L'explosion de l'usine AZF de TOULOUSE. 21-09-01.


Le programme des classes de seconde comporte un chapitre intitulé " les sociétés face aux risques", l'accident de l'usine chimique AZF de Toulouse , le 21.09.2001 a dramatiquement illustré un des risques majeurs de nos sociétés : le risque industriel .
Immédiatement après l'accident, les enseignants d'histoire-géographie de l'Académie de Toulouse ont dû l'analyser, souvent dans des conditions difficiles, la forte implication affective des élèves comme des enseignants ne facilitant pas une approche distanciée du dossier.
Neuf mois après, si de nombreuses questions ne sont pas encore résolues, il semble cependant indispensable de fournir aux enseignants des moyens d'analyse. Pour cette tâche, nous sommes confrontés à une série de difficultés. La première concerne la masse de documents disponible. De très nombreux articles de presse retraçant l'évènement , des rapports et des analyses variées, de nombreux points de vue souvent divergents ainsi sont disponibles sur Internet. Mais comment choisir l'information à la fois fiable et utilisable en classe ?
La seconde est celle de la compétence technique et scientifique souvent nécessaire pour aborder certains aspects de l'accident, notamment son origine. Comment rendre compte de la complexité des phénomènes tout en donnant aux élèves et aux enseignants non spécialistes un dossier abordable ?
En guise de solution, nous avons choisi de présenter au centre de celui-ci, le résumé du rapport de l'Inspection générale de l'Environnement (24.10.01) établi par François BARTHELEMY , Ingénieur général des mines, Henri HORNUS, Ingénieur en chef des ponts et chaussées, Jacques ROUSSOT, Contrôleur général des armées, Jean-Paul HUFSCHMITT, Ingénieur en chef de l'armement Inspection des poudres, Jean-François RAFFOUX Directeur scientifique de l'INERIS. Ce rapport fondé sur l'étude de nombreux documents qui ne peuvent, ni être présentés intégralement en ligne, ni étudiés par des élèves, sauf dans un cadre particulier comme celui des T.P.E. , a cependant le double avantage d'être une source officielle incontestable dans sa nature et synthétique au niveau du contenu (hormis les annexes ).
Soulignons que seuls les passages ayant un aspect géographique, au sens très large, ont été retenus. Les données techniques concernant l'explosion (présentées dans les annexes) ont été le plus souvent écartées.
Nous remierçons l'Inspection générale du Ministère de l’Ecologie et du Développement durable pour l'autorisation de diffusion à usage pédagogique du résumé de ce rapport. Pour usage privé, tous ceux qui sont intéressés peuvent télécharger en ligne, le rapport sans ses annexes ou le commander dans son intégralité (sous forme de cédérom) au MATE (Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement). (Tel = 0142191340, fax=0142191345, mel annick.rousselet@environnement.gouv.fr ou armelle.dif@environnement.gouv.fr )
Les passages en gras et entre guillemets sont des citations intégrales du texte de ce rapport. auquel seules quelques données complémentaires ont été ajoutées, après la conclusion.

Principaux sigles utilisés :
  • DRIRE : Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement
  • PIG : Projet d’Intérêt Général
  • PPI : Plan Particulier d’Intervention
  • ZEI : Zone des Effets Irréversibles
  • ZEL : Zone des Effets Létaux ;
  • CCI : Chambre de Commerce et d'Industrie.
  • MATE : Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement.

1) La chimie au sud de Toulouse


1.1) Origine des usines

Au XVII° siècle, il existait déjà une poudrerie sur l’île de Tounis, elle s'étend pendant la guerre de 1914 -1918, sur la rive gauche de la Garonne jusqu'à la limite sud de la commune de Toulouse.
En 1924, l’ONIA (office national de l’industrie de l’azote) est créé. La production des poudres est séparée de celle des engrais azotés. L’ONIA , comme la nommait toujours les vieux toulousains, devient ensuite successivement, APC, CDF, Chimie-AZF, SCGP, et depuis 1991 Grande Paroisse qui fait maintenant partie d’ATOCHEM (groupe TOTAL FINA ELF).

Le service des poudres est passé à la SNPE en 1971 (ministère de la défense,société nationale) mais la fabrication de poudre a été arrêtée en 1973 et depuis les activités sont orientées vers la chimie.

