La libération du Tarn



 

« Les sanglots longs de violons de l ’automne bercent mon coeur d’une langueur monotone. »

Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie; prévenue par ce message codé, la Résistance entre en action contre l ’occupant allemand. Dans le Tarn des volontaires affluent dans les maquis; il s ’agit d ’empêcher les renforts allemands de rejoindre le front normand et de libérer le département. Tous les maquis tarnais, sous le commandement du Colonel Durenque (Redon) et du Commandant Hugues (Dunoyer de Segonzac) vont participer activement à ces actions.

Plaque commémorative Stèle au Triby, au dessus de Mazamet

« Depuis l ’annonce du débarquement en Normandie, 2000 hommes ont quitté le travail dans la région castraise. On évalue les effectifs du maquis à 5000 ou 6000 hommes, comprenant des G.M.R. (Groupes Mobiles de Réserve) et des gendarmes. Dans les cantons de Roquecourbe, Montredon, Vabre, Brassac, Murat, les maquis tiennent toutes les voies de communication » rapportait le Sous-Préfet de Castres le 13 juin 1944.

A partir du 6 juin 1944, les résistants tarnais, de plus en plus nombreux, déclenchent des actions contre l ’occupant. Le 14 juillet 1944, des résistant défilent dans quelques villes du Tarn comme à Dourgne. Durant l ’été 1944 la Résistance libère le Tarn malgré une forte présence des troupes allemandes.

La libération dansle Tarn


Les combats

Du 20 au 22 juillet 1944 les Allemands attaquaient en force le Corps Franc de la Montagne Noire du côté de la Galaube. Avions de bombardement, artillerie, chars, chenillettes, auto-mitrailleuses et plus de 1500 fantassins participaient à cette attaque. Les maquisards sont obligés de décrocher après de rudes combats. Des installations ont été détruites, quatre hommes du Corps Franc ont été tués, dont le commandant Sévenet mais les Allemands ont perdu plus encore. Peu affaibli, le Corps Franc de la Montagne Noire restait un menace sérieuse pour les troupes allemandes.

Le camp du Riedgé

Le camp du Riedgé, dans la Montagne Noire, après le bombardement aérien du 20 juillet.

 

Preuve de la coordination entre F.F.I. et Alliés, un commando américain de 15 hommes fut parachuté le 6 août 1944 dans le Sidobre. Sa présence fut exploitée pour obtenir la reddition de la garnison allemande de Castres. En effet, la vue de combattants américains aux côtés des Résistants fit croire aux Allemands une présence plus massive des Alliés dans la région.

Libération FFI américains

Au Commandant des Troupes Allemandes de Castres

Vous êtes définitivement encerclés: les troupes franco-américaines du département du Tarn convergent vers vous. Votre situation est désespérée. Si vous vous conduisez en adversaires loyaux, nous saurons nous montrer chevaleresques. Rendez-vous sans condition, vous serez traités suivant les lois de la guerre. Sinon dans quarante-huit heures nous vous attaquerons avec toutes nos forces et le concours de l'aviation.

Signé : Colonel Durenque, Commandant les Forces Françaises du Tarn

Et le Commandant Le Gueux,Chef Kommandos Américains

Le coup de bluff fonctionna et la garnison de Castres se rendit à la Résistance.

En Août 1944, les troupes allemandes du Tarn se rendent à la Résistance, non sans des barouds d ’honneur. Les troupes allemandes de Mazamet, qui essayaient de gagner Castres dans un train fortement armé sont attaquées par les maquisards, aidés par un commando américain, dans la montée d ’En Sire, à quelques kilomètres de Labruguière. Le combat est violent mais tourne à l ’avantage du maquis. Un participant, Léon Neugewurtz/ Nisand, résistant juif du Maquis de Vabre, raconte, non sans fierté, la reddition des soldats allemands:

« Au petit matin, au moment de la reddition des Allemands, j'étais avec le Commandant Hugues/Segonzac, Gamzon et Beuve-Méry. Ils avaient besoin d'un interprète, c'était moi. Après, j'ai voulu exprimer quelque chose, dire que nous étions des soldats, pas des sous hommes. Je me suis avancé vers un Allemand, je lui ai dit : "Ich bin Jude...", je suis Juif! Il a crié : "Nein, unmöglich"... Non, impossible! Les autres ont entendu, j'ai fait tout le train, annoncant la bonne nouvelle. "  Je suis Juif », ça a été la panique... Les Allemands se sont dit : "ces Juifs vont nous couper en morceaux !"

Beuve-Méry a raconté cette histoire dans un article du "Monde". Sa seule erreur, c'est de dire que j'étais un élève-rabbin alors que j'étais seulement aumônier! L'article de Beuve-Méry se trouve à Jérusalem, au monument de Yad-Vachem.  Cité dans « De la chouette au merle blanc ».


La libération des villes

Le 21 août Castres est libérée,

 

Libération Castres

les bataillons des maquis, notamment celui de Vabre, défilent dans la ville.

Défilé FFI

4200 soldats et 71 officiers de la Wehrmacht se sont rendus. Le 22, après le passage de la colonne allemande de la Flak, Albi est définitivement libérée. Le même jour, c ’est aussi le tour de Mazamet.

 

Libération

Voulant rejoindre la Vallée du Rhône, une colonne allemande de la Flak (DCA) est attaquée par les maquisards tout au long de sa traversée du Tarn. Le combat du Pont de la Mouline, engagé par le CFMN fait de nombreuses victimes parmi le maquisards.

