Les génocides et crimes au XXème siècle : comparer pour mieux singulariser
Bilan historiographique général de la Shoah
Etude de cas locale sur l’utilisation des camps français pour la déportation des Juifs
Le régime de Vichy et la question de la déportation : entre histoire et mémoire
Collaborations et résistances en région toulousaine

Les historiens et les témoins : mémoires

Des camps dans Paris

Enseigner Auschwitz et les génocides du XXème siècle
(24 et 25 novembre 2004)

Introduction

Les 24 et 25 novembre dernier se sont tenues dans les locaux de l’IUFM, du musée de la résistance et de la déportation de Toulouse et du lycée des Arènes deux journées de formation réunissant professeurs stagiaires et enseignants en formation continue. Ces journées, organisées par l’IUFM de Toulouse, le Centre de Documentation Juive Contemporaine, et le musée de la résistance et de la déportation, avec le soutien du Rectorat et de l’APHG ont été très appréciées et très enrichissantes, par la qualité des interventions et des échanges qui y ont eu lieu.

Madame la Rectrice a insisté, dans son discours d’ouverture des journées, sur la place que la question des génocides avait à l’école. Si, dans les programmes, on a préféré l’expression « extermination des Juifs et Tsiganes » plutôt que génocide, c’était pour éviter ce mot qui s’applique à des situations diverses et qui soulève des débats. Auschwitz doit tenir une place particulière. Il appartient, en négatif, à la culture européenne, comme paradigme du mal absolu et césure dans l’histoire.

Cette question permet aussi d’évoquer le devoir de mémoire et le devoir d’histoire. Il faut en effet étudier cette mémoire (la mémoire des témoins est une source de l’histoire du temps présent, la mémoire influence les historiens et est un facteur puissant de la culture politique d’une société) et construire une histoire scientifique, prendre de la distance en temps qu’historien. Cette question a aussi un enjeu civique majeur, celui de lutter contre le racisme, l’antisémitisme et le révisonnisme.

Les génocides et crimes au XXème siècle : comparer pour mieux singulariser

Joël KOTEK,
professeur à l’Université libre de Bruxelles et Directeur de la formation au CDJC
(Centre de Documentation Juive
Contemporaine)

Le terme génocide est très utilisé, souvent à tort et à travers, ce qui le dénature. Il y a une banalisation du mot, il faut donc bien le définir. La définition n’est pas la même pour l’historien et pour le juriste, comme le montre l’exemple du Rwanda. En juin 1994, la communauté internationale s’est interdit d’utiliser le mot (et à employé « tuerie tribale », « acte de génocide ») car la reconnaissance d’un génocide impliquait une obligation de réaction.

La définition du juriste :

Depuis le 9 décembre 1948, elle est donnée par les Nations Unies : « Acte commis dans l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique ou religieux en tant que tel ». Cela peut se traduire par le meurtre de membres du groupe, des atteintes graves physiques ou mentales, la soumission à des conditions d’existence devant entraîner la destruction physique, les entraves aux naissances, le transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. Cela inclut des mesures non létales mais ne concerne pas les groupes politiques ou sociaux. La définition date en effet de la guerre froide et l’URSS s’était opposée à son extension à ces groupes.

Le mot a été forgé par un juriste juif polonais réfugié aux Etats-Unis en 1944. Il a été utilisé pour la 1ère fois en 1945 mais le tribunal de Nuremberg retient plutôt la notion de « crime contre l’humanité » que celle de génocide et il faut attendre le 11 décembre 1946 pour que l’Assemblée des Nations Unies en donne une définition. Il faut 3 éléments :

La définition de l’historien :

C’est le pire crime contre l’humanité, qui ne se définit pas par l’ampleur des personnes tuées ni par la cruauté des situations mais par l’intention et donc la décision de tuer. Elle comporte 5 éléments :

Les historiens distinguent seulement 4 génocides au XXème siècle :

Pour d’autres cas dans l’histoire, très meurtriers et qui ont concerné des groupes particuliers, on ne peut pas parler de génocide mais :

Bilan historiographique général de la Shoah

Edouard HUSSON, Maître de conférence à l’Université Paris IV-Sorbonne

Comment est-on passé de l’intention génocidaire à la réalisation du massacre ?

               Un des motifs de la création des centres d’extermination est la nécessité de mettre de la distance entre le tueur et la victime, protéger le psychisme des soldats allemands. L’organisation d’un massacre d’une telle ampleur fait question.

