La progression de la scolarisation ne s'est pas faite de manière géographiquement
équilibrée au sein du département. Les zones déjà pourvues en écoles accroissent
leur potentiel : ainsi, la presque totalité des communes du Sud-Est, du Gaillacois
et de la basse vallée du Dadou sont, à la fin de la Restauration, équipées d'une école. A l'inverse,
les régions déjà les moins bien dotées (Lauragais, Ségala, Cordais) progressent peu.

Les contrastes issus de l'Ancien Régime se sont donc accentués. Ils sont encore plus
violents quand il s'agit des écoles de filles qui, à cette date, ne sont encore implantées
que dans une vingtaine de communes.
Mais en réalité, les progrès sont bien moins spectaculaires car :
- l'école est peu fréquentée : il s'agit le plus souvent d'une classe unique qui se
tient dans un local non spécialisé (logis du maître ou d'un habitant, pièce quelconque
attribuée par la commune);
- les maîtres, bien que soumis depuis 1816 à un contrôle de capacité, sont souvent
dépourvus de compétences (voir à ce sujet les rapports de l'Inspecteur des Ecoles,
1837 et 1839).
La présence d'une école ne garantit pas une fréquentation scolaire régulière, même
chez les garçons. A l'examen de la carte, on constate encore qu'en dehors des cantons
urbains d'Albi et de Castres, peu de cantons peuvent encore se vanter d'être totalement équipés en écoles.
Il est donc clair qu'il ne faut pas attendre la loi Jules FERRY pour trouver une
école dans chaque commune du TARN. ET c'est bien sous la Monarchie de Juillet que
la loi GUIZOT donne un élan aux créations parachevé au milieu du Second-Empire, date
à laquelle pratiquement toutes les communes sont pourvues d'une "école".
Ainsi en une vingtaine d'années (1835-1855), les régions scolairement sous équipées
disparaissent et le réseau des écoles est pratiquement installé partout. Mais, s'il
est géographiquement complet, de nombreuses insuffisances demeurent et expliquent
que les conscrits tarnais de 1873 (voir carte de J. Manier),
qui avaient donc tous eu la possibilité de fréquenter une école, soient encore, pour
un quart d'entre eux, analphabètes.
En effet, la plupart des obstacles à une scolarité de qualité présents dans la période
antérieure n1ont pas disparu:
- modicité des traitements des instituteurs malgré des améliorations sous le Second
Empire (le traitement annuel garanti passe de 200 francs à 600 francs);
- bâtiments inadaptés;
- scolarités chaotiques surtout en milieu rural où la fréquentation scolaire est très
épisodique. C'est là que l'analphabétisme persiste le plus fortement car il n'est
pas encore vécu comme une douloureuse singularité.
Le nombre des élèves, lui, a été multiplié par 2,5 pour la France entière, qui compte
en 1850 environ 3,5 millions de scolarisés. Le département du Tam connaît une poussée
encore plus forte puisqu'il passe d'environ 9 000 élèves à plus de 25 000 élèves.
Ajoutons que la formation des maîtres est mise en route (voir les instituteurs).
Mais attention, il ne s'agit pas encore d'une généralisation de la fréquentation scolaire
car si les enfants ont la possibilité théorique de fréquenter dans leur commune l'école
, de nombreux obstacles s'y opposent encore :
- il faut rétribuer l'instituteur
- les locaux sont souvent mal adaptés
- la fréquentation est épisodique
Il est malheureux que nos instituteurs ruraux aient tant de peine à se créer une existence
tolérable ; cela provient de ce que les enfants ne fréquentent régulièrement les
écoles que pendant les mois d'hiver ; de ce que les parents, n'envoyant leurs enfants en classe, qu'une fois le jour, paient la moitié, ou même moins de la moitié de
sa rétribution mensuelle, et de ce que beaucoup d'autres ne se souviennent pas assez
de cette rétribution. [...]
J'ai dit plusieurs fois, je crois devoir le répéter encore : "Que nous n'aurions un
système complet d'éducation populaire que lorsque chaque commune posséderait une
maison d'école disposée, et pour la tenue de la classe et pour le logement de l'instituteur ; et "attendu que, sous ce rapport, notre département est fort arriéré, que sur
près de quarante maisons que les communes ont en propriété, quatorze seulement sont
appropriées, j'ose espérer, Monsieur le Préfet qu'à votre bienveillante recommandation
on continuera de doter l'instruction primaire de semblables attentions.
Quoique la loi de 1833 n'ai fait aucune mention de l'instruction élémentaire des filles,
je pense que je ne ferai pas mal de dresser ici un état, qui fassent [sic] connaître
le nombre des institutrices communales ou privées [suit un tableau recensant 29 institutrices communales, 104 privées et 43 sous-maîtresses pour 6760 élèves (moitié
moins que de garçons)]
Je suis, avec respect,
Monsieur le Préfet
Votre très humble
et très dévoué serviteur
L'Inspecteur des écoles du Tarn
MULLER-KERN