Un peu oublié (moins que d'autres guerres comme celles de l'Angola ou du Burundi) après le départ des soviétiques, le conflit afghan est de nouveau au premier plan de l'actualité. Face aux questions des élèves, il faut faire le point. Or, ce n'est pas toujours facile de simplifier des questions complexes, qui nous sont parfois mal connues parce qu'en dehors des programmes scolaires et universitaires. En outre, nous ne disposons pas toujours d'informations fiables et des analyses sereines procurées par le nécessaire recul historique. Malgré ces difficultés, propres à nous amener à faire des approximations et des simplifications abusives, voici quelques éléments pour éclairer ce que l'on pourrait appeler "la question afghane" .
Selon les auteurs les orthographes des noms propres varient. Notre choix est purement subjectif.
Ouvrages, journaux et revues utilisés pour cette petite synthèse
simplificatrice :
- Encyclopaedia Universalis (articles de Pierre Gentelle).
- Atlas des peuples d'Orient, Jean et André Sellier,éditions la
Découverte, 1999.
- L'État du Monde (une édition par an), éditions La Découverte.
- Le mensuel "Le Monde Diplomatique" (articles souvent regroupés
dans la revue Manière de Voir) et le quotidien "Le Monde".
- Hérodote (revue de géographie et de géopolitique).
- "L'ombre des Taliban", Ahmed Rachid (Editions Autrement, octobre
2001).
Il y a des sites sur l'Afghanistan mais la plupart du temps en anglais. On peut bien entendu se reporter aux sites de presse habituels.

Un peu plus grand que la France (650 000 km2), l'Afghanistan est pour la majorité
de sa superficie couvert par des hauts plateaux ou des hautes montagnes dont
le plus important massif, appartenant à la chaîne de l'Himalya,
l'Hindu-Kush, culmine à 7485 mètres d'altitude. Orienté
nord-est sud/ouest, il partage le pays en deux et ne facilite évidemment
pas les communications internes (un tunnel construit par les soviétiques
permet le passage l'hiver). Il s'ouvre cependant vers le Pakistan par la "Khiber
Pass".
De part et d'autre de cette colonne vertébrale, des zones d'altitude
moins élevées . Au sud, des plateaux arides et au nord, arrosées
par l'Amou-Daria, les seules plaines et collines fertiles. Ce sont les zones
les moins désavantagées du pays au point de vue agricole, car
l'ensemble de l'Aghanistan outre son relief montagneux possède des climats
aux températures contrastées mais aux précipitations toujours
réduites (moins de 500 mm/an sauf sur une mince frange sud-est et sur
les hauts sommets). L'élevage (chèvres et moutons surtout) est
donc une activité agricole prépondérante par rapport aux
cultures (S.A.U : 12% environ du territoire). Essentiellement rural, l'Afghanistan
n'a pas de grandes villes : Kaboul avant l'afflux des réfugiés,
atteignait à peine un million d'habitants, Kandahar en compte 230 000,
Hérat 170 000, Mazar e-Charif 130 000 et les autres sont en dessous de
100 000 habitants.
Au coeur de l'Asie Centrale, la position de carrefour de l'Afghanistan a facilité l'implantation de populations diverses. La fixation des frontières de l'État afghan, réalisée par des puissances extérieures soucieuses de créer entre elles un "Etat-tampon"(voir historique plus bas) n'a pas pris en compte l'occupation territoriale des ethnies en place. L'Afghanistan, comme d'ailleurs tous ces voisins, n'est pas un Etat-nation. La population (estimation à 15 millions à l'intérieur des frontières et à 5 millions d'exilés) est divisée en de nombreux groupes dont quatre représentent l'essentiel du total.
Carte schématique des ethnies en Afghanistan.

Pachtoune (ou Pashtun)
Parlant une langue d'origine persane, ils sont le noyau fondateur de l'État
afghan et ont presque toujours occupé le pouvoir depuis le milieu du
XVIII ème siècle. Ils occupent la plus grande partie du sud du
pays et sont démographiquement dominant par rapport aux autres groupes.(45%
de la population).Ils sont aussi implantés au Pakistan voisin.
