Belles orgues en effet, datant du début du XVIIIe siècle et que d'aucuns attribuent au talent du célèbre facteur lorrain Christophe Mouicherel. L'ensemble, avec son grand corps et son positif, tout en hauteur, tout en façade est soutenu par l'effort crispé de deux Atlantes à la musculature puissante.
Le positif, premier étage du buffet, présente les petits faisceaux de ses tubes sonores groupés en cinq tourelles supportant cvinq angelots musiciens qui s'accompagnent de la viole et du hautbois ; entre les tourelles, six plates faces aux boiseries finement sculptées et sur les panneaux latéraux, des trophées d'instruments de musique.
Au-dessus s'érige le grand corps porté par un entablement massif soutenu par de puissantes cariatides qui épaulent l'effort des Atlantes du premier niveau. Le grand corps est composé de sept tourelles élancées ; au-dessus des deux plus grandes se dressent des anges embouchant la trompette du Jugement Dernier.
En ces temps incertains de 1791, aucun enchérisseur n'est intéressé par cet instrument magnifique. Durant l'orage révolutionnaire, les orgues seront laissées à l'abandon, livrées à la poussière, aux intempéries, aux souillures des oiseaux et au vandalisme des hommes.
Le 8 Messidor an VI, les experts, Micot et Bellin, commis par le Directoire, constatent l'état déplorable de l'instrument.
Selon le rapport, il manque de nombreux tuyaux, la soufflerie est hors d'usage. Le tout est estimé 600 F. Les enchères se déroulent en présence du citoyen Albenq adjoint municipal. Deux enchérisseurs se présentent. L'orgue est adjugé au citoyen Fajadet, boulanger à Cintegabelle pour la somme de 615 F. En fait, Fajadet, beau-père de François Nolé, l'ancien organiste du monastère, s'est porté acquéreur de l'orgue au nom d'un groupe de personnes désireuses de conserver cet instrument prestigieux à Cintegabelle. Sitôt après, les copropriétaires décident de transférer l'orgue dans l'église paroissiale.
Malheureusement, les travaux de remise en état et de montage sont confiés au facteur d'orgue Campardou, homme peu consciencieux, au talent limité. En 1813, la municipalité est même obligée de le poursuivre en justice pour obtenir l'achèvement des travaux.
Extrait de "Cintegabelle, chatellenie royale en pays toulousain" de Roger Ycart.