Si l'architecture extérieure et le cadre même de la cathédrale sont des modèles d'art roman et d'art gothique, l'intérieur de l'édifice nous surprend par un tout autre style artistique : un chœur immense occupe les deux-tiers de la surface( !), barrant certes la perspective de la nef par un jubé toujours en place mais constituant avec ses boiseries intactes un ensemble unique et une merveille de l'art de le Renaissance. Sans aller jusqu'à parler de troisième cathédrale ou même -comme certains- d'une "église de bois dans une église de pierre ", on peut dire que ces aménagements postérieurs ont vraiment enrichi -sans la dénaturer- la cathédrale de Saint- Bertrand- de Comminges. Bien des visiteurs viennent pour admirer ce chœur ; parmi les plus célèbres, Gustave FLAUBERT a écrit " c'est beau, c'est joli, c'est charmant...c'est un musée, un beau morceau d'art qui fait penser à l'histoire, un livre en bois où l'on lit une page du XVI° siècle ".

Pourquoi cette construction ? Ce type d'aménagement existe depuis le Moyen-Age : il permettait de séparer les clercs et les laïcs, les chanoines et les pèlerins, les uns pratiquent à l'intérieur du chœur, les autres le contournant pour atteindre les reliques et le tombeau et pouvant à l'occasion apercevoir l'office à travers des claires-voies. C'est l'évêque Jean de Mauléon qui fit réaliser entre 1525 et 1535 ce chœur avec ses stalles, son jubé dans la lignée de ceux d'Albi et d'Auch, mais c'est le seul où l'ensemble est totalement en bois et entièrement d'époque, témoin inestimable du style Renaissance dans les Pyrénées. Il révèle l'apparition de l'humanisme par des motifs italianisants (comme à Toulouse) mais avec des influences locales ou hispanisantes. Grâce à la récente (novembre 2000) étude d'une équipe de chercheurs universitaires toulousains, nous pouvons encore mieux en apprécier les richesses et la variété iconographique.

 
 
 

 

Le domaine des religieux  
 
 

Le jubé -en bois- est une clôture monumentale, surmontée d'une tribune, séparant le chœur de la nef. Deux retables encadrent l'entrée : celui de Saint- Bertrand à gauche, celui de Notre-Dame à droite avec de grandes statues en bois. La tribune entièrement décorée présente sur sa façade 20 grandes figures religieuses.

 
   

Le passage à l'intérieur du chœur fait pénétrer dans un monde différent du reste de l'édifice, celui des chanoines de la Renaissance avec une multiplicité de symboles, d'emblèmes religieux..ou pas. La réalisation par des artistes remarquables, habiles en marqueterie ou sculpture offrent aux amateurs d'art un éventail étonnant. Les stalles sont formées de 2 rangées de 66 sièges (28 bas, 38 hauts) avec un plus grand pour l'évêque. Au-dessus se trouvent un baldaquin, une frise et une série de frontons, décorés bien sûr.
 

Mais c'est surtout pour les sièges eux-mêmes que les artistes se sont surpassés dans leur imagination créatrice. Les parcloses (partie séparant deux sièges) et les miséricordes (tablettes rajoutées au dos des stalles pour se reposer) comportent une multitude de sculptures autant fantaisistes que caricaturales mais ô combien attachantes : animaux plus ou moins fabuleux, êtres humains surprenants, motifs d'inspiration religieuse ou profane, biblique ou historique, populaire ou moralisatrice, retrouvant la verve créatrice de la sculpture romane régénérée par la Renaissance italianisante et hispanisante.

 
 
Par contre, les dossiers (dorsaux) des stalles forment une série de panneaux au programme iconographique apparemment plus organisé autour de motifs religieux : ainsi ceux du haut semblent représenter une histoire de la Rédemption. D'autres éléments décoratifs de haut niveau foisonnent, tels l'Arbre de Jessé, véritable dentelle sculptée à l'entrée du chœur ou plusieurs panneaux de marqueterie (boiseries polychromes) très rares en France.
 
 
La dernière époque -appelée baroque par certains- est représentée par le retable du maître-autel dans le chœur. Adossé au mausolée de Saint- Bertrand, il a été réalisé au XVII° siècle mais avec des statues antérieures et...postérieures : sur un soubassement en trompe-l'œil, une superposition impressionnante de niches, colonnes, chapiteaux et statues à profusion avec en particulier près de 115 personnages miniatures à la prédelle. Même si le badigeonnage et les dorures sont plus tardives et si l'actuel autel en marbre de Sarrancolin date de 1737, il illustre l'art de cette époque dans un style fréquemment représenté dans le diocèse du Comminges jusqu'à la vallée d'Aure et le Val d'Aran.
 
     
 
Le domaine des pélerins
 
 
    Le pourtour extérieur du chœur continue dans la même veine artistique et décorative, accentuant l'aspect humaniste par la représentation, dans des médaillons, de figures antiques ou de la Renaissance et une série de bustes italianisants.  
 

Le buffet d'orgue

Le même style renaissance se retrouve dans le lutrin du chœur, mais surtout dans l'extraordinaire orgue , une des trois merveilles de la Gascogne selon un dicton populaire, au typique décor renaissance : scènes de la légende d'Hercule, nombreux motifs ornementaux .

    Le parcours artistique ne s'arrête pas là . Déjà au XV° siècle avait été élevé au fond du chœur le mausolée de Saint Bertrand en pierre calcaire des Pyrénées. Par la suite, on y ajouta de nombreux éléments, comme des peintures naïves (fin XVI°-début XVII° siècles) décrivant la vie de Saint Bertrand et ses miracles ou un autel du XVIII° siècle.
       
    D'autres aspects apparaissent au cours de la visite : à l'entrée de la nef, en avant du jubé, l'autel paroissial et son décor du XVII° siècle ; également les nombreux objets du XV° au XVII° siècles exposés au trésor de la cathédrale, dans la sacristie datant de Jean de Mauléon au XVI° siècle. Quel survol artistique au-dessus des siècles !  
       
   
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