Bourg Saint Bernard...

La fête du pré de la Fadaise

autrement appelé Prat Contast


La fête du Pré vers 1900


Chaque année, le lundi après la Pentecôte, une curieuse fête à lieu au Bourg Saint Bernard, au lieu dit du "Pré de la Fadaise". On raconte que cette fête existe de toute éternité
Et l'histoire nous dit qu'effectivement, cette fête est bien ancienne. Le blason que l'on y arbore en est le symbole.

Chaque année on célèbre au BOURG-SAINT-BERNARD, le lundi de la Pentecôte, une fête champêtre reconnue comme une des plus anciennes de France.

Son origine correspond avec le siège de Lavaur en 1211 par Simon de MONTFORT qui commande les armées de la première croisade contre le Catharisme.
La légende veut que les jeunes gens du Bourg aient délivré des mains des assiégés le fils unique d'une riche veuve, capturé lors des combats. Celle ci, reconnaissante aurait offert à la jeunesse du Bourg, de célébrer chaque année, le lundi de Pentecôte une fête équestre dans un pré lui appartenant. Afin que ce souvenir reste impérissable elle voulut que la fête soit célébrée annuellement et à perpétuité.

De nos jours



Le lundi de Pentecôte avec le souci de respecter la tradition, un cortège se forme dans le village. On y trouve dans l'ordre ; les musiciens qui jouent l'air traditionnel, un groupe folklorique, le drapeau, des enfants costumés en soldats portant casque et " piques légendaires ", le maire à cheval précédant des cavaliers en habits d'époque,le blason du pré et le blason du Bourg, des chars et voitures fleuris.
Et c'est à midi solaire que le cortège prend le départ suivi par les habitants du village et des communes environnantes. Tous en grande foule se dirigent vers le pré situé dans la vallée du Girou à 2 km. environ au nord du village.
Dans ce pré de un hectare et demi environ, l'usage veut qu'une surface, à l'entrée, d'environ 14 ares, soit préalablement dépouillée d'herbe par le propriétaire, comme pour indiquer que l'entrée est libre. L'herbe doit être intacte dans tout le reste du pré, afin que les chevaux puissent y paître,y prendre leurs ébats en toute liberté. C'est là que vont se dérouler les festivités
La musique s' installe dans l' emplacement réservé. Les danses commencent, on court, on s'amuse, on rit, la consigne est : " dans le pré aucune fille debout", les téméraires sont transportées et roulées dans l'herbe mais délicatement si l'on veut bénéficier du "poutou" autorisé. On va ramasser l'herbe d'amour gage de fidélité, conservé précieusement jusqu'au prochain bouquet cueilli l'année suivante ; on boit des rafraîchissements, on mange des curbélets# .
Les cavaliers se préparent, s'alignent et c'est le départ de la course. Après trois tours souvent semés de péripéties, le cavalier arrivé le premier est déclaré roi de la fête. Il choisit sa cavalière qui devient reine,il lui offre une couronne de fleurs blanches qu'il va déposer sur sa tête. Le roi prend en croupe la reine et se place à la tête des cavaliers qui choisissent aussi chacun leur cavalière formant ainsi le "reinage".
A 15 heures ( solaire) le cortège se reforme, et après avoir fait un dernier tour, on le quitte pour rejoindre le Bourg où se déroulera la cavalcade, dans les rues du village au son de l'air du pré# au milieu d'une foule innombrable copieusement arrosée de confettis et de serpentins.
Au terme du circuit tout le cortège se disperse, se mêle à la foule.
La musique prend la relève, les danses commencent, les baraques foraines et les manèges nombreux sont investis. Un grand feu d'artifice marque le début du bal de nuit qui se terminera très tard.

C'est la fête du Pré de la fadaise.



Tout ceci paraît très anodin ! mais pourquoi cet émoi annoncé dans une correspondance du siècle dernier. Nous nous trouvons en fait devant la démonstration de l'opiniâtreté de l'attachement de la population d'une petite communauté pour la conservation de ses traditions et de son " patrimoine ".
Non pas depuis ces dernières années où le terme fleurit sur toutes les lèvres, mais depuis ses origines, c'est à dire depuis 7 siècles


En 1900, Joseph Bruno Sieurac, avocat et maire du Bourg Saint Bernard, rédigea le récit de la fête du Pré de la Fadaise, autrement appelée fête du "Prat Contrast", ainsi que se nommait aussi le pré où avait lieu la fête. Un terrible procès venait de déchirer le Bourg qui avait opposé pendant plus de 10 ans le propriétaire du pré à la population. Le propriétaire du pré refusait d'assumer les contraintes de la très ancienne fête du Pré de la Fadaise. Le maire Sieurac défendit vigoureusement la tradition bouguignonne...
Dans sa monographie, l'instituteur du Bourg fait aussi une relation du déroulement de la fête qui correspond à ce que l'on peut encore voir aujourd'hui chaque lundi de Pentecôte au Bourg.


