1- " Métropolisation et Innovation "
2- "Les territoires innovants de l'espace mondial : mythes ou r"alitalités ?
Compte- rendu : Josette BERGONNIER
Organisés par Michel Hagnerelle, Inspecteur Général de l' Education Nationale, Robert Marconis, Président de l'Association des Professeurs d' Histoire-Géographie, Université de Toulouse le Mirail, avec Gracia Dorel-Ferré, Inspecteur Pédagogique Régional Académie de Reims, Claude Manzagol, Université de Montréal, Jean-François Troin, Université de Tours.
Problématiques :
Les grandes métropoles sont-elles les lieux privilégiés de l'innovation ? Qu' en fut-il dans le passé, au moment des premières révolutions industrielles ? Qu'en est-il aujourd'hui avec l'émergence des " technopoles " ?
Quatre études de cas.
- Comment l'extension spatiale de Barcelone au XIX ème siècle, particulièrement dans la période de 1850- 1920, s'est faite en interaction avec l'industrialisation ( documents commentés).
La ville sort du centre ancien ; l'arrière pays est investi, à partir de Barcelone et des villes moyennes environnantes ; des établissements industriels - qui ont précédé le chemin de fer ( payé par les habitants) - se développent grâce au coton et au charbon importés. Ainsi, une région dépourvue de ressources minérales, de machines mais aussi de techniciens est parvenue à s'industrialiser et à s'imposer à l'échelle de l'Espagne.
- Comment Barcelone, tête et foyer de la croissance industrielle de la Catalogne, devient à la fin du XIX ème siècle le porte - drapeau de la modernité :
Sous l'impulsion d'architectes, d'artistes comme Gaudi, sont construites des maisons de bourgeois (Casa Mila...) , sont inventées de nouvelles formes urbaines : cité-jardin avec le parc Guell.
Ainsi Barcelone est devenue la ville de la Catalogne avec laquelle elle s'identifie et dont elle a absorbé les forces vives.
Mais, coup d'arrêt donné par la dictature fasciste dès 1933 puis par la dictature franquiste.
Un ensemble de paramètres ont fait de Barcelone une métropole innovante.
1) L'innovation, un phénomène essentiellement métropolitain.
- Les métropoles sont les principaux foyers de l'innovation (R.D.- innovation technologique) Actuellement, 50% des dépenses de R.D sont faits dans les grandes métropoles américaines de plus de 3 millions d' habitants. A noter que ce pourcentage est sensiblement en baisse ce qui traduit une certaine diffusion.
- La métropole est un milieu innovateur qui se fonde sur des savoirs, des compétences, des aptitudes et comporte 3 dimensions : technologique ( laboratoires...) territoriale ( le milieu innovateur est un tissu social avec des acteurs en coordination ) relationnelle ( transfert tacite de savoir- faire) et présente un double avantage économique et d'urbanisation .
Cependant, l'innovation existe en dehors des métropoles comme en témoigne l'exemple des districts italiens.
2) Le métropoles sont des technopoles :
- Exemple de Détroit
A la fin du XIX ème siècle, Détroit est un centre industriel important mais pas plus que d'autres. Or, en 1910, avec Ford, elle est devenue le leader incontesté de la firme intégrée ( Ford T puis modèle du management ) . Ford invente le concept de production de masse qui est un concept d'organisation, de management puisqu'il fonctionne dans un système de sous-traitance pour réaliser son modèle de voiture simple, peu onéreuse, fabriquée en grande quantité. En effet, ce sont les sous-traitants qui constituent le financement et fournissent moteurs, chassis. Ford, lui se concentre sur l'organisation. Mais c' est un processus avec ses erreurs car Ford ne réussit qu'à sa 3ème tentative et il n'est pas soutenu par l'élite capitaliste de Détroit .- Exemple de Phoenix- Arizona
Dans l'après-guerre, c' était une ville d'environ 50 000 habitants qui tirait sa richesse de l'agriculture ( agrumes... ) . L'innovation est venue d'ailleurs, de Chicago avec la firme Motorola qui a installé à Phoenix un petit laboratoire de recherche. Puis d'autres firmes se sont implantées. Ainsi l'innovation émane des laboratoires des grosses entreprises. Aujourd'hui, Phoenix est devenue autonome.- La Route128 à Boston et la Silicon Valley
Deux réactions différentes, deux parcours différents depuis le milieu des années 1980 (en fonction de l' impact de la culture sur l'innovation) lorsque le système de la grande entreprise intégrée entre en crise. Tandis que les firmes et laboratoires de la Route 128 s'accrochent à leurs innovations, à leurs structures (de grande firme intégrée), ceux de la Silicon Valley renouvellent, se spécialisent, font preuve d'une grande aptitude à la diffusion, à l'hybridation des connaissances. La relance de la Silicon Valley ( fidèle à un rêve plus qu'à une structure) contraste avec le verrouillage - devenu blocage- de la Route 128 où les grandes firmes se sont révélées incapables de s'adapter.