Tolochimie a été créé en 1961, (groupe Rhône Poulenc) et est depuis 1996 intégré dans le groupe SNPE

1.2) Situation en 2001

Chimie

AZF est repérable à la grande cheminée au deuxième plan. Au premier plan sur une île de la Garonne, la S.N.P.E. (Société Nationale des Poudres et Explosifs) . Le site correspond à une sorte de quadrilatère avec à l'Est le fleuve, (au premier plan), à l'Ouest la route Nationale, doublée par la ligne de chemin de fer, aujourd'hui complétée par l'autoroute A64. A l'origine rural, l'espace périphérique s'est fortement urbanisé avec à l'arrière les cités de Bordelongue et de Papus à droite et la Z.U.P. du Mirail au centre.

plan général

La boucle du chemin de fer doublée par la rocade Sud et l'échangeur de Langlade ferment ce quadrilatère au Nord.
Ce pôle qui comptait près de 5000 ouvriers après la Deuxième Guerre Mondiale en a à peine 1500 aujourd'hui.

Vue aérienne générale

 

 


Elle est située sur un terrain de 70 ha au sud de Toulouse et à environ 3 km du centre, en rive gauche de la Garonne.
Elle emploie 470 personnes. L’usine produisait des engrais et divers produits chimiques : ammoniac, acide nitrique, urée, nitrate d’ammonium pour les principaux.
La production de nitrate d ‘ammonium était surtout destinée aux engrais, et à la fabrication de nitrate fioul explosif employé dans les carrières et les travaux publics.
L’usine comportait des stockages importants de substances dangereuses : - ammoniac- chlore - nitrates d’ammonium.

Image SPOT

La SNPE (469 personnes) est installée sur un terrain de 38 hectares, situé au sud de l’île d’Empalot, sa forme est celle d’un triangle dont deux grands côtés sont les bras du fleuve. En limite nord se trouvent la ligne de chemin de fer Toulouse- Bayonne, avec l’embranchement particulier qui dessert l'entreprise et le périphérique routier.
A l’est, le site est dominé par les coteaux peu urbanisés de Pech David qui constituent la rive droite de la Garonne.
A l’ouest, se trouvent les installations du complexe chimique de la Grande Paroisse et la sortie sud de la R.N 20.
Ses principales productions concernent l’espace et la défense, la chimie fine et la pharmacie.

SNPE et Grande Paroisse, ne sont séparés que par le bras inférieur de la Garonne ; la SNPE est à 500 mètres du point zéro de l’explosion, les zones les plus éloignées sont à 1 000 mètres. Le lieu de l’explosion est situé à 3 km du centre de Toulouse.

Située à l’extrémité sud du site, l’entreprise TOLOCHIMIE (110 personnes) occupe 10 hectares. Elle est reliée à la SNPE , notamment par une canalisation destinée à faire circuler le phosgène dissous. TOLOCHIMIE produit des intermédiaires de chimie fine, à usage agrochimique principalement.
L’établissement d’ISOCHEM, (1998, 38 personnes), fabrique surtout des produits pharmaceutiques. Il est installé sur le site de la SNPE.

L’ancienne poudrerie nationale de Braqueville (70 ha) et des ballastières (37 ha) conservent plusieurs dizaines de milliers de tonnes de résidus de poudre au sud de l’usine de Grande Paroisse .

2) L’explosion du 21 septembre 2001

2.1) L'explosion

L’explosion du 21 septembre 2001 est survenue dans un stockage de « nitrates d’ammonium déclassé » qui était autorisé pour 500 t et contenait 300 à 400 t de produit le jour de l’explosion.. Les produits étaient « déclassés » à cause d'anomalies dans la granulométrie mais aussi dans la composition des produits. Le bâtiment de stockage était adjacent à une sacherie où des produits combustibles étaient stockés.
Cet ensemble de bâtiments n’était pas équipé de système de détection incendie. Pour le stockage, il n'y avait pas de détecteurs d’oxydes d’azote : le risque d’explosion était considéré par l’exploitant comme négligeable .
Les manutentions dans le local de stockage étaient effectuées par du personnel d’une société sous traitante TMG qui effectuait également la manutention des nitrates en sacs et sur palettes.
La veille de l’explosion, 15 à 20 t d’une fabrication d’ammonitrate avec un adjuvant en phase de qualification ont été amenés dans ce local. Le matin de l’explosion, des produits issus du conditionnement des ammonitrates et des ateliers de fabrication y ont été amenés.
Un agent de Grande Paroisse est sorti de la sacherie 5 minutes avant et n’a rien remarqué d’anormal.

