'application de la loi du 28 mars 1882 sur l'enseignement primaire (affaire des manuels Paul Bert et Gabriel Compayré). Le clergé réagit très vite, rejète l'ouvrage et menace les parents de refuser l'accés à la première communion pour leurs enfants. En décembre 1882, la Congrégation de l'Index à Rome condamne quatre manuels de morale républicaine dont celui de Compayré ce qui conforte certains membres du clergé dans leur hostilité. (FAURY Jean, Cléricalisme et anticléricalisme dans le Tarn (1848-1900), UTM, 1980).A partir de 1884, la tension retombe peu à peu dans le département comme sur l'ensemble du territoire.
Une deuxième période de tension entre cléricaux et anticléricaux s'amorce dès le début du XXe siècle. Dans la loi Waldeck-Rousseau sur les associations en 1901, l'article 13 est dirigé contre les congrégations religieuses ; il précise qu'elles ne peuvent se former sans autorisation législative et que les membres non autorisés n'ont pas le droit d'enseigner. Son successeur Emile Combes, né à Roquecourbe, prend des mesures radicales en faisant fermer en juin 1902 les écoles créées depuis la loi de 1901 et celles qui n'ont pas demandé d'autorisation puis la loi du 7 juillet 1904 interdit tout enseignement congréganiste.
Faut-il penser comme l'affirme Jaurès dans le titre que la Séparation est inévitable, qu'il n'y a pas d'autre issue ?
Outre le fait que Jean Jaurès et Emile Combes soient des Tarnais,( pour des détails voir Maurice GRESLE-BOUIGNOL .(sous la dir.), Les Tarnais, FSIT,)1996, Albi.)quelles sont les particularités du département à l'approche de la Séparation ? Comment les Tarnais se sont-ils comportés : comme les départements voisins, comme la majorité des Français ou bien se sont-ils singularisés ?

Document 1 : protestation de l'archevêque d'Albi lors de l'inventaire de la cathédrale Sainte-Cécile, 14 février 1906.

Identification du document

Protestation adressée à Monsieur l'Inspecteur des Domaines à l'occasion de l'inventaire de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi le 14 février 1906
L'auteur est Monseigneur Mignot, archevêque d'Albi
C'est le début des inventaires, suite à la loi du 9 décembre 1905 de la Séparation des Eglises et de l'Etat ; comment réagissent les membres du clergé et les fidèles dans le Tarn ?

Analyse :

Pour l'inventaire de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi, l'archevêque Monseigneur Mignot, rédige une protestation, annexée ensuite au dossier. Dans le premier paragraphe, il montre que la protestation du clergé est inévitable ; il ne peut accepter le principe de l'inventaire. Le 2 janvier 1906 une instruction de la direction générale de l'Enregistrement prescrit à ses agents de demander aux prêtres l'ouverture des tabernacles. Ce document maladroit est source de contestation. Les premiers inventaires se déroulent fin janvier et la presse relate les incidents à Bastia, à Saint-Omer et à Paris. Le clergé essaie d'apaiser les esprits en recommandant aux fidèles d'adopter une attitude passive tout en lisant une protestation. Monseigneur Mignot rappelle qu'il contrôle l'ensemble des établissements ecclésiastiques du diocèse et qu'il dépend du Pape. Les catholiques ont été affectés par la politique anticléricale menée depuis le début du XXe siècle. La loi Waldeck Rousseau de juillet 1901, prévoyant la liberté pour la création des associations laïques non pro fessionnelles mais ne s'étendant pas aux congrégations exclues du droit commun, puis la loi du 7 juillet 1904 d'Emile Combes, natif de Roquecourbe, président du Conseil de 1902 à 1904, interdisant aux congrégations d'enseigner. Par la loi du 9 décembre, les catholiques craignent la dépossession des biens de l'Eglise. L'archevêque rappelle qu'il autorise l'inventaire afin de respecter la loi puis il décline toute responsabilité pour la suite des évènements.
La modération est souvent imputée à l'archevêque d'Albi. Il considère que toute manifestation doit être passive ; ainsi dans le numéro suivant de la "Semaine religieuse", il félicite les fidèles de leur tenue lors de cet inventaire mais blâme les excés de quelques uns. Cependant il endosse la responsabilité des manifestations faites ensuite dans les autres paroisses ; sa protestation a valeur d'exemple pour les fidèles et les prêtres.
Pour comprendre ces évènements, il est utile de préciser qui est Monseigneur Mignot.(Pour plus de détails : LACGER (chanoine Louis de), E.I. Mignot (1842-1908) archevêque d'Albi, Albi, 1918, 50 pages.)
Archevêque d'Albi à partir de 1899, il s'entoure de deux prêtres, Rous et Birot. Mignot est un modéré, soucieux d'agir dans la légalité. Il essaie d'apaiser le clergé afin d'éviter toute violence et pense comme l'abbé Birot, que les catholiques doivent s'adapter à la loi de 1905 et participer aux mouvements afin d'en être les modérateurs. Le 11 février 1906, le pape Pie X condamne la loi par l'Encyclique "Vehementer Nos" puis décide de réunir une commission de l'épiscopat français avec les cardinaux, deux archevêques et deux évêques. L'un des deux archevêques est Monseigneur Mignot. A Paris, il est élu secrétaire général par 74 évêques français. Il faut dire qu'il représente la tendance moyenne entre ceux qui acceptent la loi et les adversaires. Il rédige sur les associations cultuelles qu'il appelait "associations fabriciennes" un mémoire de 36 pages que l'abbé Birot porte à Rome. Mais Pie X en décide autrement et l'Encyclique "Gravissimi Officii" interdit les associations cultuelles le 10 août 1906. Monseigneur Mignot souhaitait une autre solution mais il s'incline devant la décision pontificale. Il quitte alors le Palais de la Berbie, résidence de l'archevêque, puisque les bâtiments religieux sont désormais entre les mains de l'Etat.Cet épisode de la vie de Monseigneur Mignot suffit à montrer qu'il eut une influence bien au-delà du diocèse d'Albi.(LUGAN A., L'esprit et le coeur de Mgr Mignot, Albi, 1918, 8 pages).

Intérêt du document

La protestation de l'archevêque est un peu ambigu ; il agit dans le respect de la loi, recommande la passivité mais décline toute responsabilité quand commence l'inventaire. Elle a cependant valeur de symbole pusque Mgr Mignot dirige le diocèse. Les ecclésiastiques agissent-ils de manière similaire dans leur paroisse ? Effectivement de nombreux prêtres rédigent une protesta tion puis s'en vont ou bien s'enferment dans l 'église avec les fidèles. Ils ne veulent pas être à la tête de mouvements de contestation mais les approuvent.
La suite des évènements : l'inventaire n'a pu être fait ce jour là, l'agent des Domaines n'ayant pas insisté face à la foule présente dans la cathédrale, environ mille personnes. Il a été remis au 28 février, effectué sans incident et sans que la population ne soit avisée. Lors des premiers inventaires, les paroissiens étaient prévenus et parfois mobilisés sur ordre du curé ou d'une personnalité politique locale. Par la suite, les inventaires ont lieu à l'improviste.

Fiche pédagogique

Voici un article (page suivante) extrait du  Journal du Tarn du samedi 3 février 1906, journal qui défend l'Eglise et dont J. Sablayrolles est un fervent représentant.

Questions :

- 1 -Ce journal paraît 2 fois par semaine : est-ce un bi-mensuel ou bi-hebdomadaire ?

- 2 -Qu'est-ce qu'une chronique ?

- 3 -Pourquoi le titre de l'article est-il à la forme interrogative ?

-4 -Qu'attendent les catholiques ?

-5 -Que signifie : « j'attends les instructions de mon curé » ?

-6 - Quel lien peut-on établir entre cet article daté du 3 février et la protestation de Mgr Mignot du 14 février ? Expliquez.

-7 -Citez les expressions qui montrent le parti pris par l'auteur de l'article

-8 -Essayez de résumer cet article en 1 ou 2 phrases.

Document 2 : rapport de gendarmerie de Castres, 26 février 1906.

Identification du document

- Rapport de gendarmerie de Castres le 26 février 1906.
- L'auteur est le capitaine Béringuier, commandant la section de Castres.
- Inventaire de deux églises de Mazamet. Plusieurs inventaires ont été effectués dans le département. La contestation augmente depuis que le journal « La Croix » a publié le 18 février 1906 l'Encyclique « Vehementer Nos » du 11 février où le pape Pie VI condamne la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat .

Analyse

Le document peut être séparé en plusieurs parties :
Les préparatifs : prévenue par la presse, la population se prépare dès la veille en vue de l'inventaire des deux églises. Une partie des fidèles se barricade dans l'église en attendant l'arrivée des autorités chargées d'effectuer l'inventaire et une autre partie surveille l'extérieur du bâtiment religieux. De son côté, la gendarmerie envoie pendant la nuit une cinquantaine d'hommes, cent cavaliers et trois cents artilleurs. L'important dispositif déployé laisse présager de la difficulté à réaliser les inventaires dans la région de Mazamet. Le tocsin sonne dès le petit matin et les fidèles chantent à l'intérieur de l'église.

Le déroulement : les représentants de l'Etat chargés d'effectuer l'inventaire arrivent, encadrés par le sous-préfet et le commissaire de Mazamet à l'église Notre-Dame, par le commissaire spécial Simon à l'église Saint-Sauveur. Les sommations faites, les portes sont enfoncées comme l'autorise la loi. A l'extérieur se produisent des bagarres, inévitables mais sans gravité : c'est ainsi qu'un canonnier, frappé par une pierre, charge les manifestants « sabre au clair », blessant une jeune fille. Le rôle des femmes doit être souligné. Elles sont en général présentes lors des inventaires, concernées par la sphère religieuse. Elles se montrent très virulentes, n'hésitant pas à braver les interdits (jets de pierres,de boue, crachats,etc...) et font preuve d'un grand fanatisme ; l'image de la femme, garante des traditions et de la religion apparaît dès le début du XXe siècle pour défendre le catholicisme.
Les épouses des hommes politiques locaux donnent souvent l'exemple. A l'intérieur des églises, l'inventaire peut se faire grâce à la présence du député Amédée Reille. Profondément attaché au catholicisme, il défend les fidèles lors des inventaires, dans de nombreuses communes. Pour bien comprendre son rôle, il convient de préciser l'importance de la famille Reille dans le Sud du Tarn.
- La famille s'est imposée dès le XIXe avec René Reille, député à partir de 1876. A sa mort en 1898, ses fils Xavier et Amédée lui succèdent dans l'arrondissement de Castres. Ils combattent les différents gouvernements qui ont une politique anticléricale. Ils adhèrent à l'Action Libérale Populaire de Jean Piou et défendent l'Eglise dès l'expulsion des congrégations en 1904. Lors des inventaires, ( BOUDOU Sonia, Une dynastie dans le Tarn : la famille Reille-Soult de la fin XIXe au milieu du XXe siècle, 1997, UTM.) ceints de leur écharpe, ils incitent les fidèles à protester cependant leur présence évite les excés et permet le déroulement de l'opération. Ils sont là pour montrer leur solidarité avec la population, pour s'opposer à la politique anticléricale du gouvernement mais modèrent tout mouvement de foule. Ils ont le souci de rester dans la légalité et c'est ainsi qu'ils facilitent parfois la tenue des inventaires dans les communes du sud-est du Tarn.(DOUEIL Pierre, Géographie électorale du Tarn, un siècle de comportement politique, 1848-1951, 1953, Castres). Comme l'avait fait la baronne René Reille, leurs épouses interviennent auprès des femmes en organisant des conférences dont l'objectif est de défendre et même de financer écoles libres et ouvroirs pour donner une bonne éducation aux jeunes filles. Les députés sont vénérés par les habitants et bénéficient d'une forte popularité dans l'ensemble de l'ar-rondissement à tel point qu'on avance les termes de « fief de la famille Reille » et de la « dynastie Reille ». Ils préparent, à travers les inventaires, les élections législatives de mai 1906. La campagne porte ses fruits puisqu'ils sont réélus avec une confortable majorité dès le premier tour, Amédée Reille à Mazamet et Xavier à Castres. Ils dominent la vie politique dans le sud du Tarn, près de la Montagne Noire, zone de forte pratique catholique et de présence protestante.

Intérêt du document

L'inventaire a pu se faire dans une commune difficile en déployant des moyens exceptionnels dès le mois de février. Le sud est est réfractaire à l'opération et plus des trois-quart des inventaires ne peuvent aboutir en février-mars 1906. Selon le Journal du Tarn, 1le Tarn appartient à l'ensemble des dix départements français où il reste plus de cent inventaires à effectuer avec l'Ardèche, l'Aveyron, les Côtes du Nord, le Doubs, le Finistère, l'Hérault, la Haute-Loire, la Lozère et la Manche.
Il faut tenir compte du rôle que peut avoir une famille qui s'implante politiquement. Des liens très forts se tissent au fur et à mesure entre les habitants et les Reille-Soult ; c'est le clientélisme sous ses aspects les plus révélateurs.

C'est la synergie entre les deux qui rend possible l'inventaire.

Fiche pédagogique Public visé 4e, 3e

1 - L'inventaire des deux églises de Mazamet oppose 2 camps, lesquels ?
Complétez le tableau en essayant de noter toutes les personnes citées dans l'inventaire.

  ..................................................... .....................................................
Représentants de l'Etat    
Représentants de l'Eglise    
Habitants    

2 - Décrivez en une vingtaine de lignes l'inventaire de l'église de Notre-Dame en tant que manifestant contre l'inventaire ; vous défendez l'Eglise et devez le montrer de façon significative. Distinguez 3 parties : les préparatifs, le déroulement et le bilan.
3 - Quelles sont les particularités de cet inventaire ? Expliquez.

Sources
ADT Série II V 16, Inventaires, Ensemble des opérations, janvier-décembre 1906, rapports de gendarmerie

Document 3 : Rapports du commissariat de Mazamet pour l'inventaire de l'église Saint-Pierre des Plos


Identification du document II V 25

Rapports du Commissariat de police de Mazamet le 2 mars et le 20 novembre1906
Inventaire de l'église Saint-Pierre des Plos, à proximité de Mazamet. Suite à la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat du 9 décembre 1905, les inventaires doivent s'effectuer dès les premiers mois de 1906. Qu'en est-il dans une paroisse isolée près de la Montagne Noire ?

