Cintegabelle

Les débuts de l'école dans un bourg rural au 19ème siècle

l'ecole de Cintegabelle

Ce dossier a été réalisé pour l'essentiel grâce à l'excellente monographie de Roger Ycart "Education et enseignement d'autrefois dans un canton occitan", 1988.

Dossier réalisé par Patrick Lanneau




L'école de la Révolution.



C'est avec la Révolution que commence à apparaître en France l'idée que l'école pourrait être quelque chose d'utile. La loi du 19 frimaire an II donne la liberté de l'enseignement. Tout citoyen peut ouvrir une école.
Mais il n'est pas encore question des compétences pédagogiques. Lakanal et Deleyre en ressentent la nécessité, On a le souvenir d'une initiative d'Ecole Normale en 1795 où l'on avait formé une première fournée de maîtres chargés de former à leur tour les maîtres de leur département. Mais l'expérience n'avait pas été renouvelée.
Sous l'empire, la loi du 3 brumaire an IV Limite les matière (lecture, écriture, calcul, morale républicaine), supprime la gratuité sauf pour les indigents, confie à un jury le soin de vérifier les compétences des candidats. Tout nouveau maître est contrôlé par une commission présidée par le maire et le curé, pour vérifier les capacités et la moralité du candidat.

Le 24 novembre 1806, une commission se réunit à l'Isle-en-Dodon :

"D'abord, nous avons mis sous les yeux du candidat un passage latin à traduire en français, texte d'histoire relatif à Thémistocle. Ce qu'il a très bien expliqué et par son véritable sens et par la pureté de la langue française. Ensuite, nous l'avons interrogé sur les éléments de la grammaire latine, de la française, et sur la géographie. Il a répondu aux diverses questions avec clarté et précision. Il n'est pas venu à notre connaissance que sa conduite se soit écartée des règles de cette moralité que tout homme doit avoir et surtout un instituteur.
Nous déclarons en notre âme et conscience que le sieur Lagrange est capable de remplir sa fonction d'enseignant."

("Histoire générale de l'enseignement et de l'éducation en France". Op. Cit.)

Un instituteur soumis.

Sous la monarchie de Juillet, une loi de 1833 exige que chaque département crée et entretienne une Ecole Normale. L'Ecole Normale de garçons de Toulouse est ouverte le 1er juin 1833. Elle est installée rue Saint-Jacques et dispose d'une école d'application qui reçoit 260 élèves en 1850 (90 en maternelle, 110 à l'école élémentaire, 60 en primaire supérieur).

L'Académie des Sciences morales et Politiques souhaite que :

"Les Ecoles Normales façonnent le cerveau des élèves-maîtres en vue de leur faire supporter plus tard, sans révolte, avec l'humilité de leur condition, l'obéissance aux autorités civiles et religieuses et que l'instituteur respecte la religion dans le prêtre, le principe d'autorité dans le maire."

Dans une circulaire du 20 octobre 1859, Poinsillon, l'Inspecteur de Montauban, donne les conseils suivants aux jeunes instituteurs :

"Fuyez tout ce qui pourrait, en portant atteinte à votre considération, entraver le succès de votre oeuvre d'éducateur ; point de moustache, non seulement parce qu'elle est interdite par la circulaire ministérielle du 2 mars 1852, mais encore parce qu'elle peut donner lieu à un reproche de vanité et de légèreté que vous aurez à coeur d'éviter. Point d'exercice violent, comme celui de la chasse, parce qu'il peut entraîner des sacrifices de temps et d'argent. Pas de fréquentation de foires et marchés, en dehors du jeudi, parce que les exercices de la classe en seraient troublés et la dignité du maître compromise."

Les sanctions...



Le 30 septembre 1857, Richou, instituteur à Aignes, village du canton de Cintegabelle est mis en disponibilité pour n'avoir pas su "se concilier l'estime et la confiance des autorités et des familles."

Le 4 mai 1851, François Abadie, l'instituteur de Tramesaygues (un autre village proche de Cintegabelle. Voir la carte.) écrit au maire de Cintegabelle :

"J'ai vu avec peine la manière indigne dont on m'a calomnié auprès de ces messieurs : 1 oser dire que je tiens mes élèves ou que je tiens mon vin ; 2 que je quitte mes élèves pour aller labourer ; 3 qu'il faut traverser une écurie de vaches pour aller à la classe. Tout cela est faux. Pour aller en classe, il est vrai qu'on passe derrière l'écurie, mais non pas la traverser (sic)... Je ne vais pas labourer puisqu'il y a treize ans que je tiens domestique ou maître-valet. En terminant, Messieurs le maire et membres du Conseil Municipal, j'ose espérer que vous prendrez en considération les réflexions que vous adresse un instituteur qui, depuis dix-huit ans, a été presque sans rétribution scolaire et qui, malgré cela, n'en a pas été moins dévoué au bon ordre et aux soins des enfants."

