La constitution civile du clergé dans le département des Hautes-Pyrénées

Chronologie:
de 1789 au concordat de 1801

Le serment de 1791:
un département massivement jureur

De la coexistence au conflit :
réclusion des prêtres réfractaires

Sources et bibliographie



Chronologie :

1789- 2 novembre Sur proposition de Talleyrand, évêque d'Autun, les biens du clergé sont sécularisés et vendus pour combler le déficit financier.
1790- juillet Constitution civile du clergé, visant à créer une Eglise nationale (1 diocèse par département, curés et évêques élus par le peuple). Veto royal
1792 Religion Civique : avec un autel de la patrie pour chaque commune. La  cocarde tricolore, les arbres de la liberté, les tables de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ainsi que celles de la Constitution en sont les symboles qui sont offerts à la vénération du peuple.
1793 Abjuration  du clergé (constitutionnel) de Paris.
Les hébertistes organisent le culte de la Raison.
1794 Solennité de l'Etre Suprême.
Robespierre officie comme prêtre : le législateur est le "prêtredu bonheur du peuple".
1795-21 décembre/3 ventôse An III Séparation  des Eglises et de l'Etat : les prêtres constitutionnels ne sont plus rémunérés, les jureurs sont tolérés en civil, pas de lieux de culte reconnus
1797-1er juin/20 prairial An V rapport Camille Jordan (surnommé Jordan-les-Cloches) rendant les églises aux catholiques
1797-5 septembre/19 fructidor An V fin des mesures d'apaisement "2e terreur", 2 000 prêtres déportés en Guyanne et dans les îles de Ré et d'Oléron, les "fructidorisés".
1801 Concordat entre Bonaparte et Pie VII


La Constitution Civile du Clergé

Article premier :
un seul évêché par département.

"Voici le motif sur lequel est fondé à ce sujet l'opinion du comité :
Il n'y rien de plus bizarre que la formation actuelle des diocèses et des paroisses. Nous voyons des diocèses qui ne comprennet pas plus de  80, 60, 50, 40, 30, 20 et même 17 paroisses ; tandis que d'autres en renferment jusqu'à 5, 6, 8 et même 14 cents. Il en est de même de la distribution des paroisses. Celles-ci s'éteendent à des distances fort éloignées, et sur une très grande population ; celles-là comptent à peine 15 ou 20 habitants et semblent n'avoir été établies que pour quelques familles privilégiées. On voit bien que ces divisions ont été uniquement l'ouvrage des circonstances, et qu'on y a consulté ni la dignité du culte, ni les besoins du peuple.
Vous avez, Messieurs, fixé avec sagesse les bornes et l'étendue de l'administration civile, en divisant la France en 83 Départements. Pourquoi n'adopteriez-vous pas la même division pour l'administration spirituelle? Les limites de chaque diocèse seraient toutes posées, la circonscription toute formée ; et les évêques n'auraient à supporter que la masse des trvaux et sollicitudes que vous jugez être proportionnée aux forces humaines".

Journal des Etats Généraux par le Hodey de Saultchevreuil, t. 12, 24 mai-24 juin 1790, séance du 1er juin.


La Constitution civile du clergé  dans les Hautes-Pyrénées :
un département massivement jureur

Suite à la nationalisation et à la vente des biens du clergé, proposées par Talleyrand évêque d'Autun, les clercs se trouvent sans revenu et sont considérés comme un corps de l'Etat, rémunéré et régi par la Constitution civile du clergé votée le 12 juillet 1790.
Par le décret du 27 novembre 1790, la Constituante exige un sement solennel des prêtres. A partir de 1791 le clergé se divise profondément entre les jureurs  ou constitutionnles et les non-jureurs ou réfractaires.  A l'échelle nationale, selon les études de thimothy Tackett, le clergé prête serment à 52 %. Le département des Hautes-Pyrénées se distingue par un taux extrêmement élevé de de jureurs : 77%.
Ne suivant pas la majorité du clergé bigourdan, Gain-Montaignac, évêque de Tarbes,  refuse de prêter serment et quitte la France le 9 décembre 1790. Il se réfugie à Saint Sébastien en Espagne. De retour en mars 1791, par des lettres pastorales adressées aux fidèles et des instructions envoyées aux prêtres qui ne doivent pas plier "le genou devant l'idole d'un modique salaire", il lutte contre la Constitution civile du clergé et l'Eglise constitutionnelle considéré comme schismatique. Face à lui il trouve le nouvel évêque constitutionnel et élu le 20 mars 1791 : Guillaume Molinier,doctrinaire, recteur du collège de Tarbes et professeur de théologie. Occupant le palais épiscopal de la Sède, Gain de Montaignac est accusé d'incivisme et doit se réfugier à nouveau en Espagne.
L'imporatance du taux de jureurs dans le département s'explique par l'influence des Doctrinaires du collège et du séminaire de Tarbes.
Le département des Hautes-Pyrénées
se distingue par un taux extrêmement élevé de de jureurs : 77%, mais les 5 districts du département présentent des différences :

