Géopolitique des Balkans en schémas sommaires.Réalisé à partir de "sources" diverses: EU, Dictionnaire Mourre, Atlas Historique de Georges DUBY, articles du quotidien Le Monde et du mensuel le Monde Diplomatique, de la revue Hérodote ( surtout le n°67 du 4ème trimestre1992 : " la question serbe"), de la revue "manière de Voir" (notamment le n°25 de février 1995). |
L'albanais (et au sud le grec) est la seule langue non slave qui subsiste après les invasions slaves : Serbes, Croates, Bulgares qui s'établissent dans la région à partir du Vème siècle après Jésus-Christ. Jusqu'à la conquête ottomane (XIVème siècle), la région est politiquement partagée entre des royaumes bulgares et serbes (constitués à partir du IXème) mais aussi sous domination vénitienne (Sud-ouest) ou hongroise (nord puis Croatie et Bosnie) et bien sûr byzantine.

La religion chrétienne orthodoxe s'impose, sauf en Slovénie, Croatie et nord de l'Albanie ou le catholicisme persiste (influence de Venise).
La conquête ottomane débute au milieu du XIVème siècle par la défaite des Serbes (Kosovo 1389) puis des Bulgares, avant la chute de l'Empire Byzantin (prise de Constantinople en 1453). Le XVI ème siècle connaît une extension encore plus grande : de la Hongrie à la Crimée. Celle-ci ne dure pas et au XVIIème l'empire ottoman qui échoue devant Vienne (1683) entame une lente phase de repli territorial.
Pendant ces quatre siècles, la religion musulmane s'est implantée de manière géographiquement très inégale. L'empire ottoman n'a jamais pu l'imposer systématiquement aux populations slaves soumises qui gardent le plus souvent (mais pas toujours, la Bosnie a une forte communauté slave musulmane) leur religion surtout dans les zones montagneuses (les serbes du Monténégro ne furent jamais vraiment bien contrôlés).

L'Empire ottoman va être démantelé en un peu plus d'un siècle sous l'effet de deux forces : les mouvements nationalistes puis les ambitions territoriales des deux puissances régionales : l'Autriche-Hongrie et la Russie. Les premiers émancipent de la tutelle ottomane (dans l'ordre chronologique, voir carte) : le Monténégro, une "petite Roumanie", la Grèce. L'intervention de la Russie (guerre en 1877-79) contre l'Empire ottoman est bloquée par l'Autriche et l'Angleterre qui au Congrès de Berlin (1878) créent la Serbie et font passer la Bosnie-Herzégovine sous occupation (puis annexion) autrichienne.