Tadjik (ou Tajik)
Parlant le dari (persan), ils occupent un espace discontinu centré sur
le nord du pays. Avec 25 % environ de la population, ils représentent
par l'importance de leur effectif, le deuxième groupe ethnique.
Ouzbek
Appartenant à l'ensemble linguistique turc, ils ne représentent
qu'à peine 12 % de la population afghane et sont concentrés au
nord-ouest le long des frontières de l'Ouzbékistan et du Turkménistan.
Hazara
La plus petite (en nombre mais surtout en territoire) des quatre grandes ethnies
afghanes se distingue avant tout par sa religion. Elle est musulmane chiite
et non pas sunnite comme toutes les autres (il y a quelques tadjiks et pachtounes
chiites mais très minoritairement).
Aux périphéries nord et sud du pays, d'autres ethnies
très minoritaires (2 à 3 %) sont installées (Baloutches,
Ismaéliens etc...).
Si les pachtounes ont pratiquement constamment occupé le pouvoir, il est à noter que les autres ethnies n'ont guère avancé des revendications d'autonomie ou d'intégration à des états voisins peut-être parce qu'elles ont toujours disposé dans la réalité, par rapport au gouvernement de Kaboul, d'une relative marge de manoeuvre.
Rapide
historique avant la proclamation de la "République
démocratique" (1978).D'Alexandre le Grand, aux soviétiques, le territoire afghan a subi de
nombreuses invasions et appartenu, après Alexandre le Grand, aux Perses,
aux Mongols, aux Ouzbeks, aux Turcs...
Il a aussi connu de multiples influences culturelles. La plus ancienne est celle
du bouddhisme, dont il restait les fameuses statues de Bamiyan (ou Bamian),
détruites en mars 2001 par les taliban. L'islam s'est installé
au milieu du VIII ème siècle et a progressivement conquis et culturellement
unifié l'ensemble du territoire.
C'est au milieu du XVIII ème siècle qu'Ahmed chah, un pachtoun,
fonde la dynastie Dourrani et un premier et éphémère royaume
afghan.
Au dix neuvième siècle, le territoire est un enjeu entre l'empire
britannique et la Russie. Le premier tient à assurer la sécurité
de sa frontière indienne face aux avancées russes dans la région.
Après deux guerres (1839-42 et 1878) contre les souverains locaux, il
arrive à imposer un semi-protectorat (contrôle de la passe de Khiber
et de la politique étrangère). La frontière sud de l'Afghanistan
est fixée en 1893 (ligne Durand) et elle intègre dans les Indes
britanniques une partie de la population pachtoune (voir carte des ethnies).
La Russie, en 1907, reconnaît l'influence britannique et la frontière
nord de l'Afghanistan est définitivement fixée sur l'Amou-Daria
(tracée dès 1884).
Les britanniques ont laissé au pouvoir les pachtoun dourrani qui, par
une troisième guerre contre les anglais, obtiennent l'indépendance
du pays (Constitution en 1919 et proclamation indépendance en 1921).Une
tentative de réforme s'inspirant des principes laïcs instaurés
dans la Turquie de Mustapha Kémal échoue (1928-29) face à
l'opposition des religieux. En 1964, une nouvelle constitution fait de l'Afghanistan
une monarchie parlementaire mais avec le même roi pachtoun Mohammed
Zaher sha (1933-1973).
Son cousin et beau-frère, Mohammed Daoud khan éliminé en
1964, après dix ans de la direction des affaires du pays, le renverse
en juillet 1973 et proclame la République. Le nouveau régime ne
résout pas la crise économique et sociale qui avait facilité
sa mise en place et succombe à son tour face au putsch de militaires
pro-communistes qui mettent en place, en avril 1978, une "République
démocratique" qui passe sous la tutelle de l'URSS en signant, en
décembre 78, un traité "d'amitié et de coopération".