L’explosion s’est produite à 10 h 17 dans le bâtiment de stockage, elle a provoqué la mort de 30 personnes dont 22 dans l’usine et 9 à l’extérieur, 2500 blessés dont une trentaine gravement.
L’explosion du nitrate d’ammonium même sensibilisé par la présence de certains produits (matières combustibles par exemple) nécessite une source d’énergie dont la nature n’est pas encore connue.
L’analyse des conséquences de cette explosion conduit à estimer que la puissance de celle-ci est comparable à celle de 20 à 40 tonnes de TNT , ce qui indique qu’entre 40 et 80 tonnes de nitrate d’ammonium auraient détonées.

2.2) Ses effets à Grande Paroisse


L’explosion a formé un cratère d’une quarantaine de mètres de diamètre et de 7 m de profondeur par rapport au sol naturel.

cratère

Elle a provoqué la mort de nombreux membres du personnel (22 victimes, voir plus haut) et des dégâts matériels considérables dans toute la partie nord du site : destruction de certains réservoirs de solutions de nitrate d’ammonium et pollution de la Garonne avec des fuites d’acide nitrique.
Le réservoir de solution chaude de nitrate d’ammonium à 95 % a été endommagé mais sans provoquer de fuite.
Fort heureusement, il n’y a pas eu d’effet domino au delà : pas de propagation aux autres stockages de nitrate d’ammonium , ni aux stockages d’ammoniac sous pression situés à 300 m de l’explosion, ni à celui d’ammoniac liquide situé à plus de 600 m. Le bâtiment abritant le stockage de chlore à plus de 500 m a subi des dégâts mais les wagons à l’intérieur n’ont pas été touchés. Ceux situés au sud du site à plus de 400 m, ont été protégés par certains bâtiments dont la structure a résisté à l’onde de choc.
"Si un wagon de chlore ou d’ammoniac s’était trouvé près de la zone où s’est produite l’explosion et avait été endommagé les effets du nuage auraient été d’autant plus meurtriers que l’explosion avait détruit les vitres dans un large périmètre autour du site."

2.3) Ses effets aux usines limitrophes

La SNPE a subit des dégâts notables dans ses installations générales et l’on doit déplorer des victimes, dont un mort (chute d'une porte métallique soufflée par l'explosion à 750 m de l'épicentre), dans son personnel. Toutefois, aucune installation technique n’a été endommagée, aucune fuite ne s’est produite. Les installations ont immédiatement bénéficié du fonctionnement de leurs automatismes de sécurité et les personnels ont pris les mesures de précaution prévues.
"S’il n’y a pas eu, ici, d’effet domino, cela n’est pas le résultat du hasard, mais, à notre sens, d’une façon de faire qui tient aux précautions appliquées aux poudres et explosifs."
Du fait de son éloignement, TOLOCHIMIE n’a subi aucun dégât autre que quelques bris de fenêtres.
ISOCHEM, assez proche du point zéro de l’explosion a subit des dégâts extérieurs mais ses installations techniques n’ont pas été endommagées.

2.4) Ses effets à l'extérieur

Outre les très nombreuses victimes (voir plus haut), les dégâts matériels à l’extérieur du site sont considérables. Les effets du souffle ont provoqué la destruction des bâtiments les plus proches c'est à dire dans un rayon compris environ entre 400 et 700 mètres. Prenons par exemple le cas d'EDF-services Pyrénées-Gascogne, 99, route d'Espagne (services techniques, distribution, commerciaux) à 450 mètres d'AZF : les bâtiments ne sont plus utilisables, un mort, dix blessés graves, soixante blessés légers. Au lycée professionnel Galliéni, un peu plus loin, on déplore également un mort et le lycée deoit être reconstruit.

Darty

 

De fait, au-delà de la distance par rapport à l'épicentre de l'explosion, il faut aussi prendre en compte la position des façades par rapport à ce dernier, la nature des matériaux de construction, la configuration des lieux qui sont autant d'éléments qui font varier l'ampleur des dégâts. Pour simplifier, disons que dans un rayon compris entre 700 et 1500 mètres ils sont la plupart du temps impressionnants : montants des fenêtres et des portes arrachés, toitures gravement endommagées, murs parfois fissurés. C'est ainsi qu' au 29 octobre, le nombre de familles ayant demandé à être relogées à un moment ou à un autre était de 1245 dont 591 dans le parc privé et 654 dans le parc public. Au-delà de 1500 mètres, ce sont la plupart du temps les vitres cassées qui sont les marques les plus voyantes du sinistre mais à 2300 mètres, la toiture en fibro-ciment d'un magasin (But) a été détruite à 75 %.

Université le Mirail

Pour voir en ligne une carte des dégâts sur les écoles.