Les attaques des maquis

La traversée du Tarn par la colonne allemande de la Flak, du 21 au 23 Août 1944. (en rouge les attaques des maquis)

Parmi ces résistants on trouvait surtout des hommes, quelques femmes aussi. Il y avait des jeunes, des moins jeunes. Beaucoup étaient du Tarn, et d ’autres départements et même des colonies d ’alors. Les étrangers étaient bien représentés. Ils étaient protestants, catholiques, juifs, musulmans ou athés. Socialistes, démocrates chrétiens, communistes... Certains étaient des étudiants, d ’autres des paysans, des mineurs, des militaires, des instituteurs, des médecins, des ajusteurs, et même un polytechnicien ...

Robert Chevallier, Gabriel Sicart, Idelfino Cavaliero, du Maquis de Vabre;

Emile Bonnet, Paul Combes et François Gascuel du Corps Franc du Sidobre;

Henri Sevenet, Tahar Meziane, Simon Gembarowski et Pierre Mazières, du Corps Franc de la Montagne Noire;

Ludwik Bartowiak, Maurice Lautier, Manuel Gonzalez et André Donadille des Francs Tireurs et Partisans;

Tous ceux-là, quelque soit leur origine ou leur croyance, sont morts en combattant pour libérer la France dans les rangs des FFI.

 

Drapeau FFI


Témoignages

Certains de ceux qui ont laissé leur vie pour défendre les valeurs auxquelles ils croyaient étaient souvent jeunes. Le sous-Lieutenant Troussel du Groupe Borie, qui venait d'avoir vingt ans a été blessé puis massacré par les Mongols au service des Allemands lors du combat du Garric le 17 août 1944. Sa mère était agent secret du général De Gaulle.

Dernière lettre de Jacques Troussel

Chère maman

Voilà quatre ans que nous avons souffert, loin l'un de l'autre, chacun de nous deux a suivi son chemin dans un sens différent, pour rejoindre le même carrefour, avec le même esprit idéaliste de nous battre pour revoir notre chère France libre, et redevenir heureux dans notre belle province du Nord... Tu n'auras pas à rougir de ton fils, quel que soit le sort qui m'attend... Maman chérie si je t'écris cette lettre et si tu la lis un jour, c'est que je serai mort en me battant contre l'Allemand. Maman chérie, ma dernière pensée sera pour vous tous, ainsi que pour mes petites soeurs.

Doux baisers de ton fils qui fait son devoir.

Jacques. Le 10 août 1944 dans un coin de la Résistance française. Au Maquis "Antoine" à Villelongue, Aveyron.

De par ses activités de résistant, Augustin Malroux avait été arrêté en 1943 et déporté au camp de concentration de Bergen-Belsen. (en rouge)

Camp de Bergen-belsen

Son épouse reçut une dernière lettre écrite en allemand mais il ne reviendra pas de ce camp où il avait été détenu « NN », Nacht und Nebel, (Nuit et Brouillard.).

Déportation Malroux

Au total 256 Tarnais ont été déportés, dont 42 femmes. Les résistants représentaient plus du tiers des déportés. Comme Augustin Malroux, 132 déportés ne sont pas rentrés.

Jean-Paul Nathan, Eclaireur Israélite du maquis de Vabre relate, longtemps après, un des plus beaux aspects de la Résistance dans le Tarn:

"J'étais Allemand... Après, j'ai été juif traqué... Qu'est-ce que j'ai connu de la France? Les camps de Gurs et de Rivesaltes, les salauds de la Légion, les gardiens et les officiers de Vichy. Quand j'étais petit, en Allemagne, j'apprenais dans les livres de classe que la France était le pays de la Liberté. La révolution de 1789, la fraternité, tous les hommes égaux. Si tu savais comme je l'aimais cette France que je ne connaissais pas et comme je l'ai détestée ensuite. Mais je me trompais. Ce n'était pas la France. La France, c'est cette poignée d'hommes que j'ai rencontrés dans la montagne, ces paysans de Lacaze et de Viane, tous ces hommes de coeur qui nous protègent et nous ravitaillent, ces pasteurs protestants et ces prêtres qui cachent les petits enfants juifs, ces jeunes gens qui auraient pu rester tranquilles dans leur campagne et qui pourtant ont préféré se battre. Et vois-tu, ces hommes de la montagne, c'est la France!"


Se souvenir mais aussi construire l’avenir.

Notre collège porte le nom de Jean Monnet. A sa manière ce grand homme a activement participé à la résistance contre le nazisme. En 1941 il se rend à Washington où il conseille les Américains à mettre au point leur gigantesque effort de guerre. Jean Monnet participe au Gouvernement de la France libre à Alger en 1943; il s'occupe de l'armement des forces françaises et prépare la paix:

"Il n'y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstituent sur une base de souveraineté nationale... Les pays d'Europe sont trop étroits pour assurer à leurs peuples la prospérité et les développements sociaux indispensables. Cela suppose que les Etats d'Europe se forment en une fédération ou une "entité européenne" qui en fassent une unité économique commune."

Une fois le nazisme vaincu, une fois rétablies en France mais aussi ailleurs en Europe les valeurs auxquelles il croyait, Jean Monnet a donc été un des grands artisans de la réconciliation franco-allemande et de la coopération européenne avec le Chancelier allemand Konrad Audenauer. Au combat succédait la volonté de construire en commun une Europe pacifique.


Au collège nous participons, modestement, à travers d’échanges linguistiques, de voyages culturels, à cette construction et par la participation à ce concours, nous perpétuons le souvenir de la Résistance.