Les fortunes pastellières |
Un des premiers problèmes posés à la commercialisation du pastel
résulte de l'inégalité entre la très bonne qualité de la teinture
obtenue dans les plaines du Lauragais et de l'Albigeois, et la
qualité médiocre des tissus de lin produits dans la région (Mazamet,
Toulouse, Carcassonne). En effet, ceux-ci ne peuvent, en aucun
cas, rivaliser avec les tissus anglais ou flamands à cette époque.
Ainsi le pastel doit être obligatoirement exporté vers ces centres
de production textile.
CASTER, dans sa thèse sur le pastel, définit cette époque faste,
de la deuxième partie du XVème siècle à 1562, date, qui d'après
lui, correspond à l'effondrement des besoins et des cours.
Pendant ce siècle et demi, de grands marchands ont participé à
cette période faste qui a fait la richesse de Toulouse. Ils ont
marqué de leur empreinte toute la ville et les communes environnantes,
par la richesse des hôtels particuliers que l'on voit encore aujourd'hui,
des résidences qu'ils créent autour de la ville. Ce sont ces merveilleux
châteaux qui embellissent la campagne toulousaine.
On peut retenir entre autres les noms suivants :
est celui qui, pour la première fois, vers 1450, ne se contente
plus de stocker le pastel dans ses entrepôts, mais le diffuse
dans tout le Lauragais et à Toulouse, prenant une place significative
auprès des collecteurs, renforçant ainsi la prépondérance de Toulouse
sur Albi.
sassocie avec dautres marchands pour innover sur plusieurs plans
: achat de pastel en Lauragais et stockage en plusieurs points,
achat du pastel en Albigeois et échanges avec des laines en provenance
dAragon par Oloron. Ces nombreux échanges saccompagnent de simplifications
financières.
Le rôle des marchands béarnais évolue vers celui de simples transporteurs.
Dautre part, Jean Boisson est aussi le premier à prendre une
véritable stature de commercial allant au devant du client grâce
à lenvoi déchantillons. Cette attitude est à lorigine de lattirance
des marchands castillans vers Toulouse.
ces marchands de Montauban dans le Tarn-et-Garonne, vers 1450-1460,
ont lidée dutiliser la Garonne plutôt que la route par chars
à boeufs pour diffuser la production, privilégiant alors le commerce
avec Bordeaux, au détriment de Bayonne. Le transport sarrête
par voie fluviale à quelques lieues de Bordeaux, et par voie terrestre
à Carcassonne pour poursuivre vers lEspagne.
à Albi, comme Jean Boisson le fait à Toulouse, ils attirent les
marchands castillans par lenvoi déchantillons.
Toulousains et Albigeois sont présents dans le Nord de la France
en 1490, à Calais, Bourgogne, Anvers, mais il ne s'agit encore
que de cas isolés.
associés de 1504 à 1513, achètent du pastel à Cintegabelle avec
une exclusivité dachat et le diffusent sur Bayonne. Par la suite,
Simon poursuit par des innovations hardies pour lépoque, élaborant
et contrôlant pour la première fois un système complet, de lauto-production
à la vente. Il multiplie les achats de terrains, le prêt dargent
à des producteurs de pastel, la récolte servant alors de garantie.
Il place des membres de sa famille à des postes stratégiques,
à la direction des comptoirs par exemple. Sa notoriété saccroît
encore, puisque vers 1523-1524, les banquiers toulousains le choisissent
comme correspondant toulousain.
se constituent, tels que Pierre II et Pierre III de Lancefoc,
Jean Chévery, dorigine basque, et Raymon Sérravère. Ces sociétés
offrent la particularité de former des compagnies de ramassage.
On note aussi une certaine spécialisation.
d'une famille de marchands originaire de Castille (Burgos ou Avila).
Vers la fin du XVème, il s'installe à Toulouse, achète son pastel
à Escalquens. Il le revend exclusivement en Castille par où s'opèrent
également les transactions, à l'instar de Lyon, raccourcissant
ainsi les délais de paiement.
Il établit un comptoir à Bordeaux.
Fils dun petit marchand espagnol, il sétablit à Toulouse au début du XVIème et se lance tout de suite dans le grand commerce. A partir de 1537, il expédie annuellement vers Bordeaux, plus de 1000 tonnes de pastel, délaissant lEspagne à lexception de Pampelune, et se focalisant sur lAngleterre et le Nord de la France. Ainsi, entre 1555 et 1561, il a jusquà 17 correspondants.
- 1519 : Simon Lancefoc
- 1515, 1519, 1534 : Jean Boisson
- 1534 : Jean de Bernuy
- 1536 : Jean Chéverry
- 1539 : Raymond Sérravère
- 1541, 1549 : Pierre Lancefoc
- 1552, 1561: Pierre dAssezat
Le quatrième en partant de la gauche est Raymond Serravère.
Létude de lévolution des familles montre que la première génération est constituée de petits marchands dans les environs toulousains. A la seconde génération, les descendants deviennent grands marchands avec alliance dau moins une fille avec un magistrat ou un capitoul. A la troisième génération, il reste encore quelques marchands mais à la quatrième, il nen reste plus un seul.
Limpact plus positif de cette période se traduit par de belles réalisations architecturales ayant eu une importance très grande sur la modification de la structure urbaine : au Moyen Age, Toulouse a une population mêlée, sans quartier distinct pour les commerçants, les riches habitent à létage noble, les pauvres sous les toits qui à partir du XVème siècle modifient le centre de Toulouse.
A partir du XVème, les quartiers se spécialisent et certains se vident au profit de maisons occupant des îlots entiers : lhôtel d'Assezat occupe lemplacement de cinq maisons antérieures; le capitoulat de la Dalbade passe d'une densité de population de 643 habitants en 1478, à 560 en 1571, et 409 en 1633; les populations pauvres se regroupent dans des quartiers modestes.
Au centre ville de Toulouse, il achète des parcelles du côté de lactuelle rue Lakanal pour y établir ses entrepôts vers 1500-1502. Comme tous les autres marchands, il construit son hôtel, lhôtel de Bernuy.
Il le modifie vers 1530, une fois sa fortune considérable établie, pour donner à la façade son aspect actuel : la tour sera plus haute que celle de Monsieur le Procureur du Roi. Lambition politique de Jean de Bernuy se traduit par la réception aux Capitouls en Janvier 1530, de François 1er : alors que celui-ci avait été fait prisonnier à Pavie en 1525, Jean de Bernuy sétait porté garant du paiement de la rançon pour sa libération.
Pierre d'Assezat est célèbre par son hôtel, lhôtel d'Assezat
à Toulouse, édifié à partir de 1555.
Ce dernier fut saisi plus tard lorsque Pierre dAssezat fut accusé
de sympathie avec les protestants.
Pierre d'Assezat y mourra en 1581.