3) Réglementation

La loi du 19 juillet 1976 précise, « sont soumises à autorisation préfectorale les installations qui présentent de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts visés à l’article L.511-1 », c’est à dire les installations qui « peuvent présenter des dangers ou inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publique... ». Le décret du 21 septembre 1977 précisait les procédures à appliquer. Les dispositions européennes de la directive SEVESO II, transposées en droit français par un décret du 20 mars 2000 modifiant le décret du 21 septembre 1977 et un arrêté ministériel du 10 mai 2000 s'appliquaient bien sûr aux usines du pôle chimique de Toulouse réglementées par ailleurs par des arrêtés préfectoraux.
La directive Seveso est un texte européen portant sur la prévention des risques industriels majeurs. Adoptée le 24 juin 1982, elle demande aux Etats membres de l'Union européenne et aux entreprises aux activités dangereuses de prendre les mesures nécessaires pour y faire face. Le nom de cette directive est lié à la ville italienne de Seveso qui avait connu un rejet accidentel de dioxine en 1976. Le 3 février 1999, c'est une nouvelle directive baptisée Seveso 2 qui fait loi. Elle a été transposée en droit français le 10 mai 2000 et impose en particulier aux exploitants des sites industriels concernés de mettre en oeuvre un système de gestion et une organisation proportionnés aux risques recensés. En France, les usines soumises à la directive Seveso sont au nombre de 372.

Seveso

Elle était réglementée par un arrêté préfectoral du 12 février 1996 complété par un arrêté du 9 septembre 1998 qui faisait suite à une importante fuite d’ammoniac et un arrêté du 30 mai 2000, concernant spécifiquement les aéroréfrigérants (risque légionellose).
En 1999, la société a déposé une demande d’extension des capacités de production d’ammoniac, urée et acide nitrique.Le dossier d’enquête publique donnait des indications sur les risques des ateliers faisant l’objet d’une extension ; on trouvait notamment un scénario de fuite de gaz de synthèse, montrant dans certaines conditions un risque létal à 1% à des distances de 212 m et des risques significatifs d’effets irréversibles à 1086m . "Ces valeurs n’ont pas fait l’objet d’une validation par un tiers expert . Le résumé non technique de l’étude de danger était particulièrement succinct et se concluait par « compte tenu des mesures de sécurité prises à l’occasion de l’extension de capacité, la sécurité du site sera améliorée. » Cela était vrai mais ne donne aucune idée du niveau de risque de l’usine. "
La demande a été soumise à une enquête publique du 3 avril au 4 mai 2000 avec une commission d’enquête de trois membres qui a tenu notamment une réunion publique réunissant une trentaine de personnes. Au terme de l’enquête la commission a donné un avis favorable.

Les conseils municipaux des communes concernées se sont prononcés : - Pechbusque et Ramonville St Agne défavorablement - Toulouse favorablement avec des réserves concernant l’efficacité des sirènes et la prise en compte des inondations-
Les services concernés ont émis diverses observations et la DRIRE a établi un rapport en date des 8 et 12 septembre 2000 qui a été examiné avec le projet d’arrêté par le conseil départemental d’hygiène le 28 septembre 2000.

Les études de dangers ont servis de base aux évaluations faites par l'administration (la DRIRE) pour déterminer le périmètre de la "zone de maîtrise de l’urbanisme (PIG)" et le périmètre du "plan particulier d’intervention (PPI)". Plusieurs études de dangers sur les installations industrielles à haut risque du sud de Toulouse ont été réalisées à partir de 1982, avec des hypothèses variables sur les types d’accident, les critères de risque pris en compte et les conditions météorologiques.
Voici quelques exemples :
- Pour l’usine Grande Paroisse, dans le cas envisagé de la rupture d’un wagon de chlore, des distances de plus de 2500 m pour le seuil des effets létaux et de plus de 5000 m pour le seuil des effets irréversibles avaient été envisagés. Pour la rupture d’une canalisation d’ammoniac les distances sont respectivement de 600 m et 2500 m. La détonation du nitrate d’ammonium n’était pas prise en compte car elle ne peut être provoquée que par l’influence d’un détonateur puissant .
- Pour la SNPE, le scénario d’une fuite de phosgène de 46 kg pendant 5 secondes donne une zone d'interdiction (risques létaux) de 450 mètres et une zone d'intervention de 1250 mètres.