Analyse
A) Inventaire prévu le 2 mars 1906 :
Les faits sont relatés par deux gardes-champêtres de Mazamet. L'église Saint-Pierre des Plos est isolée, en pleine montagne et peu accessible. Le tocsin sonne pour donner l'alarme ; la population est en alerte et empêche toute approche de l'église d'où sortent environ cinq cent personnes armées. Menacés de toute part, les gardes-champêtres décident de rebrousser chemin et conseillent au receveur des domaines de ne pas s'y rendre.L'inventaire ne peut donc être effectué dans cette paroisse. Saint-Pierre des Plos est isolé dans la Montagne Noire, avec une population rurale dispersée, profondément attachée au catholicisme et prête à tous les excés pour défendre « son église ». Le commissaire note à ce propos « Très grand danger d'approcher de cette bande car ils sont très surexcités et décidés à frapper et à tuer s'ils le peuvent » La mobilisation est forte et des hommes venus de villages parfois assez éloignés défendent la religion. Cette tentative d'inventaire a donné lieu à plusieurs rapports de police ; ils s'accordent tous à souligner les excés de cette population qu'ils qualifient d'ignorante, de fanatique, connue dans le pays pour la violence de ses moeurs qu'elle revendique fièrement. Face aux difficultés de certaines contrées françaises et aux rapports alarmistes des préfets, le ministre de l'Intérieur Clémenceau et le ministre des cultes Briand, donnent l'ordre de suspendre les opérations d'inventaires si elles doivent se faire par la force. Elles reprennent en novembre avec des moyens exceptionnels : le sud-est du département est divisé en 8 secteurs avec un commissaire de police dans chacun d'eux, un représentant des domaines ou un percepteur, un agent voyer chargé d'indiquer les voies de communication, une force de gendarmerie et un corps de troupe de composition variable. (ADT SERIE II V 12, Inventaires, rapports du Préfet.)

Ce document concerne tous les inventaires effectués au mois de novembre 1906 dans le canton de Mazamet. Il faut rappeler que dans ce secteur, seuls les inventaires de 2 églises, Notre-Dame et Saint - Sauveur avaient pu être réalisés au début de l'année. Pour Saint-Pierre des Plos, les forces de police se rendent sur place dans la nuit du 20 novembre avec le sous-préfet, les troupes du 143° régiment et cinquante gendarmes à cheval. Au petit matin, l'escadron du 17° régiment de dragons traverse le village, éveillant la population mais elle ne peut agir face au déploiement des forces de l'ordre. L'église est cernée et le curé refuse d'ouvrir la porte ; elle est enfoncée comme l'autorise la loi et l'inventaire peut enfin avoir lieu. Le commissaire conclut, soulagé : « L'inventaire le plus difficile du canton est terminé, les populations ont été prises à l'improviste.» Dans le Nord du département, les inventaires sont terminés en avril et dans le sud il en reste 104 en novembre 1906. Le préfet prévoit des opérations difficiles pour les trois quart d'entre-eux. La résistance est forte près des Monts de Lacaune et dans la partie orientale de la Montagne Noire. (ADT SERIE II V 11, Inventaires, correspondance des autorités)
Il y a eu peu d'incidents au mois de novembre. Le clergé a une attitude digne ; quelques uns sont absents et d'autres ne s'opposent pas à l'exception des curés de Cambou, Lamontélarié, Salles, Saint-Baudille et Augmontel. Les fidèles semblent plutôt indifférents et aucune action d'homme politique n'est signalée. Il faut dire que les élections législatives ont eu lieu au mois de mai d'où leur désintérêt. Quant au clergé, il s'est apaisé après avoir fait preuve de fidélité envers le pape Pie X. Les ecclésiastiques ont sans doute réalisé que la loi du 9 décembre n'allait pas bouleverser profondément la vie religieuse du pays. L'exaltation catholique est retombée au bout de quelques mois et les fidèles ont compris qu'ils avaient été manipulés à des fins politiques.

Intérêt du document
Il témoigne de la difficulté à réaliser l'inventaire dans certaines contrées du département.Il permet de sou ligner les disparités entre le nord du département où tous les inventaires sont achevés en avril et le sud,singularisé par son attachement au catholicisme et son conservatisme.

Fiche pédagogique

1)Quels sont les acteurs de l'inventaire ?
2)Quelles sont leurs actions ?
3)Ont-ils atteint leurs objectifs ? Expliquez.

Ce travail est à réaliser sous forme de tableau.

INVENTAIRES ACTEURS ACTIONS CONSEQUENCES BILAN
         
Novembre 1906        

Sources : ADT Série II V 25, Inventaires, Opérations des percepteurs des contributions directes, février-novembre 1906.


Bilan des inventaires dans le Tarn :

Le bilan doit être fait en prenant en compte l'espace et le temps. L'espace puisque de grandes disparités demeurent entre le nord et le sud du département. Dans le nord, les inventaires se fant en février-mars 1906 sans grande difficulté. Dans la majorité des cas, une lettre de protestation est lue, le curé est absent ou s'est barricadé dans l'église avec les fidèles. La porte de l'église est enfoncée après les sommations légales et l'inventaire est effectué. Dans le sud, les quelques inventaires faits en février ont essuyé des incidents. Il en reste 104 pour le mois de novembre, dans le quart sud-est comme le montre la carte, entre les Monts de Lacaune et la Montagne Noire. Les moyens déployés sont exceptionnels, les habitants sont plutôt passifs et les inventaires s'effectuent correctement. Les fidèles semblent résignés ou bien ils ne veulent plus être manipulés par des ecclésiastiques accro-chés à leurs privilèges ou des élus accrochés à leur mandat.
Le Tarn est en 1906 l'un des dix départements français où il reste plus de cent inventaires à réaliser. Le sud se singularise par son fanatisme religieux. La présence protestante les a lancée très trop dans le combat religieux pour sauvegarder le statut de leur église. La politique anticléricale fait l'effet d'une tempête dans certaines paroisses et les réactionnaires en font leur cheval de bataille. Le contraste des inventaires est saisissant entre le nord et le sud du département ; les évènements donnent l'impression d'avoir à faire à deux populations que tout oppose.

Document 4 :- Journal la Voix de la Montagne, 1er février 1906

Identification du document FoPer 79

- Journal « La Voix de la Montagne », organe du synode de la Xe circonscription, paraît depuis 1885. 1er février 1906 : le journal donne la liste des églises réformées évangéliques de la Xe circonscription synodale formant des associations cultuelles de janvier à mai 1906, suite à la loi du 9 décembre 1905.
Quelles sont les conséquences de la loi pour les protestants ?

Contexte départemental

Avant d'analyser le document, il convient de présenter la situation du département du Tarn. Les protestants sont présents dans le sud-est du Tarn, en raison semble-t-il, de la petite noblesse du XVIe siècle qui s'est laissée tenter par la Réforme. Puis cette population dynamique se lance dans l'industrie et le négoce puisque les fonctions administratives lui sont refusées. Ainsi les activités industrielles liées au textile se développent dans la région de Mazamet et de Castres. D'après l'enquête paroissiale réalisée à la demande de Monseigneur Mignot en 1901 ( 462 paroisses sur 509 ont répondu), les protestants sont au nombre de 14 304 et les catholiques 325 065. (Enquête paroissiale de 1901, questionnaire envoyé par l'archevêché à tous les curés du diocèse, suite à l'arrivée de Monseigneur Mignot dans le Tarn en février 1900.)




Les protestants ne représentent que 4,2 % de la population totale mais certains occupent une place non négligeable dans la société. On peut citer les familles Cormouls-Houlès, Olombel et Guibal parmi les industriels mazamétains. Une des contradictions mazamétaines est l'importance du patronat protestant votant à gauche et des ouvriers qui, en grande majorité, sont catholiques et votent à droite.(CAZALS Rémy, Le mouvement ouvrier à Mazamet au début du XXe siècle, doctorat, UTM, 1974.)
Dans le département les protestants sont regroupés en 4 consistoires : Castres, Mazamet, Vabre et Viane. Dès le 31 mars 1905, ils font connaître aux pouvoirs publics quelles seraient à leur avis les conditions essentielles d'une séparation juste et équitable. Ils prônent la neutralité religieuse de l'Etat et l'entière liberté de conscience et de culte pour tous les citoyens, le respect du régime traditionnel des Eglises (confiées à une association nationale plutôt qu'à des associations cultuelles multiples), le maintien des ressources des pasteurs et de leur veuve et la libre disposition des édifices religieux. La loi ne leur donne pas satisfaction sur tous les points mais ils s'y rallièrent et il n'y eut aucun incident lors des inventaires dans le département.
Les églises locales doivent former des associations cultuelles pour accéder aux biens mobiliers et immobiliers. Il existe dans le Tarn 3 courants : (DONAT Jérémy, Protestantisme et politique dans le Tarn sous la Troisième République, Maîtrise, UTM,2003, p.752) l'Union régionale des Eglises Réformées unies du Sud-Ouest, les Eglises évangéliques libres de Castres regroupant des églises dans les cantons de Castres, Roquecourbe, Lautrec, Vielmur, Puylaurens, Cuq-Toulza
L'Union Régionale des Eglises Réformées évangéliques synodales de la Xe circonscription. Le tableau présenté en troisième page du journal, la Voix de la Montagne, montre qu'il existe 19 associations dans le Tarn.

Analyse

La Voix de la Montagne
a vu le jour en 1885 grâce au pasteur Emile Jolibois, archiviste du département du Tarn, et paraît le 1er et le 15 de chaque mois à Albi. La Une du Journal concerne les traitements des pasteurs qui sont à la charge des fidèles depuis le début de l'année 1906 (comme pour les curés). Ils recevront soit une pension viagère pour les plus de 45 ans, soit un traitement dégressif pendant 4 ans pour les autres. Les protestants comme les catholiques doivent désormais s'assumer financièrement. Afin que les églises puissent bénéficier des biens mobiliers et immobiliers qui leur sont dévolus, il faut qu'elles forment des associations pour l'exercice du culte. Lors de la préparation de la loi, le souci des protestants était d'éviter que les associations cultuelles se voient interdire leur regroupement en union. La loi adoptée laisse toute lattitude à ce propos. Les différents courants du protestantisme français se constituent donc en unions d'Eglises et organisent des associations cultuelles. Ces associations sont autorisés pour les protestants, par conséquent ils ne sont pas confrontés aux mêmes difficultés que les catholiques après l'interdiction papale des cultuelles. L'avenir est donc moins sombre pour les protestants en 1906, ce qui a pu faire dire à certains catholiques qu'ils étaient complices de la Séparation des Eglises et de l'Etat. (ARMENGAUD André, Vabre, village d'Occitanie, préf. de Rémy Pech, ed.Vent Terral, 1986.)
La page suivante du journal présente les différentes associations érigées suite à la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat. Le 3e courant du Tarn, l'Union Régionale des Eglises Réformées évangéliques de la Xe circonscription synodale, a fondé de Janvier à mai 1906, 19 associations réparties dans le Sud du département, là où vivent des protestants.

Intérêt du document

Montrer que la situation est différente pour les protestants ; ils reçoivent dévolution des biens et pendant une petite période transitoire, le maintien d'une partie de l'assistance financière de l'Etat.
Les protestants ont su s'adapter rapidement aux nouvelles dispositions de la loi de Séparation comme ils l'avaient fait pour les autres lois de laïcisation. Depuis les lois Jules Ferry, les protestants tarnais ont fait preuve de compréhension et d'une volonté de conciliation au fur et à mesure que la République s'implantait. (DONAT Jérémy, Protestantisme et politique dans le Tarn sous la Troisième République, Maîtrise, UTM, 2003, 2e partie : "des lois scolaires à l'antinazisme...." montre l'implication des protestants pour la défense de la Rép. p.51).

Fiche pédagogique

Liste des 26 communes tarnaises possédant un temple et le % de protestants: (ADT Série II V 37, Exercice des cultes, Edifices affectés aux cultes, Etat détaillé par communes.)

Aiguefonde (81002) : 6,3 % - Albi(81004) : 0,8 % - Anglés (81014) : 9,8 % – Berlats (81028): 59,4 % Brassac (81037): 12,3 % - Burlats (81042) : 3,8 % - Castelnau-de-Brassac (81062) : 31 % Castres (81065) : 5,5 % – Espérausses (81086) : 49,3 % - Ferrières (81091): 61,8 % - Gijounet (81103) 58,8% – Labastide-Rouairoux (81115): 4 % – Lacaune (81124) : 7 % Lacaze (81125) : 30,1 % Lacrouzette (81128) : 5,9 % – Mazamet (81163) : 27 % – Montredon-Labessonnié (81182): 18 % Pont-de-l'Arn (81209) : 23 % - Puylaurens (81219) : 2,7 % – Réalmont (81222) : 3,6 % Roquecourbe (81227) : 17,7 % - Saint-Amans-Soult (81238) : 30,5 % – St-Amans-Valtoret (81239) 21,3 % Saint-Pierre-de-Trivisy (81267): 17,5 % - Vabre (81305) – Viane (81314).

-1- Sur la carte du département, vous devez placer les communes (selon le numéro)ayant un temple avec une représentation de bâtiment religieux ( à choisir)
-2- Coloriez ensuite la commune selon l'importance de la présence protestante :
- rouge pour plus de 20 %
- orange de 5 à 20 %
- jaune pour moins de 5%
- faites de fines hachures sur les communes où la population protestante est majoritaire
- 3- Quelles remarques générales pouvez-vous faire au niveau du département ?
- 4- Où se situent les communes ayant une forte présence protestante ? Pourquoi ? Les raisons sont-elles historiques, géographiques, etc .. ?

