ALPHABETISATION ET GEOGRAPHIE DE L'ECOLE PRIMAIRE DANS LE TARN au XIX ème.

Le legs de l'Ancien Régime : l'école rare, l'analphabétisme répandu.


Mesurer l'analphabétisme: des difficultés de méthode

Au XVIIIe siècle, le nombre des écoles et des élèves est mal connu, et la fréquentation scolaire est irrégulière. Il faut donc aller chercher ailleurs qu'à l'école les moyens de mesurer la capacité à lire et à écrire.
La lecture ne laisse guère de traces dans les archives. L'ampleur de la diffusion des brochures populaires (la Bibliothèque Bleue) aux XVIIe et XVIIIe siècles, montre que beaucoup savaient lire, mais on ne peut se fonder sur le nombre de publications pour mesurer le nombre de lecteurs.
Pour élaborer des statistiques fiables, reste la capacité à écrire qui, elle, laisse des traces : tous les mariés doivent signer l'acte sur le registre paroissial. Seuls les célibataires, mais ils sont peu nombreux, échappent à cette obligation. Si l'échantillon de population concernée semble suffisant, peut-on dire qu'une signature implique la maîtrise de l'écriture ? Rien ne le garantit et les historiens sont partagés sur l'utilisation de ce critère qui reste cependant le seul moyen dont on dispose pour fournir une approximation de notre moderne "taux d'alphabétisation". Signalons en outre qu'on peut fort bien ne pas savoir écrire tout en sachant fort bien lire.
Cette méthode ne fournit donc qu'une approximation quantitative de l'analphabétisme, mais elle permet des comparaisons fructueuses :
L'enquête MAGGIOLO En 1877, Louis MAGGIOLO, recteur en retraite de l'Académie de Nancy, lance auprès des instituteurs de France une vaste enquête consistant à relever la proportion des époux ayant signé leur acte de mariage entre 1686-1690, 1786-1790, 1816-1820 et 1872-1876 (voir cartes).
Les résultats sont imparfaits : des départements sans réponse (une douzaine), des communes absentes (la moitié environ, très souvent les villes) dans les départements ayant répondu. Il n'empêche que les recherches ultérieures ont confirmé les résultats obtenus lors de l'ambitieuse entreprise de Louis MAGGIOLO .

Ses résultats
Présentés sous forme de cartes , les résultats de l'enquête sont clairs : Une analyse plus fine montre que la partie Nord est relativement homogène alors que la sous-alphabétisation du Sud connaît des exceptions, comme la Charente-Maritime, les Pyrénées-Atlantiques ou, plus nettement encore, les Hautes-Alpes.

2. Comment les expliquer ? Une géographie mystérieuse
Pourquoi la moitié Nord-Est de la France est-elle incontestablement plus alphabétisée que la moitié Sud-Ouest ?
Cette question, fondamentale pour bien comprendre le rôle de l'école sous l'Ancien Régime, reste largement sans réponse claire de la part des historiens. Ainsi, comme le souligne Bernard GROSPERRIN , "le mystêre demeure donc entier".

Le progrès

A la fin de l'Ancien Régime, un peu plus d'un tiers des Français signent leur acte de mariage contre seulement un cinquième un siècle plus tôt.
L'essor du nombre de signatures entre la fin du XVIIe et celle du XVIIIe siècle est très marqué, particulièrement dans la partie méridionale du pays, qui tend à rattraper son retard sans pourtant le combler.
Même si les progrès n'ont été ni continus ni généralisés (des régressions existent localement), l'amélioration est de taille et correspond une meilleure situation économique globale qui permet aux communautés, y compris les plus humbles, d'entretenir un régent avec plus de facilités.
Le Tarn a peu progressé en un siècle, et son taux d'alphabétisation reste parmi les plus bas de France. Les efforts du XIXe siècle sont donc essentiels pour l'alphabétisation du département.

Compléments à l'enquête MAGGIOLO

Les niveaux d'alphabétisation par catégorie sociale n'étaient pas pris en compte par l'enquête de Louis MAGGIOLO. De nombreuses études locales ont complété cette absence, ainsi que celle des taux urbains, mal relevés par les instituteurs de 1877.

1. Villes et campagnes





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