Albi gravée par Tavernier en 1642.

Albi 1709,
Une crise d'ancien régime

Cette monographie a été construite par Thierry Couet.


Albi en 1674. Etienne Pujol.

Albi au XVIIème siècle est à la tête de l'un des trois diocèses qui composent l'actuel département du Tarn. C'est une petite ville d'environ huit mille habitants (7 691 selon un dénombrement de 1681 ) plus petite que sa rivale Castres qui en possède alors presque le double (14 000 environ). Un autre dénombrement en 1709 donne pour Albi un chiffre de 10 351 habitants qui, même incertain, laisse supposer une progression démographique très nette en cette fin du XVII ème siècle. Pourtant les crises démographiques caractéristiques de l'Ancien Régime et qui ont ponctué les siècles précédents n'ont pas épargné la région qui a subi les épidémies (" pestes " de 1586-87 et 1630-32) et les disettes (1588, 1590,1597,1605,1612,1649-52).


Au tournant du siècle, deux graves crises alimentaires et démographiques (en 1693-94 et 1709-1713) sévissent à Albi. La première est régionale mais la seconde concerne toute la France touchée par le terrible hiver de 1709.
Le mécanisme infernal est toujours le même :

Le gouvernement par le biais des administrations locales tente quelques mesures (recensement et stockage de grains) qui ne peuvent enrayer le mouvement. La solution viendra de l'amélioration des techniques de cultures qui assureront mais seulement à la fin du XVIIIème siècle, une plus grande sécurité alimentaire.


On pourra consulter à la fin du document un lexique succint.


Un accident météorologique.

La crise décrite par un curé de paroisse.


Le septième de janvier, au dit an, en Albigeois, l'hiver commença rudement ; il fit quantité de neige jusqu'au vingt février ; les arbres furent pendant plusieurs jours couverts de glaçons, ce qu'on appelle vulgairement le givre, et le froid fut si rude qu'on ne se souvenait plus d'en avoir vu de semblable. Le vin glaçait dans les caves et faisait fendre les barriques ; le pain se gelait en quelque endroit que ce fut et jusqu'au 25 février. Les noyers périrent entièrement, plusieurs chênes et quantité de pruniers et autres arbres fruitiers se séchèrent, ce qui causa une si grande disette qu'on fut obligé à Albi de tenir le blé à 14 livres le setier et d'en empêcher la sortie, les mois de mai, juin, juillet et août. Il vint jusques audit temps à 20 livres le setier et on obligea, par ordre de Sa Majesté, de faire le dénombrement des grains que chaque particulier avait audit an, à la récolte qui fut le 16 d'août. Le blé valait à Albi 24 livres le setier, le seigle 18 livres, les fèves autant, ce qui dura jusqu'aux semailles. Est remarquer qu'au mois d'octobre, audit an, la rivière du Tarn inonda si fortement que l'eau montait jusque près la porte de l'église de la Madeleine, ce qui causa beaucoup de dommage : elle emporta les toits des moulins d'Albi jusques à Gaillac ; elle passait sur le chemin d'Albi à Cordes et inondait partie de la plaine qui est le long dudit chemin, en sorte que pour aller d'Albi à Cordes il fallait prendre le chemin d'Albi à Mailhoc, et l'eau abatit plusieurs maisons du côté des Avalats. Cette inondation donna de la crainte à toute la ville d'Albi qui fit une procession générale pour prier Dieu de vouloir apaiser cette inondation.

Extrait du registre de l'église paroissiale de CASTANET. 1709.

Reproduit in Revue du Tarn, tome II ,1879 (pages 174-148)




Les aspects économiques de la crise .

Sources

Livres de compte de l'hôpital d'Albi. Rôles de la capitation (1710).
Résultats extraits de " La crise de 1709-1713 à Albi . Mémoire de maîtrise, Gilbert FLOUTARD. 1972. Toulouse Le Mirail.".


Les prix à Albi 1708-1711

Indice 100 pour toutes les denrées en 1708.


Année Froment Seigle vin Mouton Huile d'olive
1708 100 100 100 100 100
1709 418 529 141 100 200
1710 454 551 241 106 218
1711 181 191 220 126 218

Le pouvoir d'achat d'un brassier :


Un brassier gagne dix sols par jour (sans nourriture).
Avec deux sols il peut s'acheter un litre de vin ou un fromage de 250 gr (poids d'un camembert) ou une demi-douzaine d'oeufs ou bien encore un pain de 500 gr ou 250 gr de mouton mais il ne pourra pas acheter un litre d'huile d'olive qui coûte 12 sols (en 1710).



Effectifs à l'hôpital d'Albi 1708-1711


J F M A M J J A S O N D
1708 - 90 - - - 82 73 74 - - - -
1709 - - - 112 122 124 - 136 - 141 164 -
1710 169 236 278 280 297 - - 160 121 - - 106
1711 80 80 - 69 - - 69 72 76 73 71 70

La misère par quartiers (1710).

Chef de famille mendiant % de chefs de famille pauvres
Ste Martiane 4 33
Le Vigan 29 34
Les Combes 35 40
St Affric et St Etienne 21 40
Verdusse 6 37


Les aspects démographiques de la crise

Source:

Registres paroissiaux de St Salvy, Ste Marie Madeleine, St Affric, St Etienne, St Julien, Ste Martianne et St Loup du Castelviel.
Résultats extraits de " La crise de 1709-1713 à Albi . Mémoire de maîtrise, Gilbert FLOUTARD. 1972. Toulouse Le Mirail.".

Les décès à Albi



Année 1708 1709 1710 1711
Cécès 280 302 967 241
Indice 280 302 967 241


Les décès mensuels en 1709 et 1710 à Sainte Marie Madeleine du Bout du Pont (une des paroisses d'Albi).


J F M A M J J A S O N D
1709 9 3 7 3 3 8 2 7 6 9 7 9
1710 5 10 14 18 16 23 28 27 6 7 12 7


Les naissances à Albi


Année 1708 1709 1710 1711
Naissances 357 325 191 275
Indice 100 91 53 82

La croissance naturelle à Albi



Année 1708 1709 1710 1711
Croissance +77 +23 -776 +34

Les mariages à Albi


Année 1708 1709 1710 1711
Mariages 100 41 49 118


Petit lexique

Année 1694 :
en 1693-94, une série de mauvaises récoltes a déjà provoqué une grave crise économique et démographique.








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