"A une époque très reculée, le Bourg Saint Bernard s'appelait Ville Longue, à cause
de sa conformation topographique. D'après la tradition, il paraît en effet, qu'il
s'étendait sur une petite largeur, jusqu'à Francarville, commune située à environ
trois kilomètres. C'était alors le siège d'un évéché ; il était entouré de forêts et devait
avoir une certaine importance, si l'on en juge par les fossés qui l'entouraient et
dont quelques vestiges existent encore. En outre, deux portes fort anciennes existaient
récemment aux extrémités de la Grand'rue et ont été enlevées en 1864.
Plus tard, on ne sait à quelle époque ni pour quelle cause, la Ville Longue prit le
nom de Bourg-la-Loi.
L'étymologie de la dénomination actuelle paraît enfin être assez connue et se rapporte
à la légende traditionnelle suivante :
Pendant le commencement du XIIème siècle, l'hérésie des Albigeois ayant fait d'assez
rapides progrès dans la province du Languedoc, le pape envoya pour prêcher la croisade
contre les hérétiques, un évèque nommé Albéric. Ce dernier, afin de mener plus sûrement à bonne fin la mission apostolique dont il était chargé, s'adjoignit le célèbre
abbé de Clairvaux, saint Bernard, dont la parole éloquente et persuasive lui était
bien connue.
A leur arrivée dans la contrée, les deux missionnaires demeurèrent quelque temps à
Toulouse, où, du reste, ils avaient été très bien accueillis par le comte Ildephonse,
et entreprirent ensuite leurs prédications dans les environs de cette ville. (Histoire
de l'Eglise par Rohrbacher)
Ils furent, dit-on, très mal reçus par les habitants d'une petite ville dont le nom
est resté ignoré, et obligés de la quitter sans opérer une seule conversion. Force
leur fut de se mettre à couvert par la fuite, et c'est alors que se dirigeant par
la vallée du Girou, vers des peuples moins hostiles, saint Bernard et son compagnon reçurent
l'hospitalité dans le Bourg-la-Loi, où les habitants se montrèrent charitables à
leur égard et se laissèrent facilement ramener à leurs premières croyances. Saint
Bernard prêcha dans une maison appelée Corps de Garde, qui existe encore, et qui appartient
aujourd'hui à M. Pautard, boucher. Le Bourg-la-Loi dès lors changea son nom en celui
de Bourg Saint Bernard, et ce saint est devenu le patron de la localité. Une statue
de Saint Bernard est demeurée longtemps érigée à côté de l'endroit où il avait prêché
et, comme elle achevait de tomber en vétusté, elle a été enlevée, il y a cinquante
sept ans environ.
Avant de quitter la petite ville où il avait dû subir des outrages et des insultes
de toute sorte, Saint Bernard maudit les habitants de cette localité inhospitalière
; pendant sept ans, ils furent la proie d'une maladie dégoutante et pestilentielle
appelée la teigne et eurent à subir les tortures de la soif et de la sècheresse. Au bout
de la septième année seulement, le mal acheva de sévir sur eux et comme première
trace de verdure, ils aperçurent une feuille de figuier qui venait de pousser.
En souvenir de ce fait,la ville s'appela dès lors "viridi folium", verte feuille ;
de là est venu le nom de Verfeil.
En récompense de leur générosité et du bon accueil fait à Saint Bernard, les habitants
du Bourg jouirent pendant longtemps d'une grande fertilité, tandis que leurs voisins
maudits, en proie à une sècheresse extrême, étaient obligés de venir puiser leur
eau à une distance de neuf kilomètres dans un réservoir appelé "Fount Baler", situé tout
près du village du Bourg."