ALPHABETISATION ET GEOGRAPHIE DE L'ECOLE PRIMAIRE DANS LE TARN au XIX ème.

De l'école rare à la généralisation : les grandes étapes.



Deuxième étape : les premiers progrès sous la Restauration sont loin de vaincre l'analphabétisme qui reste la règle..



Sous la Restauration

(1815-1830), la situation semble s'améliorer, puisqu'environ dix mille écoles voient le jour en France (+50 %) : la loi de 1816 encourage la création d'une école dans chaque commune.
Dans le département, les créations sont nombreuses et une commune sur deux environ possède une école à la fin de la période (voir carte 1824).


La progression de la scolarisation ne s'est pas faite de manière géographiquement équilibrée au sein du département. Les zones déjà pourvues en écoles accroissent leur potentiel : ainsi, la presque totalité des communes du Sud-Est, du Gaillacois et de la basse vallée du Dadou sont, à la fin de la Restauration, équipées d'une école. A l'inverse, les régions déjà les moins bien dotées (Lauragais, Ségala, Cordais) progressent peu.

Les contrastes issus de l'Ancien Régime se sont donc accentués. Ils sont encore plus violents quand il s'agit des écoles de filles qui, à cette date, ne sont encore implantées que dans une vingtaine de communes.


Mais en réalité, les progrès sont bien moins spectaculaires car :

- l'école est peu fréquentée : il s'agit le plus souvent d'une classe unique qui se tient dans un local non spécialisé (logis du maître ou d'un habitant, pièce quelconque attribuée par la commune);

- les maîtres, bien que soumis depuis 1816 à un contrôle de capacité, sont souvent dépourvus de compétences (voir à ce sujet les rapports de l'Inspecteur des Ecoles, 1837 et 1839).



La présence d'une école ne garantit pas une fréquentation scolaire régulière, même chez les garçons. A l'examen de la carte, on constate encore qu'en dehors des cantons urbains d'Albi et de Castres, peu de cantons peuvent encore se vanter d'être totalement équipés en écoles.


Troisième étape : l'école se généralise après la loi GUIZOT (1833).


C'est sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) que le bond essentiel est réalisé en France où le nombre d'écoles double (de 30 000 à 60 000). Le mouvement est presque aussi fort dans le Tam : d'environ 300 écoles en 1830, on passe à 456 en 1840 et à 533 en 1850. Il n'y a plus qu'une cinquantaine de communes sans école en 1850 (voir cartes).

Il est donc clair qu'il ne faut pas attendre la loi Jules FERRY pour trouver une école dans chaque commune du TARN. ET c'est bien sous la Monarchie de Juillet que la loi GUIZOT donne un élan aux créations parachevé au milieu du Second-Empire, date à laquelle pratiquement toutes les communes sont pourvues d'une "école".

Ainsi en une vingtaine d'années (1835-1855), les régions scolairement sous équipées disparaissent et le réseau des écoles est pratiquement installé partout. Mais, s'il est géographiquement complet, de nombreuses insuffisances demeurent et expliquent que les conscrits tarnais de 1873 (voir carte de J. Manier),

qui avaient donc tous eu la possibilité de fréquenter une école, soient encore, pour un quart d'entre eux, analphabètes.
En effet, la plupart des obstacles à une scolarité de qualité présents dans la période antérieure n1ont pas disparu:
- modicité des traitements des instituteurs malgré des améliorations sous le Second Empire (le traitement annuel garanti passe de 200 francs à 600 francs);
- bâtiments inadaptés;
- scolarités chaotiques surtout en milieu rural où la fréquentation scolaire est très épisodique. C'est là que l'analphabétisme persiste le plus fortement car il n'est pas encore vécu comme une douloureuse singularité.

Le nombre des élèves, lui, a été multiplié par 2,5 pour la France entière, qui compte en 1850 environ 3,5 millions de scolarisés. Le département du Tam connaît une poussée encore plus forte puisqu'il passe d'environ 9 000 élèves à plus de 25 000 élèves. Ajoutons que la formation des maîtres est mise en route (voir les instituteurs).


Mais attention, il ne s'agit pas encore d'une généralisation de la fréquentation scolaire car si les enfants ont la possibilité théorique de fréquenter dans leur commune l'école , de nombreux obstacles s'y opposent encore :
- il faut rétribuer l'instituteur
- les locaux sont souvent mal adaptés
- la fréquentation est épisodique


Extraits de rapports sur l'instruction primaire

A Monsieur le Préfet du Département du Tarn

(1837)
Monsieur le Préfet,
[...] Les écoles d'un assez grand nombre de communes ont dû nécessairement se ressentir de la misère extrême, et des longues maladies qui ont assiégé cette année, une partie considérable de la population. En effet les absences fréquentes des élèves dans leurs classes, ont laissé souvent languissantes les études primaires, et la rétribution mensuelle mal payée, parfois à peu près nulle, a dans plusieurs localités rendu pénible la position des instituteurs et jetté du découragement dans l'âme de quelques uns d'entre eux. [...]
Nous sommes encore loin d'avoir une organisation complète d'éducation populaire mais nous sommes en assez bon chemin; [...]

(1839)
Monsieur le Préfet
L'instruction primaire était, il y a a peu d'années encore, faible et languissante dans nos contrées ; des préjugés qui n'existaient point dans le nord de la France en retardaient le développement ; mais depuis qu'une loi sagement conçue a pu imprimer à l'enseignement une marche régulière...[...]
Ainsi notre département sur 303 communes ou réunions de communes en a compris cette année : 218 pourvues de 250 écoles communales, de 65 privées, en tout de 315 écoles primaires dirigées par 339 instituteurs ou sous-maîtres, et parmi lesquelles on remarque deux écoles supérieures, l'une à Gaillac, l'autre à Mazamet. 85 communes restent encore à pourvoir ; plusieurs d'entre-elles sont de peu d'importance et n'auront, sans doute, jamais d'instituteur. [...]

Il est malheureux que nos instituteurs ruraux aient tant de peine à se créer une existence tolérable ; cela provient de ce que les enfants ne fréquentent régulièrement les écoles que pendant les mois d'hiver ; de ce que les parents, n'envoyant leurs enfants en classe, qu'une fois le jour, paient la moitié, ou même moins de la moitié de sa rétribution mensuelle, et de ce que beaucoup d'autres ne se souviennent pas assez de cette rétribution. [...]

J'ai dit plusieurs fois, je crois devoir le répéter encore : "Que nous n'aurions un système complet d'éducation populaire que lorsque chaque commune posséderait une maison d'école disposée, et pour la tenue de la classe et pour le logement de l'instituteur ; et "attendu que, sous ce rapport, notre département est fort arriéré, que sur près de quarante maisons que les communes ont en propriété, quatorze seulement sont appropriées, j'ose espérer, Monsieur le Préfet qu'à votre bienveillante recommandation on continuera de doter l'instruction primaire de semblables attentions.

Quoique la loi de 1833 n'ai fait aucune mention de l'instruction élémentaire des filles, je pense que je ne ferai pas mal de dresser ici un état, qui fassent [sic] connaître le nombre des institutrices communales ou privées [suit un tableau recensant 29 institutrices communales, 104 privées et 43 sous-maîtresses pour 6760 élèves (moitié moins que de garçons)]
Je suis, avec respect,
Monsieur le Préfet
Votre très humble
et très dévoué serviteur
L'Inspecteur des écoles du Tarn
MULLER-KERN


Extraits du rapport de l'Inspecteur des écoles du Tarn au Préfet. 1839.





Revenir à la page de garde