3 ) Quel(s) lien(s) entre innovation et métropolisation ?
- Les villes globales fonctionnent en réseau ; Elles sont les centre nerveux de l'organisation de notre planète ; elles concentrent l'ensemble des fonctions stratégiques de notre temps.
Le monde financier actuel est gouverné par des puissances financières qui disposent de produits très variés. Importance du secteur du multimédia dans les grandes métropoles. Exemple : La Silicon Alley ( au sud de Manhattan et de la 41ème rue ) avec 120 000 emplois - à la convergence de l'informatique et de la production de contenus. Il s'agit d'activités de type fusionnel, fondées sur la coopération entre ingénieurs, chercheurs et artistes, qui se nourrissent donc d'interactions et sont stimulés par une forte demande des grandes sociétés. Cas précis de la publicité (Madison Avenue).
Ainsi ne s'agit - il pas de lieux où l'on valoriserait l'innovation plus que des lieux où on la ferait ?
L'espace des lieux n'est-il pas absorbé par l'espace des flux ?.
- Il y a 30 ou 40 ans, une seule aire métropolitaine de l'innovation : l'agglomération parisienne. Aujourd'hui, d'autres métropoles, grandes agglomérations, dont beaucoup sont situées dans le sud (effet Sunbelt ).
Problématique : Est-ce le résultat d'initiatives politiques, ou d'autres facteurs ? Et quel avenir ? y a t-il une masse critique pour qu'une agglomération devienne une métropole innovante ?
- Une métropole innovante suppose la concertation de forces d'innovation " on monte à Paris " pour être reconnu, pour que l'innovation aboutisse. De nombreux problèmes se sont posés depuis le milieu du XIX ème siècle . Paris a servi de laboratoire ( modèle Haussmannien). Jusqu'au début des années 1970, décalage entre les innovations parisiennes et leur diffusion en province - temporalités urbaines -
Au cours des années 50 - 60, l'agglomération parisienne constitue un atout pour la France à l' échelle mondiale. En même temps, mise en place du SDAU (Schéma d'aménagement urbain,1964) par le gouvernement soucieux de corriger les inégalités de développement internes à la France et constitution des métropoles d'équilibre dont l'objectif est de valoriser la politique de l'innovation en province. Ainsi, le modèle parisien à été transféré aux métropoles d'équilibre à qui l'on impose, de l'extérieur, des vocations : exemple de Toulouse dans le domaine aéronautique et spatial.
Le problème qui se pose alors est que l'on gère de l'innovation diffusée de la capitale mais que l'on innove peu. C'est la différence avec Grenoble, Montpellier... c' est à dire celles qui n'ont pas été choisies par le haut. Le système mis en place dans les années 60 se trouve compromis par la crise des années 70 (crise du système productif ). Et, malgré l'optimisme du premier ministre qui affirmait en 1976 que l'on était " au bout du tunnel " , l'activité ne repart pas.
Au début des années 1980, l' Etat, qui ne sait plus que faire, demande aux collectivités territoriales de trouver des solutions. Des forces sont alors libérées, des équipements antérieurs accumulés sont valorisés mais la concrétisation est inégale.
Le point de départ de cette dynamique se situe vers 1982 avec les Assises Régionales de la Recherche et de la Technologie qui, sous l'égide de J.P.Chevènement, doivent favoriser la rencontre et les échanges entre divers milieux : chercheurs, universitaires, industriels... Des synergies, des fertilisations croisées se développent, appuyées par les collectivités et, dans un système qui se décentralise, on a vu apparaître des milieux innovateurs ( voir les travaux d'A.Frémont sur le milieu grenoblois. Cependant, le résultat est surtout probant dans les agglomérations d'au moins 500 000 habitants et c' est surtout dans le sud de la France que l'on voit émerger des métropoles innovantes, le retard devenant un atout.
Mais des problèmes persistent.
- Ont-elles une masse critique suffisante pour continuer à s'imposer dans le contexte de mondialisation ? Elles doivent être reliées à ses réseaux dont les configurations évoluent et leur avenir repose sur cette capacité à s'insérer dans les grands réseaux - ce qui semble être le cas pour Lyon.