1978
Prise du pouvoir par le PDPA (Parti démocratique Populaire d'Afghanistan,
communiste). Traité d'amitié avec l'URSS. Juin : début
de la résistance des islamistes (Moudjahidins).
1979
Lutte fratricide au sein du pouvoir communiste (le leader du Parcham exilé
par le Khalq).En décembre, l'URSS intervient militairement et impose
Babrak Karmal (leader du Parcham) au pouvoir.
1980
La lutte des Moudjahidins se tourne contre les soviétiques
1986
Babrak Karmal est remplacé au pouvoir par Mr Najibullah (chef de la police)
1987
Les Moudjahidins, aidés par le Pakistan les USA et l'Arabie Saoudite
forts de leurs succès refusent tout dialogue avec le pouvoir.
1988
Avril : signature des accords de Genève (USA URSS Pakistan et Afghanistan)
qui permet le retrait soviétique (contre la fin des aides occidentales)
1989
Février : départ des derniers soldats soviétiques.
Les moudjahidins continuent le combat contre le pouvoir en place et forment
un gouvernement en exil
1992
Mazar e-Charif (mars) puis Kaboul (avril) sont aux mains des Moudjahidins. Le
Jamiat e-Islami au pouvoir (Burhanuddin Rabbani) et les autres grandes tendances
sont tous coalisés contre le Hezb e-Islami de Hekmatyar (début
de la guerre civile interne aux moudjahidins).
1993
Fugace accord de paix avec Hekmatyar (les Hazaras qui ne veulent pas négocier
se retirent de la coalition)
1994
Le général ouzbek Rachid Dostom renverse son alliance (quitte
le Jamiat pour le Hezb) et attaque le gouvernement de Rabbani (Kaboul assiégée)
Arrivée des talibans par le sud, ils s'emparent de Kandahar.
1995
Avancée massive des talibans qui piétinent cependant devant Kaboul
1996
Dépourvu de forces militaires, Hekmatyar se rallie au gouvernement
En septembre, Kaboul tombe aux mains des talibans qui contrôlent les deux
tiers sud du territoire.
1997
L'ouzbek Rachid Dostom rejoint le Jamiat (Massoud) contre les talibans qui ont
instauré brutalement la charia (loi islamique) dans le pays devenu Émirat
islamique d'Afghanistan.
Première prise de Mazar e-Charif par les talibans.
1998
Août : deuxième prise de Mazar e-Charif . Massacres notamment des
ambassadeurs iraniens. L'Iran masse des troupes à la frontière
ouest de l'Afghanistan.
Missiles des USA contre les bases d'Oussama ben Laden.
1999
Résolution 1267 du conseil de sécurité de l'ONU condamnant
le régime des talibans (d'autres suivront).
L'ancien roi Zhaer Cha (exilé à Rome) en appelle à une
Loya Jirga (assemblée traditionnelle) pour sauver la paix dans le pays.
2000
Septembre : les talibans prennent Taloquan "fief" d'Ahmed Sha Massoud
contraint de se retirer dans les montagnes du Panshir.
2001
Janvier : massacre de civils Hazaras (Yakaolang) et en mars destruction des
bouddhas de Bamiyan.
Avril : Ahmed Sha Massoud en Europe à la recherche de soutiens. Il est
assassiné le 9 septembre.
Septembre/Novembre : suite à l'attentat du 11 septembre contre New-York
(Al Quaida, organisation de Ben Aden), les États-Unis interviennent militairement
en Afghanistan. Ils permettent aux Moudjahidins de nouveau alliés de
s'emparer du pouvoir.
Une conférence internationale, réunissant toutes les composantes
politiques de l'Afghanistan (sauf talibans) est réunie à Berlin
et discute de l'avenir du pouvoir en Afghanistan.
Résumé : les grandes phases
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1979-1989
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1989-1992
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1992-1996
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1996-2001
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2001- ?