Légende de l'an 1211.



"Selon la tradition locale, l'an 1211, dans la guerre contre les Albigeois, les jeunes gens du Bourg, armés de piques, délivrèrent par un coup de force un des leurs fait prisonnier et le rendirent à sa mère qui était veuve. Cette femme reconnaissante envers les libérateurs de son fils leur donna le lundi de la Pentecôte une fête équestre dans le pré qui lui appartenait. Pour consacrer le souvenir impérissable de cette délivrance, on convint que cette fête serait célébrée annuellement à perpétuité."

Monographie de Joseph Bruno Sieurac, 1900




Récit historique de la fête du Prat Contast faisant suite à la légende de l'an 1211.



"De l'an 1211 à l'année 1585, le Prat Contrast devint la propriété successive de plusieurs personnes dont le nom s'est perdu dans ce laps de temps. Mais si les propriétaires du Prat Contrast pendant cette période de plus de trois siècles sont demeurés inconnus, il est toutefois certain queles gens du Bourg avaient annuellement observé la convention exprimée dans la légende de l'an 1211, car au folio 445 du livre terrier de la Ville et Consulat du Bourg Saint Bernard de 1585, il est écrit : Sire Pierre Pitorre, marchand de Montcabrié, tient dans le consulat du Bourg Saint Bernard les possessions suivantes : premièrement, deux arpents et deux boissels prat et sesquas al Prat Contrast, là où ceux du Bourg vont courrir annuellement le lendemain de la fête de Pentecôte de toute ancienneté, confrontant d'aulta avec le riou Bartié et héritiers d'Arnaud d'Auzite, midi avec le riou du Girou et les héritiers d'Arnaud Dévézis et héritiers de Pons Dévézis, cers, avec sire Jean Farès et aquilou avec la carrière publique.
En l'année 1628, Jean Pitorre, fils de Pierre, vendit le Prat à noble François Delguiz, seigneur de Prunières. Dardé Delguy, un de ses successeurs, ne consultant que ses intérêts, voulut affranchir le prat de la servitude de la course. Dans ce but, à la date du 7 juin 1647, il adressa aux consuls du Bourg Saint Bernard une requête pour obtenir des lettres portant inhibition aux habitants de ce lieu d'aller courir au Prat Countrast. Le 10 juin, les consuls, sur les conseils de l'avocat de Parisot, font opposition par une autre requête au Parlement de Toulouse, et promettent de relever la Compagnie de la Jeunesse de tout empêchement d'aller au Prat, ce qui fut fait. Au retour du Prat, selon la coutume, les Consuls nomment pour Capitaine nouveau de la Jeunesse le sieur Guillaume Ruques natif et habitant du Bourg Saint Bernard et aussitôt le capitaine choisit son lieutenant, son enseigne, son premier, son dernier sergent, et désigne celui qui doit porter le sceau où sont figurées les armes de la fête , symbole de son origine. Et séance tenante, le capitaine vieux remet au Capitaine nouveau de la Jeunesse le drapeau et le dit sceau, qui lui avaient été baillés lors de sa charge par son devancier. Le procès n'en demeura pas moins engagépendant dix ans entre noble Delguy et la commune du Bourg, et cependant, l'usage d'aller au Prat ne souffrit pas d'interruption. Enfin, de guerre lasse, le propriétaire du Prat arrêta le procès et faisant bon coeur contre mauvaise fortune, vint lui-même au Bourg avec ses enfants, assister à la fête. Le vingt-et-unième jour du mois de mai seize cent cinquante sept au retour du Prat, noble Delguy accepta des Consuls le titre de Capitaine de la Jeunesse pour l'année et choisit ses enfants pour lieutenant et pour enseigne. Le 10 juin de l'année suivante, le Seigneur de Prunières, Capitaine vieux, remit sa charge au Capitaine Nouveau déclarant que lui et ses délégués avaient observé, comme ils l'avaient promis selon l'usage, les privilèges de la Jeunesse d'aller courir au Prat Countrast, tant à pied qu'à cheval, avec tambour battant et drapeau.
C'est ainsi que fut rétablie l'harmonie entre la commune et Noble Delguy Seigneur de Prunières. Sans autre incident le Prat Contrast demeura la propriété des Seigneurs de Prunièresjusques au 10 Janvier 1775. A cette époque, suivant acte passé devant Me. Clausadé, alors notaire à Lavaur, le Prat Contrast fut vendu par messire Bourriot, co-seigneur de Prunières au comte François Fleury de Peytes, seigneur de Montcabrié, et la jeunesse du Bourg y mintint toujours ses anciens usages, confirmés par la mention écrite au folio 157 de la nouvelle brévette côtée N 15. Mais le 15 Floréal an XII de la République. Ceux du Bourg sont inquiétés pour la seconde fois dans leur cours du Prat. Monsieur le Comte de Peytes qui jusques alors n'y avait fait aucune opposition veut l'empêcher.
