Education Civique Juridique et Sociale

Brive-la-Gaillarde les 20-21 octobre 2001
Compte-rendu de la première matinée.

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Il est temps de réfléchir à un nouveau rapport entre citoyen et politique. Et comme l'éducation civique n'est pas une discipline ou encore l'affaire de spécialistes mais l'affaire de tous et puisqu'il est nécessaire de " Penser le présent pour appréhender l'avenir " (Michelet), le présent débat qui s'ouvre en ce matin du samedi 20 octobre 2001 promet de riches confrontations d'idées. Le mot " politique " ne doit pas faire peur, la politique, longtemps conçue comme combat idéologique doit retrouver sa noblesse.
La première matinée est donc consacrée à un recours à l'histoire pour un éclairage de biais de ces rapports complexes du citoyen et de la politique. C'est d'abord l'Académicien et historien de la France contemporaine René Rémond qui porte son regard sur le présent et sur le passé. Si la relation objective entre citoyen et politique montre une politique qui dispose et décide du sort des citoyens, qu'elle soit acceptée ou non, c'est la relation subjective, c'est à dire la connaissance et l'intérêt que le citoyen a de la politique, l'image et les idées qu'il s'en fait, ce que l'on peut faire pour elle, qui doit nous occuper ici. C'est une relation fluctuante avec des périodes de politisation et d'autres de dépolitisation.

Si déjà sous la monarchie française, on sait qu'il existe une opinion publique dont le souverain même absolu devait tenir compte, la révolution française représente une rupture avec deux innovations :


- L'institution d'un gouvernement d'opinion où le pouvoir légitime est la représentation des citoyens. La politique est alors faite pour et par les citoyens personnellement ou par délégation. Le citoyen, " le bon ", est appelé à participer. C'est un droit mais aussi un devoir.

- L'apparition d'un ordre nouveau distinct et supérieur à la société civile. Le citoyen est fils de la raison et de la volonté politique. Cet ordre est commun à tous les habitants indépendamment de toutes les différences.

Ces principes fondateurs n'ont pas été révoqués, même lorsque le 10 juillet 1940, Pétain reçoit les pleins pouvoirs, c'est accepté par la Nation. L'exercice de la citoyenneté appelle toutes sortes d'initiatives, depuis l'acte du militant jusqu'au devoir d'insurrection. Le citoyen doit être éclairé, et pour cela recevoir l'instruction due à tous et pouvoir disposer de la liberté de tous les moyens d'information. [La défiance envers les partis politiques aujourd'hui reflète peut-être le manque de démocratie qui y règne et des objectifs par trop électoralistes]. Un premier constat : la citoyenneté se fait envahir par la société civile. La 3ème République a fait du citoyen le sujet principal et l'acteur en articulant l'enseignement et la politique. La formation du citoyen est une mission de l'école, celle-ci lui apprend à se situer dans le temps et dans l'espace mais aussi, ce que chacun doit aux générations précédentes : c'est un enseignement de morales civiques. Si le pays reste divisé, il n'y a pas pour autant de débat de fond sur la nature de régime. Mais la citoyenneté se vit, se pratique. Il y a un échange, l'électeur est appelé à contribuer (impôt), à défendre son pays (conscription), à rendre la justice (jurés populaires). Il faut des circonstances pour que le citoyen se sente membre.
Or aujourd'hui : - 50% des ménages sont exemptés d'impôts et - on a vu la fin de la conscription. S'il y a crise de la représentation, elle ne remet pas en cause le principe. La participation électorale est toujours en progrès. Les dernières élections présidentielles ont donné plus de 80 % de participation alors qu'aux Etats-Unis, elle n'est que de 50 % des inscrits et un président comme Clinton n'a été élu que par 26 % de ces concitoyens. En réalité, un large consensus existe autour de l'idée qu'il n'y a pas de légitimité qui ne procède de l'Etat souverain. Le corps électoral participe à proportion de son intérêt pour l'élection. Il y a des élections décisives, les locales et les présidentielles et d'autres qui l'apparaissent moins. L'effondrement de la représentation partisane n'est pas la remise en cause du principe mais peut-être le sentiment que l'on ne va pas assez loin. La démobilisation s'explique davantage par le doute et le scepticisme sur le pouvoir des politiques à transformer. Parlement et gouvernement ne paraissent plus souverains; règne l'idée d'une complicité. Dernier constat autour du rapport citoyen/enseignement : si la 3ème République avait réussi, aujourd'hui l'école n'est plus le sanctuaire mais le lieu des fractures, des divisions, des violences. Il n'y a pas si longtemps, l'actualité n'était pas de mise à l'école. Or, l'éducation civique, c'est l'apprentissage du civisme. L'institution doit s'engager. L'organigramme des institutions ne suffit plus. Une décision est un choix forcément aléatoire et donc diviseur. Il faut éduquer au jugement, montrer les différentes lectures et ce faisant ce qui est acceptable ou condamnable. La citoyenneté ne sera reconstruite que par le système éducatif. Il ne faut pas avoir peur de la politique, ne pas l'esquiver.