 

Tableau récapitulatif : le catholicisme et le protestantisme au XVI siècle

  Catholiques
Protestants
    Luthériens Calvinistes Anglicans
L'accès au Salut        
Les sacrements        

Les intercesseurs

       
L a conception de l'Eglise        

Le statut des clercs et des laïcs

       
L'organisation des Eglises        

La liturgie

       

Compléter le tableau à l'aide des expressions ( pour les 2e et peut-être les 4e) :

Le Salut : par la Foi seule – par la Foi seule – par la Foi et la prédestination – par la Foi, les oeuvres et la
médiation de l'Eglise
Les sacrements : 2 sacrements – 2 sacrements – 7 sacrements 1– 2 sacrements - Les 7 sacrements sont : le baptême, l'eucharistie, la confirmation, la pénitence, l'extrême-onction, le mariage, l'ordination des prêtres. -
Les 2 sacrements sont : le baptême, l'eucharistie.
Les intercesseurs : rejet du culte de la Vierge et des Saints( 2 fois) – Culte rendu à la Vierge et aux Saints
La conception de l'Eglise : l'autorité du Pape n'est pas reconnue (2 fois)- Obéissance au Pape et à la hiérar-
chie des évêques – l'autorité du Pape n'est pas reconnue mais la hiérarchie des évêques est maintenue
Le statut des clercs et des laïcs : Absence de distinction entre clercs et laïcs, des pasteurs sont chargés de l'exercice du culte (2 fois) – Des pasteurs sont chargés de l'exercice du culte – Distinction entre clercs et laïcs, célibat des clercs obligatoire
L'organisation des Eglises : Existence d'une hiérarchie ecclésiastique (prêtres et évêques) – existence d'une hiérarchie ecclésiastique (la reine est le chef de l'Eglise) – Absence de hiérarchie ecclésiastique (2 fois)
La liturgie : Cérémonies simples en langue nationale – Cérémonies fastueuses en langue nationale – Cérémonies fastueuses en langue latine – Cérémonies simples en langue nationale.

Document 5 : - Lettre pastorale de Monseigneur Mignot au clergé et aux fidèles de son diocèse, 28 février 1906


Identification du document

Lettre pastorale de Monseigneur l'archevêque d'Albi au clergé et aux fidèles de son diocèse prescrivant une quête diocésaine pour les traitements du clergé.
Le 28 février 1906
Une quête diocésaine pour les traitements du clergé doit être établie conformément à l'article 11 de la loi de la Séparation des Eglises et de l'Etat du 9 décembre 1905.

Analyse

Après les formules d'usage, Monseigneur Mignot s'adresse au clergé et aux fidèles en montrant son hostilité à la loi avec les expressions "Profonde tristesse" et "un malheur pour la France". Il accuse ceux qui sont au pouvoir c'est à dire le Bloc des gauches qu'il qualifie de "secte anti-religieuse". Les radicaux sont au pouvoir depuis 1899 et développent un virulent militantisme anticlérical.
Monseigneur Mignot cherche à culpabiliser les fidèles en faisant usage de possessifs "vos" députés et" vos" sénateurs, considérant qu'ils ont été élus par les Français. Il condamne unanimement la classe politique. L'archevêque prend un ton très solennel pour signaler la gravité de la situation. Selon Maurice Larkin, (LARKIN Maurice, L'Eglise et l'Etat en France, 1905 : la crise de la Séparation. éd. Privat, Toulouse, 2004. Cette recherche de l'historien britannique Larkin a été publiés en 1974 puis actualisée par l'auteur avant sa disparition en février 2004; La traduction a été réalisée par Suzanne Le Foll.) la suppression des salaires du clergé était le problème le plus brûlant de la loi de Séparation. Les fidèles se sentaient concernés à plus d'un titre ; moralement ils devaient accepter la Séparation et matériellement ils étaient sollicités pour financer les membres du clergé et les locaux.
Quel est le contenu de l'article 11 concernant le salaire du clergé ?

L'Etat s'engage à verser une pension égale aux trois quart de leur salaire pour les plus de 60 ans, ayant 30 ans d'ancienneté puis pour les plus de 45 ans une pension égale à la moitié de leur traitement à condition d'avoir servi l'Eglise pendant 20 ans. Pour les autres, l'Etat doit leur verser pendant 4 ans une allocation égale à la totalité de leur traitement la première année, aux deux tiers pour la deuxième année, à la moitié pour la troisième et au tiers pour la quatrième. Dans les faits, cet article est ensuite adapté selon le bon vouloir de la municipalité. Pour le diocèse d'Albi, sur 556 prêtres en activité, à peine la moitié doit recevoir une pension et les autres une allocation pour quelques années seulement.
L'archevêque tire la sonnette d'alarme en suppliant les fidèles de rétribuer le clergé dans les plus brefs délais. S'ils ne participent pas, la paroisse s'expose à la disparition des offices, fait inconcevable pour les catholiques. Dans le dernier paragraphe Mgr Mignot demande à chaque famille catholique de verser 3 F pour 1000 F de revenus annuels. Il considère que c'est approximativement le salaire journalier au début du XXe siècle. Dans le Tarn, les salaires oscillent entre 2,80 F pour l'ouvrier des grilles aux mines de Carmaux ou l'ouvrier textile à Castres et 5,60 F pour le piqueur-boiseur à Camaux. Entre les deux, le salaire moyen est de 4 F , ce que gagne l'ouvrier chapelier d'Albi ou l'ouvrier mégissier de Graulhet. (ADT, Série XIII M 1 / 50, situation industrielle dans le Tarn, tableau des salaires.) Dans la paroisse de Castres le nouvel archiprêtre Cazes propose, dans "le bulletin paroissial de Saint-Benoît" une cotisation de 8 F par ménage. (ADT, Série II V 30, Associations cultuelles, circulaires, instructions, mai-décembre 1906). Cette somme semble élevée mais l'ecclésiastique considère qu'elle englobe les frais occasionnés lors de tous les offices religieux y compris la location des chaises.

Intérêt du document :

Outre l'effet psychologique de la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat avec notamment des tensions dans certaines paroisses lors des inventaires, les fidèles doivent faire un effort financier dès 1906. Ils sont sollicités par leur archevêque directement afin de les sensibiliser. La somme demandée est relativement faible bien que la majorité des Français vive modestement. Cependant dans la réalité, la somme versée ne dépend pas des possibilités de la famille mais plutôt de son attachement au catholicisme.

Fiche pédagogique

"Aux familles catholiques de la paroisse Notre-Dame de Mazamet"

Vocabulaire :
- Quasimodo : le premier dimanche après Pâques
conseil de fabrique : assemblée de clercs et de laïcs chargés d'administrer les biens d'une église.
associations cultuelles : associations conformes à la loi et destinée à subvenir aux
frais d'un culte.

Questions :
- 1- Ce document est-il en accord avec la lettre pastorale de Monseigneur Mignot ?

2- Quelles sont les 2 raisons essentielles de cette quête ?

3- Que pense le curé de Notre-Dame de la somme proposée par l'archevêque pour la quête ?

4 -Quels sont les arguments utilisés par le curé pour inciter les fidèles à donner ?

5 - Expliquez la dernière phrase, de "donnez....à France !"

Document 6 : - Les écoles congréganistes dans le Castrais, 22 août 1904.

Identification du document, IV M 2 / 94

-Rapport du commissaire spécial de Castres, le 22 août 1904
concernant les écoles congréganistes, suite à la loi du 7 juillet 1904 qui supprime les congrégations dans la continuité de la politique anticléricale menée depuis le début du XXe siècle.

La loi est-elle respectée ?



Analyse

Deux députés réactionnaires détiennent le sud du Tarn : Xavier Reille à Castres et Amédée Reille à Mazamet. Cest une véritable dynastie, implantée dans le département par leur père le baron René Reille au XIXe siècle. (BOUDOU Sonia, Une dynastie dans le Tarn : la famille Reille-Soult, fin XIXe-milieuXXe, 1997,UTM.)

- La politique anticléricale
Dès le début du XXe, les frères Reille militent ardemment pour défendre le catholicisme : contre la loi Waldeck-Rousseau de 1901 puis contre la suppression des congrégations en 1904. Dans la loi Waldeck- Rousseau sur les associations, l'article 13 est dirigé contre les congrégations religieuses. Il précise qu'elles ne peuvent se former sans autorisation législative et que les membres non autorisés ne peuvent enseigner. L'idée première était, semble-t-il, de mettre un terme à l'enrichissement prodigieux de certaines congrégations. Puis le président du conseil Emile Combes, originaire du Tarn, fait fermer dès le 27 juin 1902 les écoles créées depuis la loi de 1901 et celles qui n'ont pas demandé d'autorisation. Enfin la loi du 7 juillet 1904 interdit tout enseignement congréganiste. Dans le Tarn les effets sont rapides puisque 35 écoles primaires reçoivent l'ordre de fermer dès le 12 juillet 1904 ; 18 appartiennent aux frères de la docrine chrétienne présents dans les communes d'Albi (4 écoles : rue Croix Verte, boulevard Montebello, au Castelviel et rue de la Madeleine), Anglès, Brassac, Labastide-Rouairoux, Lautrec, Mazamet, Boissezon, Sémalens,Gaillac, Lisle-sur-Tarn, Rabastens, Saint-Paul et Castres (3 écoles : rue des Pépinières, rue de Villegoudou et rue de la chambre de l'Edit), 5 appartiennent aux soeurs de la Croix, 5 aux soeurs de Saint-Joseph d'Oulias, 4 aux soeurs de Saint-Joseph de Clairvaux, 2 aux soeurs du Sacré-Coeur de Marie et 1 aux soeurs de Charité Saint-Vincent de Paul. (ADT série III V 17, Pétitions adressées au Conseil Général pour les demandes d'autorisation déposées par les congrégations enseignantes.)
Sur les 18 écoles des frères de la doctrine chrétienne, plus de la moitié sont implantées dans le sud-est du Tarn, bastion reilliste, ce qui explique leur engagement. Ils n'hésitent pas à s'opposer aux forces de l'ordre lors des fermetures d'écoles et dans le village d'Albine la congrégation se maintient jusqu'en 1908 malgré les arrêtés préfectoraux.

- La famille Reille
Conservateurs comme leur père, ils adhèrent en 1901 dès sa naissance, à l'Action Libérale Populaire de Jacques Piou. Ce parti voit le jour en réaction à la loi du 2 juillet 1901 sur les associations, rendant nécessaire toute autorisation préalable pour fonder une congrégation. L'année suivante un comité ALP apparaît à Mazamet avec Amédée Reille et un comité ALP à Castres avec Xavier Reille. Ils multiplient leurs actions contre les différents gouvernements de la période, essaient d'étendre leur influence et de rallier à l eur cause des royalistes et des républicains modérés effrayés par la montée de la gauche. Ils soutiennent le maire de Mazamet, Rouvière, et donnent des conférences dans les communes de l'arrondissement.
Ils agissent également grâce aux liens familiaux : leur cousin, le duc d'Elchingen est conseiller général du canton d'Anglés et ils sont également dans la parenté avec la famille de Solages à Carmaux (le marquis de Solages ayant épousé Marie Reille). Le plus acharné politicien fut Amédée Reille, défendant avec ferveur la devise familiale « Dieu,Patrie, Liberté ».

- Qu'advient-il de ces écoles ?

Le document nous apprend que les directeurs des congrégations ont été réuni à Saint-Amans-Soult, où habite la famille Reille, ce qui laisse présager d'initiatives prises en faveur de cet enseignement. Puis le commissaire prévoit la reconstitution des écoles congréganistes sous une forme différente...
La réponse est donnée par l'Annuaire du Tarn dont un volume paraît au terme de chaque année.


EVOLUTION DES ECOLES PRIMAIRES DANS LE TARN

Ecoles laïques
1904
1906
1910
Garçons
211
211
211
Filles
212
212
213
Mixtes
336
342
344
Total
759
765
768
Ecoles privées
     
Garçons (laïque)
4
33
35
Garçons (congrég.)
37
5

0
Filles (laïque)
36
116
134
Filles (congrég.)
133
25
1
Mixtes (laïque)
8
13
15
Mixtes (congrég.)
7
0
0
Total
225
192
185

Les congrégations ont pratiquement disparu au profit des écoles privées laïques. (ADT Série III V 21, Renseignements sur la situation des congrégations, 1904-1906.)
La plupart des écoles congréganistes se sont sécularisées, ce qui signifie que de nombreux ecclésiastiques donnent l'impression d'être dans la société sans avoir réellement modifié leur enseignement et leur mode de vie. Par conséquent la politique anticléricale n'a pas eu les effets escomptés et l'Eglise reste présente dans l'enseignement.

Intérêt du document :
Ce document d'août 1904 montre que la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat n'est pas un acte isolé ; elle s'inscrit dans la politique anticléricale menée par les radicaux depuis le tout début du XXe siècle. Après la suppression des écoles congréganistes, la séparation était inévitable.

Fiche pédagogique Sources IV M 2 / 94, rapports sur l'organisation de l'enseignement libre. Public visé 4e, 3e, 2e

Le travail porte sur le tableau de l'évolution des écoles laïques et des écoles privées dans le Tarn :

-1 – Définir : -a - école laïque -b - école privée -c – congrégation

- 2 - La mixité : que représente-t-elle pour les écoles laïques ? Pour les écoles privées ? Pour l'ensemble des écoles ? Qu'en déduisez-vous ? Est-ce révélateur de la société de l'époque ?

- 3 - En additionnant le nombre d'écoles selon les sexes, voyez-vous apparaître des différences selon les écoles? Pourquoi ? Expliquez

- 4 - Ces données suffisent-elles pour étudier l'évolution des structures de l'enseignement primaire au début du XXe ? Justifiez votre réponse.

- 5 – Pourquoi le nombre des écoles congréganistes s'effondre-t-il ? Expliquez.

Document 7 :- Lettre du sous-préfet de Gaillac au préfet concernant la campagne antilaïque du curé de Parisot, 19 novembre 1909


Identification du document

Lettre du sous-préfet de Gaillac à Monsieur le Préfet. Le 19 novembre 1909. Le maire de la commune de Parisot dénonce la campagne anti-laïque du curé et son attitude envers l'institutrice, suite à la circulaire des archevêques et évêques de France condamnant certains manuels de morale et livres d'histoire.