En réponse à une question, M. Marconis ajoute
. que les chances des métropoles sont, dans ce domaine, inégales : exemple de Toulouse qui se trouve entre 2 TGV- même Lyon, au plan aérien, risque d'être handicapé par la suppression de sa ligne directe avec New York- ;
. que le réflexe est de se positionner par rapport à Paris. Il n'y a pas d autre schéma territorial que le national. Exemple pour Toulouse, on oublie qu'il y a Barcelone
- Autre problème fort auquel sont confrontées ces métropoles : seule une fraction des habitants a bénéficié de l'innovation et, des problèmes sociaux existent avec des quartiers en marge. L'activité innovante est restée concentrée et il n'y a eu que peu de diffusion, peu de retombées avoisinantes. Il s'agit donc de problèmes d'aménagement du territoire, de gestion de la ville, de vie quotidienne qui se posent à l'échelle d'aires urbaines dont la gestion est difficile. Ils résultent de contradictions que nous ne savons pas surmonter : l'innovation nécessite la concentration, la qualité de la vie suppose au contraire la dispersion.
Enfin, ces métropoles sont fragiles, référence aux récents événements de Toulouse. La concentration des activités est remise en question : au nom de la sécurité, de l'environnement il faut chasser les entreprises des villes. L'usine de montage de l'A380 est contestée en raison des problèmes environnementaux posés par le transport des composants .
Peut-on concilier la poursuite de l'innovation avec la qualité de la vie ?
La mondialisation utilise l'innovation comme facteur d'homogénéisation, d'unification de la consommation de masse. Une mode globale se répand dans les classes moyennes des PED ( coca, portables... ) et la mondialisation a un effet de banalisation des modes de vie comme des paysages urbains : pizza hut ou Mac Do, cybercafés , un centre des affaires avec les mêmes immeubles de verre et d'acier, qu'on soit à Changhaï ou Sao Paulo. Ainsi, les métropoles voient leurs spécificités urbaines gommées.
Des résistances se manifestent donnant des formes d'urbanisation différentes, et au plan culturel, des modèles se différencient s'efforçant d'être authentiques. Autre forme d' adaptation-réaction aux technologies globalisantes ; le bricolage des paraboles dans la capitale du Yémen afin de s'informer sur le monde, au Maroc l'installation de téléboutiques sur les trottoirs avec téléphone et aujourd'hui internet, ou des stations multiservices réunissant la téléboutique, la mosquée, le hammam c' est à dire tout un complexe recréé à partir de la culture locale, quelque chose qui réutilise la technologie moderne au plus prés des besoins des citoyens.
Mais l'effet est un accroissement des disparités au profit des pays les plus riches, une accentuation de la polarisation comme en témoigne le contraste dans le nombre d' internautes : en Juillet 2000, 1 sur 6,5 en France, 1 sur 40 au Mexique, 1 sur 79 en Chine, 1 sur 86 en Tunisie, 1 sur 1540 en Algérie.
Dans le sud, de nombreuses initiatives s'inscrivent dans les luttes pour la survie ; elles s'efforcent notamment de résoudre le problème du logement : exemple d'une rue de Casablanca construite sans permis ; de même à Fès, une ville entièrement constituée sauvagement en bordure d'un éboulement. Des quartiers bâtis illégalement sont progressivement intégrés, officialisés : c' est le cas de la Cité des Morts au Caire ( logements dans les cimetières ) qui compte aujourd' hui 350 000 habitants et a été intégrée dans les plans d'urbanisme. ( il y a aussi la pratique de la surélévation des toits qui permet de doubler la hauteur des maisons et, au Yémen on pratique même l' élevage de petit bétail sur des toits-terrasses ). Aujourd' hui, on assiste à un durcissement des bidonvilles ( et à une politique encadrée par la Banque Mondiale )
Ces activités informelles et le commerce parallèle sont-ils des formes d' innovation ? Le " capitalisme cholo " de Lima au Pérou a sa propre bourse des valeurs parallèles, un marché de la contrebande ... Des systèmes informels peuvent être très puissants mais ils ne peuvent cependant pas compenser le déficit en équipements publics. Il s'agit d'ingéniosités intéressantes.
Question à ce sujet : est-ce qu'il n'y a pas dans les villes du Sud un phénomène d'uniformisation de l'innovation ?
Réponse de M. Troin : les solutions de débrouillardise se ressemblent tout en présentant des différences selon les cultures. Certes, il y a une forme générale de réponse mais c' est moins dévastateur que d'imposer un modèle.
Autre thème : la ville prend en charge autant qu'elle exclut. La ville du Tiers- monde offre un ensemble de remèdes :
- le poids des solidarités familiales et sociales, en Afrique Sub-Saharienne particulièrement,
- le renouveau actuel des petites villes ou centres secondaires car logements moins chers, possibilités d'activités agricoles annexes ... celles qui réussissent étant à la limite entre urbain et rural,
- une grande vitalité culturelle urbaine, en Afrique notamment, avec chanteurs, danseurs, pièces populaires (Niger)... qui constitue un extraordinaire unificateur social.
