INFORMATIQUE ET RECHERCHE EN HISTOIRE.




Etablir un tableau complet de l'utilisation de l'outil informatique dans la recherche historique n'est pas le propos de cet article mais l'objet de notre DEA, histoire de l'utilisation de l'informatique dans les disciplines historiques depuis le milieu des années 60 en France .
Nous nous proposons aujourd'hui après un bref rappel historiographique de vous présenter à travers l'exemple du Groupe de Recherche en Histoire Immédiate de l'Université Toulouse le Mirail, une illustration, une possibilité d'utiliser l'ordinateur dans la recherche en histoire.

La rencontre de l'histoire et de l'informatique date d'une petite trentaine d'années en France. Les pionniers tels que E. Le Roy Ladurie pour son étude sur Les Paysans du Languedoc , (thèse 1966), mais aussi, l'étude d'A. Corvisier sur l' Armée française de la fin du XVIIe siècle au ministère Choiseul , (thèse 1964), ouvrent la voie à une étape nouvelle, une autre façon d'écrire l'histoire et de mener la recherche. André Corvisier par exemple laisse l'histoire des batailles, pour l'histoire entière d'un corps d'armée grâce à l'exploitation d'un gros corpus documentaire (deux millions de "signalements" pour les années 1776-1786) il renouvelle ainsi totalement la problématique des études militaires. Par l'intermédiaire de ces pionniers, l'ordinateur est entré par la petite porte de l'Histoire. De 1965 à 1995, conférences, rencontres, colloques, séminaires, publications de thèses, démontrent le développent de l'utilisation de l'informatique dans la recherche historique. La création de la revue le médiéviste et l'ordinateur au milieu des années 1970 symbolise la réflexion dans ce domaine. Dix ans plus tard un rapport général sur la recherche historique souligne, par exemple au chapitre des nouvelles sciences auxiliaires du Moyen-Age, le rôle toujours croissant que l'informatique est destiné à jouer. Néanmoins l'emploi de l'informatique dans les disciplines historiques n'est pas encore généralisé aujourd'hui contrairement à ce que A. Zysberg projetait en mars 1980 à la Table Ronde, Histoire et Informatique de l'Institut du Temps Présent. Mais l'existence depuis 1987 d'une association Histoire et Informatique, d'un groupe de réflexion sur les nouvelles technologies dans l'Association Historiens et Géographes, le développement, depuis plusieurs années, d'unités de valeurs en premier et second cycles universitaires pour l'apprentissage de l'informatique témoignent d'une progression certaine de l'outil informatique".

A Toulouse, par exemple, le Groupe de Recherche en Histoire Immédiate a institutionnalisé et systématisé pour les étudiants de maîtrise une formation portant sur l'apprentissage des outils bureautiques (traitement de texte, tableur) et de la recherche boolèenne sur les bases de données bibliographiques en ligne comme la base de la Bibliothèques Nationale. L'outil informatique sert à la fois de grosse machine à écrire, de banque de données (surtout avec l'arrivée d'INTERNET), d'outils statistiques, de cartographes. dans ce groupe de recherche le matériel est mis à la disposition de tous les membres, et, trois demi-journées par semaine, une permanence assurée par des étudiants de maîtrise, de DEA ou de thèse, permet une assistance technique régulière. De même des séminaires spécifiques sont organisés, comme une journée consacrée aux outils cartographiques et à leur utilisation en histoire. L'apport le plus nouveau est celui d'INTERNET. Au premier regard, ce réseau semble être peu utile pour un groupe de recherche en sciences humaines mais après quelques mois de mise en route il s'est révélé comme un complément indispensable pour la recherche en histoire immédiate. INTERNET permet la consultation en ligne des principales bibliothèques. C'est-à-dire qu'il répond à la première étape de la recherche = la constitution d'un corpus bibliographique. Plus aucun étudiant ou chercheur du groupe ne part se documenter à Paris sans avoir, au préalable, réalisé sa bibliographie en ligne. Mais INTERNET est aussi une banque de données formidable, pour les cartes, images, documents sonores et vidéo des sujets traités dans le groupe. Bien sûr, ce n'est qu'un outil complémentaire qui facilite la démarche traditionnelle de l'historien.

Le recours systématique à l'ordinateur dans la démarche du chercheur en histoire passe par trois étape: l'information, la formation et la mise à disposition de matériels adaptés. Nos premiers résultats d'enquête révèlent en effet que la mauvaise information ou plus souvent, une information trop technique (diffusée par des informaticiens peu au fait des sciences humaines) est le plus grand facteur de la frilosité des chercheurs pour utiliser et faire utiliser l'informatique.

Eric CASTEX, DEA d'histoire.
G.R.H.I. Université de Toulouse-Mirail.


Notes :


1 - In La Recherche Historique depuis 1965, ed. du CNRS, Paris, 1980, p 9
2 - IHTP, Table Ronde Histoire et Informatique, Paris, mars 1980, p.27





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