Analyse

A travers les mesures anticléricales du gouvernement, il y a eu des changements dans les manuels scolaires. Pour citer un des ouvrages les plus connus, dans la nouvelle édition du "Tour de France par deux enfants", les cathédrales disparaissent. Quant aux livres d'histoire et de morale, ils sont influencés par l'athéisme. Cette nouvelle orientation déplaît aux catholiques qui n'hésitent pas à condamner les manuels d'Aulard et Débidour (en 1894), de Calvet (en 1898), de Dévinat (en 1898), de Gauthier et Deschamps(1904), de Guiot et Mane (1906) et de Rogie et Despiques (en 1908). En 1909, une circulaire des archevêques et évêques réaffirme la mise à l'index de ces manuels.
Le curé de Parisot lance une campagne anti-laïque que l'on peut décliner en plusieurs actes. Dans un premier temps, il se rend au domicile de l'institutrice, lui reproche l'usage du manuel d'histoire Dévinat et lui demande de le changer dans les plus brefs délais. C'est ensuite pendant l'office dominical qu'il recommande aux filles de ne pas étudier sur ce manuel par conséquent de désobéir à l'institutrice. Puis il demande aux parents de surveiller livres et cahiers de leurs enfants.
Les premiers effets sont rapides puisqu'une élève est retirée de cette école la semaine suivante puis trois autres. Une partie de la population a été sensible aux invectives cléricales et l'institutrice en a subi les conséquences. Cependant elle résiste, soutenue essentiellement par le maire du village. La guerre entre cléricaux et anticléricaux est relancée au début du XXe siècle dans certains villages du département. Les représentants de l'Eglise profitent de la vulnérabilité des fidèles pour lancer une campagne antilaïque. S'ils leur désobéissent, ils encourrent de grandes pénitences telles que le refus des sacrements ; ainsi pour les écoliers, ils brandissent le refus de la première communion. Les curés ont parfois le soutien des élus locaux, ce qui leur permet d'avoir plus d'envergure. Dans le cas de Parisot, le curé Durand s'est retrouvé plutôt isolé et son fanatisme s'est étiolé. Un abbé Durand fait partie des membres actifs de la Ligue de l'Enseignement Libre du Tarn mais est-ce le même individu ? Dans la paroisse d'Espérausses, l'instituteur Chabbert a obéi aux injonctions du curé en acceptant de changer le livre. L'inspecteur d'académie a réagi énergiquement en le faisant muter dans une autre commune, malgré la pétition faite par les habitants pour le garder, et en le nommant simplement instituteur et non plus directeur. L'école laïque agit avec détermination face à l'Eglise. Il faut dire que la commune d'Esperausses se situe dans le sud-est du Tarn, lieu de grande ferveur religieuse et l'instituteur a voulu calmer les esprits en cédant face à l'Eglise. Des incidents similaires ont été signalés dans les communes environnantes de Burlats, Lafontasse et Saint-Jean-de-Vals. Pour Parisot, le contexte géo-politique est différent ; la commune est à proximité de Gaillac et les faits relatés dans cette commune sont exceptionnels pour cette contrée du département.

Les antécédents :
Concernant les manuels, le Tarn avait connu des incidents au XIXe siècle avec le manuel de Gabriel Compayré "Eléments d'instruction morale et civique" rédigé en 1880. (GRESLE-BOUIGNOL(sous la dir.), Les Tarnais, dic. biographique, G.Compayré (1843-1913)p.91, FSIT, 1996) .
Il y exposait les principes en 4 parties : Famille et école, société et patrie, nature humaine et morale, société politique, sans pour autant dénigrer l'Eglise. Mais certains curés tarnais s'opposaient à cet ouvrage, menaçaient les fidèles en brandissant le refus des sacrements et des incidents étaient notés à Aiguefonde, Blan, Roquerlan. Selon Jean Faury, (FAURY Jean, Cléricalisme et anticléricalisme dans le Tarn (1848-1900), Publication de l'UTM, 1980) l'agitation cléricale a été considérable mais plus importante dans la plaine tarnaise pour la bonne raison que les villages près de la Montagne Noire n'utilisaient pas ce manuel.

Intérêt du document

L'intransigeance et le fanatisme d'un prêtre peuvent avoir de sérieuses répercussions sur l'enseignement ; quel est l'état d'esprit d'enfants à qui le curé demande de désobéir à l' institutrice puis influence les parents pour les changer d'école subitement ? L'Eglise, à travers ses serviteurs, pense encore qu'elle décide et domine. Jusqu'au XIXe siècle inclus, le pouvoir spirituel s'arroge l'enseignement malgré les lois Ferry et la loi Goblet de 1886. La séparation des Eglises et de l'Etat est alors inévitable afin que le clergé prenne conscience des mutations opérées : plus de représentation religieuse dans les écoles (crucifix, prières...), changement des manuels (amorcé déjà à la fin du XIXe siècle) afin de diffuser l'esprit républicain.

Fiche pédagogique
Porte sur l'article de la Dépêche

Questions :
1) Présentez le document (nature, date, auteur,sujet)
2) Expliquez :"campagne cléricale contre l'école laïque" et présentez les principaux protagonistes de chaque camp.
3) Quels sont les termes utilisés par le journaliste pour qualifier le curé ?
4) Selon l'auteur, quelle personne n'a pas fait son travail dans cette affaire ? Quels reproches lui sont adressés ?
5) Quelle est la politique préconisée par le journaliste envers les instituteurs des écoles publiques, représentants de la République ?
6) Citez des passages de l'article révélant les idées du journaliste.
7) Pourquoi le journaliste Arnal a-t-il choisi ce titre "l'école laïque attaquée" ?

Document 8 :- Lettre du préfet à l'inspecteur d'Académie sur l'école congréganiste de Massac, 23 août 1911.



Identification du document
Rapport de l'Inspecteur d'Académie à Albi au Préfet, 23 août 1911.
Fermeture de l'école de Massac-Seran appartenant à la congrégation des filles de Jésus. La loi du 7 juillet 1904 a interdit aux congrégations d'enseigner, or, sept ans après l'école de Massac-Seran est toujours en activité ; pourquoi ? A-t-elle eu un statut particulier ou bien est-elle illégale ?

Analyse
Le document précise que l'école ne fonctionne actuellement que pour les orphelines, permettant ainsi le maintien de l'école depuis 1901. A cette date, la loi Waldeck-Rousseau sur les associations énonce, dans l'article 13, que les congrégations ne peuvent se former sans autorisation et que les membres non autorisés n'ont pas le droit d'enseigner. L'idée première était, semble-t-il, de mettre un terme à l'enrichissement prodigieux de certaines congrégations. Puis le Président du Conseil, Emile Combes, né à Roquecourbe, prend des mesures radicales. Il fait fermer à partir du 27 juin 1902, sans attendre les vacances, les écoles créées depuis la loi de 1901 et celles qui n'ont pas demandé d'autorisation. La contestation catholique émerge rapidement comme à Belcastel où le maire s'oppose à la fermeture de l'école des filles de Jésus de Massac et l'occupe avec les habitants sous prétexte que le local lui appartient et qu'il rétribue lui-même la soeur. Le lendemain les gendarmes profitent de l'absence de Monsieur de Belcastel pour appliquer les mesures gouvernementales. (ADT Série III V 17, dossier sur les congrégations, les autorisations et les fermetures).
La loi du 7 juillet 1904 interdit ensuite tout enseignement congréganiste. Les congrégations enseignantes ont eu un essor remarquable dans le Tarn de 1848 à 1882. La congrégation des filles de Jésus est établie à Massac et autorisée comme hospitalière et enseignante par décret du 1er mai 1874. Elle loue également dans différentes localités les services de ses membres à des particuliers qui les emploient à des oeuvres hospitalières moyennant une rétribution commune. L'existence d' un orphelinat lui permet d'obtenir en 1902 l'autorisation d'enseigner. Puis elle résiste à la loi du 7 juillet 1904 bénéficiant de l'article 3 en faveur des services scolaires "uniquement destinés à des enfants hospitalisés auxquels il serait impossible, pour des motifs de santé ou autres, de fréquenter une école publique.". L'orphelinat reçoit des filles de 3 à 18 ans dont les parents travaillaient pour les compagnies de chemin de fer. Elles sont 35 en 1905 recevant une instruction primaire, une éducation ménagère et même un enseignement professionnel. Ainsi, grâce à l'orphelinat, l'école congréganiste se maintient. De nombreuses congrégations ont ainsi survécu aux lois anticléricales en proposant des oeuvres de bienfaisance comme l'orphelinat, les soins hospitaliers ou la présence d'un hospice. Sous couvert de charité chrétienne, certaines congrégations échappent à la législation. Pour les autres congrégations, la sécularisation perpétue leur enseignement. Les écoles congréganistes sont remplacées par des écoles privées laïques comme en témoigne le tableau suivant (en nombre d'écoles) : (ADT, Annuaire du Tarn, un volume par année, existe depuis le début du XIXe siècle.)

Evolution des écoles privées dans le Tarn

 


EVOLUTION DES ECOLES PRIVEES DANS LE TARN

1904
1906
1910
Garçons (laïque)
4
33
35
-Garçons(cong.)
212
212
213
Mixtes
37
342
344
Total
759
765
768
Ecoles privées
     
 
4
33
35
Garçons (congrég.)
37
5
0
Garçons (laïque)
4
33
35
Filles (congrég.)
133
25
1
Mixtes (laïque)
8
13
15
Mixtes (congrég.)
7
0
0

Un autre argument plaide en faveur de l'école de Massac-Seran, comme le rappelle l'Inspecteur d'académie, c'est l'absence d'école publique dans le village. Ainsi, trente ans après les lois Ferry, cette commune n'a pas d'école publique. PORTAL Charles, Le département du Tarn au XIXe siècle, chap. VIII, l'Instruction, p. 192, Albi, 1912.
Plusieurs raisons expliquent ce retard : d'une part, l'emprise de la congrégation des filles de Jésus sur la population et d'autre part, la commune se situe à proximité de Belcastel où la famille du même nom défend ardemment le catholicisme grâce à ses fonctions de maire et de conseiller général. La présence d'une famille catholique et conservatrice a parfois retardé l'implantation des écoles publiques ; à Carmaux, les écoles des frères dominent grâce à l'appui du marquis de Solages et il faut attendre l'arrivée de la gauche à la mairie pour que l'école de la République s'installe. A Albine, dans le sud-est du Tarn, le député Reille finance l'école congréganiste qui se maintient pendant plusieurs années malgré les procés-verbaux de fermeture. ADT Série III V 25-27, Régime des congrégations, enquête de 1911.
L'enquête de 1911 révèle l'existence dans le Tarn d'établissements dirigés par des anciens congréganistes dont la sécularisation paraît suspecte ; 20 écoles sont contrôlées dont celle de Massac-Seran mais elle poursuit ses activités sous couvert d'orphelinat et d'absence d' école publique.
La congrégation des filles de Jésus s'est implantée à Massac puis a essaimé dans plus de trente communes du Tarn : Albi, Algans, Ambres, Anglès, Belcastel, Brousse, Busque, Cambounés, Castelnau-de-Brassac, Castres, Couffouleux, Cuq, Damiatte, Fiac, Garrigues, Graulhet, Jonquières, Labastide-Saint-Georges, Lacaze, Lamonté-larié, Lavaur, Lisle-sur-Tarn, Marzens, Massac, Mouzieys-Teulet, Paulinet, Poudis, Rabastens, Rayssac, Roque-vidal, Saint-Lieux-les-Lavaur, Vabre, Viane, Villeneuve-les-Lavaur, Viterbe.

Intérêt du document

Les lois anticléricales du début du XXe siècle n'ont pas été appliquées de manière uniforme. Il y eut plusieurs manières d'y échapper puisque la majeure partie des congrégations ont poursuivi leur enseignement, soit par la sécularisation soit, comme pour Massac-Seran, en faisant valoir sa mission charitable auprès des orphelins. Ainsi elle se montre indispensable.
Globalement le catholicisme reste présent dans l'enseignement au début du XXe siècle ; nombreux sont les ecclésiastiques qui donnent l'impression d'être dans la société sans avoir réellement modifié leur enseignement et leur mode de vie. Le détachement de l'Eglise s'opère peu à peu pour les populations, étalé sur plus d'une décennie, avec de grandes nuances au sein même du département, notamment entre le nord où la pratique religieuse est faible et le sud où la présence protestante a sans doute éveillé le fanatisme religieux à différentes époques.

Fiche pédagogique

1°- Sur une carte des communes du Tarn, coloriez en rouge les communes ayant une école appartenant à la congrégation des filles de Jésus de Massac à l'aide du n° correspondant :
- Algans 81006 – Ambres 81011 – Anglès 81014 – Belcastel 81025 – Brousse 81040- Busque 81043 – Cambounés 81053 – Castelnau-de-Brassac 81062 – Castres 81065- Couffouleux 81070 – Cuq 81075 – Damiatte 81078 – Fiac 81092 – Garrigues 81102- Graulhet 81105 – Jonquières 81109 – Labastide-Saint-Georges 81116 – Lacaze 81125- Lamontélarié 81134 – Lavaur 81140 – Lisle-sur-Tarn 81145 – Marzens 81157- Massac 81159 – Mouzieys-Teulet 81190 – Paulinet 81203 – Poudis 81210- Rabastens 81220 – Rayssac 81221 – Roquevidal 81229 – Saint-Lieux-les-Lavaur 81261- Vabre 81305 – Viane 81314 – Villeneuve-les-Lavaur 81318 – Viterbe 81323.

2° - Comment se répartissent les écoles de la congrégation des filles de Jésus de Massac dans le département ?
3° - Comment se répartissent les écoles par rapport à Massac-Seran ?
4° - Est-il possible de faire 2 ensembles ? Si oui, lesquels ?
5° - L'implantation des écoles congréganistes est-elle conforme aux distinctions faites dans le Tarn entre le Nord peu empreint de catholicisme et le sud, sud-est plus profondément croyant et pratiquant ?
6° - Quelles sont les limites d'une telle carte ?

 

Document 9 : - Rapport du commissariat d'Albi à propos de l'école congréganiste Sainte-Marie à Albi , 7 juillet 1906.