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Occupation soviétique et résistance de moudjahidins soutenus par les USA et le Pakistan, la Chine et l'Arabie Saoudite
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Après le retrait soviétique, les moudjahidins continuent leur combat contre le régime communiste afghan qui tombe le 16 avril 1992
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Les factions rivales de moudjahidins luttent pour le pouvoir et le contrôle de la capitale avec des alliances mouvantes.
|
C'est la faction des taliban qui, aidée par le Pakistan et profitant de la guerre civile, finit par prendre Kaboul et instaurer un régime islamiste. Les moudjahidins poursuivent le combat : cette fois contre les taliban
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9 septembre,le principal opposant interne aux taliban, le commandant Massoud, est tué lors d'un attentat. Le 11, les USA, victimes d'un attentat spectaculaire sur New-York. Ils en poursuivent les auteur en Afghanistan au profit des moudjahidins qui chassent les talibans de Kaboul.
|
Le parti communiste afghan (parti populaire et démocratique d'Afghanistan,
PDPA) arrivé au pouvoir, en avril 1998, est vite en difficulté
car, d'une part, il est divisé en deux tendances (le Khalq- "les
masses"- et le Parcham -"le drapeau"-) qui s'affrontent et d'autre
part, il se heurte à une opposition qui revendique les valeurs traditionnelles
de l'Afghanistan (à la fois l'Islam et les liens tribaux) face au communisme.
En décembre 1979, l'URSS intervient militairement pour asseoir au pouvoir
la tendance du "Parcham". Pourquoi ?
Aux raisons idéologiques (le soutien à un parti communiste d'un
pays allié) qui ont pu pousser l'URSS à cette intervention, il
faut ajouter des raisons géostratégiques tout aussi fortes : l'Afghanistan
est limitrophe de l'Iran, que les USA viennent de quitter (1979 : révolution
islamique de Khomeyni) et la récente avancée soviétique
dans la région est un atout à conserver. On peut ajouter que les
agitations islamistes inquiètent sans doute les soviétiques qui
craignent, sur leur propre territoire,dans les populations musulmanes des républiques
d'Asie Centrale, le développement de mouvements similaires .
Les mouvements d'opposition traditionnalistes au pouvoir communiste se retournent
contre les soviétiques qui, malgré l'ampleur de leur engagement
(100 à 120 000 hommes et des moyens matériels considérables),
ne peuvent obtenir, malgré le contrôle de Kaboul, de victoires
militaires décisives. Il s'agit là du phénomène
bien connu (Indochine et Vietnam ou Algérie) d'une armée traditionnelle
puissante mais comme désarmée face à une guérilla
(pourtant ici désunie). Ajoutons qu'en Afghanistan, l'URSS est non seulement
dans un pays qu'elle connaît mal, mais elle y manque d'appuis locaux solides
et en outre la région est géographiquement idéale pour
multiplier les "bastions imprenables" (la vallée du Panshir
est le plus connu).
L'appui croissant (finances et armement) du Pakistan, de l'Arabie Saoudite et
des USA , à ceux que l'on appelle désormais les moudjahidins est
un handicap supplémentaire pour le soviétiques.
Cependant, ce sont d'autres raisons que le seul échec militaire qui vont
pousser l'URSS au retrait de ses troupes du territoire afghan. La crise interne
en URSS amène Mr Gorbatchev au pouvoir (1985). Pour réaliser avec
succès des réformes intérieures indispensables, il faut
mettre fin à une guerre qui est à la fois de plus en plus impopulaire
en Union soviétique et fort coûteuse. De même, pour mener
à bien une nouvelle politique extérieure de négociations
avec les USA, il faut donner des gages. Il faut également retrouver auprès
des pays du Tiers-Monde une image internationale moins négative. Donc,
le 14 avril 1988, l'URSS signe à Genève des accords de retrait
du territoire afghan. Dernier avatar de la guerre froide entre les deux grands,
le conflit afghan ne meurt cependant pas avec elle et se transforme immédiatement
en guerre civile.
