Un des premiers problèmes posés à la commercialisation du pastel
résulte de l'inégalité entre la très bonne qualité de la teinture
obtenue dans les plaines du Lauragais et de l'Albigeois, et la
qualité médiocre des tissus de lin produits dans la région (Mazamet,
Toulouse, Carcassonne.) Ces villes ne peuvent en aucun cas rivaliser
avec les tissus anglais ou flamands à cette époque.
Ainsi le pastel doit être obligatoirement exporté vers ces centres
de production textile.Le pastel est acheminé par chars à boeufs
dans toutes les directions, notamment vers la cité auvergnate
de Mors-la-Jolie, le lyonnais, la France du Nord et au Sud vers
Narbonne pour l'Italie et l'Espagne.
L'essentiel du marché est contrôlé par Orthez dans le Béarn :
le plus gros de la production part vers l'Espagne via Tarbes,
Oloron et le col du Somport.
L'autre partie est dirigée vers l'Angleterre et les Flandres via
Bayonne. Le 8 Novembre 1404, parviennent à Bristol sur la côte
anglaise 13 navires en provenance de Bayonne et 4 de Bordeaux,
soit un volume de 127 mètres cubes de chargement de pastel (156
tonneaux).
Au XVème siècle, Toulouse va apparaître sur le marché pastelier.
Cette montée en puissance est favorisée par la conjonction de
plusieurs facteurs :
- le manque de capitaux et de disponibilité financière des marchands
béarnais et albigeois
- l'organisation de la filière : les collecteurs achètent la récolte
en feuilles, fabriquent et vendent la teinture aux marchands qui
la commercialisent
- du fait de la concurrence, les collecteurs prennent le risque
d'acheter souvent avant la récolte, pariant ainsi sur un avenir
hasardeux en raison des conditions climatiques. En outre, ils
paient tôt une récolte qui ne sera vendue que plusieurs mois plus
tard à des clients étrangers.
- le mode de paiement de l'époque, du fait de l'insécurité des
routes, est la lettre de change; or toute transaction par ce mode
passe par Lyon.
Dans ce contexte, l'essor de Toulouse s'appuie sur la qualité
de sa structure bancaire : à titre indicatif, à la fin de la période
noire qu'est la fin du Moyen Age pour la région, Toulouse dispose
malgré tout de 30 "changeurs", rivalisant ainsi avec Lyon dans
ce domaine.
Après cet essor, l'effondrement du pastel est très rapide :
- 1559 : récolte prometteuse
- 1558 : excellente récolte
- 1560 : elle promet de dépasser toutes les espérances
Cependant, en octobre 1560, le commerce pastelier toulousain s'effondre
en raison de pratiques douteuses : les fonds de sacs des ballots
de pastel sont mouillés pour en augmenter le poids, on mélange
différentes qualités de produits payés au prix fort, en rajoutant
du sable à l'agranat. La récolte de 1560 est certes abondante
mais de qualité médiocre. Or, les prix sont maintenus, ce qui
enfonce la crédibilité des marchands.
- 1561 : la récolte est encore plus abondante mais encore plus
médiocre à cause des pluies de sorte que les cours s'effondrent.
Certains marchands tentent de ne pas mettre toute la récolte sur
un marché déjà saturé, mais ils ne sont pas suivis par les Albigeois.
- 1562 : c'est le début des guerres de Religion, avec dix jours
forts en mai. Les circuits de commercialisation sont perturbés,
les trafics interrompus, et le pastel est concurrencé par l'indigo
dont la qualité est quasi équivalente mais la culture plus facile.
La chute du pastel est principalement dûe à la mentalité "paysanne",
au sens péjoratif du terme, des marchands, à leurs arrière-pensées
de promotion sociale ou politique. En effet, les gains ont été
consacrés à des constructions superbes, à la séduction et aux
alliances familiales avec des personnages influents, mais jamais
à des réinvestissements dans le pastel.
Par exemple, si l'on observe les propriétés de ces marchands tels
que celles de Simon de Lancefoc, on constate qu'elles sont presque
toutes situées en dehors des zones de production du pastel.
L'Albigeois continue de produire et connaît un certain nouvel
essor, éphémère, dès la fin des Guerres de Religion.
Mais la disparition du pastel semble irréversible :
- en 1669, on compte moins 100 moulins à pastel dans la région
d'Albi.
- en 1701, malgré un règlement protégeant le pastel signé par
le roi en 1699, on n'en trouve plus que 60.
Certains essaient de déjà préserver la tradition en la renouvelant
: au XVIIIème siècle, un certain Astruc réussit à tirer du pastel
une aussi bonne teinture que celle de l'indigo, en simplifiant
la culture, mais ses successeurs ne sauront pas la poursuivre.
Napoléon tente de relancer cette culture. Un certain Rouques crée
même une école technique pour développer l'industrie pastelière
en Albigeois. Cependant des conditions climatiques déplorables,
les jalousies, la chute de l'Empire mettent fin à cette initiative
en 1823.
Actuellement, quelques hectares sont cultivées à Castelnaudary,
pour étudier les possibilités d'utilisation du pastel en tant
que plante fourragère. Un laboratoire relié à l'Université de
Toulouse recherche d'autres usages du pastel.