Identification du document

- Rapport du Commissariat spécial d'Albi concernant l'établissement congréganiste Sainte-Marie d'Albi à Monsieur le Préfet du Tarn, le 7 juillet 1906, deux ans après la suppression des congrégations et quelques mois après la Séparation des Eglises et de l'Etat. Quelle est la fonction de l'établissement Sainte-Marie et
quelle est la mission menée par son directeur Monsieur Cauquil ?

Analyse

Le présent rapport suspecte l'école Sainte-Marie d'être un foyer de propagande cléricale. Cet établissement a résisté aux lois anticléricales de 1904 et de 1905 ; doit-il cet état de fait à la protection de l'archevêque Monseigneur Mignot ? Sans doute...
Présentation de l'école : cet établissement d'enseignement secondaire a vu le jour en 1882 place Sainte-Cécile puis boulevard Carnot dès 1885. Les effectifs sont de 132 élèves en 1902 avec 21 professeurs et 115 élèves en 1906. Les rétributions scolaires sont de 500F pour les pensionnaires, 350F pour les demi-pension-naires et de 80 à 200F pour les externes selon l'âge.
Le rapport de police s'intéresse aux activités de l'abbé Cauquil, directeur de l'établissement depuis le 18 juillet 1904, c'est à dire juste après la suppression des congrégations (7 juillet 1904). Natif de la commune d'Anglès, près de la Montagne Noire, contrée de grande ferveur religieuse et fief de la famille Reille, l'abbé Cauquil ne déroge pas à la règle. La population du sud-est du Tarn a mené diverses actions contre les lois anticléricales, sous la houlette de quelques curés et de la famille Reille, implantée dans l'arrondissement de Castres depuis les années 1870.
La famille Reille: le baron Reille épouse la petite fille du maréchal Soult et s'installe à Saint-Amans Soult au milieu du XIXe siècle. Très vite il se lance dans la politique, conseiller général d'abord puis député réélu à plusieurs reprises jusqu'à sa mort en 1898. C'est un conservateur, profondément catholique, défendant l'Eglise contre les projets de lois anticléricales. Il bénéficie d'une grande popularité dans l'ensemble du sud-est du Tarn mais aussi dans le nord en raison du mariage de sa fille avec le marquis de Solages, propriétaire des mines de Carmaux. A sa mort en 1898, ses fils lui succèdent. Au début du XXe siècle, Amédée Reille est député de la circonscription de Mazamet et son frère Xavier de la circonscription de Castres. Dès la création de "l'Action Libérale Populaire" de Jacques Piou, ils y adhèrent en réaction à la loi du 2 juillet 1901 sur les associations rendant nécessaire une autorisation préalable pour ériger une congrégation. Ils mènent diverses actions pour protéger l'Eglise n'hésitant pas à occuper les écoles congréganistes en 1904 pour éviter leur fermeture et à occuper les églises lors des inventaires en 1906. BOUDOU Sonia, Une dynastie dans le Tarn : la famille Reille-Soult fin XIXe-milieu Xxe, maîtrise UTM, 1997 ; BARRES Gérard, "Le baron Reille, un Tarnais d'adoption", Revue du Tarn, n°190, été 2003, page 211.
L'abbé Cauquil a agi en faveur de formations cléricales comme les Jeunesses catholiques, Comités d'Action Libérale et la Ligue de l'Enseignement libre d'Albi qui existait en 1904 et dont la présidente est Mme de Toulouse-Lautrec. Le document révèle les activités politiques de l'abbé ; réactionnaire, il est présent dans le nord du département afin d'étendre la mouvance reilliste et rencontre les familles qui défendent ardemment le catholicisme. Il semble être le cerveau d' un réseau clérical et conservateur, participant à l'écriture de divers journaux :
- la Semaine religieuse du diocèse d'Albi, qu'il dirige, paraît tous les samedis depuis 1873
- l'Echo de Saint-Salvy, de la paroisse de Saint-Salvy à Albi
- le Semeur du Tarn, organe de la Jeunesse Catholique Tarnaise, paraît à partir du mois de mai 1905
- la Gazette du Tarn, hebdomadaire, judiciaire et agricole, organe populaire d'Albi depuis 1902
- la Croix du Tarn, hebdomadaire, paraît à partir de 1893 tous les dimanches.
- le Journal du Tarn., bihebdomadaire, paraît depuis 1835, libéral.

Intérêt du document

Protégé par l'archevêque, l'établissement congréganiste Sainte-Marie poursuit son enseignement sans être inquiété et se permet d'être un noyau d'idées réactionnaires. Les grandes familles catholiques s'y retrouvent pour organiser des fêtes, des missions, patronner des ouvroirs ou des clubs de sport : Madame de Toulouse-Lautrec, de Gorsse, Pailhès, Falgueyrettes (agent électoral du marquis de Solages), Frézouls, Gardès, de Berne....et le document cite même des gradés militaires afin de montrer l'influence sans limite de cet ecclésiastique.

Fiche pédagogique (troisième feuille du document)

1 - Faire un graphique sur lequel vous construirez 2 courbes ; 1 courbe rouge pour les élèves et 1 courbe verte pour les adultes
2 - Etudiez chaque courbe : quelle est l'évolution ? Pourquoi ?
Les 2 courbes ont-elles la même allure ? Expliquez.
3 - Pour les adultes, quel est le changement opéré en 1904 ? Y-a-t-il des répercussions sur les effectifs ? Qu'en concluez-vous ?

Document 10 : P.V. de gendarmerie de Brassac et bail du presbytère de Cambous, octobre-novembre 1907

Identification des documents

1er : - Procés-verbal de gendarmerie de Brassac 29 octobre 1907 à Cambous, commune de Castelnau-de-Brassac, le curé, appelé desservant, a dix jours pour quitter le presbytère.
2e : Bail du presbytère de Cambous, 9 novembre 1907, entre le desservant Mr Jougla et le Receveur des domaines

Analyse

La loi de Séparation des Eglises et de l'Etat modifie le statut du patrimoine religieux (église, fabrique, presbytère) comme le précise l'article 4. Elle est applicable un an après, prenant fin exactement le 13 décembre 1906. Le préfet du Tarn, Monsieur Giraud, adresse un courrier aux curés et présidents des fabriques et églises paroissiales du département le 28 novembre 1906 leur précisant qu'ils doivent se soumettre à la loi. Les bâtiments doivent être placés sous séquestre ( en dépôt de manière provisoire entre les mains d'un tiers, d'un bien litigieux en vue de sa conservation.) Puis la loi du 2 janvier 1907 maintient l'affectation cultuelle des églises mais attribue les biens ecclésiastiques aux établissements com-munaux d'assistance ou de bienfaisance.
A Cambous, les gendarmes dressent un procés-verbal contre le curé ; ils lui donnent dix jours pour quitter les lieux en octobre 1907. Dans certaines communes, la population est traumatisée de voir les forces de l'ordre agir à l'encontre de leur curé. Quant aux membres du clergé, la dépossession de ce qu'ils considéraient comme "leur presbytère" venait après la perte de leur traitement auquel se substituait le denier du culte. A ce double traumatisme se rajoute le délit de messe dont le curé était inculpé. C'est le cas de l'abbé Pélégry à Saint-Salvy, accusé le 14 décembre 1906 de célébrer le culte sans la déclaration préalable selon l'article 2 de la loi du 30 juin 1881. ADT Série II V 36, Exercice des cultes, tableaux statistiques.
De nombreux procés-verbaux furent dressés en quelques jours dans tous les départements et il fallut l'intervention du ministre Briand en mars 1908 pour mettre un terme au délit de messe.

A Cambous, le mois suivant, un bail de location est signé entre le curé et le Receveur des domaines. Quelles en sont les clauses ?

- c'est un bail de 3 ans, renouvelable.
- le loyer est fixé à 20 F par an, somme qui semble dérisoire, considérant que l'ouvrier mégissier de Graulhet ou le briquetier d'Albi gagne 4 F par jour au début du XXe siècle.
- certains impôts sont à la charge du locataire comme celui des portes et fenêtres existant depuis la période révolutionnaire.
Dans certaines communes, il y eut désaccord entre le curé et le conseil municipal ou le préfet pour fixer le montant de la location du presbytère. Il a parfois fallu l'intervention de l'autorité ecclésiastique, en l'occurence l'archevêque Monseigneur Mignot, pour tempérer les esprits ; il a eu le rôle d'arbitre. En principe les membres du clergé sont favorables à la modicité locative, estimant que leur revenu est désormais faible et aléatoire. En principe le montant du loyer devait être réduit à celui de l'impôt foncier de l'immeuble. Quand le maire est pro-clérical, il défend la même cause mais parfois il est en opposition avec les représentants de l'Eglise et des frictions apparaissent. A Lescure, le conseil municipal fixe le montant annuel du loyer du presbytère à 40 F mais le préfet le désapprouve, considérant que la valeur locative est de 200 F ; (ADT Série 2 O 144 / 2, Affaires communales, Lescure.) finalement la municipalité obtient gain de cause. La plupart des communes se sont montrées accomodantes, cédant aux souhaits des administrés. Le loyer, si raisonnable soit-il, ne doit pas être symbolique. Sinon il s'apparenterait à une subvention indirecte au culte.

Intérêt du document

La plupart des presbytères des paroisses appartenaient aux communes et faisaient l'objet d'un bail. Concrètement il y eut peu de changement dans la vie paroissiale ; le curé est resté au presbytère moyennant un loyer très modique. La loi n'a pas profondément modifié la vie paroissiale. Comme pour les autres articles de la loi du 9 décembre, clergé et catholiques sont outrés dans un premier temps par la nouvelle législation puis ils prennent conscience d'une adaptation possible. Ainsi la loi contre l'enseignement congréganiste les avait effrayés, or ils ont réussi à la contourner grâce à la sécularisation. C'est ensuite la peur de tout perdre avec la Séparation des Eglises et de l'Etat ; les inventaires sont assimilés à la spoliation, la perte de traitement les angoisse puis ils s'inquiètent du sort fait aux bâtiments religieux comme dans le document présent pour les presbytères.

Fiche pédagogique

 
Eglise communale (temple, synagogue, etc.)
Cathédrale antérieure à 1905
Lieu de culte classé monument historique
Lieu de culte inscrit à l'inventaire des historiques
Lieu de culte postérieur à 1905 ou non public (chapelle de collège,etc..)

Propriétaire chargé de l'entretien
Commune
Etat

Variable

Variable

Personne privée (association diocésaine, etc.)
Administration compétente

 

Ministère de l'Intérieur, direction des collectivités locales


Ministère de la Culture et de la Communication, direction de l'Architecture
Ministère de la Culture et de la Communication, direction de l'Architecture
Ministère de la Culture et de la Communication, direction de l'Architecture

Aucune si l'édifice n'est pas protégé au titre des monuments historiques
Subventions
Etat : environ 10 % + département
L'Etat prend théoriquement à sa charge100 %

Etat : environ 50 % + département et région
Etat : environ 15 % + département et région


Aucune en principe (excep subventions du dépt. pour entretien des églises des asso. diocés.)

D'après un tableau relativement récent, qui entretient les lieux de culte

Questions :
1 - L'Etat s'était, par la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat, désengagé de tout financement à l'égard du patrimoine religieux. Qu'en est-il aujourd'hui ?
2 -La date de 1905 est rappelée dans plusieurs colonnes, pourquoi ? Est-ce une date clé pour les bâtiments religieux ?
3 -Quels sont les effets de la décentralisation sur l'entretien des édifices religieux ?

Document 11 :- Lettre du maire de Puicelsy au préfet à propos du presbytère, 20 juin 1907


Identification du document

Lettre du Maire de Puicelsy (s'écrit actuellement Puycelsi) au Préfet du Tarn, 20 juin 1907.
Le presbytère de Laval, commune de Puicelsy, doit-il être soumis à la loi comme tous les autres presbytères ?

Analyse

Le presbytère de Laval provient d'un don fait par les habitants au desservant le 18 novembre 1903. Cette libéralité a été consentie sous couvert d'affecter le local à l'habitation du curé. Il s'ensuit ce que l'on peut appeler "une affaire"entre les partisans du curé pensant que ce presbytère fait exception et doit comme tel échapper à la législation, et les représentants de la loi en haut lieu, préfet du Tarn, ministre de l'Instruction Publique, des Beaux-Arts et des Cultes considérant que les lois s'appliquent sans distinction à tous les lieux de culte. Que dit la législation ?
D'après l'article 4 de la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat du 9 décembre 1905 :

"Dans le délai d'un an à partir de la promulgation de la présente loi, les biens mobiliers et immobiliers des menses, fabriques, conseils presbytéraux, consistoires et autres établissements publics du culte seront, avec toutes les charges et obligations qui les grèvent et avec leur affectation spéciale, transférés par les représentants légaux de ces établissements aux associations qui, en se conformant aux règles d'organisation générale du culte dont elles se proposent d'assurer l'exercice, se seront légalement formées, suivant les prescriptions de l'article 19, pour l'exercice de ce culte dans les anciennes circonscriptions des dits établissements."

L'article 4 interdit aux communes de subventionner le culte et donc de loger gratuitement curés et desservants. Cet article avait été sujet de polémique lors de débats à l'Assemblée au printemps 1905 entre l'opposition avec les catholiques de l'Action Libérale Populaire (dont les représentants locaux sont les frères Reille de Mazamet ) et le ministre Briand soutenu par Jean Jaurès. Puis l'Encyclique "Gravissimo Officii" datée du 10 août 1906 interdit les associations cultuelles, ce qui eut pour conséquence d'affaiblir l'Eglise de France et enfin la loi du 2 janvier 1907 désaffectait de plein droit les presbytères.
La commune de Puicelsy comprend 4 presbytères ; Laval, Lacapelle, Sainte-Catherine et Puicelsy. Ils doivent tous se soumettre à la législation de 1905 et de 1907. Pour Laval, une correspondance importante est échangée entre les autorités municipales et le Ministère de l'Instruction Publique, des Beaux-Arts et des Cultes. Ce dernier a gain de cause et le desservant du presbytère de Laval doit accepter de signer un bail.
Une deuxième pomme de discorde intervient au sujet du montant du loyer : selon le conseil municipal, la population de Puycelsi ne cesse de baisser depuis plusieurs années, de nombreuses maisons sont inoccupées par conséquent le loyer doit être faible, estimé à 30 F pour l'année, l'agent voyer cantonal propose un loyer de 70 F, l'administration des contributions directes fixe le loyer à 150 F.

