Le pastel au coeur du système économique occitan

du XIVème au XVIème


Albi, pôle commercial au XIVème

Au XIVème, le pôle commercial est alors Albi. Mais la commercialisation pêche déjà par défaut de démarchage commercial de la clientèle.

Une nécessité vitale : exporter pour survivre

Un des premiers problèmes posés à la commercialisation du pastel résulte de l'inégalité entre la très bonne qualité de la teinture obtenue dans les plaines du Lauragais et de l'Albigeois, et la qualité médiocre des tissus de lin produits dans la région (Mazamet, Toulouse, Carcassonne.) Ces villes ne peuvent en aucun cas rivaliser avec les tissus anglais ou flamands à cette époque.

Le pastel est acheminé dans toutes les directions


Ainsi le pastel doit être obligatoirement exporté vers ces centres de production textile.Le pastel est acheminé par chars à boeufs dans toutes les directions, notamment vers la cité auvergnate de Mors-la-Jolie, le lyonnais, la France du Nord et au Sud vers Narbonne pour l'Italie et l'Espagne.

Vers l'Espagne par Orthez et vers l'Angleterre par Bayonne

L'essentiel du marché est contrôlé par Orthez dans le Béarn : le plus gros de la production part vers l'Espagne via Tarbes, Oloron et le col du Somport.
L'autre partie est dirigée vers l'Angleterre et les Flandres via Bayonne. Le 8 Novembre 1404, parviennent à Bristol sur la côte anglaise 13 navires en provenance de Bayonne et 4 de Bordeaux, soit un volume de 127 mètres cubes de chargement de pastel (156 tonneaux).




Montée en puissance de Toulouse au XVème

Une conjonction de facteurs favorables à Toulouse

Au XVème siècle, Toulouse va apparaître sur le marché pastelier. Cette montée en puissance est favorisée par la conjonction de plusieurs facteurs :
- le manque de capitaux et de disponibilité financière des marchands béarnais et albigeois
- l'organisation de la filière : les collecteurs achètent la récolte en feuilles, fabriquent et vendent la teinture aux marchands qui la commercialisent
- du fait de la concurrence, les collecteurs prennent le risque d'acheter souvent avant la récolte, pariant ainsi sur un avenir hasardeux en raison des conditions climatiques. En outre, ils paient tôt une récolte qui ne sera vendue que plusieurs mois plus tard à des clients étrangers.
- le mode de paiement de l'époque, du fait de l'insécurité des routes, est la lettre de change; or toute transaction par ce mode passe par Lyon.

et tout particulièrement la qualité de sa structure bancaire

Dans ce contexte, l'essor de Toulouse s'appuie sur la qualité de sa structure bancaire : à titre indicatif, à la fin de la période noire qu'est la fin du Moyen Age pour la région, Toulouse dispose malgré tout de 30 "changeurs", rivalisant ainsi avec Lyon dans ce domaine.


Effondrement du pastel

1560, le début de la fin

Après cet essor, l'effondrement du pastel est très rapide :
- 1559 : récolte prometteuse
- 1558 : excellente récolte
- 1560 : elle promet de dépasser toutes les espérances
Cependant, en octobre 1560, le commerce pastelier toulousain s'effondre en raison de pratiques douteuses : les fonds de sacs des ballots de pastel sont mouillés pour en augmenter le poids, on mélange différentes qualités de produits payés au prix fort, en rajoutant du sable à l'agranat. La récolte de 1560 est certes abondante mais de qualité médiocre. Or, les prix sont maintenus, ce qui enfonce la crédibilité des marchands.
- 1561 : la récolte est encore plus abondante mais encore plus médiocre à cause des pluies de sorte que les cours s'effondrent. Certains marchands tentent de ne pas mettre toute la récolte sur un marché déjà saturé, mais ils ne sont pas suivis par les Albigeois.

1562, le début des guerres de religion et de la ruine


- 1562 : c'est le début des guerres de Religion, avec dix jours forts en mai. Les circuits de commercialisation sont perturbés, les trafics interrompus, et le pastel est concurrencé par l'indigo dont la qualité est quasi équivalente mais la culture plus facile.

Causes et conséquences de cette chute :

La chute du pastel est principalement dûe à la mentalité "paysanne", au sens péjoratif du terme, des marchands, à leurs arrière-pensées de promotion sociale ou politique. En effet, les gains ont été consacrés à des constructions superbes, à la séduction et aux alliances familiales avec des personnages influents, mais jamais à des réinvestissements dans le pastel.
Par exemple, si l'on observe les propriétés de ces marchands tels que celles de Simon de Lancefoc, on constate qu'elles sont presque toutes situées en dehors des zones de production du pastel.

La disparition du pastel n'est pas complète

L'Albigeois continue de produire et connaît un certain nouvel essor, éphémère, dès la fin des Guerres de Religion.
Mais la disparition du pastel semble irréversible :
- en 1669, on compte moins 100 moulins à pastel dans la région d'Albi.
- en 1701, malgré un règlement protégeant le pastel signé par le roi en 1699, on n'en trouve plus que 60.
Certains essaient de déjà préserver la tradition en la renouvelant : au XVIIIème siècle, un certain Astruc réussit à tirer du pastel une aussi bonne teinture que celle de l'indigo, en simplifiant la culture, mais ses successeurs ne sauront pas la poursuivre.


Les espoirs sous l'Empire

Lors du blocus continental le volontarisme de Napoléon

Napoléon tente de relancer cette culture. Un certain Rouques crée même une école technique pour développer l'industrie pastelière en Albigeois. Cependant des conditions climatiques déplorables, les jalousies, la chute de l'Empire mettent fin à cette initiative en 1823.

Une renaissance ?

Actuellement, quelques hectares sont cultivées à Castelnaudary, pour étudier les possibilités d'utilisation du pastel en tant que plante fourragère. Un laboratoire relié à l'Université de Toulouse recherche d'autres usages du pastel.






Cette page a été réalisée par Nadine Lanneau à partir de la documentation recueillie par Jacques Bouvier.



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