Quelques enseignements pour les villes du Nord : l'intensité des relations sociales et des solidarités familiales, l'enthousiasme, la convivialité, mais il ne s'agit pas de remèdes aux carences de l'Etat.
Des limites dont le clientélisme, les dérives mafieuses (trafics de drogue...) et un problème actuel, la baisse des salaires. L'informel a atteint ses limites. Les politiques nationales d'encadrement de l'Etat sont le seul garant de la cohésion sociale.
Référence bibliographique : J.F. Troin, les métropoles des Sud, Collection Ellipses
Conclusion :
Ainsi, quatre éclairages sur les rapports entre métropolisation et innovation :
L'un historique
Deux sur les phénomènes technopolitains
Un sur le Sud
Une utilisation possible dans les programmes et dans les T.P.E. L'idée d'un milieu innovateur, nouvelle notion de milieu en géographie ?
Organis s pas par Yves Guermond, Université de Rouen, Membre du Directoire Scientifique du Festival, avec Claude Manzagol, Université de Montréal, François Durand-Dastes, Université Paris VII, Laurent Carroué, Université de Paris VIII, Allen Scott, Université de Los Angeles, Atsushi Taira, Université d'Education de Kagawa, animé par Jean-Christophe Victor, Directeur du LEPAC (Laboratoire d'Etudes Politiques et Cartographiques).
Problématique : Peut-on comparer, voire hiérarchiser les "lieux de l'innovation" dans le monde? Pourquoi restent-ils si concentrés dans les domaines de la recherche-développement et du multimédia?
- Point de départ : vidéo présentant la "Cité Académique" de Tsukuba (en fait limitée à l'historique).
La construction fut planifiée et le premier Institut de Recherche transféré en 1972. Aujourd'hui, elle regroupe 130 000 personnes avec, au c&Mac254;ur de la ville, le quartier de Recherche et d'Enseignement.
- Exposé. Au Japon, 2 centres d'innovation : les universités pour la recherche fondamentale et les centres de recherche privés qui sont concentrés dans des régions déterminées : 70% dans les 3 agglomérations ou conurbations de Tokyo (48%), Osaka-Kobé (13%) et Nagoya (65%).Il s'agit de centres de R.D privés de grande taille orientés vers une l'électronique, l'informatique, la biologie. D'autres centres plus petits, plus nombreux sont implantés dans les métropoles régionales. Pourquoi cette concentration des centres privés? Parce qu'il y a concentration des bureaux, du crédit, de l'information. Surtout à Tokyo où sont implantés 51% des sièges sociaux des sociétés japonaises et 80% des entreprises étrangères. L'agglomération de Tokyo est la plus grande zone industrielle.
- Puis, historique de son essor. Le conférencier semble enlisé dans la lecture de ses notes. J.Ch VICTOR lui demande de bien vouloir conclure.
M.Allen Scott, Université de Los Angeles
- Présentation de l'espace d'étude : Californie du Sud centrée sur Los Angeles, comprend 17 millions de personnes, s'étend de Santa Barbara au Nord à San Diego au Sud et même Tijuana au Mexique. C'est une grande ville, région globale, un grand moteur économique.
- Problématique : comment un endroit qui n'a aucun atout physique (c'était un désert à la fin du XIX¡ siècle), ni une histoire particulière est-il devenu un grand centre d'innovation et de production des Etats-Unis, une grande région?
- Historique et facteurs de la montée en puissance : 2 grandes industries constituent les bases de la croissance de la 2¡ guerre mondiale à la fin du XX¡ siècle : les avions et le cinéma (attirées par le soleil , le climat?). Mais au début du XX¡ siècle, le cinéma était surtout développé en France et à New York et les avions dans le Nord Est (Ohio, Pennsylvanie). Ce n'était pas une vocation ancienne.
Cependant, il y avait, dans les années 20, pour ces 2 productions, un petit développement, une certaine réussite, une percée technologique avec le DC3 (plus grande distance et capacité) à Los Angeles. La percée technologique a généré une croissance économique agglomérée avec sous-traitance, ingénieurs· Dans le cinéma, même processus stimulé par une vague de réussites commerciales.
Les avantages comparatifs de l'innovation ont avant tout été crées par les systèmes sociaux. Après la 2¡ guerre mondiale, essor de l'industrie aéronautique fondée sur missiles et avions militaires sous l'impulsion du Département de la Défense, dans le contexte de la Guerre Froide.
A la fin des années 80, rupture avec l'effondrement de "l'Empire du Mal" et crise comparable à celle de la "rust belt"? Puis, nouvelle vague de technologies (biotechnologies, technologies du transport·) et, en même temps, affirmation d'une économie de la culture basée sue le cinéma, la télévision, la mode, la bijouterie, les meubles, l'architecture (presque toutes les firmes automobiles ont un atelier de design à Los Angeles). Los Angeles devient ainsi un grand centre de production d'une culture mondialisée.