Les historiens se divisent en deux écoles :

Historique :
                  Dès 1933, on a affaire à un régime autoritaire et décentralisé (vieille tradition prussienne). Les supérieurs donnent des ordres-cadres mais laissent beaucoup d’initiatives pour l’application aux subordonnés.
        Dans les années 30, l’objectif est de faire partir les Juifs d’Allemagne, puis des territoires contrôlés. C’est d’abord, à partir de 1935 une incitation à l’émigration (création d’un bureau de l’émigration à Vienne, Berlin, Prague…).
        Le 9 novembre 1938 est une autre étape : durant la nuit de cristal où les SA jouent un rôle majeur, Hitler autorise un pogrom à l’échelle nationale. Il y a peu de réactions d’humanité de la population allemande et un aveuglement (on pense qu’il s’agit d’initiatives locales).
Ensuite, ce sont les SS qui font passer l’antisémitisme d’émotionnel (pogrom) à un antisémitisme d’Etat rationalisé pour accélérer l’émigration des Juifs.
         La guerre permet la radicalisation d’Hitler. La population juive s’est accrue avec les nouveaux territoires annexés et occupés, on veut rationaliser et on élimine tous les indésirables. On a aussi l’idée de regrouper les Juifs dans une « réserve » et de les déporter vers Madagascar mais il y a une incitation tacite à les tuer si l’occasion s’en présente. Ainsi, les massacres de Juifs de l’URSS dès le mois de juin 1941 sont de type génocidaire et les massacres se généralisent avec la visite de Hitler le 15 juillet 1941. La guerre qui dure plus que prévu empêche la « germanisation « des territoires vaincus. Les massacres se multiplient et on expérimente des méthodes d’extermination massive dès l’automne. Dans son discours du 12 décembre 1941, Hitler franchit une nouvelle étape. Il affirme qu’on est en guerre mondiale, que les Juifs d’Europe doivent payer pour que l’Allemagne gagne et que 1914-1918 ne se répète pas (pour Hitler, il y a un lien entre la défaite de 1918 et les Juifs). Cela ouvre la voie à la déportation massive des Juifs d’Europe vers l’Est.
L’année 1942 est une accélération de la déportation et de la mise en place de l’extermination massive prévue par Heydrich. A ses funérailles, Himmler donne un an pour l’élimination de tous les Juifs présents dans les territoires contrôlés par l’Allemagne. C’est un objectif quasiment atteint : en moins de 2 ans, la quasi-totalité des Juifs dans les territoires sous domination directe de l’Allemagne ont été éliminés.

                     C’est donc un processus, qui comporte plusieurs phases et facteurs. Une propagande active auprès des sympathisants visait un antisémitisme actif mais surtout par la violence verbale, on produisait un antisémitisme passif qui faisait que les gens ne réagissaient pas. Dans la population allemande, seule l’élite était au courant du génocide mais il y avait beaucoup de rumeurs qui en faisaent état et l’armée régulière, la Wehrmacht a prêté main forte pour la déportation des Juifs. Cela ne concernait donc pas que les nazis.

L’après-midi du 24 novembre, le stage a été divisé en deux groupes :
            - les professeur stagiaires ont visité le musée de la déportation et de la résistance
            - les professeurs en formation continue ont travaillé sur les camps d’internement français.
Le soir, un échange a pu avoir lieu après la projection du film « Auschwitz et les Alliés » de Martin Gilbert au lycée des Arènes, avec un ancien déporté, Monsieur MARCAUT

Etude de cas locale sur l’utilisation des camps français pour la déportation des Juifs

Eric MALO, formateur à l’IUFM de Toulouse

L’intervention vise à montrer le fonctionnement des camps d’internement du Sud de la France, passant d’une logique d’exclusion à celle « d’antichambres d’Auschwitz » en 1942, à travers l’exemple du Recebedou et de Noé. Elle s’appuie sur un dossier composé de 4 documents :

Ces camps sont articulés, à partir de l’été 1942, à la politique de collaboration de Vichy. Pierre Laval est revenu au pouvoir et une nouvelle équipe administrative se met en place. En 1942, on est dans le contexte qui suit la conférence de Wansee : les nazis sondent les intentions françaises. Ils obtiennent une collaboration policière. C’est aussi Vichy qui insiste pour englober les enfants. Les familles partent en dernier. Le camp du Recebedou est utilisé comme camp de transit et c’est le 8 qu’est organisé le 1er convoi (document 1). Officiellement, il s’agit du départ vers d’autres camps.

Depuis la région toulousaine, il est parti 4 200 Juifs et 2500 internés, dont 750 des camps de Noé et Recebedou. C’est surtout l’été 1942 que les rafles et les départs ont été les plus nombreux (50% de toute la période 42-44).