Conclusion des rapporteurs : "A notre sens, ces études sont conduites avec soin, mais on peut s’interroger sur la pertinence des scénarios retenus, en ce sens qu’ils traitent plutôt de ce que l’on pourrait appeler des incidents majeurs que d’accidents au sens commun du terme. Cette situation a conduit la DRIRE à demander une étude à l’INERIS pour définir les zones où des mesures de maîtrise de l’urbanisation devaient être prises. L’étude demandée à l’INERIS était en cours. Un document, dont on trouvera le texte en annexe T, a été établi pour cette mission. Ce document indique pour certains scénarios, les seuils des effets létaux (CL 1) et les seuils des effets irréversibles, dans des conditions météorologiques défavorables. Il fait apparaître des distances beaucoup plus grandes que celles qui ont été retenues pour la définition du PIG et du PPI."

PIGPPI

La première limite est celle du PIG et la seconde celle du PPI. On remarque dans la première zone la présence d'une portion de la rocade et dans la seconde, surtout dans la partie nord, la présence d'un tissu urbain dense (habitations, établissements scolaires, EDF)

4) Risques industriels en milieu urbain

Au milieu du siècle dernier, l’urbanisation autour des usines chimiques se réduisait à la présence de l’hôpital psychiatrique Marchant.
A partir de 1950, la croissance urbaine forte de Toulouse amène un grand nombre de constructions diverses aux abords des usines, on peut citer notamment : -1949 habitations à bon marché de la cité du Recebedou, à Portet sur Garonne-1954 camp du Bordelongue : Centre de Formation Professionnelle des Adultes - 1954/1956 île du Ramier :Institut du Génie Chimique, résidence universitaire- 1964 zone industrielle entre la RN 20 et l’actuelle « Poudrerie de Braqueville » - 1972 parc de stockage du Chapitre, autre zone industrielle- ...

19751990

Comme on peut le remarquer sur ces deux schémas, la densification urbaine s'est poursuivie après 1975, intégrant le pôle chimique au tissu urbain.Ci-dessous une prise de vue , juste au nord de l'usine AZF.

Toulouse sud

A gauche sur la photo,(extraite de Images de France, Midi-Pyrénées) l'avenue de Muret, très touchée après l'explosion. De l'autre côté du fleuve, la cité Empalot, cité-dortoir d'une quarantaine d'immeubles, construite entre 1950 et 1965. Toute la partie centrale correspond à la grande île du Ramier, inondable comme les rives opposées. On y distingue bien le Stadium, lui aussi abîmé lors de l'explosion.

Urbanisation croissante et directive SEVESO II, ont conduit en 1989, la DRIRE à prescrire la mise en place d’équipements de sécurité, la définition d' un périmètre à l’intérieur duquel l’urbanisation est strictement réglementée (PIG) et d'un périmètre de protection des habitants par un Plan Particulier d’Intervention ( PPI).
Le critère de toxicité retenu pour le périmètre PIG est la limite à partir de laquelle, dans les conditions du scénario, des effets irréversibles commencent à apparaître, le périmètre PPI est défini comme la limite où commencent à apparaître des ‘malaises’. Actuellement, dans la zone du PIG il y a plus de 1000 personnes et 16 000 dans la zone du PPI.

PopulationCroissance

Le périmètre de protection n’a pas été modifié depuis 1989. Le PIG imposait des contraintes d’urbanisme :
- Les implantations industrielles nouvelles sont limitées aux entreprises ‘à culture chimique’.
- Pour les installations existantes ( activités, habitations ), le PIG indique ‘il convient de laisser à chaque construction existante une possibilité d’extension compatible avec le développement normal de l’activité existante’
- Pour les infrastructures routières, le PIG les projets nouveaux doivent ‘démontrer indiscutablement une amélioration globale des conditions de sécurité’
" De façon générale, le règlement du PIG apparaît relativement peu contraignant et laisse un champ assez ouvert aux documents d’urbanisme qui en concrétisent l’application."

Deux projets routiers - au nord la rocade de Toulouse et son raccordement à l’autoroute A64, au sud le projet départemental de contournement de l’agglomération (non encore réalisé)- entrants dans le périmètre du PIG ont donné lieu à quelques débats entre la DRIRE et la DDE. La DRIRE a finalement admis l’argumentation présentée par la DDE selon laquelle ces projets fluidifiant la circulation amélioreraient la sécurité des usagers. Il est surprenant que l’augmentation importante du trafic ( plus de 100 000 véhicules/jours en 2000) et la possibilité d’encombrements aux heures de pointes n’aient pas été évoqués alors qu’ils étaient facilement prévisibles. En outre, la circulation sur la RN 20 qui dessert le site industriel et traverse sur près de 1500 m la zone de danger a continué à croître avec le développement des activités commerciales et artisanales qu’elle rend accessibles.