Aujourd'hui, d'autres centres la concurrencent : Tokyo, Paris, Londres dans le cadre d'un polycentrisme de la production culturelle.
Claude MANZAGOL
- D'après une revue (Wild?), 46 lieux importants répertoriés "hot spots" et classés au moyen de divers paramètres (Recherche-formation, industries high tech, aptitudes entrepreneuriales, capitaux·) donnant 16 à la Silicon Valley, 11 à Montréal, 10 à Los Angeles·mais classement à nuancer. Globalement, domination des pays développés et des Dragons et concentration de l'innovation dans les métropoles. Ainsi, au Canada, 75% des dépenses de R.D sont faits dans les agglomérations de Toronto, Montréal et Ottawa.
- Montréal, métropole-technopole c'est à dire une ville qui cherche, trouve, crée.
Ainsi, un phénomène de synergie comparable à celui des airs péricentrales des grandes métropoles et une prégnance : une métropole innovante serait un lieu d'exploitation, de valorisation plus que de production. Quant aux territoires innovants, leur espace ne se dissout pas dans les flux.
J. CH VICTOR retient deux points majeurs en synthèse :
- la fréquence des interventions des Etats pour favoriser le développement
- le rle de la 2¡guerre mondiale qui a stimulé l'aéronautique (d'où des effets secondaires).
Puis Allen SCOTT complète : Aux Etats -Unis, l'intervention de l'Etat est importante, par l'intermédiaire du Département de la Défense, mais le cinéma dépend aussi beaucoup des dépenses de l'Etat Fédéral même si ce n'est pas officiellement reconnu. D'autre part, la dynamique régionale dépend beaucoup d'un système informel lié à un réseau d'entreprises (spécialisées et complémentaires), un marché du travail, des infrastructures sociales (syndicats·) qui soutiennent, de grandes innovations mais aussi des petites c'est à dire tout un brassage d'idées donnant une dynamique croissante de renforcement des avantages comparatifs.
Intervention de deux professeurs de l'université de Montréal en visio-conférence
-1¡ le concept de territoire, le concept d'innovation (de la R.D aux petites) se pose en question d'échelle : métropolitaine ou intramétropolitaine? (dans la métropole ou la métropole dans son ensemble?). Un système ouvert, s'inspire de l'extérieur. A l'échelle intra, il apparat déraisonnable de penser qu'on peut créer des synergies. Exemple : l'ouverture d'un parc scientifique ou technologique entrane une redistribution d'emplois mais pas de créations véritables et ces parcs ont surtout été des opérations immobilières. Aujourd'hui, on parle de cités financées par le gouvernement fédéral, orientées vers le multimédia, la communication, l'électronique, les biotechnologies. Il s'agit de créer un environnement propice à l'implantation d'entreprises. Mais ces cités vont-elles avoir des effets sur l'environnement régional? Apparemment non. Au niveau intra-métropolitain, le lien innovation-territoire n'est pas évident. L'innovation semble sortir des métropoles mais c'est en réalité l'exploitation car l'idée peut avoir germé n'importe où.
-2¡ intervenant : Est ce que les innovations sont crées dans des réseaux d'entreprises ou dans des métropoles c'est à dire un espace géographique? La source majeure ne se trouve ni dans l'un ni dans l'autre mais dans les êtres humains, dans les ressources humaines (individus, entreprises) car rle essentiel de la main d'&Mac254;uvre de haute compétence. Il faut étudier la géographie des travailleurs hautement qualifiés, spécialisés· référence à R. Reich, l'économie mondialisée. La répartition spatiale de ces types de travailleurs est très inégale, elle est concentrée dans les régions métropolitaines et dans des petites villes assez spécialisées.
- Cl MANZAGOL : La pharmacie a Montréal est à l'échelle de l'agglomération mais ce n'est pas le seul niveau pertinent. Les politiques actuelles mises en &Mac254;uvre à Montréal sont des politiques immobilières. Y a t-il des territoires innovants? Pas de modèle généralisable.
Peut-on dissocier la création et l'exploitation de l'innovation? Pas d'accord. Débat.
F.DURAND - DASTES
Pas de différence entre le territoire et les ressources humaines. Pourquoi les gens sont là?
Il y a, à partir d'un certain moment des processus d'interaction entre les hommes, les activités, les infrastructures. Mais, comment cela a t-il commencé?
Des temporalités relativement courtes et des phénomènes de conjonction dans le même lieu. "La causalité contingente", XIX¡ siècle mais des temps longs interviennent.
Comment s'est faite l'attraction des métropoles en Inde?