La lettre pastorale : elle est rédigée le 20 août et reprend des extraits des rapports des délégués d’œuvre, les autorités préfectorales sont au courant tout de suite mais elle est lue quand même. Le délégué de la nonciature rend compte des tractations pour que cette lettre ne soit pas lue. Les livraisons par Vichy de Juifs aux nazis sont donc connues à l’étranger. Cette lettre a fait réagir le préfet, qui demande dans sa lettre à Vichy que ces livraisons soient les dernières, Laval semble suspendre les opérations en septembre 1942 mais c’est difficile de faire un lien de cause à effet vraiment. En octobre 1942, le camp du Recebedou est supprimé car jugé trop proche de Toulouse. Celui de Noé accueille de moins en moins de Juifs et de plus en plus d’Espagnols et de « Droit commun ».

Le régime de Vichy et la question de la déportation : entre histoire et mémoire

Patrick CABANEL,
professeur à l’Université de Toulouse-le-Mirail, membre de l’Institut Universitaire de France

L’intervention se propose d’aborder la construction de la mémoire de la Shoah en Allemagne, aux Etats-Unis et en France .

En Allemagne :

L’Allemagne a assumé, y compris financièrement et diplomatiquement, face aux Juifs et à Israël sa responsabilité/culpabilité. Le discours officiel du « tous coupables » mais aussi du mythe de la Wehrmacht « propre », non responsable de crimes nazis a cependant des limites depuis une dizaine d’années, grâce à des expositions et des ouvrages (« les hommes ordinaires » de C Browning montre que des réservistes ont participé aux Einzatsgruppen). Cependant ce mythe qui distinguait nazis et Allemands était nécessaire après 1945, notamment en direction de la France (pour permettre la réconciliation) et des Etats-Unis (pour pouvoir aider l’Allemagne durant la guerre froide).

Aux Etats-Unis (voir les ouvrages de Jean-Marc Dreyfus)

Jusqu’aux années 60, peu d’intérêt pour l’holocauste et ensuite, il y a une montée en puissance jusqu’à arriver à une sorte de « religion civile de la mémoire de la Shoah » aux Etats-Unis. Dans les années 60, 2 faits expliquent cette montée en puissance :

                          Dans les années 70, il y a une sécularisation de la société américaine, les mariages entre Juifs et non-Juifs se multiplient et se traduisent chez les enfants par une atténuation de l’identité : la cristallisation sur le passé souffrant refonde le judaïsme. C’est souvent à la 3ème génération que survient ce retour au passé : les parents se sont tus, les enfants ont reconstruit, la nouvelle génération pose les questions. C’est exacerbé par le spectre de la disparition d’Israël durant la guerre des Six Jours et celle du Kippour.
                          Dans les années 80, il y a une sorte de « culte mondial » de la victime : les « bourreaux » demandent pardon, on veut garder mémoire des victimes (ex : Spielberg et sa fondation)…

Les ambiguïtés et les risques :
         - la première est celle que l’on donne à voir des Juifs. N’y a-t-il pas un risque à présenter une nouvelle fois les Juifs comme un peuple victime, ce qu’il est déjà dans l’idéologie chrétienne (victime providentielle) alors que ceux qui ont bâti Israël ont cherché à casser cette image et de forger celle d’un peuple pionnier et conquérant ?
         - concurrence ou jalousie des victimes : il y a un risque que l’insistance autour de la Shoah génère des rancœurs (ex : de la communauté noire aux Etats-Unis).

   Pourquoi la Shoah occupe-t-elle une telle place dans la société et la diplomatie américaine (1993 : inauguration du musée mémorial de Washington, qui reçoit 5 millions de visiteurs par an, le site est construit à proximité des lieux de pouvoir et est visité par le président élu, il y a un jour consacré à la Shoah…) ?
                - une interprétation ( Norman Finkelstein) est que les Etats-Unis utilisent cela pour soutenir Israël. Il faut prélever de l’argent et la Shoah permet, par des procès, d’en prélever auprès des banques et entreprises européennes en demandant des réparations.
- pour Finkelkraut et Schapper, l’antisémitisme n’appartient pas qu’aux Juifs, c’est aussi l’affaire de la démocratie, les Etats-Unis s’en sentent les défenseurs et identifient la démocratie à la cause des Juifs.
                - Pour Peter Novick, il y a une identification forte. D’abord les Américains ont une culpabilité refoulée vis-à-vis des Indiens, puis la société américaine est saturée de films catastrophe, les Américains, en majorité protestants, vivent dans la crainte de l’Apocalypse et de la catastrophe. La Shoah leur montre que c’est possible. Enfin, les Américains et les Juifs ont en commun les mêmes références religieuses (Ancien Testament) et les Américains s’identifient à Israël (une minorité persécutée, arrivée en exil, quelque part sur une « terre promise » où elle bâtit une réussite, c’est le mythe du pionnier). Les Américains retrouvent dans l’histoire des Juifs le noyau de leur identité (résilience en psychologie).