Effectivement, l'instituteur gagne peu. Sous la Restauration, il reçoit une subvention municipale annuelle de 200 F à laquelle s'ajoute la contribution des familles (180F en 1848 à Cintegabelle).
En 1849, la loi fixe le revenu minimum de l'instituteur à 600 F, soit à Cintegabelle, 200F de subvention communale, 243F de subvention départementale, et 157F de cotisation des familles.
Au début de la troisième République, le revenu minimum est porté à 900F. En 1876, l'instituteur de Cintegabelle touche 1204F (200F de subvention communale, 308F de subvention pour élèves admis gratuitement, et 696F de cotisations payées par les familles.)
Il faut attendre 1881 pour que l'école devienne gratuite.
On allouera au maître une indemnité de 0,50F par élève et par mois pour les petits de moins de 6 ans et de 1F pour les enfants de 6 à 13 ans. Ainsi, en 1884, le directeur de Cintegabelle reçoit 1310F et son adjoint 700F.
Ce n'est qu'en 1889 que les instituteurs deviennent fonctionnaires et sont payés par l'état (Les salaires varient entre 900 et 2000F par an).


La première Ecole Normale de filles à Cintegabelle.



Si la Haute-Garonne dispose depuis 1833 d'une Ecole Normale de garçons pour former les instituteurs, il n'y avait toujours pas d'Ecole Normale de filles dans les dernières années du second Empire.
A cette époque là, le sud-ouest, et singulièrement la Haute-Garonne se distinguaient par leur retard scolaire relativement au reste du pays. C'est pour remédier à cela que l'Inspecteur d'Académie de la Haute-Garonne, Vidal Lablache, décide d'ouvrir le 1er janvier 1870 une Ecole Normale de fille qui sera installée à Cintegabelle.
L'école Normale de filles de la Haute-Garonne restera à Cintegabelle jusqu'en 1884 où elle sera installée à Toulouse, avenue de Muret, dans des locaux où elle est demeuré jusqu'à son remplacement par l'IUFM qui s'est installée à son tour dans les mêmes locaux.
L'Ecole Normale d'Institutrices de Cintegabelle était assurée par la communauté religieuse des Soeurs de la Croix. On y forme en 3 ans des promotions de 5 institutrices qui y préparent un Brevet de capacité. L'Ecole dispose d'une école primaire d'un pensionnat et du Cours Normal. En tout, il y a 130 élèves.
Les élèves-institutrices sont admises sur concours et bénéficient d'une bourse :

"

Cours normal d'institutrices.

Bourses départementales.

Nous, préfet de la Haute-Garonne,
...Vu les délibérations du Conseil Général de la Haute-Garonne en date du 31-08-1872 portant vote de la somme de 5000F pour l'entretien de Bourses au Cours Normal de filles, établi chez les Soeurs de la Croix de Lavaur, à CINTEGABELLE,
Arrêtons :

Article 1 : Un examen aura lieu le jeudi 12 décembre prochain à 8 heures, dans la salle de l'Ecole Normale de Toulouse, 3 rue Saint-Jacques, pour la concession de bourses à la charge du département au Cours Normal de CINTEGABELLE.

Article 2 : Les jeunes personnes qui désireraient prendre part à l'examen ci-dessus devront se faire inscrire au secrétariat de l'Inspection Académique, rue Temponières, 14, où un registre est ouvert à cet effet. Registre clos le 15 décembre.

Article 3 : Aucune inscription ne sera reçue que l'aspirante n'ait déposé les pièces suivantes :
1 - acte de naissance attestant qu'au 1-1-72, elle avait 16 ans accomplis au moins et 20 ans au plus ;
2 - un certificat médical établissant qu'elle a été vaccinée ou qu'elle a eu la petite vérole ;
3 - un engagement décennal de servir dans l'enseignement...;
...;
6 - un certificat de moralité signé du maire de la commune où elle réside et des directrices des écoles qu'elle a fréquentées.

Le 19 novembre 1872 - Le Préfet : Ch. Ferry."


En 14 ans, le Cours Normal de Cintegabelle obtint 155 brevets élémentaires et 42 brevets supérieurs.

L'Inspecteur Général Le Bourgeois écrit dans un rapport de 1881 que
"les cinq institutrices qui sortent chaque année de cette commune peuvent compter parmi les mieux préparées à l'enseignement...
... Ces religieuses (la communauté des Soeurs de la Croix qui assurent la formation) auront laissé de bons exemples, c'est une justice à leur rendre au moment où un établissement nouveau aura à pourvoir, dans de plus larges conditions, au recrutement, jusqu'à cette heure insuffisant, des institutrices de la Haute-Garonne."






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