Généralités:
Dossier du CNRS sur l'eau.
L'observatoire de l'eau de l'université de Pau.
Le réseau national des données sur l'eau.
Portail internet sur la Garonne.
Le barrage de Charlas :
Le dossier de l'Ecole Nationale
des Ponts et Chaussées :
Le site officiel du débat public
Ce dossier sur le projet de barrage de Charlas peut être utilisé dans les classes de seconde et de première. En seconde, le professeur peut utiliser cet exemple comme étude de cas dans le chapitre trois l'eau entre abondance et rareté. Dans ce cas, la problématique porte sur la question de la gestion des ressources en eau : pourquoi, comment répartir l'eau sur le territoire et pour quels usages ?
En première, le dossier se rapporte à la question 3 du dernier chapitre la France et son territoire, disparités spatiales et aménagement des territoires. Les question posées dans ce cas sont celles liées à la construction des grandes infrastructures pour l'aménagement du territoire (ici celui des ressources en eau) : quels acteurs ? pour quel rééquilibrage spatial ? quel intérêt collectif ?
Genèse : quelques repères chronologiques pour un projet.
Le projet de barrage de Charlas se situe à une quinzaine de kilomètres au nord de Saint-Gaudens (Haute-Garonne).
Il vise à créer une retenue d'eau sur la Nère (affluent rive gauche de la Garonne, voir carte).
Présentation technique du projet :
Deux digues (en terre) de 60 mètres de haut sur 1,3 km de long serait construite à 150 mètres du village de Saman, elle retiendrait 110 millions de mètres cubes s'étendant sur 625 hectares (5 communes concernées : Charlas, Saman, Sarremezan, Cardeilhac et Saint Lary Boujean).
L'eau serait prise dans la Garonne en aval d'Ausson (voir schéma ci-dessous) et transportée, par gravité, dans un adducteur de 18 kilomètres, (2.5o m de diamètre) pour amener l'eau au réservoir où elle serait stockée pendant l'hiver. Le débit de transport est au maximum de 10.5 m3/s .
L'été, par un "distributeur" de 32 km de long et de 1 à 3 m de diamètre l'eau serait distribuée pour les deux tiers de cette réserve, c'est-à-dire 73 millions de m³, vers la Garonne. Le tiers restant, c'est-à-dire 37 millions de m³, est affecté à la Gascogne. Le transfert vers la Garonne se fait à un débit de 15 m3/s via la Nère puis la Louge (8m3) et le canal de Saint-Martory (7m3), celui vers la Gascogne par un débit de 14 m3/s ( vers Save, Gimone, Arrats, Gers, Osse Baïse, voir la carte).
Le remplissage du réservoir se déroulerait du 1er octobre au 20 juin - uniquement quand la Garonne a un débit supérieur à 35 m3/s - (fermeture du 1er Juillet au 31 octobre) et sa vidange du 1er juillet au 1er décembre.
L'ensemble représente un système d'adduction relativement complexe.
Le soutien à l'étiage de la Garonne sera essentiellement efficace du 15 juillet au 31 octobre.
Le système d'irrigation dit du système Neste crée sous Napoléon III, alimente les 17 rivières du Gers (14 m3/s) avec en complément une série de retenues artificielles (125 millions de m3) dont seulement une partie a un rôle collectif structurant pour les rivières. Il a connu pendant la sécheresse de 2003 des difficultés qui ont amené la préfecture de Haute-Garonne a restreindre l'usage de l'irrigation. Le barrage de Charlas a donc dans ses fonctions une part réservée à l'alimentation des rivières de Gascogne entre Louge et Gers. Elle représenterait environ un tiers des 110 Mm3 de la retenue. Les rivières qui en bénéficieraient concernent six départements : le Gers, la Gironde, la Haute-Garonne, les Hautes-Pyrénées , le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne .
Pour les deux tiers restants (soit 73 Mm3), il s'agirait d'un soutien des étiages de la Garonne à l'amont de Toulouse jusqu’à l’estuaire . Du 1er juillet au 31 octobre 1998, le prélèvement d’eau dans la Garonne et dans sa nappe d’accompagnement pour le traitement et la distribution d’eau potable a été estimé à 57 Mm3.