Ce désaccord est latent dans pratiquement toutes les communes ; le clergé et parfois le conseil municipal sont favorables à un montant modique, voire symbolique du loyer considérant que la commune doit garder le desservant et que ce dernier n'a plus de traitement depuis le début de l'année 1906. Ce sont désormais les fidèles qui doivent se montrer généreux et verser le denier du culte. Les représentants de l'Etat doivent rester dans l'optique de la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat : le loyer, si raisonnable soit-il, ne doit pas être symbolique. Sinon, il s'apparenterait à une subvention indirecte au culte. Finalement le conseil municipal l'emporte ; il rejette par délibération du 14 avril 1907 l'estimation faite par les contributions directes et le loyer s'élève à 30 F pour l'année. Cette somme est relativement modique puisqu'au début du XXe siècle un ouvrier tarnais gagne 3F à 3,60F dans le textile à Castres, 4F dans la mégisserie à Graulhet et environ 5,50 F pour le mineur de fond à Carmaux. ADT Série XIII M 1 / 50, situation industrielle dans le Tarn au début du XXe siècle.

Intérêt du document :
L'égalité devant la loi est prônée dans ce document ; quelque soit l'exception que constitue le presbytère de Laval, don de la population pour loger le curé, un bail doit être signé. Tout édifice religieux est dès lors à la disposition des communes. Le consensus l'emporte dans la commune de Puycelsi puisque les 4 desservants versent désormais une somme modique pour le loyer du presbytère.

Fiche pédagogique

"Arrondissement de Gaillac
Commune de Puycelsi

Objet :
Presbytères communaux, location
Délibération du Conseil municipal , session extraordinaire du 17 mars 1907

L'An mil neuf cent sept, le dix sept du mois de Mars, à une heure du soir, le Conseil municipal de la commune de Puicelsy, assemblé en session extraordinaire sous la présidence de Monsieur Delpech Ferdinand maire, au nombre de huit membre, lesquels forment la majorité des membres et peuvent délibérer d'après les termes de l'article 50 de la loi du 5 avril 1884.
Monsieur le Président ouvre la séance et donne lecture de la circulaire préfectorale relative à la location des presbytères, la jouissance n'ayant pas été réclamée par l'association prévue par la loi du 9 décembre 1905 ont été mis, par la loi du 2 janvier 1907 à la libre disposition des communes.
Le conseil considérant qu'il est de son devoir d'une bonne administration pense que les quatre presbytères seront loués aux desservants de ces paroisses ; en cas de refus de ces derniers, la municipalité en disposera au mieux des intérêts de la Commune.
Considérant en outre que la population de la commune diminue annuellement et que par suite de nombreuses maisons sont vacantes, le conseil estime que le prix de location n'est plus ce qu'il était il y a quelques années et n'est plus en rapport avec la valeur réelle des immeubles. Ce prix doit donc être réduit le plue possible.
Le conseil fixe ainsi qu'il suit les clauses et conditions essentielles des baux à intervenir auxquelles il autorise Monsieur le Maire à traiter avec Messieurs les desservants.
Les maisons seront données avec leurs appartenances et dépendances, telles qu'elles ont été possédées et jouies jusqu'à ce jour aux prix annuels de :
1° Quarante francs pour le presbytère de Puicelcy............40 F
2° Trente francs pour le presbytère de Laval.....................30 F
3° Trente francs pour le presbytère de Lacapelle ..............30 F
4° Vingt-cinq francs pour le presbytère de Ste Catherine 25 F.
Le prix du loyer sera payable à terme échu et par semestre. Les impôts et les réparations locatives seront à la charge des locataires ; seules les grosses réparations seront supportées par la commune.
La durée du bail sera de 6 ou 9 ans mais il laisse à l'appréciation de Monsieur le Maire et de l'administration le soin de modifier cette durée si on le juge nécessaire.
Ainsi délibéré à Puicelcy les jours et mois et an que dessus et ont signé au registre tous les membres présents.
Pour copie conforme, A Puicelsy le 17 mars 1907."

Questions :

1 - Identification du document : nature, date, auteur, destinataire, contexte.
2 - Analyse du document : -a - Pourquoi les presbytères doivent faire l'objet d'une location ? - b- Que dit la législation de 1905 concernant ces bâtiments ? (cf art. 4) Y-a-t-il eu d'autres lois ? -c - Pourquoi les sommes proposées sont-elles faibles ? -d - Combien y-a-t-il de presbytères dans la commune de Puicelsy ? Rappeler ce qui fait l'originalité de celui de Laval.

Sources : ADT Série 2 O 217 / 2, Affaires communales (1800-1940), Puycelci.

Document 12 : - Article de l'Echo du Tarn sur la conférence de la baronne Reille, 4 juin 1904


Identification du document IV M 2 / 94

Article de Journal paru dans l'Echo du Tarn puis édité dans la Semaine religieuse, le 4 juin 1904
Conférence de Madame la baronne Xavier Reille puis intervention du député. Au-delà de la présence des femmes pour les familles de notables locaux, quel est le rôle attribué à la femme ?

Analyse
Pour comprendre l'enjeu du document, il convient de brosser un portrait de la famille Reille.
Le baron René Reille s'installe dans le sud-est du département et se marie avec la petite-fille du maréchal Soult de Saint-Amans d'où l'origine de la famille Reille-Soult.1 En 1869, il devient conseiller général du canton de Saint-Amans-Soult puis député à partir de 1876 et l'année suivante sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur. Très vite il a su se montrer proche de la population et avoir une grande popularité. Sa fille Marie a épousé le fils de Solages, processus d'extension de la "dynastie Reille". A sa mort en 1898, ses fils Amédée et Xavier le remplacent. En politique, ils sont très virulents face à l' anticléricalisme du bloc des gauches. Dès la naissance de l'Action Libérale Populaire de Jacques Piou, en réaction à la loi Waldeck-Rousseau de 1901, ils y adhèrent et en deviennent les secrétaires au niveau national l'année suivante.2 Très vite ils créent des comités A.L.P dans le Tarn, parfois dans des petites localités. Ils poursuivent l'oeuvre de leur père et renforcent ainsi l'influence cléricale et réactionnaire du sud-est du département. En parallèle se développent un « Comité de la Jeunesse Libérale et Catholique » et la « Ligue des Dames de la Patrie Française. » La Ligue eut beaucoup de succés dans le sud du département avec 252 membres à Castres et plus de 400 à Mazamet. A la fin du XIXe siècle la baronne René Reille visite la population du canton, crée des oeuvres de charité et dès 1904 cette image philantropique est reprise par l'épouse de Xavier Reille, la baronne Geneviève Reille.
La baronne tient une première conférence à Burlats, commune à proximité de Castres, appartenant au canton de Roquecourbe, une contrée déjà acquise au reillisme ( aux élections législatives de 1902, Xavier Reille a obtenu dès le premier tour 71,1 % des voix)ADT Série II M 3 / 92, Résultats des élections législatives 1902, 1906 et 1910 – cantonales 1904 et 1908.
Elle demande aux femmes et jeunes filles présentes de s'unir contre les ennemis c'est-à-dire les anticléricaux, accusés de destruction. Les femmes catholiques doivent diffuser « la bonne presse » ; l'allusion est faite au journal reilliste « l'Union Libérale » qui en 1902 remplace « le Conservateur » puis aux journaux tarnais défendant le catholicisme tels « la Semaine religieuse" du diocèse d'Albi,"le Journal du Tarn" d'Albi, "la Croix du Tarn" d'Albi et "l'Echo du Tarn" de Castres. (Seuls ont été cités les principaux journaux défenseurs du catholicisme)
.La Ligue Patriotique des Françaises recrute également en milieu ouvrier. C'est un des paradoxes du sud du département ; les patrons sont globalement protestants et votent à gauche alors que la majorité des ouvriers sont à droite et catholiques. Ce précepte énoncé par Rémy Cazals et Jean Faury pour la région de Mazamet se vérifie-t-il dans le canton de Roquecourbe ? Les protestants représentent entre 7 et 15 % de la population selon les communes et les législatives de 1902 ont élu Xavier Reille au 1er tour avec 71 % des suffrages exprimés. Effectivement ce canton illustre bien l'originalité politico-religieuse du sud tarnais.
La stratégie de la baronne repose sur le désintérêt avoué envers la politique et une ferveur sans borne pour le catholicisme. Moraliste enfin puisqu'elle préconise la lutte des bons contre les mauvais. De tout temps, les religions ont été accessibles aux femmes. La féminisation des religions au XIXe siècle peut être vue comme un embrigadement mais attention la sphère politique lui reste interdite. Elle ne doit pas entrer en rivalité avec le sexe masculin. Pourtant, à la fin du XIXe siècle, l'église catholique pousse les femmes vers la politique par l'intermédiaire des ligues et notamment la Ligue Patriotique des Dames Françaises ; l'objectif est de conforter un modèle familial parfaitement conservateur. La famille Reille et dans une moindre mesure la famille de Solages à Carmaux donnent l'image idéalisée de la famille au début du XXe siècle ; elles doivent faire l'admiration des habitants et bénéficier d'un dévouement sans limite.
La conférence, à vocation religieuse, est ensuite détournée vers la politique avec la présence du député. Il rappelle la devise qui était déjà celle de son père : "Dieu, Patrie, Liberté" (visible encore aujourd'hui sur le fronton de la mairie de Saint-Amans-Soult). La religion est une priorité; les députés Reille la défendent de manière parfois violente depuis le début du XXe en s'opposant aux fermetures des écoles congréganistes de 1902 à 1904 puis aux inventaires en 1906. L'objectif d'Amédée et Xavier Reille est d'influencer les femmes afin que leurs époux votent pour un candidat reilliste aux prochaines élections. La conférence a lieu au mois de juin 1904 et les prochaines élections sont les cantonales de juillet puis à plus long terme les élections législatives de mai 1906. Dans cette période, l'enjeu électoral essentiel est la défense du catholicisme et leur objectif est l'échec à plus ou moins long terme du bloc des gauches.

Intérêt du document
La religion est une "façade" derrière laquelle se trame la vie politique locale mais aussi nationale. La femme est un tremplin pour la carrière politique de son époux. La baronne est reconnue en tant que "femme de" et non pour elle même. Les dames catholiques sont manipulées à des fins politiques sous des aspects philantropiques et clientélistes . L'image d'une famille sereine, heureuse, est un atout pour un homme politique...

Fiche pédagogique :
L'Echo du Tarn est un journal politique orienté à droite paraissant à Castres depuis 1853, le jeudi et le dimanche. Cet article a été découpé et repris par la Semaine religieuse du diocèse d'Albi paraissant tous les samedis depuis 1873.

1- Pour chaque journal : - quelle est son ancienneté ? - quelle est sa périodicité ( mensuel, quotidien, hebdomadaire, bihebdomadaire) ?
2- Dresser un portrait de la baronne et du baron en utilisant tous les adjectifs de l'article.
3- Quels sont les différents témoignages dont font preuve les membres de l'assistance ?
4- Qui assiste à cette conférence ?
5- Que viennent chercher les personnes présentes à une telle conférence ?
6- Expliquez la dernière phrase. Qu'en pensez-vous ?

Document 13 : - Lettre du pasteur Lavigne au préfet, 30 mai 1907

Identification du document

Lettre du pasteur Louis Lavigne de Brassac au préfet, le 30 mai 1907 ; les élections cantonales doivent avoir lieu prochainement ; quel est le contexte politique et religieux de ce canton, Brassac, situé au sud-est du département ?

Analyse

En prévision des élections cantonales, le pasteur Lavigne s'inquiète de l'absence de candidature républicaine. Il est près à soutenir un candidat de cette tendance, même si ses idées ne sont pas les mêmes.
Dès le XVIe siècle, des protestants apparaissent dans le sud-est du Tarn, en raison sans doute de l'adhésion à la Réforme des principaux seigneurs locaux. Ecartés de l'administration, ils se consacrent à l'industrie et au négoce, secteurs qu'ils dominent encore au début du XXe siècle. Dans le domaine politique, la majorité des protestants sont à gauche dans le département. Contrairement aux catholiques, les protestants ont bien accueilli les lois Ferry et accepté la laïcisation progressive. Au début de l'année 1905, les consistoires de Castres, Mazamet, Vabre et Viane font connaître aux pouvoirs publics leur avis concernant la Séparation. Leurs conditions sont les suivantes : la neutralité religieuse de l'Etat et l'entière liberté de conscience et de culte pour les citoyens, le respect du régime traditionnel des Eglises confiées à une association nationale, le maintien des ressources des pasteurs et de leurs veuves et la libre disposition des édifices religieux. La loi ne leur donne pas satisfaction sur tous les points mais ils l'acceptent et s'adaptent dès le début de l'année 1906. Dans le sud du département, certains protestants appartiennent à la Ligue des Droits de l'Homme et d'autres à des partis politiques de gauche. C'est le cas pour les industriels mazamétains comme la famille Cormouls-Houlès. Les maires de Mazamet, Rouvière(1896-1906) puis Tournier (1906-1908 puis 1919 à 1934) sont des exceptions puisqu' ils sont conservateurs et bénéficient du soutien reilliste. Les ouvriers mazamétains, d'origine rurale, restent attachés à la religion et aux traditions ; ce processus explique leur engouement pour la dynastie Reille et le rejet de la gauche qu'ils assimilent au patronat protestant. C'est le paradoxe de la région mazamétaine !