Le retrait soviétique n'a pas provoqué la chute du pouvoir communiste local (président Najibullah) qui reste en place à Kaboul . Les partis de la résistance ("les djihadis") reprennent donc contre lui , mais avec des moyens bien plus grands qu'en 1979, la lutte amorcée avant l'arrivée des soviétiques. La chute des communistes en avril 1992 (prise de Kaboul par les forces du Jamiat e-Islami), met fin à l'accord de ses factions islamistes. Elles s'opposent rapidement les unes aux autres. Pendant deux ans, aucune ne semble être en position de l'emporter. Puis, un mouvement jusque là inconnu, "les taliban" arrive sur la scène afghane et réussit en quatre ans à conquérir la majeure partie du territoire (seule le nord-est contrôlé par Ahmed Sha Massoud leur échappe). Comment expliquer ces déchirements et la curieuse ascension des taliban ?
Les principaux "djihadis"(tableau simplifié)
|
Mouvement
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Leader
|
Zone d'influence
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Idéologie
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Action politique
|
|
Jamiat e-Islami
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Borhanuddin RABBANI et Ahmed Sha MASSOUD
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Le Nord-est (Taloqan et vallée du Panshir) et
l'Ouest (Hérat), c'est à dire la zone des Tadjiks.
|
Islamistes sunnites relativement modérés
par rapport aux autres mouvements.
|
Principale force militaire de la résistance aux
soviétiques, n'a pas réussi politiquement à construire
une alliance solide autour de lui
|
| Jumbesh | Rachid DOSTOM | Province de Jawjzan au Nord-est (mazar e -Charif). C'est la zone des ouzbeks. | Parti plus nationaliste qu'islamiste (beaucoup de cadres sont d'ex-communistes) | Le parti de Rachid Dostom est remarquable par sa capacité de nouer et renverser des alliances avec les autres protagonistes. |
| Hezb e Wadhat | Ali Jan Zahidi | Le Hazarajat (territoire des Hazaras). Ville : Bamiyan. | Les hazaras se distinguent par leur religion : islam chiite. | Ne voulant pas négocier avec les Pachtounes, les hazaras se sont isolés. Ils sont soutenus par l'Iran. |
| Hezb e -Islami | Gulbudin HEKMATYAR | Zone sud, celle des Pachtounes. | Fondamentalistes sunnites s'inspirant des Frères Musulmans égyptiens. | Pro-pakistanais, ils se sont retrouvés au début de la guerre civile seuls face aux autres mouvements. |
| Nombreux mouvements "secondaires" | Chefs locaux | Un peu partout mais surtout dans la zone peuplée de pachtounes. mais il existe aussi de nombreux groupes chiites (hazaras) en plus du Whadat | Souvent plus attachés au "tribalisme" qu'à l'islamisme. | Sont souvent des forces d'appoint dans les alliances et les combats; |
Les zones d'influence des "djihadis".

Pourquoi l'impossible
accord ?Une des clés des affrontements semble bien être l'opposition des
ethnies. La carte des zones d'influence des différents protagonistes
de la guerre civile montre bien la structuration ethnique de leur implantation.
Cependant, il faut souligner la faiblesse des revendications ethniques au sein
de ces partis. Aucun d'entre eux ne prône l'autonomie ethnique. De même,
les tadjiks ou les ouzbeks ne réclament pas l'intégration aux
états voisins où vivent leurs congénères. Les frontières
de l'Afghanistan, bien qu'artificielles, semblent être acceptées
; on est certesTadjik, mais on se revendique afghan, surtout contre l'intrus
extérieur. En revanche, la traditionnelle domination pachtoune ne semble
plus possible. Cependant, en dehors des pachtounes, aucune ethnie n'avait jusque
là suffisamment de poids pour s'imposer. Le Jamiat e -Islami, fort de
sa prééminence militaire lors de la prise de Kaboul en 1992, n'a
pas pu ni su trouver un accord général. Ne reste plus alors comme
solution que "prendre Kaboul", c'est à dire le pouvoir sur
l'ensemble du territoire. Ce que les taliban réussiront après
d'autres.
