« C'est à plus d'un titre que le Pic-du-Midi est de venu le rival du Canigou qu'illustrait peut-être le voisinage de Perpignan, autant que les travaux de Cassini, et il était naturel que ces deux monts fussent dans l'opinion vulgaire, le maximum de l'élévation des Pyrénées. S'ils sont privés, au reste de la gloire d'être au rang de leurs sommités supérieures, assez d'honneur leur demeure encore : placés entre les extrêmes de la hauteur et de l'abaissement , ils conduisent l'observateur, par des routes faciles, à ce degré d'élévation où l'un et l'autre n'en imposent plus ; leur cime est déjà dans le région où se forment les météores, mais elle n'atteint point à ces hauteurs inhabitables, où l'existence devient pénible, où le physicien se décourage, où le soin de vivre se substitue au soin de contempler », Ramond de Carbonnières
Ramond est un témoin unique du XVIIIe siècle de par les écrits de ses ascensions.
Girdlestone donne un aperçu de tous ses récits d'ascensions :
« Une dizaine de ces récits sont particulièrement intéressants,
soit pour les évocations de paysage, soit pour la mention des
personnes qui accompagnent Ramond ou qu'il rencontre, et leur
comportement, soit pour les circonstances de sa vie qu'ils présentent.
Les deux premiers complètent ce que nous disaient les Observations
; le troisième décrit le phénomène d'optique qu'il voit déjà décrit
pour lui-même dans son carnet de 1792 et dont il publiera un troisième
compte rendu en 1826. Le quatrième contient sa rencontre avec
Dom Marquet. Le cinquième rapporte ses trois arrestations et sa
captivité. Le sixième - le voyage avec Duhamel - est animé par
son irritation envers ce compagnon et par un féroce couplet sur
Lapeyrouse et son ascension avec Dolomieu en 1782. Ce sont les
compagnons de Lapeyrouse et leur inconduite qui font les frais
de la neuvième ascension. Le récit de la onzième, faite avec Hofmann-Bang,
respire le bonheur ; ce fut un des voyages qu'il se rappelait
avec le plus de plaisir à cause du caractère sympathique de son
compagnon. La quinzième se fit avec Flügge et Stromeyer, dont
le comportement excite sa verve satirique. Le récit de la vingt-quatrième,
faite de nuit, offre un beau lever au Pic, et celui de la vingt-cinquième
contient le portrait réjouissant du chirurgien Bonnet. D'autres
ne sont que des listes de plantes ou de personnes, ou consistent
en brèves mentions d'observations barométriques, de nivellements
ou, pour les six derniers, de son grand dessin du panorama qui
occupa ses visites en 1809 et 1810 ».
GIRDLESTONE (Cuthbert), Louis-François RAMOND (1755-1827) sa vie,
son oeuvre littéraire et politique, Lettres Modernes Minard, Paris,
1968, p. 373
De ses ascensions au sommet du Pic, Ramond laisse plusieurs écrits où il relate ses découvertes et ses observations :
« Je montai au Pic, le 8 août 1792, avec un ciel pur et le plus beau soleil. Arrivé à la cime, à trois heures et demie de l'après-midi, je trouvai non-seulement la plaine entièrement couverte de nuages, mais ces nuages pressés contre l'escarpement septentrional de la montagne, se dressaient perpendiculairement sur ma tête à une hauteur que je n'estime pas moindre de cent cinquante mètres. La distance était facile à mesurer : trente pas, au plus. Sur cet immense rideau, dont la surface était parfaitement plane, se projetait mon ombre, celles de trois personnes qui m'accompagnaient, et l'ombre du tronçon de sommet au haut duquel nous étions placés, le tout environné d'un iris dont le diamètre m'a paru de quarante degrés au moins, et à peu près égal à celui des halos que nous voyons autour de la lune. La continuité de cette vaste circonférence n'éprouvait d'autre interruption que celle d'un arc de quelques degrés, intercepté par l'image de notre piédestal Les couleurs de l'iris étaient d'une vivacité admirable, et nos ombres d'une telle netteté qu'un miroir n'en aurait pas plus fidèlement représenté les contours. Nous contemplâmes ce tableau l'espace de trois quarts d'heure, sans qu'il éprouvât la plus légère altération. Sur ce rocher, sous le ciel, à la vue magique de ce spectacle, on eût cru assister vivant à son apothéose...».
Ramond de Carbonnières, « Sur l'état de la végétation au sommet du Pic du Midi de Bagnères : Observations météorologiques », Mémoires de l'Académie des Sciences, 2e série, VI; 112-116, cité par GIRDLESTONE (Cuthbert), Louis-François RAMOND (1755-1827) sa vie, son oeuvre littéraire et politique, Lettres Modernes Minard, Paris, 1968, p.563
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