Le pasteur Lavigne ose afficher ses idées, considérant que la majorité de ses paroissiens sont républicains. Il semble plein d'espoir cependant il sait que Brassac appartient au fief reilliste comme le confirme les élections législatives de 1902 et de 1906 : ADT Série II M 3 / 92, Résultats des élections législatives de 1902, 1906, 1910 et des cantonales de 1904 et 1908.
dans la commune de Brassac, Amédée Reille obtient 340 voix (60,4 %) contre 223 pour Galibert-Ferret et dans le canton de Brassac, 1543 voix ( 64,4 %) contre 852 pour Ferret en 1902
dans la commune de Brassac, Amédée Reille obtient 370 voix ( 68,7 %) bien qu'il ait 2 adversaires, Boyanique et Sabatier et dans le canton de Brassac, 1494 voix ( 75,4 %).
Ainsi, l'emprise reilliste s'est renforcée entre 1902 et 1906 ; il faut dire que la famille Reille, les fils et leurs épouses ont mené une campagne très virulente contre l'anticléricalisme et le bloc des gauches qui dirige la France.
Malgré tout, le pasteur est optimiste et souhaite que cette famille et ses proches, profondément catholique et réactionnaire , ne l'emportent aux élections cantonales de 1907. Mais cet espoir est déçu ensuite puisque le candidat reilliste, Dubernard, gros propriétaire, est réélu sans adversaire en 1907.
L'acharnement du clergé et des réactionnaires a porté ses fruits et la République est en perte de vitesse dans le sud-est du département. La situation est différente pour l'ensemble de la France ; les législatives de 1906 et les cantonales de 1907 renforcent le bloc des gauches. La majorité des Français sont favorables à la politique anticléricale du gouvernement et approuvent la Séparation des Eglises et de l'Etat.

Intérêt du document

Catholiques et protestants réagissent différemment face à la politique anticléricale du début du XXe siècle. Les protestants s'adaptent, voyant dans la Séparation l'occasion d'un renouveau religieux. Ils n'ont pas cherché, com-me les catholiques, à manipuler les habitants afin d'en faire un enjeu politique. Cependant le comportement électoraliste de certaines familles les exaspère et le pasteur Lavigne, au nom des protestants, voudrait un sursaut républicain dans le canton de Brassac. Mais la citadelle reilliste semble imprenable ; elle a su tirer profit de la crédulité des fidèles.

Fiche pédagogique 'Réponse du préfet au pasteur Lavigne )
Questions :

1 - Nature du document
2 - Date ; quelle remarque peut-on faire par rapport au document 13 ?
3 - Quelle est la réponse du préfet au pasteur ?
4 - Pourquoi recommande t-il la prudence ?
5 - Rappeler ce qu'est un pasteur un préfet
6 - Que signifie " Il faut se garder de ranimer de vieilles querelles, dont le souvenir ne pèse que trop sur les
esprits" ?
Sources : ADT Série IV M 2 / 96, fiches de renseignements sur diverses personnalités et groupes politiques.

Document 14 : - Lettre confidentielle du commissaire de Carmaux au préfet au sujet de la surveillance des congrégations, 7 février 1912

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Lettre confidentielle du Commissaire de police de Carmaux au Préfet du Tarn, le 7 février 1912
Réponse aux instructions du Préfet du 23 janvier suite à la circulaire du Ministre de l'Intérieur Caillaux
au sujet de la surveillance des anciennes congrégations. Exercent-elles toujours dans le Tarn 8 ans après la loi du 7 juillet 1904 leur interdisant d'enseigner ?

Analyse

Falgueyrettes, catholique, a institué un patronage, association dont l'objectif est de veiller sur l'enfance et la jeunesse en accueillant, pendant les jours de congés, les élèves de l 'école. Falgueyrettes est un agent électoral du marquis de Solages. Il fonde en 1903 à Carmaux, «  le cercle du Commerce et de l'Industrie », noyau de l'Action Libérale Populaire. L'ALP a vu le jour au début du siècle, en réaction à la politique anticléricale du bloc des gauches. Dans le Tarn, l'ALP s'étend grâce à l'action de la famille Reille de Saint-Amans-Soult, dont un des fils a épousé Marie Solages, fille du marquis. Les 2 familles, l'une dans le nord, l'autre dans le sud, essaient de tisser une toile cléricale et conservatrice, agissant contre l'anticléricalisme.
La politique anticléricale s'étend sur plusieurs années au début du XXe siècle. C'est d'abord la loi Waldeck-Rousseau sur les associations le 1er juillet 1901 dont l'article 13 est dirigé contre les congrégations religieuses ; il précise qu'elles ne peuvent se former sans autorisation législative et que les membres non autorisés n'ont pas le droit d'enseigner. Puis Emile Combes, né à Roquecourbe, président du Conseil de 1902 à 1904, fait fermer à partir du 27 juin 1902 les écoles créées depuis la loi de 1901 et celles qui n'ont pas demandé d'autorisation. Le 7 juillet 1904, il supprime tout enseignement congréganiste.
Dans le nord du Tarn, 2 congrégations dominent depuis le Second Empire pour les garçons ; les frères des écoles chrétiennes dont l'action s'exerce surtout dans les principales villes du Tarn puis les frères maristes. A Carmaux, les frères maristes ont le monopole de l'enseignement au début de la IIIe République, installés dans des locaux appartenant au marquis de Solages, sous couvert d'une municipalité conservatrice, proche du marquis. Vers la fin du siècle, les mineurs réclament des écoles laïques ; elles se développent mais restent de faible importance par rapport aux congrégations présentes (en 1890, 455 garçons vont à l'école libre et 125 à l'école laïque) . En 1892, l'arrivée de Calvignac à la mairie de Carmaux ne change pas fondamentalement la donne puisque l'enseignement demeure entre les mains des congrégations. Les frères maristes sont moins nombreux depuis le décés de leur supérieur et les frères des écoles chrétiennes ont une influence de plus en plus grande. TREMPE Rolande, Les mineurs de Carmaux, 1848-1914, 2 tomes, éditions ouvrières, 1971, Paris, voir Tome 2. Les garçons formés par les frères étaient ensuite embauchés à la mine. La loi du 7 juillet 1904 ne change guère l'enseignement des fils de mineurs ; les congrégations se sécularisent et les frères poursuivent leur mission. Le marquis de Solages continue de financer les écoles et encourage le développement des oeuvres religieuses. Les patronages se multiplient à deux reprises, au début de la IIIe République puis après 1905 ; il semble que ce soit une revanche à la politique anticléricale. Les congrégations enseignantes sont officiellement interdites et les patronages leur permettent de se dissimuler. La plupart sont des associations sportives ou musicales. A Carmaux, une société de gymnastique est financée par la mine « l'Etoile Carmausine », donnant lieu à diverse manifestations afin de rassembler les antilaïques. Il semblerait que cette société de gymnastique soit l'arbre qui cache la forêt, rendant ainsi « légal » tout rassemblement à but clérical.
Dans la même mouvance, le commissaire rappelle l'existence d'un « syndicat jaune » appelé à Carmaux le syndicat professionnel, proche du marquis de Solages. (ADT Série IV M 2 / 88, Fiches de renseignements divers. Grèves (1903)). Né le 30 août 1903, il regroupe des catholiques puisque la doctrine officielle de l'association est l'Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, rejoint les rangs de l'ALP et fait campagne pour le marquis de Solages lors des législatives de 1906. Bien que minoritaire, le syndicat de Solages affaiblit considérablement le syndicat rouge jusqu'à la Première Guerre Mondiale.
Le commissaire termine en montrant son intention de surveiller les actions diverses des anciennes congrégations ; mais, dans la pratique, comment est-ce possible? Les oeuvres religieuses relèvent de la loi sur les associations de 1901, financées par des particuliers et installées dans des locaux privés. Ainsi l'administration ne peut agir en raison de leur apparente conformité.

Intérêt du document
La circulaire du ministre Caillaux n'est pas la première à vouloir contrôler les anciennes congrégations depuis 1904. Le document montre les limites de la politique anticléricale. L'Eglise a su, après bien des vissicitudes, s'adapter à la nouvelle législation française. Sept ans après la Séparation des Eglises et de l'Etat, le catholicisme reste présent. Les laïques ont réagi à la politique anticléricale en développant le catholicisme social et sous les différentes oeuvres se cachent les grandes familles tarnaises dont l'enrichissement permet de s'attacher tout un réseau religieux et politique.

Fiche pédagogique

Extrait des instructions du préfet envoyées aux commissaires d'Albi et de Carmaux : 23 janvier 1912

à Messieurs les Commissaires d'Albi et de Carmaux et le Commissaire spécial L'attention du gouvernement a été appelée, à différentes reprises, sur les agissements d'anciens congréganistes qui sous les apparences de sécularisation et généralement sous les titres de prêtres libres ou habitués, poursuivent individuellement ou par petits groupes des oeuvres identiques à celles qu'accomplissait leur congrégation avant la dissolution.
Je vous invite à surveiller avec le plus grand soin toutes les manifestations d'ordre divers de ces sortes de personnes qui tendraient à réaliser ainsi, sous le couvert ou non de leur religion, une action qui loin d'être religieuse ou confessionnelle revêtirait un caractère politique ou social.
C'est ainsi que même certaines manifestations religieuses, telles que la prédication sous forme de missions par d'anciens congréganistes ne paraissent pas pouvoir rentrer dans le cadre du libre exercice du culte.
De même pour les tiers-ordres et associations diverses, les sociétés multiples et les publications religieuses constituées ou fondées avant 1901 par les congrégations et qui n'ont pas cessé de se développer et de se répandre malgré la dissolution des congrégations, il est permis de conclure de leur développement persistant, que les ecclésiastiques qui les contrôlent ou les dirigent agissent encore pour le compte de leur congrégation à laquelle ils demeurent affiliés.
A un autre point de vue il y a lieu d'observer que des membres des congrégations réputées dissoutes participent d'une manière certaine, quoique plus ou moins directement ou apparemment, au fonctionnement de diverses oeuvres dont le but est de détourner au profit de l'Eglise catholique l'éducation populaire en même temps que l'évolution économique et sociale."..

Questions :
- Vocabulaire : congrégation : association de religieux liés par des voeux sécularisation : action de séculariser, rendre des clercs à la vie laïque
1 - Expliquez le premier paragraphe.
2 - Expliquez "avant la dissolution".
3 - Pourquoi ces personnes représentent un danger selon le préfet ?
4 - Reprenez cette notion de danger en l'appliquant au document précédent (lettre du commissaire de Carmaux au préfet) et expliquez

Source : ADT Série IV M 2 / 98, Rapport sur la situation politique dans le département (1910-1913)

Document 15 : - Article du Journal du Tarn "M. Jaurès à Sérénac", 20 avril 1906.


Identification du document

Journal du Tarn, bihebdomadaire fondé à Albi en 1837, 25 avril 1906 ( Fo Per n° 314)
Période de campagne électorale, les législatives doivent avoir lieu le 6 mai 1906. "L'enfant du pays", Jaurès, se rend dans le village de Sérénac : comment est-il accueilli ? La loi de Séparation est-elle prise en compte ? Quelle est la position du Journal du Tarn ?

Analyse
Biographie de Jean Jaurès :
Jean Jaurès est né à Castres le 3 septembre 1859. Brillant élève au collège pendant 7 ans, il devint interne au collège Sainte-Barbe à Paris où il put suivre les cours au lycée Louis-le-Grand. (ANDRIEU Maurice, Jean Jaurès, citoyen adoptif de Toulouse, Privat, Toulouse, 1987.) A 19 ans, il est admis à l'Ecole Normale Supérieure et réussit l'Agrégation en 1881. Nommé dans un premier temps au lycée d'Albi où il enseigne la philosophie, il devient maître de conférence à la faculté de lettres de Toulouse. Très vite il s'intéresse à la politique ; élu député dans la circonscription de Castres I en 1885, battu en 1889, il se tourne vers le nord du département en se lançant dans la défense des mineurs de Carmaux. Il est alors élu député de la circonscription d'Albi en 1893 puis battu par le marquis de Solages en 1898 ; les ouvriers de Carmaux votent pour lui mais il est en minorité dans les campagnes où le socialisme et la défense de Dreyfus effraient. Puis il domine la circonscription d'Albi de 1902 à sa mort en 1914. (GALLO Max, Le Grand Jaurès, Laffont, Paris, 2004)
Au niveau national, il appuie le gouvernement Combes et la politique anticléricale du début du XXe siècle. Il joue un rôle important dans l'élaboration de la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat dont il rédige de sa main l'article 4 sur les associations cultuelles après avoir mesuré jusqu'où il était possible d'aller. La même année, il participe à la naissance de la SFIO et en 1906 prépare les élections législatives dont l'enjeu principal reste, comme en 1902, le conflit entre le bloc des gauches et l'Eglise. Dès la première phrase apparaît l'opposition du journal pour le tribun tarnais "eut la mauvaise idée". Où peut-il s'exprimer ? Apparemment pas à la mairie, plutôt hostile, c'est donc l'instituteur qui libère la salle, mais en vain. L'accueil est plutôt glacial et la population assimile Jaurès à la politique anticléricale, le menaçant avec un morceau de la porte de l'église qui a dû être forcée pour l'inventaire au mois de mars 1906. Jaurès se rend chez des limonadiers pendant que les femmes, actives quand il s'agit de défendre l'Eglise, brûlent de la paille pour faire sortir le député. Rejoignant sa voiture, il reçut des oeufs couvés. Les différents actes de violence commis à l'encontre du député témoignent de la ferveur religieuse du village. La guerre religieuse fait rage et les élections législatives en sont le prolongement. Sérénac est un village rural, à proximité de Valdériès, conservateur et opposé à la politique anticléricale. Le journaliste prévoit des résultats électoraux contre Jaurès et un raz de marée pour le marquis de Solages ; qu'en est-il ? Il n'est pas inutile de rappeler les résultats des législatives de 1902.

 
1902
1906
  Jaurès de Solages Jaurès de Solages
Sérénac 77 v. (39,2%) 119 64 (32,3%) 134
Canton de Valdériès 600(39,1%) 932 588( 37,4%) 981
Circonscription Albi II 6534 (51,5%) 6154 6386 (50,8%) 6170


Les résultats justifient l'attitude des habitants envers Jaurès ; Sérénac appartient au fief réactionnaire de l'ALP qui a une ramification vers le nord avec la famille de Solages . Le canton est également à dominante rurale et attaché au catholicisme. Cependant il n'y eut pas d'incident particulier lors des inventaires comme dans le sud du Tarn où plus d'une centaine ont été reportés au mois de novembre 1906.