La zone de protection se situe à 95% sur la commune de Toulouse. Depuis 1990, le POS de Toulouse prend le risque industriel en compte dans les limites du PIG mais pas au-delà, notamment dans la zone PPI. Mais comme pour cette dernière, il était précisé entre autre qu ‘aucun des accidents envisagés n’engendrerait de conséquences en dehors des limites de l’usine’. on peut comprendre que les collectivités concernées ne se soient pas vraiment approprié la conscience des risques encourus.

La plupart des actes d’urbanisme dans la zone de protection (PIG) ont concerné les activités industrielles. Au fur et à mesure de l’évolution et de la modernisation du site industriel, la surface totale construite a diminué ainsi que le nombre de personnes présentes.
La mairie de Toulouse s’est clairement opposée à un renforcement structurant du pôle chimique souhaité par la CCI en excluant fermement tout accroissement du risque chimique sur cette zone . Ceci n’a toutefois pas empêché l’extension de Tolochimie ni l’accroissement des capacités et de l’éventail des productions de la SNPE et de la SGPC. Pour tous ces dossiers importants, la préfecture s’est attachée à ce que les enquêtes publiques soient l’objet d’une large publicité et information mais en ce qui concerne les risques, les dossiers mis à l’enquête se bornaient à affirmer que les risques potentiels supplémentaires restaient à l’intérieur de l’enveloppe des risques existants.

Les autres actes sont très peu nombreux :

L’autorisation est fondée sur le fait que l’extension ne dépassait pas 20% et n’augmentait pas la capacité d’accueil. Une note de l’architecte attestait en effet que la capacité passerait de 500 à 502 personnes. Pourtant, la capacité effectivement autorisée pour cet établissement n’était que de 300 . L’architecte a alors produit pour ce même projet une note de calcul révisée montrant que l’effectif maximal diminuait de 400 à 369. La DRIRE, la commission municipale de sécurité et la DDE ont donné un avis favorable à cette extension. On voit donc comment l’interprétation du dispositif réglementaire a laissé s’accroître significativement le risque pour cet établissement qui accueille probablement aujourd’hui plus de 500 personnes au lieu de 300.

sollégende

Le PPI organise le déclenchement de l’alerte, la circulation et les secours ; Il envisage la possibilité de se trouver face à un nombre important de personnes gravement atteintes. Il n’a pas été mis à jour ce qui serait nécessaire pour les personnes impliquées dans la gestion de crise, les accès téléphoniques, les moyens mobilisés, les plans de circulation.
L’information de la population s’est faite par l’envoi par la DRIRE de plus de 20000 courriers à chacun des établissements ou habitations situés dans la zone. Ce courrier contenait une plaquette décrivant sommairement le risque et le PPI et donnant des indications sur la conduite à tenir en cas d’alerte ( mouchoir humide, confinement ..).

InfoAlerte

Une seconde information spécifique au pôle chimique a été organisée en 1994. Une plaquette (ci-dessus) a été envoyée à tous les occupants de la zone PPI .Elle mentionnait explicitement la présence d’ammonitrate, produit solide pouvant en cas d’accident être à l’origine d’incendie ou d’explosion.
Les mairies concernées ont fait procéder à un affichage assez large dans les immeubles, campings, commerces.
Un camion d’exposition réalisé en liaison avec les industriels a parcouru les quartiers concernés.
Enfin des tournées d’explications pour le personnel des établissements scolaires ont été organisées. En général, les enseignants se sont montrés particulièrement sensibles et se sont préoccupé de mettre leurs établissements en mesure de faire face au risque.

Des exercices de mise en œuvre partielle de divers volets du PPI se sont déroulés entre 1991 et 1995 . "Cette stratégie d’exercices partiels excluant la mise en œuvre globale du plan et tout exercice en vraie grandeur nous semble raisonnable mais il est regrettable qu’elle se soit interrompue en 1995 ... Ceci montre bien que la conscience du risque s’est émoussée au fil des ans et qu’il est nécessaire que la réalisation d’exercices soit un volet explicite et impératif des PPI.
Le PPI prescrit que « par le canal des services publics, les collectivités, entreprises, établissements d’enseignement sont informés : des consignes de sécurités particulières, adaptées aux groupes et aux environnements sont établies par les chefs ou responsables d’établissement ». Le respect de cette prescription n’a pas été organisé et vérifié avec assez de rigueur par les services publics. Les établissements scolaires s’en sont préoccupé ainsi que le parc de la DDE qui faisait régulièrement des exercices."

