Saint-Just de Valcabrère est une belle église, mystérieuse et émouvante. A l'écart du village, isolée au milieu des champs, jouxtant étroitement un cimetière entourè de cyprès, avec à l'arrière-plan la cathédrale de Saint-Bertrand se détachant sur un fond montagnard, c'est un édifice original qui ne peut laisser personne indifférent. Bien sûr, c'est d'abord une église romane avec ses nombreux aspects habituels, mais c'est aussi, par le remploi de multiples pierres antiques, inscriptions et sculptures, un véritable musée " romain ". L'extrême complexité de cet assemblage hétéroclite mais fort réussi -même si le clocher carré paraît trop massif- rend la tâche de l'historien difficile, mais laisse le champ libre à l'émotion du visiteur et à l'intérêt du curieux ou de l'amateur de vieilles pierres.  
  Quel est donc ce monument discret, certes, mais riche en trésors artistiques et archéologiques ? La réponse est malaisée et imprécise en l'absence de textes antérieurs au XII° siècle et en raison de recherches archéologiques trop fragmentaires. Si la " basilique " est citée pour la première fois dans le Livre des Miracles de saint Bertrand du notaire Vital, rien n'est dit sur son statut exact.  
    Les découvertes partielles du sous-sol : substructions d'un cloître, murs d'époque préromane y compris sous l'église actuelle, sarcophages très anciens, suggèrent une occupation depuis l'époque romaine. L'hypothèse la plus probable serait celle d'une église funéraire, associant lieu de culte et nécropole, schéma classique d'une tradition païenne, puis paléochrétienne telle qu'on peut la rencontrer au tout proche prieuré d'Arnesp à Valentine. Bref, comme le disent les récents chercheurs de l'Université de Toulouse Le Mirail (novembre 2000) " ses origines restent encore nimbées d'incertitude " et " Saint- Just suggère plus ses racines qu'elle ne les dévoile ".  
    L'approche même de Saint- Just révèle d'emblée sa complexité, si déroutante pour certains. L'entrée -obligatoire- par le cimetière s'effectue par un portail composite : c'est un montage moderne formé d'un arc en plein cintre et de colonnettes gothiques (d'un couvent voisin ?) avec deux paires de chapiteaux superposées ( !), entouré de deux pierres en remploi : une inscription funéraire du Ier siècle et un chrisme roman. Rien ne pourrait mieux résumer l'ancienneté de l'occupation du site et son extraordinaire propension au remploi.  

 

    L'extérieur de l'église attire essentiellement par deux ensembles remarquables : le portail sculpté et le chevet.Ce chevet -si l'on oublie un peu le massif clocher- mérite notre attention par sa beauté et ses particularités. Il dégage une impression de presque perfection due à un agencement des volumes, de loin très harmonieuse, de près très compliquée, ne reprenant pas du tout le dispositif intérieur (contrairement à une certaine tradition romane).  
    L'abside et les absidioles sont enfermées dans un massif rectangulaire formant trois absides accolées séparées par des contreforts, reliées entre elles par des petites voûtes en arc de cloître évoquant des trompes et utilisant un maximum de grandes pierres antiques. Selon Emmanuel Garland, "l'ordonnancement des volumes, l'articulation subtile, le jeu des tuiles et de la pierre blanche, le recours aux arcades et aux voûtes extérieures confèrent une saveur antiquisante au chevet de l'église de Saint- Just ". C'est ce dernier qui fait la célébrité du monument et figure sur toutes les photos des livres d'art et des magazines touristiques.
       
   
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d'après: J.L.SCHENK

L'intérieur de l'église (29 m. x 14,50 m.) nous plonge directement dans l'univers roman. La voûte en plein cintre portée par des arcs doubleaux et des piliers rectangulaires est contrebutée latéralement par des voûtes en quart de cercle. Ces piliers permettent de réutiliser de nombreuses pierres gallo-romaines et d'y accoler aussi des colonnes géminées. Même si cette église a été construite en 2 temps et surhaussée (charpente au XI° siècle, puis voûte en pierre au XII°), elle dégage une sensation de puissance habituelle dans les nefs romanes comme à Conques ou à Saint- Sernin de Toulouse. La travée Est près du choeur, plus élevée, ressemble à un transept et supporte le clocher. L'abside voûtée en cul- de- four attire le regard grâce à la lumière qui entre ici abondamment par deux rangées superposées de trois fenêtres. Elle est décorée d'une grande arcature portée par des colonnes aux chapiteaux géométriques assez rudimentaires, caractéristiques de l'art vernaculaire de l'époque. L'autel est formé d'un bloc rectangulaire recouvert d'une table de marbre ; derrière lui, se dresse un ciborium gothique au dessus d'un édicule construit au XV° siècle et destiné à abriter tombeau et reliques.  
       
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