Districts : Jureurs en %
Argelès

 99

Bagnères

93

La Barthe de Neste

38

Tarbes

89

Vic

85



Répartition par archidiaconés et archiprêtrise s
des prêtres jureurs et réfractaires :

Nombre et taux d'après la série D3, carton 14, dossier 3, Fonds Laspalles, Archives municipales de Bagnères-de-Bigorre

jureurs
en %

réfractaires
en %

jureurs fidèles inconnus rétractation
Archidiaconé des Angles
archidiacre fidèle
95 5 38 3 2 2
Archiprêtrise d'Ibos 80 20 8 2 0 1
Archiprêtrise de Pontac 100 0 6 0 0 0
Archiprêtrise d'Adé 100 0 10 0 1 0
Archiprêtrise des Angles 100 0 14 0 1 1
Archidiaconé de Montanères
archidiacre fidèle
95.5 4.5 20 2 3 3
Archiprêtrise de Montané 100 0 10 0 2 3
Archiprêtrise de Caixon 91 9 10 1 1 0
Archidiaconé de Rivière-Basse
archidiacre fidèle
75 25 19 7 7 3
Archiprêtrise de Ladevèze 80 20 12 3 0 0
Archiprêtrise de Castelnau 70 30 7 3 0 3
Archidiaconé de Rivière-Adour
archidiacre fidèle
76 24 23 8 0 0
Archiprêtrise de La Cède 82 18 14 3 0 0
Archiprêtrise d'Orleix 70 30 9 4 0 0
Archidiaconé de Basillaguès 81.5 18.5 21 5 2 1
Archiprêtrise de Montfaucon 89 11 8 1 0 0
Archiprêtrise de Laguian 67 33 4 2 2 0
Archiprêtrise d'Andrest 89 11 8 1 0 1
Archidiaconé du Lavedan
archidiacre fidèle
98.5 1,5 65
Archiprêtrise de Barèges 100 0 13
Archiprêtrise d'Aucun 100 0 9
Archiprêtrise d'Estère 93 7 13 1
Archiprêtrise de Juncalas 100 0 10 1
Archiprêtrise de Préchac 100 0 19 1
Archidiaconé du Rustan
archidiacre fidèle
93 7 45 3 3
Archiprêtrise de Tournay 100 0 10 2
Archiprêtrise de Cieutat 100 0 10
Archiprêtrise de Lubi 77.7 2 7
Archiprêtrise de Chelle-Débat 100 22.30 9 1
Archiprêtrise de Campistrous 88.8 11.2 9
Archidiaconé de La Barthe
archidiacre fidèle
74 26 18 7 1
Archiprêtrise de Bagnères 81,8 18.2 9 2
Archiprêtrise de Bourg 57 43 4 3 1
Archiprêtrise de Banios 83 17 5 1
Prieuré des Arrodets jureur


Le clergé réfractaire de la coexistence au conflit :
refus du serment, réclusion et exil


Extrait
Des Registres du directoire du département
des Hautes-Pyrénées

Du premier Février mille sept cent quatre-vingt-onze

M. FONDEVILLE, Président

MM. VERGEZ-D'AREIT, Vice-Président; FOURNIER, PERE, BAYLE, MAILHO,
les autres Administrateures absents.
Ouï M. DUMORET, Procureur-Général-Syndic en remplacement.

Sur ce qu'il a été représenté que l'Article VII de la Loi du 26 Décembre dernier, paraît mal interprêté ;
Le Directoire déclare que les Ecclésiastiques fonctionnaires publics, qui ont refusé de prêter le serment prescrit par ladite Loi, doivent continuer d'exercer leurs fonctions jusqu'à ce qu'il ait été pourvu à leur remplacement.
Collationne J. J. DECAMPS, Secrétaire-Général.

Archives Municipales, Bagnères-de-Bigorre.