Les divisions ethniques ne doivent pas faire oublier que bien d'autres clivages
jouent aussi leur rôle. Les conflits sociaux en partie à l'origine
du renversement du pouvoir monarchique n'ont pas disparu et ce ne sont pas les
destructions de vingt ans de guerre qui risquent de les effacer. C'est au sein
de la communauté pachtoune que les oppositions les plus fortes sont sans
doute à l'oeuvre (l'opposition entre les ruraux du sud et la population
urbanisée de Kaboul en étant un exemple).
A l'origine, face aux soviétiques et au pouvoir communiste afghan, l'opposition
islamique pouvait apparaître, au premier regard, comme un bloc uniforme.
Il n'en est rien. La césure entre sunnites et chiites est la plus évidente
et avec les hazaras qui sont chiites, mais aussi les plus pauvres, nous avons
un bel exemple de conjonction de facteurs de division qui ont pu poussé
les Hazaras à se détacher des autres factions. Mais, l'opposition
aux chiites ne soude nullement les sunnites.La distance religieuse entre les
musulmans modérés (surtout tadjiks comme Massoud mais aussi pachtounes)
et les plus extrémistes (pachtounes comme Hekmatyar puis bien sûr
les taliban) ne peut qu'aggraver les désaccords ethniques sous-jacents.
Toutefois, si la guerre civile, tout comme celle contre les soviétiques,
ont pu se dérouler et durer, c'est aussi à cause des interventions
extérieures. Gageons que sans financement ni armement externes, les factions
afghanes ne se seraient pas affrontées aussi longtemps.
Le Pakistan est la puissance régionale qui a joué le plus grand
rôle dans le conflit. Elle a accueilli les réfugiés afghans
et les partis de la résistance contre les soviétiques (à
Peshawar) puis soutenu les pachtounes (Hekmatyar d'abord puis les talibans)
dans la guerre civile. Son intérêt est stratégique : l'Afghanistan
est un territoire qu'il faut contrôler, par le biais d'un gouvernement
ami, pour s'assurer une base arrière face à l'Inde. La présence
d'une importante communauté pachtoune au Pakistan facilite ses interventions.
Aux intérêts stratégiques s'ajoutent les motivations économiques.
Ce ne sont pas les richesses de l'Afghanistan, pays sans doute le plus pauvre
du monde actuellement, qui attirent les convoitises mais sa position en Asie
Centrale par rapport aux gisements pétroliers.

Parmi les projets de construction d'oléoducs transportant
les richesses pétrolières de la Caspienne, le Pakistan pourrait
dans le port de Gwadar (Golfe Persique) participer aux exportations de l'or
noir. Mais dans ce domaine, ce sont surtout les États-Unis qui interviennent
pour soutenir leurs compagnies (Unocal et Chevron) qui ont des participations
dans des gisements au Turkmenistan. Leur stratégie est simple : éviter
à tout prix le passage par l'Iran ou par les oléoducs soviétiques.
Les tractations avec le pouvoir en place, y compris avec les taliban n'ont jamais
cessé.
Ces intérêts pétroliers ne sont pas à l'origine de
l'intervention des États-Unis, qui ont agi à l'origine dans le
cadre de la guerre froide, mais ils expliquent en partie la poursuite de leur
aide après le départ des soviétiques. De 1980 à
1992, l'aide des États-Unis est estimée à 4 ou 5 milliards
de dollars.
L'Iran est la seconde puissance régionale impliquée dans le conflit.
Comme le Pakistan, elle accueille des réfugiés mais son implication
est plus tardive que celle du Pakistan (après l'arrivée des taliban
et la prise de Mazar e-Charif en 1998). Moins forte l'aide iranienne est tournée
prioritairement, vers les hazaras, qui sont comme la majorité des iraniens,
chiites.
Alliée régionale des États-Unis et soucieuse de consolider
partout l'Islam l'Arabie Saoudite a constamment soutenu financièrement
les partis islamiques les plus proches de son orthodoxie.