Intérêt du document
Un homme politique ne choisit pas toujours la facilité lors d'une campagne électorale. L'objectif de Jaurès était-il de tenir simplement une réunion ou d'essayer de convaincre l'auditoire ? Il n'a pas eu le choix...
La politique anticléricale a renforcé l'opposition entre les 2 camps politiques, la gauche et la droite, confirmant la poussée de Solages mais à l'échelle locale seulement. Nous sommes dans le nord du département et le "cas Sérénac" est plutôt isolé. Globalement Jaurès l'emporte dès le premier tour dans une circonscription où les ouvriers, mineurs et verriers, sont de plus en plus nombreux. La tradition de gauche s'est implantée dès la fin du XIXe siècle avec l'arrivée de Calvignac à la mairie de Carmaux en 1892, échec notoire pour le patron des mines.
Le Journal du Tarn n'est pas favorable à Jaurès ; il faut dire qu'il est financé par l'ALP et a reçu 2000 F du marquis de Solages le 7 janvier 1906 !

Fiche pédagogique :

1 - D'après l'article du Journal du Tarn, M. Jaurès à Sérénac, quelles sont les expressions témoignant de l'attachement de la population au catholicisme ?
2 - Relevez les expressions contre le système politique de 1906 ?
3 - Quelles sont les prévisions du dernier paragraphe ? Se sont-elles avérées exactes ? Qu'en déduisez-vous ?
4 - Relevez les expressions révélant les idées du journaliste.
5 - Ecriture : vous êtes journaliste à la Dépêche , quotidien radical, en opposition avec le Journal du Tarn, et vous devez écrire cet article au sujet de la visite de Jaurès à Sérénac ( il est souhaitable que votre article ait au moins la même longueur !)

Document 16 : - 2 articles de journaux à la veille des législatives de 1906 : la Dépêche et l'Union Libérale,3 mai 1906 (D) 5 mai 1906 (UL)


Identification des documents FoPer 285

Article du journal l'Union Libérale, hebdomadaire de Mazamet, succède au Conservateur en 1896, Samedi 5 mai 1906
Elections législatives du 6 mai : la Séparation de l'Eglise et de l'Etat est-elle encore dans les esprits ? quel est le discours du journal proche de l'ALP ?
Article de la Dépêche, quotidien, paraissant depuis 1869, Jeudi 3 mai 1906
Elections législatives du 6 mai 1906 : le journal radical use t-il de l'anticléricalisme contre ses adversaires ?

Analyse

L'intérêt de cette "revue de presse" résulte de la présence des 3 principaux leaders politiques tarnais depuis plus d'une décennie : Jean Jaurès (1859-1914), le marquis Ludovic de Solages ( 1862-1927) et le baron René Reille(1835-1898) remplacés par ses fils Xavier (1871-1944) et Amédée (1873-1944).

Jean Jaurès : né à Castres, brillant étudiant, grand orateur, il est agrégé de philosophie en 1881. Enseignant au lycée d'Albi, puis à la fac de lettres de Toulouse, il est très vite attiré par la politique. Elu député en 1885 dans la circonscription de Castres, battu en 1889, il se tourne vers le nord du département et défend la cause des mineurs de Carmaux. Progressivement il devient socialiste. Député en 1893 contre son adversaire le marquis de Solages, il est battu en 1898 pour diverses raisons ; le départ des verriers pour Albi en 1896 que certains lui ont reproché, la défense de Dreyfus, l'orientation socialiste et peut-être une campagne électorale plus virulente pour le marquis. Il redevient député en 1902 et le reste jusqu'à sa mort en 1914. Au début du Xxe siècle il appuie le gouvernement Combes et la politique anticléricale. Son rôle n'est pas négligeable dans l'élaboration de la loi de la Séparation ..GRESLE-BOUIGNOL M.(sous la dir.), Les Tarnais, dictionnaire biographique, FSIT, 1996.

Le marquis de Solages : ayant hérité des mines de Carmaux, il vit au château des verreries et préside les mines jusqu'à sa mort en 1927. Principal adversaire de Jaurès aux élections législatives, il est élu en 1898. Il épouse Marie Reille qui meurt 3 ans après, après lui avoir donné 3 enfants. Les 2 familles sont proches, ayant des idées politiques similaires ; farouche défenseur du catholicisme, ils adhèrent à l'Action Libérale Populaire contre la politique anticléricale du bloc des gauches. Ils agissent avec largesse, faisant preuve de paternalisme afin de s'attacher la population : travail à la mine, logement, école, hôpital, oeuvres religieuses,etc.. Ayant des problèmes de santé, le marquis ne rivalise plus avec Jaurès lors des législatives de 1910 mais envoie son lieutenant Falgueyrettes, battu à son tour. ADT Série II M 3 sur les élections et Série II M 2 avec des rapports de police concernant la politique du Tarn.

Le baron René Reille est un militaire qui s'installe à Saint-Amans-Soult, épouse la petite fille du maréchal Soult et se lance dans la politique. Elu conseiller général puis député de la deuxième circonscription de Castres. Chef des conservateurs, sa popularité s'étend sur le sud du Tarn. Il s'oppose aux lois Ferry, aux lois sociales puis ses fils mènent une campagne acérée contre les lois anticléricales ; ils interviennent contre la fermeture des congrégations, contre les inventaires puis contre la loi de séparation. Ils forment une véritable dynastie, jouissent d'une grande popularité et la défense du catholicisme est leur principal cheval de bataille. La devise familiale est "Dieu, Patrie, Liberté". Le Conservateur puis l'Union Libérale leur appartient.

- L'article de l'Union Libérale : dans la deuxième circonscription d'Albi, les élections opposent depuis 1893 Jaurés au marquis. La première partie de l'article est élogieuse envers le marquis. Il se rend dans différents villages où il est bien accueilli, ovationné, avec son agent électoral Falgueyrettes, membre actif de l'ALP et à la tête de plusieurs oeuvres religieuses. Sa popularité repose essentiellement sur les campagnes du carmausin restées traditionnalistes et attachées à la religion. Inversement, le marquis n'a pas l'appui des mineurs ; c'est le patron, l'exploiteur.
La deuxième partie est hostile à Jaurès ; que lui reproche t-on ? Toutes les lois votées en 1904 contre l'Eglise, l'accusant d'agir contre le Vatican et bien sûr la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat du 9 décembre 1905. L'école laïque est"un lieu de perdition" et Jaurès est appelé "l'élu de Calvignac", maire de Carmaux depuis 1892. L'article est relativement long pour bien convaincre les lecteurs de ne pas voter pour Jaurès après avoir décrit tout ce qu'il a fait de mal. Finalement cet article est simple et caricatural avec l'opposition du bien et du mal ! (Dans la presse cléricale, Jaurès a parfois été assimilé au diable.)

- La Dépêche, dans son article, utilise l'argumentation religieuse avec les inventaires puis la loi de séparation est abordée par un proche du baron M. Guy. Xavier Reille mène sa campagne en disant que le gouvernement n'a rien fait. La réunion se tient en pays conquis, à Castres, fief reilliste depuis les années 1890.

Intérêt du document
Chaque camp est en pleine campagne électorale et ces élections sont dominées par le conflit entre le parti radical et l'Eglise. La victoire de la gauche en 1902 avait permis au bloc des gauches de faire voter les lois anticléricales. Comment votent les Tarnais en 1906 ? Suivent-ils la majorité des Français en confirmant l'ancrage à gauche, fidèle à Jaurès ou bien réagissent-ils en suivant les familles de Solages et Reille?


Fiche pédagogique :

1- Comparez les 2 cartes électorales de 1902 et 1906 ; Quelle a été l'évolution de la couleur rouge ? L'évolution de la couleur jaune ? Expliquez
2 - Quelles relations pouvez-vous établir avec le domaine religieux (revoir le doc.) ?
3 - Pouvez-vous distinguer plusieurs régions du département ? Lesquelles ? Expliquez.
4 - Que vous apprend la carte suivante ? Essayez d'en faire le commentaire en une dizaine de lignes.


CONCLUSION


Difficile de faire un bilan de la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat de 1905. Pour les catholiques, les pertes matérielles sont considérables et les cicatrices ont été longtemps visibles. Les curés perdent leur traitement, leur logement et le denier du culte est inférieur à ce qu'ils avaient auparavant. L'Eglise, quant à elle, perd une partie du patrimoine cependant un consensus s'établit dans la plupart des communes entre l'église et la municipalité. Pour l'enseignement, les lois Jules Ferry avaient impulsé le mouvement de laïcisation consolidé par la politique d'Emile Combes mais le bilan est incertain ; de nombreuses congrégations se sont sécularisées et poursuivent leurs activités religieuses comme par le passé. L'école de la République n'est pas implantée partout dans le département au début du XXe siècle ; certaines communes comme Albine ou Massac Seran n'ont pas encore d'école publique en 1908 !
La contestation catholique avait commencé en 1901 à la suite de la promulgation de la loi Waldeck-Rousseau sur les associations dont l'article 13 concernait les congrégations. Puis ces dernières ont été surveillées par Emile Combes et la loi votée le 7 juillet 1904 interdit tout enseignement congréganiste. Dans certains villages l'oppo-sition s'organise sous l'influence d'élus : de Belcastel dans le village du même nom, le marquis de Solages à Carmaux, le baron Reille dans plusieurs communes du sud (le Bez, Albine...). La loi de Séparation accentue l'opposition entre cléricaux et anticléricaux et c'est une véritable "guerre religieuse" dans certaines paroisses du sud-est : Albine, Aussillon, Roquerlan, Saint-Pierre-des-Plos... Les inventaires fournissent l'occasion de manifester de différentes manières son hostilité et les actes de violence se multiplient. Le Tarn se distingue en étant l'un des dix départements où il reste plus de cent inventaires lors de la deuxième vague du mois de novembre. Le mouvement d'hostilité se calme dès la fin de l'année 1906. La ferveur religieuse et politique s'amoindrissent. Les fidèles ont suivi spontanément leur curé, leur député ou leur maire au lendemain de la Séparation puis ils prennent conscience des limites de la législation et essaient de s'adapter. Les curés semblent s'être calmés après avoir suivi les consignes de Pie X et les hommes politiques se font discrets puisque les élections sont passées.
La Séparation a été l'occasion d'un renouveau religieux. Les catholiques ont réagi en créant des oeuvres sociales (chorales, clubs de sport, ...) souvent reliées à des mouvements ou partis politiques. La Séparation a eu pour corollaire la politisation de la société française, commencée quelques années plus tôt avec l'affaire Dreyfus. Elle s'affirme avec les lois anticléricales et la corrélation politico-religieuse s'amorce dans le Tarn. A partir de 1901, l'ALP est créée à Paris par Jacques Piou, relayé dans le Tarn par les frères Reille dans le sud, Falgueyrette (agent électoral du marquis de Solages) et l'abbé Cauquil de l'école Sainte-Marie d'Albi dans le nord. Puis se développe l'ACJF (dont un des principaux membres actifs est l'abbé Cauquil) et la Ligue Patriotique des Femmes Françaises sous l'emprise de la baronne Reille dans la région de Castres et Mazamet puis de la comtesse de Toulouse-Lautrec pour l'Albigeois.
Souligner les particularités tarnaises c'est constater avant tout le contraste entre le nord et le sud du département illustré par les différentes cartes. Cet antagonisme émane sans doute de l'implantation protestante au XVIe siècle dans le sud-est. La noblesse locale a été attirée par la Réforme puis des protestants sont venus d'autres départements. Très vite ils se lancent dans les activités industrielles, ne pouvant briguer les postes administratifs. Leur présence renforce la ferveur religieuse des catholiques. En effet la population du sud-est se montre très combative dès la fin du XIXe siècle lors des lois Ferry et Goblet puis lors de la fermeture des écoles congréganistes, des inventaires, contre l'usage de certains manuels d'instruction civique (en 1883) et d'histoire (en 1909) influencée par la famille Reille, réactionnaire et profondément catholique. La réaction essaie de s'implanter dans le nord en multipliant les conférences, en créant des oeuvres sociales mais en vain. Les familles de Solages dans le Carmausin, de Belcastel dans le Vaurais et de Toulouse-Lautrec à Albi ne parviennent pas à impulser un mouvement similaire à celui du sud. Il faut dire que la famille Reille a une popularité exceptionnelle, amorcée par le baron René Reille-Soult et poursuivit par ses fils Amédée et Xavier. La longévité est un facteur positif dans le domaine politique.
Les élections législatives de 1902 et de 1906 confortent la position de la gauche au niveau national comme départemental, preuve que la majorité est favorable à la politique anticléricale. A la différence du pays, le Tarn enregistre en 1906 une victoire de la gauche moins affirmée ; Jaurès est réélu mais il n'a que 250 voix d'avance sur son adversaire le marquis de Solages alors que les frères Reille sont réélus avec une majorité plus forte qu'en 1902 dès le premier tour. Le sud-est accentue encore sa particularité et la population rejète la Séparation des Eglises et de l'Etat. La dualité religieuse et politique demeure entre le nord et le sud du Tarn. Dans le sud, la ferveur religieuse a toujours été importante. Quand la population catholique du sud devient ouvrière, elle ne perd pas son comportement politique et religieux. Une des contradictions de la région mazamétaine, soulignée par Rémy Cazals, est le vote à droite des ouvriers du délainage alors que la plupart des patrons sont des protestants et votent à gauche. Les travaux d'André Siegfried sont un éclairage à ce propos. Il affirme la typologie des attitudes politiques et tente d'en chercher les corrélations dans les conditions économiques et sociales. Si l'on applique sa thèse, dans le sud du Tarn, le prestige du châtelain, en l'occurrence le baron Reille au château Soult-Berg, l'influence du prêtre et la docilité de l'ouvrier-paysan assurée par l'isolement géographique, près de la Montagne Noire ou des Monts de Lacaune, fournissent des explications au comportement religieux et politique. Inversement, la vallée du Tarn et le Vaurais sont plus ouverts avec la rivière, le train et la route d'où l'influence du progrès et des idées nouvelles. La déchristianisation apparaît dès la fin du XIXe siècle au fur et à mesure du mouvement d'industrialisation avec l'apport de verriers et de mineurs venus de l'extérieur. C'est ainsi que la ville de Carmaux s'oriente à gauche dès 1892 en choisissant un mineur pour diriger la mairie, Calvignac.

 

 


Histoire géographie. Académie de Toulouse.