Exemple de Bangalore, plateau du Deccan : pendant la 2¡guerre mondiale, les britanniques ont installé des ateliers de réparation d'avions puis le gouvernement qui cherchait à développer l'industrie a implanté à Bangalore l'aéronautique suivie de l'informatique. Des gens qualifiés et la convergence de facteurs favorables formant une systémogénèse. A 1000m d'altitude, Bangalore a réussi parce que c'est une ville indienne, avec une vieille tradition d'études mathématiques et météorologiques, la langue anglaise, le décalage horaire avec les américains à qui les indiens peuvent communiquer leurs résultats.
Un concept n'est pas obligé d'être universel pour être valable. Il peut y avoir des milieux innovants mais aussi de l'innovation en dehors.
- Intervention de Laurent CARROUE avec une succession (trés rapis rapide) de remarques
10% des régions européennes concentrent 60% de la R.D.
L'innovation est un processus qui donne un avantage comparatif décisif.
La dimension militaire reste considérable : une logique de secret, de rétention et une logique malthusienne (ça coûte cher et on va à l'économie).
La diffusion de l'innovation fonctionne plus sur des modèles d'accident.
L'innovation est quelque chose de relatif dans le temps et dans l'espace : exemple, au Portugal, le montage d'automobiles est considéré comme une activité innovante.
On en fait un facteur de gouvernance pour les Etats et les collectivités. Les allemands n'ont pas de technopoles, différence avec la France très taylorienne où l'on a imposé la logique des technopoles.
Plus on parle d'innovation, moins ça marche?
Le rle du pouvoir politique est essentiel : exemple pour Toulouse en liaison avec la menace allemande. Donc un processus territorial qui concerne un espace mais demande des interventions·
F. DURAND - DASTES : des phénomènes d'inertie existent : les bonnes écoles sont à un endroit et sont concentrées.
A. SCOTT : il n'y a pas une série de variables indépendantes. Exemple de la Silicon Valley : c'est un processus de développement endogène récursif : un événement, la fabrication de transistors dans un espace agricole qui est une implantation accidentelle a provoqué une série de développement récursifs qui s'amplifient mutuellement : sous-traitants, ingénieurs· les processus de recherche à Stanford sont structurés par les semi-conducteurs. Donc une causalité cumulative. Il n'y a pas de poule, il n'y a pas d'&Mac254;uf. Il y a des conditions d'innovation dans des agglomérations ou dans d'autres systèmes. Il n'y a pas de variable indépendante. Exemple du rle de l'Etat dans la Silicon Valley : il a joué un rle essentiel, il a été une variable endogène mais il n'a pas crée la Silicon Valley.
Cl MANZAGOL insiste sur ce processus de causalité cumulative et ajoute, à partir de l'exemple du complexe d'Ottawa, que le temps est une dimension importante dans l'innovation des territoires.
- Mythes ou réalités?
L.CARROUE : les collectivités territoriales ont un rapport mythique avec l'innovation. Il n'y a pas de poudre de perlimpinpin pour produire de l'innovation mais un rapport historique et territorial complexe qui est unique. La France court après des modèles étrangers. On est dans une recherche instrumentale mais il n'y a pas de recette particulière.
- Qu'est ce qui peut amener à la disparition de ces territoires innovants?
A .SCOTT : des cas de verrouillage des systèmes régionaux, sur leur modèle, leurs normes. Exemple de la divergence entre la Silicon Valley et la route 128 à Boston à partir de 1985 pour des raisons essentiellement culturelles. Autre risque : la banalisation. Exemple : Grenoble s'est banalisée. La politique est là pour donner du souffle.
avec Sylvie BRUNEL, " Action contre la faim " et Christian PIERRET , Pr sidesident-Fondateur du Festival S.BRUNEL
Il s'agit d'un sujet d'actualité (destruction de champs de mas transgénique par des membres de la confédération Paysanne, opposition de Greenpeace) et d'un sujet passionnel.
Pourquoi Action contre la Faim pose la question ?
L'aide alimentaire -surtout américaine- est déjà envahie par les OGM : plus de 4% en Afrique ; les programmes semenciers en Colombie contrlés par la firme Monsanto intègrent des OGM.
Quelle utilité réelle ?Vont-ils permettre de lutter contre la faim dans le monde ? Comment se positionner ?