Sur sa plainte, le Sous-Préfet de Villefranche rappelle par une lettre conçue en termes sévères au citoyen maire de la commune du Bourg Saint Bernard de tenir la main à ce que, d'après la défense du préfet, qui s'appuyait sur le décret du 19 Avril 1770 abolissant tous les droits seigneuriaux sur les près, ses administrés ne se livrent plus à la course usitée le lundi de la Pentecôte sur certain pré (dit le Prat Contrast) situé sur le territoire de la commune. Et le 29 Floréal de la même année, le citoyen maire Fauré reçoit de la Sous-Préfecture de Villefranche avis que par ordre du Préfet la Gendarmerie séjournera au Bourg le lendemain de la fête de Pentecôte et le mardi, à l'effet d'empêcher la course située sur le pré. La lettre porte que le maire doit veiller à l'exécution des mesures qu'il adû prescrire, et que procès-verbal doit être dressé, au cas de rebellion de la part de ses administrés. Le premier Prairial an XII de la République, jour de la fête du pré, pour se conformer aux ordres du préfet, Mr. Fauré, maire, et Mr. Robert, adjoint, escortés par la gendarmerie venue de Caraman, se dirigent vers le pré. Ils sont suivis par une foule d'habitants dont sept à huit à cheval. Arrivés devant le Prat Countrast,les Magistrats Municipaux en interdisent l'entrée. Les cavaliers s'avancent et demandent au Maire de bien vouloir leur montrer la défense du Préfet. Devant l'ordre écrit, ils se retirent en protestant contre la violation de leur droit, priant le Maire de constater auprocès-verbal qu'ils entendent le conserver. Mais la foule ne peut être contenue ; et de toute parts, environ soixante personnes, hommes femmes ou enfants se précipitent dans le Prat, où malgré les représentations réitérées du Maire, ils séjournent pendant une heure; Procès-verbal est dressé par l'autorité municipale et le nom des plus rebelles y est relaté. Ce sont : Jean Guiraud dit Tustet avec pierre son fils manouvrier, François Birbes, dit Quilledroit journalier, Antoine Francou manouvrier, Jean Audrand dit Jean Pech laboureur, François Goutier tisserand, François Regaud brassier et Jean pierre Cambigues brassier, tous habitants du Bourg Saint Bernard. Appelés une première fois devant le tribunal correctionnel de Villefranche, les susnommés ne peuvent être condamnés, faute de preuves suffisantes. Cités pour comparaître une seconde fois le 5 vendémiaire, ils sont convaincus de rebellion, condamnés à vingt francs de dommages envers le citoyen Maire dont on a ravagé le jardin et à trente francs de dommages envers le comte de Peytes dont le pré a été foulé. La commune est déclaré civilement responsable. Emu par la rigueur de ce jugement à cause des conséquences que pouvaient avoir son exécution, Mr. Fauré assemble immédiatement le Conseil avec l'autorisation du Sous-Préfet, proteste contre les dommages qui lui ont été alloués, dit qu'il en fait abandon à la commune, parce qu'il est convaincu que ce ne sont ni les jeunes gens de la commune ni leurs frères qui ont ravagé son jardin. Mais ce qu'il faut obtenir, ajoute-t-il, c'est l'infirmation du tribunal correctionnel. Aussitôt soutenu par la délibération du conseil, le Maire, après avoir obtenu consultation favorable de Roucoule, jurisconsulte éminent de Toulouse, se livre à de laborieuses recherches sur nos registres des seizièmes, dix-septième et dix huitième siècles pour établir par des titres le droit de la commune à la course du Prat Countrast, ses efforts intelligents sont couronnés de succès. Nanti des titres auxquels il joint une pétition, le Maire forme un dossier qu'il adresse au Conseil de préfecture. Un arrêté intervient transmis à la mairie du Bourg avec lettre d'envoi en date du 8 Messidor an XII. La copie conforme de cet arrêté quia disparu des archives de la mairie et dont l'original n'a pu être retrouvé, malgré d'actives et minutieuses recherches dans les dossier que contient la vaste salle des archives départementales à la préfecture, devait être favorable à la commune puisque postérieurement, les anciens usages furent respectés et continués."