Lettre du Père J. Laspalles aux Citoyens administrateurs du département des Hautes -Pyrénées

Expose J. Laspalles, ministre du culte dans la commune de Laborde où il habite, que sur ce qu'il a ouï-dire, qu'un décret de la Convention ordonnait que les lois de 1792 et 1793, concernant les prêtres sujets à la déportation ou à la réclusion seraient mises à exécution dans les 24 heures (lettre datée du 28 brumaire an IV), il serait disposé à se rendre au chef-lieu du département pour s'y mettre en réclusion, et montrer, comme il l'a toujours fait, la parfaite soumission aux lois des représentants du peuple; mais un rhume de poitrine, et un tremblement de tous les membres qui lui sont survenus depuis 3 jours, joints à son âge avancé ne lui permettent plus de quitter la chambre à moins qu'il ne voulut exposer sa vie à un dnager imminent. D'après cet exposé vous voudrez bien, Citoyens administrateurs, commettre tels officiers de santé que vous trouverez à propos, pour faire constater l'état maladif de l'exposant, et sur la relation des dits officiers de santé, qui vous sera renvoyée, lui permettre de rester dans la maison d'habitation sous la surveillance de la municipalité jusqu'à ce que sa santé lui permette de subir la réclusion votée par le dit décret.
Laborde le 28 brumaire de l'An IV de la République Française Une et Indivisible.

Archives Municipales, Bagnères-de-Bigorre



Lettre d'un prêtre à l'évêque réfractaire de Tarbes :

A Monseigneur de Gain, Evêque de Tarbes.
J'ai l'honneur de vous déclarer dans toute la sincérité de mon âme premièrement que je n'ai recherché ni sollicité personne pour faire avec moi la promesse de fidélité à la constituion. Deuxièmement que le seul motif qui m'a déterminé à cette démarche est la crainte, non de l'exil, mais de succomber dans la déportation, si elle se fut effectuée dans le temps affreux qu'il faisait. Le court délai de 5 jours accordé par le décret et les dispositions notoirement connues des autorités constituées de notre ville à faire scrupuleusement exécuter ces sortes de diplomes, ne m'ont pas permis d'avoir dautre idée.
En faisant cette promesse du 27 novembre dernier, je n'ai prétendu m'engager que dans le sens que le gouvernement m'a indiqué, c'est-à-dire que j'ai contracté une obligation purement civile d'être fidèle à la constitution pure et simple, et dépouillée de tous les accessoires dont on pourrait l'environner : parce que dans la cruelle position où je me trouvais j'au cru ne pouvoir me refuser à la garantie que le gouvernement de ma patrie a droit d'exiger de moi dans l'ordre civil et politique.
Quant à la suspense, Monseigneur, j'avoue que je ne puis la regarder comme fort douloureuse avec d'autant plus de raison que Monsieur votre grand vicaire ne l'a point prononcée d'une manière définitive, et qu'il promet de nous faire connaître vos volontés sur la démarche et de ne pas perdre un moment pour nous en instruire et nous les transmettre. Ces promesses n'ont aucun effet à mon égard, j'ai parfaitement ignoré vos intentions jusqu'après coup. j'ai pendant un mois exercer aucune fonction sacerdotale, j'au refusé d'entendre les confessions, d'administrer les sacrements de baptême, de mariage, quoique vivement sollicité. J'ai volé au secours des malades quand on m'a requis, je me fais informer des médecins du danger où ils étaient avant de leur administrer les sacrements, de 5 que j'ai vus 4 sont morts et le 5e bien proche de la fin. comme je ne tiens pas de réserve chez moi faute d'endroit convenable, il m'aaa fallu dire la messe pour leur porter le saint viatique et quelques unes après leur mort, mais toujours avec les précautions convenables pour ne scandaliser personne.
Je vous  atteste, Monseigneur, dans toute la sincérité de mon âme que je suis grandement faché que l'affreuse inconstance où je me suis trouvé m'ait amené dans l'occasion affligeante de vous déplaire, accoutumé au joug de l'obéissance que je porte depuis ma plus tendre jeunesse.

Archives Municipales, Bagnères-de-Bigorre, D 7


Sources et bibliographie :


Ouvrages généraux :
FLICHE (A.) et MARTIN (V.), Histoire de l'Eglise, tome 20
LEFLON (J.), La crise révolutionnaire, Bloud et Gay, Paris, 1949
MOURRET (P.), L'Eglise et la Révolution, Bloud et Gay, Paris, 1923
TACKETT (T.), La Révolution, l'Eglise, la France. Le serment de 1791, Paris, Cerf, 1986.
VOVELLE, La Révolution contre l'Eglise

Ouvrages sur les Hautes-Pyrénées :
CUBERO (J.-R.), La Révolution en Bigorre, Toulouse, Privat, 1989
PERONNET (M.) et CASTEX (J.), La Révolution dans les Hautes-Pyrénées, Horvath
ESCOULA (R.), Glanes bagnéraises

Sources :
Les sources utilisées proviennent des archives municipales de Bagnères-de-Bigorre
Série I2, carton 13, Période Révolutionnaires
Série I2, carton 11, Police générale
Série I3, caton 17, tribunal
Série D3, carton 10, Fonds Vaussenat
Série D3, carton 14, Fonds du Père Laspalles
Série M4 P, Culte période révolutionnaire.


Pourt tout contact : SANCHEZ Jean-Christophe


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