Ch.PIERRET : C'est un débat de responsabilité, un débat citoyen par rapport à une révolution technologique. Comment en parler avec raison pour déterminer les voies concrètes d'une action publique ? Tout d'abord, définition des OGM (directive de 1990) : Le génie génétique permet de modifier, d'introduire des caractères nouveaux pour apporter une fonction nouvelle ou inactiver une fonction existante (exemple :diminuer le caractère allergène d'un aliment). Des risques sont dénoncés (dissémination dans l'environnement) mais tout d'abord à quoi ça sert ? Leur intérêt s'inscrit dans la perceptive de croissance de la population mondiale qui en 2012-2013, devrait atteindre 7 millions. Pour nourrir les hommes, il faudra donc produire plus : de l'ordre de 330 millions de tonnes de céréales supplémentaires soit l'équivalent de la production agricole américaine. Mais comment ? Etendre les superficies cultivées ou augmenter les rendements? Or la surface cultivée dans le monde a régressé sous la double action de l'érosion des sols et de l'urbanisation.
S.BRUNEL : Ce postulat de départ (nécessité d'accrotre la production pour répondre à l'accroissement de la population) mérite d'être questionné car :
- les pertes actuelles sont considérables (environ 30% du total)
- si l'on répartissait mieux la production actuelle, chaque être humain pourrait manger à sa faim. Donc, ne pas toujours chercher des solutions techniques à des problèmes politiques.
- dans les pays riches, il y a une réduction volontaire des terres cultivées pour faire remonter les prix.
- la FAO dit qu'il y a de vastes superficies à mettre en culture en Afrique, en Amérique Latine. Le débat est-il la course entre production et population en augmentation ?
Ch.PIERRET : Au cours des 10 prochaines années, les structures politiques et socio-économiques n'auront pas été suffisamment modifiés, surtout dans le Sud, pour changer la donne. L'urgence milite en faveur d'une prise de considération du fait que l'on ne pourra accrotre les rendements sans utiliser davantage d'engrais, des pesticides. Le recours aux OGM serait donc une alternative sachant qu'il s'agit que d'une solution partielle, qui doit être matrisée et doit faire appel à l'expérimentation, à la vérification. Quelles surfaces cultivées dans le monde ? En 2000, 44 millions d'ha soit 1,5 fois la superficie agricole de la France. Quels avantages pour les consommateurs ? Les biotechnologies et les OGM -placés sous le contrle de la science- permettent des tomates à maturation contrlée, des melons avec plus de vitamines, des bananes avec plus d'arme et de goût car elles peuvent mûrir plus longtemps sur pied, un riz plus parfumé (Basmati-Tha) et moins cher car plus productif.
S.BRUNEL : S'il n'y a pas -ou peu- d'OGM en Europe, c'est que le mouvement anti est parti d'Europe. Des incertitudes , interrogations car des risques majeurs, de nature scientifique : la toxicité sanitaire (des allergies) , la pollution environnementale (risque de dissémination et de résistances), mais aussi politique et économique avec la crainte du Tiers Monde de voir les FMN s 'approprier son patrimoine .(En Inde, opposition aux FMN au sujet du Basmati)
Ch.PIERRET : C'est un enjeu économique important. La France a pris du retard dans le domaine pharmaceutique et des sciences de la vie. (retard de R.D et des effets sur l'emploi)
S.BRUNEL : revient sur les problèmes avec les risques d'éviction des pays du TM des marchés mondiaux et d'une agriculture hors sol dans les pays du Nord ce qui conduirait à une concentration des marchés au Nord. L'OMC a adopté le fait que l'on puisse breveter le vivant. Les FMN ont changé de stratégie. Désormais, c'est la stratégie du fait accompli (elles accroissent les surfaces en culture) et en même temps affirment qu'elles vont protéger l'environnement ! (voir la campagne de communication de Monsanto) . Elles multiplient les brevets (ex. du Golden Rice, enrichi en vitamine A et en fer , de Novartis) or, 90% des semences utilisées par les agriculteurs du Sud . sont des semences de champ. Comment va t-on permettre l'appropriation des OGM par le paysan ?
Ch.PIERRET : On ne sait pas complètement définir les risques. Quelle réponse ? une biovigilance : l'Agence Française de sécurité des Aliments affirme que, dans l'état actuel de diffusion, il n'y a pas de risque dans la chane alimentaire (en juillet 2001). Quelles plantes peut-on utiliser pour nourrir l'humanité ? - un blé transgénique avec meilleure résistance aux maladies - un cacao transgénique avec meilleure résistance aux maladies - un café, un coton ou un colza résistants aux insectes · - un manioc résistant aux virus· Donc, des possibilités d'améliorer la production agricole.