Ajoutons un soutien de l'agriculture l'été (Maïs à irriguer) . On peut donner comme exemple le Lot-et-Garonne qui en 2001 a consommé 112 millions de m3, dont les deux-tiers pour l'agriculture ou le Gers qui est un producteur important de maïs (25% des surfaces, soit 100.000 hectares qui y sont consacrés). L'Uminate (Union Midi-Pyrénées Nature et Environnement) estime que les prélèvements agricoles sont de l'ordre de 400 millions de mètres cubes en période d'irrigation sur l'ensemble du fleuve.
Cela permet aussi de "sécuriser" les canaux de la Neste (qui alimente les rivières gasconnes), de Saint-Martory et du canal latéral à la Garonne tout en réduisant leurs prélèvements sur la ressource naturelle – la Garonne et la Neste- en été.
Les concepteurs et promoteurs du barrage SMEAG et CACG (voir plus bas les acteurs) insistent sur le partage des eaux ainsi réalisé pour rééquilibrer les déficits hydrauliques.
Le projet de barrage doit représenter 256 millions d’euros (hors taxes) de travaux, selon la dernière estimation du Syndicat d’économie mixte d’étude et d’aménagement de la Garonne. La digue est évalué à 83 millions d'euros, 60 millions pour l'adducteur qui amènerait l'eau de la Garonne jusqu'au réservoir, 70 millions pour le distributeur qui va rediriger l'eau vers le fleuve et ses affluents gascons .
Ce coût semble poser quelques problèmes : lors d'une session consacrée à la sécheresse, Martin Malvy, le président du conseil régional, a rappelé que le projet de Charlas allait frôler les 300 millions d'euros et que l'Etat, qui doit en financer la moitié, « ne le pourra pas puisque son budget sur les infrastructures hydrauliques ne représente que quinze millions d'euros. Il faut être réaliste ».
Ce projet est conjointement mené par le SMEAG (Syndicat Mixte pour l'Aménagement de la Garonne) dont la présidente est Evelyne-Jean Baylet (Parti Radical de Gauche) et la CACG (Compagnie d'Aménagement des Coteaux de Gascogne) qui est une SAR (Société d'Aménagemant Régional : statut privé mais contrôle de l'Etat).
Le SMEAG associe les régions Midi-Pyrénées et Aquitaine et les départements riverains du fleuve. Il a pour mission de favoriser l'aménagement de la Garonne dans tous les domaines. La CACG est chargée de l'étude de faisabilité du barrage de Charlas, elle dirigera la construction et assurera l'entretien de l'ouvrage.
L'Agence de l'Eau Adour-Garonne : établissement public à caractère administratif, perçoit les redevances sur l'eau et répartit les aides financières en fonction des priorités (elle devrait financer le chantier à hauteur de 50 %) définies par le pouvoir politique qui est le Comité de Bassin Adour Garonne véritable "parlement de l'eau" . Représentant les décideurs et les utilisateurs de l'eau, il débat sur les objectifs et les actions à engager et vote en conséquence les redevances nécessaires.
Jean François-Poncet est président du comité de bassin Adour-Garonne, sénateur (Union pour la Majorité Présidentielle) et président du conseil général du département du Lot-et-Garonne.
Le Comité de Défense Contre le Barrage de Charlas : créé en Octobre 1983, il regroupe des habitants des 5 communes concernées par le projet.Le président de ce comité ,Rémy Martin, a déclaré lors d'une réunion du CNPE :
« Nous ne sommes plus seuls, précise-t-il, nous sommes soutenus par la totalité des associations de protection de l'environnement, la Confédération paysanne, ATAC, les pêcheurs et les chasseurs, ainsi que par de nombreux élus et scientifiques. La sécheresse de l'été 2003 a démontré, pour le bassin Adour-Garonne, la responsabilité de la monoculture du maïs irrigué sur l'étiage des rivières : plus la sécheresse est prononcée et plus le maïs irrigué consomme de l'eau."
Il a mené plusieurs actions afin d'empêcher le commencement des travaux et saisit par le biais de " France Nature Environnement " la CNDP d'une demande d'un débat public.
Les opposants en plus des arguments concernant l'impact local (exploitations agricoles condamnées, circulation entravée, tourisme impossible)
Notons que dans le monde agricole, le clivage est marqué entre la FNSEA, qui se prononce majoritairement en faveur de Charlas. Prenons par eemple le syndicat "Coordination rurale" qui veut lancer, une pétition régionale pour la création de la réserve d'eau de Charlas : « Nous prenons fait et cause pour ce projet, » ...« Il y a abondance, et il faut savoir capter l'abondance, comme il faut savoir stocker l'eau en cas de pénurie. On ne s'assure pas contre les incendies quand les flammes ont gagné la maison. » (extrait de la Dépêche du Midi du 08/09/2003)
En revanche, la Confédération paysanne, s'y oppose.
