Les fortunes pastellières



Les grands marchands au XVème et XVIème


Une époque faste qui voit se réaliser la fortune de Toulouse et sa région

Un des premiers problèmes posés à la commercialisation du pastel résulte de l'inégalité entre la très bonne qualité de la teinture obtenue dans les plaines du Lauragais et de l'Albigeois, et la qualité médiocre des tissus de lin produits dans la région (Mazamet, Toulouse, Carcassonne). En effet, ceux-ci ne peuvent, en aucun cas, rivaliser avec les tissus anglais ou flamands à cette époque. Ainsi le pastel doit être obligatoirement exporté vers ces centres de production textile.

Les grands marchands ont vite vu les possibilités d'un commerce important avec tous les pays d'Europe.

CASTER, dans sa thèse sur le pastel, définit cette époque faste, de la deuxième partie du XVème siècle à 1562, date, qui d'après lui, correspond à l'effondrement des besoins et des cours.
Pendant ce siècle et demi, de grands marchands ont participé à cette période faste qui a fait la richesse de Toulouse. Ils ont marqué de leur empreinte toute la ville et les communes environnantes, par la richesse des hôtels particuliers que l'on voit encore aujourd'hui, des résidences qu'ils créent autour de la ville. Ce sont ces merveilleux châteaux qui embellissent la campagne toulousaine.
On peut retenir entre autres les noms suivants :

 



Comment se propage l'innovation.

A Toulouse, début XVème, dominent deux grands marchands : Francis Robian et Jean Boisson.

Francis Robian

est celui qui, pour la première fois, vers 1450, ne se contente plus de stocker le pastel dans ses entrepôts, mais le diffuse dans tout le Lauragais et à Toulouse, prenant une place significative auprès des collecteurs, renforçant ainsi la prépondérance de Toulouse sur Albi.

Jean Boisson

s’associe avec d’autres marchands pour innover sur plusieurs plans : achat de pastel en Lauragais et stockage en plusieurs points, achat du pastel en Albigeois et échanges avec des laines en provenance d’Aragon par Oloron. Ces nombreux échanges s’accompagnent de simplifications financières.
Le rôle des marchands béarnais évolue vers celui de simples transporteurs. D’autre part, Jean Boisson est aussi le premier à prendre une véritable stature de commercial allant au devant du client grâce à l’envoi d’échantillons. Cette attitude est à l’origine de l’attirance des marchands castillans vers Toulouse.

L’innovation se diffuse autour de Toulouse, vers Montauban et Albi.

Pierre Fabre et son fils Antoine :

ces marchands de Montauban dans le Tarn-et-Garonne, vers 1450-1460, ont l’idée d’utiliser la Garonne plutôt que la route par chars à boeufs pour diffuser la production, privilégiant alors le commerce avec Bordeaux, au détriment de Bayonne. Le transport s’arrête par voie fluviale à quelques lieues de Bordeaux, et par voie terrestre à Carcassonne pour poursuivre vers l’Espagne.

Jean Reynes et son fils Roger :

à Albi, comme Jean Boisson le fait à Toulouse, ils attirent les marchands castillans par l’envoi d’échantillons.
Toulousains et Albigeois sont présents dans le Nord de la France en 1490, à Calais, Bourgogne, Anvers, mais il ne s'agit encore que de cas isolés.


Au XVIème, de grands marchands inaugurent de nouveaux modes de commercialisation et de nouvelles structures.


Les frères Pierre et Simon Lancefoc :

associés de 1504 à 1513, achètent du pastel à Cintegabelle avec une exclusivité d’achat et le diffusent sur Bayonne. Par la suite, Simon poursuit par des innovations hardies pour l’époque, élaborant et contrôlant pour la première fois un système complet, de l’auto-production à la vente. Il multiplie les achats de terrains, le prêt d’argent à des producteurs de pastel, la récolte servant alors de garantie. Il place des membres de sa famille à des postes stratégiques, à la direction des comptoirs par exemple. Sa notoriété s’accroît encore, puisque vers 1523-1524, les banquiers toulousains le choisissent comme correspondant toulousain.