5) Quelques propositions concernant la gestion des risques industriels majeurs en milieu urbain

La définition des zones d’effets à partir des études de dangers devrait être plus transparente et distincte de la définition des conséquences qui en sont tirées sur le plan urbain. Elle devrait être faite sous la responsabilité de l’exploitant et à la demande de l’administration faire l’objet d’une analyse critique par un expert indépendant de l’exploitant. La mission s’est interrogée sur le mode de financement de ces études : actuellement elles sont payées directement par l’exploitant alors que dans la sûreté nucléaire elles le sont par l’administration.

Les PPI devront contenir des prescriptions précises sur : leur révision régulière, l’information, les exercices, la préparation à l’accident éventuel des établissements exposés.

L’explosion de Toulouse montre la nécessité d’améliorer la connaissance des risques. Il faut veiller à ce que ces études ne soient pas biaisées par le souci de rechercher par avance des compromis sur les distances dangereuses pour éviter des conflits sur les conséquences de scénarii très graves, difficiles à accepter en terme d’information du public ou de maîtrise de l’urbanisme. On constate en effet que des études sur des installations comparables peuvent conduire à des résultats très disparates. Alors que les rayons des zones de dangers étaient de 900 et 1600 m pour le risque lié à l’ammoniac de l’usine Grande Paroisse de Toulouse, pour une autre usine d’engrais on a des distances de 4 500 m et 7 km.
Doivent être inclus dans les risques :

- Renforcer l’importance du double confinement lorsqu’il est techniquement et économiquement possible. Le double confinement consiste à placer le stockage (fixe ou wagon) ou l’installation utilisant un produit toxique dans un bâtiment calculé pour résister à la pression et neutraliser le produit dégagé en cas de fuite du réservoir. Des dispositions de ce type existaient sur le stockage de chlore de Grande Paroisse, mais il y avait sur le site des wagons non protégés.
Dans certains cas on utilise aussi une méthode consistant à produire des toxiques sans stockage intermédiaire ou avec un stockage extrêmement faible. Possible lorsque les quantités ne sont pas trop importantes,comme pour le phosgène, cela serait probablement plus difficile pour les usines de chimie de base ou du pétrole où les quantités sont généralement très importantes.
Pour les produits explosibles, il faut avoir recours au fractionnement des stocks de manière à limiter les effets d’une explosion sur un stock en veillant à ce que les distances entre les stocks soient suffisantes pour éviter la transmission de l’explosion de l’un à l’autre.

"Le transfert des usines « à la campagne » est parfois évoqué. Il ne faut pas se faire d’illusions sur cette possibilité car de telles implantations pourraient se heurter à des oppositions très fortes comme on le voit pour certains projets relatifs à l’élimination des déchets. En outre, il y a un risque que l’implantation industrielle n’induise un développement de l’urbanisation au voisinage...
Dans le cas de Toulouse, se pose le problème de l’éventuelle reprise d’activité de la SNPE et de Tolochimie. Si cette reprise est envisagée cela ne pourrait se faire qu’après une révision complète de la sécurité des installations, une mise à jour des études de danger et une analyse critique par un expert désigné par l’administration. La reprise éventuelle des activités liées au phosgène impliquerait que leur conception soit entièrement revue. Il faudrait limiter au maximum les stockages de phosgène ou mieux utiliser le phosgène en ligne sans stockage intermédiaire entre production et utilisation."

6 ) Conclusion

L’analyse que nous avons pu faire dans un délai très bref ne nous a pas permis de déterminer les causes directes de l’explosion. Notamment nous n’avons pas d’éléments permettant de porter un jugement précis sur les moyens de prévention mis en œuvre par l’exploitant. Il faut cependant noter que les stockages de nitrate d’ammonium n’étaient pas directement gérés par la société Grande Paroisse mais par un sous traitant. Nous n’avons pas d’éléments permettant de dire que ce fait a pu jouer un rôle dans les causes de l’accident mais le recours de plus en plus large à la sous-traitance dans les installations industrielles les plus dangereuses pose des problèmes de connaissance des produits et de transmission des informations entre l’exploitant de l’installation et ses sous-traitants.

Pour les usines ayant des zones de dimensions importantes où il y a un risque mortel et où l’urbanisation actuelle peut dépasser la dizaine de milliers d’habitants, il faudra s’interroger sur la possibilité de laisser l’activité se poursuivre en la sécurisant ou la nécessité d’y mettre fin. La poursuite de certaines activités ne sera possible à long terme que si l’on peut, par des mesures techniques, réduire les risques à un niveau tolérable compte tenu de l’urbanisation actuelle. Dans les autres cas, il faudra envisager la fermeture de l’usine avec un délai de quelques années pour faciliter la transition en veillant à ce que les échéances annoncées soient effectivement tenues.