Les autres pays limitrophes de l'Afghanistan ont avant tout soutenu les "ethnies
soeurs" (Massoud est devenu très populaire au Tadjikistan) et leur
rôle est moins important.
1996-2000 :
un nouveau mouvement, les "taliban", s'impose
: pourquoi ?Les talibans se démarquent des autres groupes islamistes. Tout d'abord
ils ne sont pas issus de la lutte contre les communistes et contre les soviétiques.Ils
sont nés au Pakistan dans des écoles religieuses (les madrasas)
d'une branche de l'Islam sunnite particulièrement rigoriste (l'école
déobandie née en Inde à la fin du XIX ème siècle).
Cette origine explique qu'ils recrutent majoritairement des pachtounes, (surtout
du sud autour de Kandahar) mais ils sont moins liés à ue ethnie
que les autres groupes. D'ailleurs, leurs troupes comprend un grand nombre de
soldats venus de l'étranger (pakistanais, ouzbeks, tchétchènes,
arabes etc..,) Les chefs taliban, à la différence de ceux des
mouvements de la résistance, sont des ruraux qui n'ont pas poursuivis
d'études en dehors de celle du Coran. Leur modèle "politique"
s'inspire des lois tribales pachtounes les plus conservatrices et explique leur
refus radical du modernisme ce qui les distingue de la plupart des autres mouvements
fondamentalistes radicaux (Frères Musulmans, Hamas, GIA) auxquels ils
se rattachent pourtant par leur type d'interprétation du Coran et leur
volonté d'appliquer la charia (loi islamique). Leur rattachement à
ce que l'on appelle le plus souvent l'intégrisme (ou encore fondamentalisme
qui devrait plutôt s'appliquer aux chrétiens) explique leur soutien
à l'organisation d'Oussama Ben Aden et l'accueil sur leur territoire
(1996).
Tous ces traits spécifiques ne peuvent guère expliquer leur succès
qui peut en partie sembler mystérieux. Avançons quelques hypothèses.
Les taliban ont en fait pris la place, laissée vacante par la défaite
des pachtounes du Hezb e -Islami, face à ses rivaux des autres ethnies
afghanes. L'aide du Pakistan et de l'Arabie Saoudite s'est d'ailleurs tournée
vers eux sans problèmes, ainsi que celle des États-Unis Est-ce
là , la vocation pachtoune à diriger le pays trouvant son dernier
recours après la défaite ?
De plus, au début de leur développement (1994), dans le sud du
pays, le rigorisme idéologique des taliban n' a sans doute pas effrayé
les populations qui ont plutôt soutenu ce qui pouvait être pris
comme un gage d'ordre et de paix après une si longue période de
guerre. Il faut exclure de ce schéma, les zones où les taliban
commirent, plus tard, de redoutables exactions : blocus alimentaire des hazaras
de Bamiyan (août 1997) ou encore représailles lors de la reprise
de Mazar e -Charif (août 1998). ajoutons que le soutien initial des populations
n'a pas toujours duré avec l'application des mesures concrètes
liées à la "charia" (en justice : amputations, exécutions,
lapidations).
Militairement, les divisions des autres factions afghanes ont amené les
taliban à combattre des forces souvent isolées (les hazaras par
exemple) et finalement sans doute moins bien organisées qu'eux. Seules
les troupes aguerries du commandant Massoud, dont les qualités de stratège
militaire ont souvent été soulignées, ont pu résister
à leur avancée.
Après septembre 2001, les factions islamistes de nouveau alliées
et accompagnées cette fois de "l'armada" américaine,
ont montré les limites des qualités militaires des troupes des
taliban.
Et maintenant ?
L'ONU en juillet 1990 envisageait :
un "dialogue interafghan englobant tous les secteurs du peuple afghan
qui conduirait à la formation d'un gouvernement de large union, à
travers un processus d'élections libres et justes, prenant en compte
les traditions afghanes" .
Souhaitons que la longue guerre civile afghane rende ce voeu pieux des nations
Unies plus facile à réaliser maintenant qu'en 1990.
Thierry Couet