Au dix neuvième siècle, de nouveaux propriétaires du Pré tentèrent d'empêcher la fête et intentèrent des procès, tentèrent même l'épreuve de force, en fauchant le pré avant la course ou en y creusant des fossès. Finalement, la commune acheta le pré. Actuellement, la course continue à se courrir chaque années."


Monographie de Joseph Bruno Sieurac, 1900





Le blason du pré et le déroulement de la course en 1886 (Monographie de l'Instituteur)



"Ce blason porte :
Parti au premier d'or, àla tour de granit, sommée de trois donjons surmontés de lances ;
Au deuxième de gueules, au lion d'or dressé contre une pique ;
Au chef d'azur ; à la lune d'argent, au coursier ailé.
Le blason couronné, feuillé de chêne, avec neud d'herbe d'amour ; au bas, le millésime douze cent onze.
La tour rappelle la forteresse où le fils de la veuve était retenu captif par les Albigeois ; le lion dressé contre une pique, est l'emblême des libérateurs courageux qui étaient armés de piques ; la lune est le signe du lundi ; le coursier ailé, celui de la course ; la couronne et le chêne figurent le prix du vainqueur ; l'herbe d'amour est le don symbolique offert par le vainqueur à la jeune fille qu'il choisit pour partager son triomphe. Le millésime mil deux cent ouze marque la date de l'origine de la fête.

Extrait de la monographie de l'instituteur de Bourg Saint Bernard, le 15 mai 1886





Usage local pour la fête du Prat Contrast.


l'air du pré

Dès la veille, plusieurs voix accompagnées de la musique font entendre l'hymne suivant :

Aniren toutis al prat de la fadeso
Tout le long de la Mouise que so
Beouren de boun bi blanc
Bibo le rouge, amay lé blanc.

Lé prumié que partira
Anira davan lé mairo
y démandara co qué n'airo
Touchoun en répétans :
Bibo le rouge amay lé blanc

Le lundi de la Pentecôte, à midi, la musique fait de nouveau le tour du village en jouant à plein poumons l'air du pré. Le maire, ceint de son écharpe, précédé de la musique qui joue toujours le même air, et de la Jeunesse portant drapeaux et piques légendaires enguirlandées de rubans et de fleurs, fait son entrée à cheval dans le prat contrast. L'usage veut qu'une surface du pré, à l'entrée, d'environ 14 ares, soit dépouillée d'herbe préalablement par le propriétaire, comme pour indiquer que l'entrée est libre. L'herbe doit être intacte dans tout le reste du pré, afin que les chevaux puissent y paître et y prendre leurs ébats en toute liberté. Chacun s'empresse de cueillir l'herbe d'amour et d'en faire des bouquets ; des cavaliers se livrent à la course dans le pré.
Immédiatement, les danses commencent et se continuent successivement dans toutes les parties du pré ; on boit du vin blanc et autres rafraîchissements, on mange des gâteaux, on fraternise, on est joyeux : c'est la fête du Prat Contrast, la fête de la Fadaise. A trois heures présises, après avoir fait de nouveau le tour du pré à cheval, on en sort pour y revenir conformément à l'usage, le lundi de la Pentecôte à midi, l'année suivante.
Immédiatement après la sortie du pré, a lieu sur la route n 14, la course équestre des Jeunes Gens. Le vainqueur est proclamé roi de la fête et reçoit sur la tête une couronne de fleurs, puis il choisit la jeune fille qui lui convient pour partager son triomphe. Celle-ci monte en croupe, est proclamée la reine, et reçoit elle aussi une couronne semblable à celle de son cavalier. Les autres concurrents de la course prennent chacun une demoiselle qui monte en croupe derrière eux, et le cortège fait dans cet état une fois le tour du village. Le vainqueur de la course gagne un prix de 50 fr dont 20 au moins doivent être consacrés à un repas appelé reinage, qui a lieu le soir même, et auquel prennent part les jeunes gens et les jeunes filles en nombre égal.
Après la course à cheval, a lieu la course à pied : le vainqueur gagne un prix de 10 fr. Puis le jeu de la cruche pour les jeunes filles : la première qui parvient à la casser, ayant les yeux bandés, gagn aussi 10 fr.
Ces divertissements terminés, les danses recommencent et se continuent fort tard dans la nuit.
La fête de la fadaise est enfin terminée et les différents incidents qui sont survenus à ce moment là sont pendant longtemps l'objet de la conversation des habitants et des étrangers qui ont pris part à la fête."


Extrait de la monographie de l'instituteur de Bourg Saint Bernard, le 15 mai 1886





Cette page a été réalisée par Patrick Lanneau à partir de la documentation recueillie par Jacques Bouvier.



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