Des sociétés regroupant plusieurs marchands

se constituent, tels que Pierre II et Pierre III de Lancefoc, Jean Chévery, d’origine basque, et Raymon Sérravère. Ces sociétés offrent la particularité de former des compagnies de ramassage. On note aussi une certaine spécialisation.

Plus renommé encore est Jean de Bernuy

Jean de Bernuy

d'une famille de marchands originaire de Castille (Burgos ou Avila).
Vers la fin du XVème, il s'installe à Toulouse, achète son pastel à Escalquens. Il le revend exclusivement en Castille par où s'opèrent également les transactions, à l'instar de Lyon, raccourcissant ainsi les délais de paiement.
Il établit un comptoir à Bordeaux.

Le plus célèbre des marchands pasteliers est sans doute Pierre d'Assezat :

Fils d’un petit marchand espagnol, il s’établit à Toulouse au début du XVIème et se lance tout de suite dans le grand commerce. A partir de 1537, il expédie annuellement vers Bordeaux, plus de 1000 tonnes de pastel, délaissant l’Espagne à l’exception de Pampelune, et se focalisant sur l’Angleterre et le Nord de la France. Ainsi, entre 1555 et 1561, il a jusqu’à 17 correspondants.


Le capitoulat


Les Capitouls de Toulouse en 1539.

On retrouve tous ces grands marchands hissés au capitoulat. Ils se font élire magistrats municipaux de la ville de Toulouse.


- 1519 : Simon Lancefoc
- 1515, 1519, 1534 : Jean Boisson
- 1534 : Jean de Bernuy
- 1536 : Jean Chéverry
- 1539 : Raymond Sérravère
- 1541, 1549 : Pierre Lancefoc
- 1552, 1561: Pierre d’Assezat
Le quatrième en partant de la gauche est Raymond Serravère.

L’étude de l’évolution des familles montre que la première génération est constituée de petits marchands dans les environs toulousains. A la seconde génération, les descendants deviennent grands marchands avec alliance d’au moins une fille avec un magistrat ou un capitoul. A la troisième génération, il reste encore quelques marchands mais à la quatrième, il n’en reste plus un seul.


La fortune immobilière


Des réalisations architecturales

Des mutations urbaines directement liées à des mutations sociales.

L’impact plus positif de cette période se traduit par de belles réalisations architecturales ayant eu une importance très grande sur la modification de la structure urbaine : au Moyen Age, Toulouse a une population mêlée, sans quartier distinct pour les commerçants, les riches habitent à l’étage noble, les pauvres sous les toits qui à partir du XVème siècle modifient le centre de Toulouse.

A partir du XVème, les quartiers se spécialisent et certains se vident au profit de maisons occupant des îlots entiers : l’hôtel d'Assezat occupe l’emplacement de cinq maisons antérieures; le capitoulat de la Dalbade passe d'une densité de population de 643 habitants en 1478, à 560 en 1571, et 409 en 1633; les populations pauvres se regroupent dans des quartiers modestes.

Un bel exemple d'ambition politique : Jean de Bernuy.

L'hôtel de Jean de Bernuy

Au centre ville de Toulouse, il achète des parcelles du côté de l’actuelle rue Lakanal pour y établir ses entrepôts vers 1500-1502. Comme tous les autres marchands, il construit son hôtel, l’hôtel de Bernuy.

Il le modifie vers 1530, une fois sa fortune considérable établie, pour donner à la façade son aspect actuel : la tour sera plus haute que celle de Monsieur le Procureur du Roi. L’ambition politique de Jean de Bernuy se traduit par la réception aux Capitouls en Janvier 1530, de François 1er : alors que celui-ci avait été fait prisonnier à Pavie en 1525, Jean de Bernuy s’était porté garant du paiement de la rançon pour sa libération.


Les Assezat

L'hôtel d'Assezat à Toulouse.

Pierre d'Assezat est célèbre par son hôtel, l’hôtel d'Assezat à Toulouse, édifié à partir de 1555.
Ce dernier fut saisi plus tard lorsque Pierre d’Assezat fut accusé de sympathie avec les protestants.
Pierre d'Assezat y mourra en 1581.





Cette page a été réalisée par Nadine Lanneau à partir de la documentation recueillie par Jacques Bouvier.



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