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| A Saint-Bertrand, la présence d'une communauté de chanoines vivant sous la règle de Saint-Augustin laisse supposer que l'orgue devait jouer son rôle liturgique d'alternance avec le plain-chant en exécutant les versets de la messe et des vêpres (Kyriale, Hymnes). Mais il n'est pas interdit de penser que l'orgue exécutait aussi une musique plus profane, toccatas, ricercari ou même des danses : à l'exemple de François 1er, fasciné par l'Italie, les seigneurs de la Renaissance se faisaient construire des châteaux à l'italienne où ils pensionnaient artistes et musiciens. L'évêque Jean de Mauléon, "seigneur de l'Evêché du Comminges" s'est doté d'un magnifique instrument pour "réjouir la Cour Céleste", selon l'inscription portée sur l'orgue de Saint-Savin (1557) à quelques kilomètres de Saint-Bertrand- de- Comminges, qui reflète bien son désir de doter sa cour épiscopale de fastes comparables à ceux des plus grands seigneurs de la région. |
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LE BUFFET
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Quand on pénètre dans
la cathédrale par la petite porte sud, celle qui donne sur le cloître,
on est saisi par la splendeur du buffet d'orgue aux vastes proportions,
exemple unique d'instrument de 16 pieds en montre de la Renaissance construit
en angle, dans un parfait état de conservation. Réalisé
après 1'achèvement des stalles du chœur, dû à
la libéralité de l'évêque
Jean de Mauléon qui dut voir achever sa construction peu de temps
avant sa mort en 1551, le grand orgue Renaissance serait l'œuvre du sculpteur
toulousain Nicolas Bachelier, auteur entre autres du décor sculpté
du Grand Hôtel de Pierre de Toulouse, rue de la Dalbade. Sa position
dans la nef en fait un exemple rare de buffet d'angle, l'arc roman
du mur ouest ayant été jugé trop exigu pour loger un
instrument de cette importance. L'absence de tribune à cet endroit
contraignit le constructeur à jucher l'instrument sur un entablement
soutenu par cinq colonnes cannelées de style corinthien, supportant
un plafond richement décoré d'entrelacs,
de caissons et orné de culs-de-lampe.
Sur cet entablement à l'antique repose
le soubassement de l'orgue, ceint d'une tribune formée d'arcs à l'enseigne
de la coquille Saint- Jacques et rehaussée de
pilastres cannelés. Le centre
de la tribune présente une saillie en forme de chaire polygonale
où se logent la console et l'organiste. Le soubassement proprement
dit est décoré sur deux étages de panneaux sculptés
séparés par de fortes consoles cannelées et représentant
les travaux d'Hercule ainsi que des groupes de musiciens. Au dessus, supportés
par un double entablement sculpté de
rinceaux et de figures grotesques, s'élèvent
les tuyaux de la montre, la puissante tourelle centrale renfermant
les 7 premiers tuyaux du principal de 16 pieds. Les plates - faces,
les tourelles alternativement rondes et en
tiers-point sont fermées
dans leur partie supérieure par de riches claires-voies surmontées
d'une large moulure et de cinq clochetons à étage. Du sol
jusqu'au sommet de la statue qui surplombe le centre, le buffet atteint
près de vingt mètres de hauteur ! On accède au niveau
de la console par un élégant escalier Renaissance à
vis qui englobe sur son flanc la chaire de la prédication : on
ne peut indiquer plus explicitement que musique et prédication, en
ces temps de Contre - Réforme, sont intimement liées.
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L'INSTRUMENT
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| De l'instrument Renaissance enfermé dans ce buffet, il ne reste aujourd'hui rien. Les parties les plus anciennes (2 sommiers de Grand-Orgue de 48 notes et deux petits sommiers de pédale, plus quelques jeux anciens) remontent au XVIIème siècle. Le reste résulte des reconstructions successives au cours des siècles suivants, et principalement de la reconstruction des années 1970 ; menée d'abord sous l'égide des Monuments Historiques, puis sous la responsabilité de l'Association des Amis de l'Orgue avec les conseils artistiques de Pierre Lacroix, directeur du Festival du Comminges, elle aboutit à la reconstitution d'un grand orgue d'esthétique baroque (XVIIIème siècle) avec en grande partie du matériel neuf, le facteur d'orgue et harmoniste étant Jean-Pierre Swiderski. Pour imaginer en quoi pouvait consister l'instrument offert par Jean de Mauléon, on est réduit à formuler des hypothèses, en s'appuyant d'une part sur la structure du buffet et les compositions connues d'orgues de cette époque et d'autre part sur la littérature pour clavier éditée autour des années 1550. L'orgue de Saint-Bertrand devait compter une vingtaine de jeux répartis sur un clavier principal, peut-être un clavier d'écho et quelques touches de pédale. |
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LA MUSIQUE
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| Quel répertoire pouvait être exécuté à Saint-Bertrand dans la seconde moitié du XVIème siècle? Il est certain que l'évêque Jean de Mauléon, ayant eu à cœur de faire construire un instrument de cette importance, a dû recruter un organiste confirmé, venu peut-être d'une grande ville ou même de l'étranger. Le milieu du XVIème siècle est l'époque où une 1ittérature spécifique pour clavier (orgue, clavicorde, clavecin, virginal) se constitue. En confrontant les éditions diverses de cette période qui nous sont parvenues, on peut distinguer trois groupes de compositions : les transcriptions d'œuvres vocales ou instrumentales, la musique liturgique, les premières formes d'écriture pour clavier. |