Il s'agit d'un débat d'acceptation socio-économique et politique des nouvelles technologies. " Je veux lutter contre l'obscurantisme qui consiste à condamner à priori (avant de savoir) une technologie. "
S.BRUNEL : se dit d'accord avec cette prudence mais : - sans l'intervention de ces " obscurantistes " le débat n'aurait pas eu lieu et on aurait, comme pour le nucléaire, une technologie qui se développe dans l'opacité sans l'information du citoyen ; - il faut savoir de quoi on parle : 98% des recherches sur les OGM sont réalisées par des FMN pour des buts privés, pour des industries agroalimentaires du Nord, pour des consommateurs du Nord et dans le but de contrler toute la chane agroalimentaire. La terre devient une usine alors qu'elle est un jardin et les &Mac178; des malnutris sont des consommateurs pauvres. Le seul intérêt serait d'accrotre la capacité du paysan africain à lutter contre les maladies, les insectes et il faudrait en même temps accrotre la protection des paysans du Sud sur les marchés qui sont aux mains du Nord. S'il on développe une recherche publique sur les moyens d'améliorer les semences, elle doit porter sur les SAGE (semence sans apport de germe extérieur), c'est à dire des OGM sans OGM.
Ch.PIERRET : Pas d'opposition sur la question socio-économique : hyper puissance américaine, place relative de la recherche publique et privée mais il faut signaler l'importance de la recherche publique en France(CNRS) et l'on ne peut nier le fait que les entreprises privées ont leur rle dans la recherche ; donc ne pas opposer de manière artificielle l'une et l'autre. La question du rapport de force économique fait que les Etats-Unis, avec Monsanto notamment, vont déterminer le futur de l'humanité si les autres acteurs (UE·) ne jouent pas leur rle.
La guerre alimentaire a déjà commencé. Limagrain (la plus grande société biotechnologique à capitaux français) développe sa recherche aux Etats-Unis, Aventis (société franco-allemande) se sépare de sa branche recherche qui passe à Bayer. -on perd ainsi la matrise de notre filière de recherche au profit des Etats-Unis. Il s'agit donc d'un enjeu d'équilibre géopolitique mondial.
S.BRUNEL : " Je ne suis pas d'accord avec ce fatalisme qui affirme que dans 10 ans on ne pourra plus · " La question est : quels sont les moyens aujourd'hui disponibles pour lutter contre la faim dans le monde ? Les &Mac178; de la population du Sud sont des ruraux producteurs de denrées et de la faim qui frappe 800 millions d'individus. Quant à la guerre alimentaire avec les Etats-Unis, elle n'a pas pour objectif de nourrir la planète des affamés mais les autres !
Ch.PIERRET : En France, 20% du programme de recherche du consortium Géoplante, qui associe recherche publique et privée, est consacré à l'évaluation des risques et prévoit : - un moratoire de 3 ans sur la diffusion des OGM en France - la volonté d'encadrer les conditions d'expérimentation en champ - 4 recommandations pour évaluer les risques avec la proposition aux pays du Sud d'un partenariat
S.BRUNEL : L'objectif prioritaire est la sécurité alimentaire mondiale. Pour cela, il faut lancer : - un programme " aliments essentiels " (comparable à Médicaments essentiels de Médecins sans Frontières) qui répertorie les recherches utiles pour l'humanité, se préoccupe d'instaurer un système d'achat de brevets pour ces plantes·, - une " révolution doublement verte " afin de lutter contre la pauvreté et protéger les écosystèmes. Il faut donner aux paysans du Sud des plantes adaptées à leurs besoins pour qu'ils utilisent leur savoir-faire et retrouvent leurs marchés intérieurs -ce qui suppose aussi que la paysannerie soit correctement rétribuée-.
Quelques interventions dans la salle dont
- Le responsable (ou un membre ?) d'ATTAC-Vosges qui s'adresse à Ch.PIERRET :
" il est trop simple de qualifier d'obscurantistes des citoyens soucieux d'être informés·.oui aux OGM à condition que l'expérimentation soit réalisée dans des conditions de confinement contrlées·-refus d'entrer dans une compétition entre les Etats-Unis et l'Europe ( et la Chine ?)-Demande d'un débat citoyen.
- F. DURAND DASTE revient sur le problème de la faim. Il est exact que l'on pourrait redistribuer les resssources mondiales mais c'est insuffisant. L'accroissement de la production, agricole peut-être obtenue par une intensification qui présente aujourd'hui des limites. Mais en Inde, il n'y a plus de terres disponibles, c'est un espace plein. Il y en a, en revanche, dans les pays développées mais cela crée une dépendance commerciale qui entrane une dépendance politique. Ainsi, l'Inde, bénéficiaire de la loi 480, s'est vue imposer par les Etats-Unis une révision de sa politique extérieure ; puis elle a diffusé la " révolution verte " et les VHR ont ensuite atteint les petits paysans ; aujourd'hui l'Inde est en train de développer une agriculture de haute technologie.
A signaler une prise de notes difficile car : - débit verbal souvent rapide - débat animé (avec une salle majoritairement favorable à S.BRUNEL-applaudissements-) mais respectueux (S.BRUNEL a rendu hommage à Ch.PIERRET qui a eu le courage d'accepter le débat, de relever le défi).