Mais c'est surtout au médiéviste que l'on a demandé ce que " citoyen et politique " voulait dire pour cette période de l'histoire. Si on a l'image d'une société sous l'emprise de Dieu, une société de corps, d'ordres où s'opposent dominants et dominés, une époque autre, impénétrable où l'idée d'un âge d'or est perdue, où l'individu est obligé de se mettre sous la protection d'un autre pour ne pas être à la merci du pouvoir arbitraire, pourtant, le Moyen-Age n'est pas coupé de ces questions de citoyen et de politique même s'il il tire sa symbolique dans les fondations de l'Eglise chrétienne. On parle de " communauté de citoyens ", de " république " ou de " bien commun ". On se représente le bourgeois de Florence au XIIIème - XVème s. comme le précurseur du citoyen moderne. La société n'est pas faite de groupes sociaux séparés. Il n'y a pas de petits îlots perdus. Il y a une seule institution, c'est l' " ecclésia ", c'est l'Eglise qui génère les problèmes politiques. Pour représenter l'organisation politique, on utilise l'idée de la cité incarnée par Rome ou par Jérusalem que l'on oppose à Babylone, lieu de tous les péchés.
Cette image de la cité idéale fondée sur le témoignage de l'Ancien et le Nouveau Testament (Mathieu - 8,34) " Et toute la Ville sortit à la rencontre de Jésus " rassemble les chrétiens. C'est la cité du ciel de Saint-Augustin qui ne laisse personne sur le côté. Elle descend sur terre. Le thème des deux cités, céleste et terrestre donne des correspondances entre anges et citoyens, mais aussi entre le législateur divin et le législateur humain (monarque mais pas seulement…). Grâce à la pensée chrétienne, il y a donc une équivalence entre citoyen et chrétien. Le citoyen transcende la personne. C'est la reprise d'un héritage gréco-romain concevant une concordance morale et politique entre l' " homme bon " et le " citoyen bon " . Le citoyen est celui qui appartient à la communauté. Celui qui n'est pas citoyen n'est pas homme. De là on s'est permis de penser la politique globalement, on utilise alors la notion "d''universitas " pour désigner un corps de métier, mais aussi une confrérie, un monastère, une paroisse, voire une église, ou encore, la conscience urbaine, d'où l'idée de concertation, de représentation et de majorité. De fait la pratique de l'élection n'a jamais été abandonnée, même dans les monarchies (ne serait-ce que la fiction de l'acclamation du roi). L'entretien d'un lien permanent permet la formation de la communauté et le maintien de la notion de représentation.
Autour de la notion fondamentale de " bien commun " en apparaît une autre, celle d'un espace limité par une palissade. La communauté vit dans un espace clôt de murs. Sont alors définis un espace géographique mais aussi des signes d'appartenance à cet espace. Et il permet de mettre en place un principe de légitimation de l'autorité : le " bon roi " doit respecter ce bien commun sinon le régicide est à son tour légitime. Cette notion de bien commun sert à l'intégration sociale et politique dans une société. Avec deux prolongements : - la séparation entre le collectif et l'individu d'une part, et - la tentation de définir le citoyen et sujet politique conforme et différent de la conformité religieuse. En dehors de l'Eglise, du royaume, la cité est conçue comme la ville pensée comme le lieu idéal de la citoyenneté. La cité est là où on habite retranché de la force et de la violence, la cité est le lieu de résolution des conflits qui repousse hors les murs le règne du chaos, de la violence. A Lübeck, ville allemande à la tête de la Hanse au XVème s., on peut lire sur son fronton : " La concorde à l'intérieur des murs et la paix hors des murs ". Le lien politique et le lien social permettent la cohérence de la société. Si le Moyen-Age est une société d'ordres, ces différences sociales génèrent un ordre supérieur. Même si cette période est caractérisée par les crimes, les guerres et la violence, le lien politique et social se base sur l'amour charitable, la fraternité, les dons et les contre-dons. L'idéal chrétien de l'amour est appliqué au lien civique qui est certes un lien fragile. L'homme médiéval développe alors les communautés au regard de la fragilité de ce lien politique et social (famille, seigneurie, paroisse…). " C'est bien au citoyen de militer contre l'oubli " (Paul Ricoeur ). Une question se pose : si les frontières s'espacent aujourd'hui, où mettons-nous notre palissade qui nous permet de définir notre espace dans lequel peut s'exercer notre citoyenneté?

Il distingue trois périodes :

Deux remarques :

 

 

Deux points sont abordés :

I) L'évolution des rapports entre émigré - citoyen - politique.

II) Les immigrés et l'enjeu de la nouvelle citoyenneté.

Dans les années 1970, se développe une crise multiforme xénophobe avec précarisation et expulsion des nouveaux arrivants. - Si dans les années 1930, la discussion se faisait autour du statut d'étranger, dans ces années 1970, on assiste à la remise en cause de la citoyenneté dans un contexte d'explosion des banlieues et des difficultés scolaires. La nation française est en péril, d'abord même par les enfants français refusant la France pour une question culturelle.

- On assiste à un mouvement d'opinion sensible à redonner une dignité à l'immigré en lui donnant la citoyenneté. Il y a alors glissement: la vision de l'immigré s'élargit à l'ensemble de la population y compris les enfants des immigrés.

Compte-rendu de Dominique Haim



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