Après le Congrès de Berlin, les Balkans deviennent le théâtre de rivalités internes qui mettent au prise tous les pays de la région : 1885 Serbie contre Bulgarie, 1897 Grèce contre Empire Ottoman, 1912 tous ensemble contre l'Empire ottoman qui perd la Macédoine que l'on se dispute en1913 (Grèce, Serbie et Roumanie contre Bulgarie). Serbie et Grèce se partagent alors la Macédoine.
Les traités de paix de 1919-1920 mettaient en avant le principe des nationalités et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (Quatorze points de Wilson). Son application est délicate dans cette zone. Ainsi, dans le sud des Balkans, la situation de 1913 est pratiquement inchangée. En revanche, au nord, la Serbie double son territoire en profitant du démantèlement de l'Empire Austro-hongrois. Elle devient alors la Yougoslavie (le royaume des Serbes, Croates et Slovènes) qui comprend désormais en sus de la Serbie de 1913, le Monténégro, la Bosnie, la Croatie et la Slovénie. Si des Serbes sont bien présents dans tous ces territoires, ils ne sont pas seuls : Croates, Bosniaques, Slovènes, Musulmans sont aussi présents et parfois territorialement étroitement imbriqués, surtout en Bosnie. L'union des slaves du Sud (sens du mot Yougoslavie) n'est qu'apparente, les tensions sont fortes surtout entre Croates et Serbes.
Les remaniements territoriaux provoqués par l'attaque italienne (Albanie en 1939) puis hitlérienne (1941) avaient démembré la Yougoslavie. La victoire des alliés efface territorialement cet épisode qui, du seul point de vue des frontières, peut paraître bien mince pour les Balkans en général et tout particulièrement pour la Yougoslavie : quelques pertes au nord-est au profit de l'URSS et quelques gains à l'ouest au détriment de l'Italie.
Les effets de la seconde guerre mondiale sont bien plus marqués dans les rapports entre nationalités : les croates d'Ante Pavelic (chef du mouvement nationaliste des oustachis créé en 1929) d'une part soutiennent l'Allemagne et luttent contre les partisans de Tito (chef communiste lui aussi croate) mais d'autre part pratiquent une politique systématique d'élimination des Serbes en Bosnie (on estime les victimes à au moins 300 000 personnes : Hérodote, n°67, p 80). Cet épisode particulièrement épouvantable avive encore l'antagonisme ancien entre les deux peuples. Mais les tendances nationalistes n'ont pas l'occasion de s'exprimer après la guerre, car la Yougoslavie est dirigée par Tito (Josip Broz de son vrai nom) qui met en place un régime communiste où les six républiques (Serbie, Croatie, Slovénie,Bosnie-Herzégovine, Monténégro et Macédoine) puis un peu plus tard les deux provinces autonomes (Voïvodine et Kosovo) sont à la fois autonomes et strictement encadrées et contrôlées.

La mort de Tito (mai 1980) puis l'effrondement des régimes communistes en Europe de l'Est (1989-1990) ouvre une nouvelle période d'affrontements des nationalismes.
Les Serbes, avec environ 8.5 millions de personnes dominent démographiquement la fédération yougoslave (36% du total) forte de 23.5 millions d'habitants (recensement de 1991). La majorité d'entre eux est concentrée en Serbie (5 millions) mais ils sont présents dans toutes les autres composantes de la Fédération et surtout en Bosnie 1.3 million et en Voïvodine 1.1 million.

Les Serbes sont donc tentés, plus que les autres nationalités, d'établir leur pouvoir sur l'ensemble de la Fédération. La seconde nationalité en nombre est celle des Croates : 4.6 millions d'individus essentiellement répartis sur deux territoires, la Croatie et la Bosnie (+ Slovénie et Voïvodine en petit nombre). Slovènes (plus riches, voir tableau des économies), Monténégrins, Macédoniens et Albanais sont nettement moins nombreux (tous < à 10% de la population de l'ex Yougoslavie) et centrés sur un territoire plus nettement délimités. Les musulmans, enregistrés au recensement en tant que nationalité (car les albanais sont aussi musulmans...) sont présents essentiellement en Bosnie où ils représentent la première communauté (1.9 million de personnes, 43.7% de la pop) et dans la zone frontalière entre le Monténégro et la Serbie. Cette mosaïque du peuplement, résultat d'une longue histoire troublée, implique que les compromis territoriaux sont pratiquement impossibles à élaborer dans une atmosphère de tension nationaliste. Les affrontements commencent dès 1981 au Kosovo (émeutes albanaises anti-serbes) mais c'est après l'éclatement de la fédération yougoslave que commence véritablement la première "guerre de Yougoslavie" où la Serbie affronte les républiques qui ce sont proclamées indépendantes c'est à dire d'abord la Slovénie et la Croatie (juin 1991) puis la Bosnie (avril 1992).

Les accords de Dayton en 1995 mettent provisoirement fin au conflit et consacrent l'éclatement de l'ex-Yougoslavie. Si le découpage territorial ne satisfait pas entièrement les nationalistes de tout bord, il est évident que les Albanais du Kosovo, 80%, de la population du territoire et qui sont intégrés à la Serbie, sont les seuls qui ne disposent pas de territoire. La crise de 1999 en découle en partie.