Note :
Postérieurement aux conclusions du rapport, le 11 avril 2002, le groupe TotalFinaElf a annoncé la fermeture du site toulousain d'AZF, provoquant aussitôt la réprobation des syndicalistes CGT de la chimie. Thierry Desmarest, le PDG de l'entreprise a confirmé cette décision, début juin, au comité d'entreprise . Les activités de la SNPE et de ses deux filiales Isochem et Tolochimie sont suspendues jusqu'à ce que le gouvernement prenne une décision.
Le 5 juin, les premières conclusions de l'enquête judiciaire ont été rendues publiques. Elles écartent toute hypothèse autre que celle de l'accident chimique. Celui-ci pourrait avoir été provoqué par une erreur de manutention apportant des grains chlorés dans le dépôt de nitrate d'ammonium. La direction d'AZF rejette cette hypothèse qui met en lumière certaines négligences de sécurité dans l'entreprise.

Un double confinement des cuves de phosgène de la SNPE aurait souffert de l'explosion selon les constats réalisés par Henry Farreny (maire-adjoint de Ramonville). Voir ses arguments à http://vivevoix.site.voila.fr

COMPLEMENTS

La presse :

Vous pouvez consulter les sites des quotidiens Le Monde, Libération, l'Humanité, La dépêche du Midi ... en passant par notre rubrique "naviguer" ou à l'aide de n'importe quel moteur de recherche.

Voici quelques liens parmi d'autres :

Les articles archivés de l'hebdomadaire Tout Toulouse.

Un dossier de l'hebdomadaire l'Express illustrant assez bien comment on a pu se diriger un moment vers la thèse de l'attentat...

Et puis quelques titres, ou courts extraits, là encore parmi d'autres

Pour La CROIX (24-9) , « L'usine inquiétait depuis longtemps ». Le quotidien FRANCE-SOIR (25-9) et l'hebdomadaire VERT CONTACT (29-9/5-10) évoquent des « bombes chimiques à retardement » tout comme LE MONDE (23/24-9) qui pose la question de savoir « Comment une telle bombe peut-elle se retrouver à côté de la quatrième ville de France, dans une agglomération de plus d'un million d'habitants ?". ; L'HUMANITÉ (27-9) Le POINT (28-9) : « Ces usines qui font peur »
"Quatre jours après la terrible explosion qui a ravagé l'usine AZF de Toulouse, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer les carences de sécurité du site." souligne en tête de page le site internet TF1 du 25 septembre
LE MONDE (27.09.01) pose le problème des origines de l'accident : "Les chimistes ne s'expliquent pas les causes de la catastrophe de Toulouse. La thèse de l'accident, telle qu'elle est formulée par le procureur de la République, ne résiste pas à l'analyse des spécialistes. L'explosion du nitrate d'ammonium requiert un important apport d'énergie que l'enquête n'a pas encore identifié." LIBERATION, un peu plus tôt (Le lundi 24 septembre 2001) écrivait quant à lui sur le même sujet : "La proximité du 11 septembre à New York a tout de suite fait songer à un attentat. L'explosion [...] - pourrait tout aussi bien n'être qu'un accident. Ni le parquet de Toulouse, qui a ouvert une information judiciaire pour «homicides et blessures involontaires», ni TotalFinaElf, dont des experts en sécurité et spécialistes en «scénario accident» sont au travail sur le site, ni le ministère de l'Environnement n'ont dissipé le brouillard.

Au sommaire du numéro 65 de la revue Mappemonde (Belin-Reclus) mars 2002, les articles : - Risques technologiques et SIG - L'explosion d'AZF - et une liste de sites "pour en savoir plus sur les risques industriels et l'explosion de l'usine AZF grâce à Internet".  

Quelques liens :

Le site de l'INERIS (Institut National de l'Environnement Industriel et des Risques).

Rapport de la commission d'enquête sur la sûreté des installations industrielles et des centres de recherche et sur la protection des personnes et de l'environnement en cas d'accident industriel majeur sur le site de l'Assemblée nationale

La préfecture de Haute-Garonne fait le bilan

Le point de vue de l'association France Nature Environnement (et nombreux liens ).

Une analyse de l'Ecole des Mines de Paris

Le compte-rendu sismologique de l'Académie des sciences (réservé aux spécialistes).

Dossier réalisé par Thierry Couet






Revenir à la page de garde