Les opposants contestent
Le recours aux experts et au débat :
Un conseil scientifique, composé d'une vingtaine de chercheurs (Science, Economie) d'ingénieurs (EDF, GREF) et de personnalités d'assemblées administratives (Agence de l'eau, conseil supérieur de la pêche) a été sollicité par le comité de bassin Adour-Garonne pour avis.
Extraits(Avril 1996) de l'avis :
Une étude réalisée par Nicolas Delreilh (DEA d'écologie à l'université Paul Sabatier de Toulouse) souligne les risques écologiques des barrages :
La discussion dans le cadre de la CNDP (Commission Nationale du Débat Public ) doit se faire par une dizaine de réunions publiques du 8 septembre 2003 jusqu'au 19 décembre , organisées des Pyrénées à la Gironde.
Une présentation par le journal "Le Monde" (4.09.03)
Article du journal l'Humanité : 4 décembre 1998
Le projet de réservoir de Charlas, au sud de la Haute-Garonne, a occupé l'essentiel de la discussion. L'enquête d'utilité publique autour de cette réserve d'eau d'un volume de 110 millions de mètres cubes doit débuter au printemps 1999. La ministre de l'Environnement a déjà fait connaître son opposition au projet. Pour François Escudé, vice-président du SMEAG, la réalisation est "vitale et stratégique pour l'aménagement du territoire des régions Midi-Pyrénées et Aquitaine et des six départements que traverse le fleuve". Les opposants au réservoir de Charlas ont exprimé les raisons pour lesquelles ils refusent un tel projet. Rémy Martin, président du comité antibarrage, s'est inquiété des conséquences pour l'environnement et l'activité rurale de toute une partie du Comminges. Maurice Salles, conseiller régional communiste du Gers, a rappelé la portée de cette initiative, "avancer dans le débat public le plus large" au moment où se discute le contrat de plan Etat-région. Favorable avec les élus PCF de la région au réservoir de Charlas, il a expliqué le sens d'un tel choix : "Elaborer une politique de gestion économe de l'eau pour répondre aux besoins en eau potable de qualité pour la population, pour l'industrie et l'agriculture." Sur ce dernier point, "la question n'est pas de développer les surfaces irrigables, mais de mettre en sécurité ce qui existe déjà".
ALAIN RAYNAL
Les écologistes comme Les verts de Midi-Pyrénées ou les amis de la Terre sont opposés au projet et prônent, dans le cadre d'une politique nouvelle de l'eau : "l'arrêt de la politique du tout-barrage et l'abandon des barrages-réservoirs en chantier ou en projet, tels ceux d'Eslourenties (entre Tarbes et Pau), de Charlas (près de Saint-Gaudens), du Gers, etc. ; ".L'irrigation (source : chambre d'agriculture)
Avec 270 000 hectares irrigués, soit 12 % de sa SAU, Midi-Pyrénées se place au deuxième rang des régions françaises. Le Gers vient en tête des départements suivi par le Tarn-et-Garonne, la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées.
Le maïs est la culture la plus irriguée en Midi-Pyrénées. Il couvre au total une surface de 213 000 ha (1999) , superficie stable depuis 1990 mais comme le taux d'irrigation augmente (80% du maïs grain est irrigué) ce sont 30 000 hectares qui ont été irrigués en plus depuis 1990.
Le développement des superficies en soja,( Midi-Pyrénées la première région française pour cette production) contribue aussi au développement des surfaces irriguées (+25 000 hectares) en raison d 'un taux d 'irrigation élevé (60%) pour cette culture.
14 900 exploitations pratiquent l'irrigation. Ce sont les grandes exploitations orientées vers la filière «céréales, oléagineux et protéagineux » qui avec 150 000 hectares irrigués pratiquent le plus cette technique.En revanche, les exploitations fruitières irriguent sur seulement 15 000 hectares, avec des unités de petite dimension (entre 5 ha et 50 ha).
Source : Agreste Midi-Pyrénées - Etudes n° 1 - décembre 2001
Les réseaux collectifs irriguent 26 % des superficies irriguées par les exploitations ne tirant profit que d 'une seule source d 'eau (2/3 du total) les retenues collinaires suivent avec 21 % suivis par le puisement dans un cours d 'eau (12 %) et les forages (9 %).
Histoire géographie. Académie de Toulouse.