Toute une année pour obtenir...
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Femmes, enfants, vieillards étaient chargés du désherbage. L'opération
était délicate car le pastel se présente comme une salade ressemblant
beaucoup à de la mauvaise herbe.
Elle se faisait à la main ou à l'aide de ciseaux.Seules, les plus
belles feuilles arrivées à maturité et juste avant leur jaunissement
étaient retenues. On ne cueillait pas les fleurs. Cette opération
nécessitait une main d'oeuvre importante, compétente et très attentive.
En fait, l'on procèdait à quatre, cinq, voire six cueillettes,
d'abord aux alentours de la St Jean (le 24 Juin), puis en Juillet,
ensuite fin Août et fin Septembre. On terminait début novembre.
La première cueillette était celle qui donnait la meilleure qualité.
A noter qu'en Allemagne, le pastel était moissonné en Juillet
et en Automne.
La production moyenne était de 15 tonnes à l'hectare en Lauragais,
atteignant près de 22 tonnes en Albigeois.
Quelques plants étaient mis de côté pour l'ensemencement de l'hiver
suivant. Par conséquent, ils n'étaient arrachés que lorsqu'ils
atteignaient près d'un mètre de haut, formant des paquets de graines
vertes qui prenaient une coloration marron à leur maturité.
Les feuilles réservées à la teinture étaient stockées en tas au bout des champs dans un premier temps, puis étalées sur place pour éviter qu'elles ne pourrissent.
Elles pouvaient être, également, ramenées à la ferme. Elles étaient ensuite lavées, puis séchées à nouveau dans un hangar bien aéré ou répandues sur un pré : on les remuait alors régulièrement pour éviter encore une fois le pourrissement.
C'était aussi une protection contre les rongeurs et insectes divers.
Ces opérations nécessitaient encore, une main d'oeuvre importante.
Les feuilles étaient ensuite réduites en bouillie : on en extrayait
une pulpe qui était à l'origine de la teinture.
Des moulins à traction animale, produisant une énergie faible
et régulière, étaient utilisés pour obtenir une pulpe homogène.
Les moulins à vent ou à eau étaient proscrits, au profit de moulins
pasteliers. Ceux-ci appartenaient à des paysans plus aisés.
La meule est une pierre horizontale au centre de laquelle est
fixé un axe vertical. Autour de celui-ci, par l'intermédiaire
d'un manche, pivote une roue verticale, en pierre selon certains
historiens, mais plus vraisemblablement en bois.
Après le broyage, la pulpe était mise à sécher, pendant six à
huit semaines, sous surveillance constante pour empêcher tout
risque de moisissure.
Au cours de cette période, une première fermentation débutait,
qui allait permettre le façonnage. Réalisé par les femmes, celui-ci
prenait la forme d'une boule de dix à quinze centimètres de diamètre.
C'est la "coque" qui est à l'origine de l'expression bien connue "Pays de Cocagne", c'est à dire le pays des coques, source de toutes les richesses.
Les coques étaient séchées sur des claies, dans un lieu bien aéré. Un an s'était écoulé depuis la cueillette mais le processus n'était pas encore terminé.
A ce stade, si on les frottait, les coques produisait une coloration
verdâtre dont on ne pouvait pour autant tirer une teinture.
Les coques, une fois séchées, étaient écrasées et mouillées pour
obtenir une seconde fermentation.Celle-ci était sans doute la
phase la plus délicate, nécessitant une surveillance constante
pour garantir sa régularité. On pouvait alors accélérer la fermentation
en rajoutant du purin ou de l'urine humaine, on pouvait aussi
la ralentir en rajoutant de l'eau claire. Cette mixture noirâtre
était remuée régulièrement car son homogénéité devait être maintenue.
La pâte ainsi obtenue, d'aspect granuleux, d'où allait être extraite
la teinture, était appelée "agranat".
Une coque pesait environ 500 grammes et donnait environ 250 grammes
d'"agranat". On peut considérer que le produit final représentait environ
7% du poids initial des feuilles, lors de la cueillette. A cette
phase-là, correspondait l'époque de la nouvelle première cueillette.
Et le cycle reprenait
La couleur particulière du bleu pastel est obtenue par oxydation
du jus verdâtre extrait de la pâte.
En la mélangeant à d'autres teintures, on pouvait réaliser d'autres
colorations (verts, pourpres ) d'excellente qualité.