En France :
                      La mémoire du génocide est récente. Après la guerre, c’était le mythe du « tous résistants » qui prévalait, puis dans les années 70 il y a une variation et à présent, forte place accordée au génocide pour l’histoire de la période (en particulier au lycée). Pour Henri Rousso, la mémoire n’est pas linéaire, il y a une phase de silence d’abord, puis d’hypermnésie mais en 1945, les victimes ne se sont pas tues (pas de silence), on ne les a pas écoutées. Souvent, ils oublient la spécificité du génocide par souci d’assimilation à la société française. Ils disaient avoir souffert comme Français, non comme Juifs.
Aujourd’hui, il y a eu une évolution.
L’intervention n’a pu être achevée faute de temps.

Collaborations et résistances en région toulousaine

Guillaume AGULHO, conservateur du musée de la résistance et de la déportation

Une intervention qui donne des exemples toulousains des résistances et des collaborations à Toulouse concernant la déportation des Juifs.
             Pour ce qui est des résistances :
cela recouvre des réalités diverses mais avec un point commun : savoir dire non c’est assumer les conséquences de ce refus et faire quelque chose. Le seuil d’acceptation est variable selon les individus mais la résistance est toujours affaire de choix. Quelques exemples :
     - la maison située face au musée de la résistance, avenue des Demoiselles, abritait l’aumônerie générale des camps d’internement mais l’activité principale de l’abbé Lagarde était de sauver des enfants en faisant fabriquer des faux certificats de baptême. A partir du 11 novembre 1942, la production s’intensifie devant l’urgence, avec la complicité de l’imprimerie Lion. Les enfants, une fois sortis, sont pris en charge et cachés dans des villages, on les estime à 1500 pour la région toulousaine
      - il y avait une organisation de la communauté juive à Toulouse pour la résistance, dès 1942 (création d’une armée juive) et auparavant la résistance consistait à apporter secours, soutien spirituel et action de sauvetage.
      - forte présence (1/3) des étrangers dans la résistance toulousaine. La guerre d’Espagne marque (350 000 réfugiés depuis février 39 environ), il y a aussi des anciens des Brigades Internationales, Français, Allemands ou Autrichiens. A Toulouse, grâce à ces réfugiés, on a pris très tôt conscience que tous les Allemands n’étaient pas des nazis et tous les Italiens des fascistes (ex : Silvio Trentin) et il y a eu une collaboration entre résistants de toutes origines (beaucoup de Polonais aussi comme Mendel Länger). Actuellement, il y a un problème de mémoire de la résistance des étrangers à Toulouse qui s’exprime par exemple par le refus longtemps exprimé de voir une station de métro porter un nom (une plaque portant le nom de station de métro Saint-Michel Marcel Langer a été apposée devant la prison fin septembre 2005)

                Pour ce qui est des collaborations :
il y a aussi de nombreux cas mais il faut nuancer les discours que l’on a sur l’unité de la résistance et de la collaboration. Par exemple, le préfet de Haute Garonne, Léopold Cheneau de Leritz, nommé le 25 mai 1940 applique avec zèle les mesures du gouvernement de Vichy, notamment contre les communistes. Mais il est aussi anti-milicien et est limogé lorsqu’il fait arrêter des miliciens qui ont tué Maurice Sarraut. A la libération, il n’est pas inquiété et fait une bonne carrière.
                 Il insiste sur le fait que la déportation des Juifs n’était pas réellement perçue comme importante par la population et même dans une certaine mesure la résistance : il n’y a pas eu de « convois raciaux » freinés, contrairement aux « convois politiques ». Dénoncer des gens qui cachent des Juifs n’est pas perçu comme de la collaboration et comme un acte anti-résistance. 6 à 7 millions de lettres de dénonciation ont été écrites en France, dont 45% sont signées.

 L’après midi ont eu lieu 3 ateliers. Chacun a pu ainsi en choisir deux.

Les historiens et les témoins : mémoires

P. BOUKARA et Anne THOUZET

Compte-rendu d’une enquête publiée par Historiens et Géographes de l’automne 2004 : L’enquête cherchait à savoir « comment concilier et gérer l’émotion suscitée par un génocide avec l’apprentissage de l’histoire et sa démarche » au sujet du génocide juif et de la guerre d’Algérie et a donné lieu à 74 entretiens portant notamment sur la relation professeur/élève, le rapport des professeurs avec ces question, puis le rapport des élèves avec ces questions.

Les constats qui ont été faits sont que :

Pourquoi ces questions de « mémoire » sont-elles à la mode ?

L’expression « lieu de mémoire » est récente et recouvre une notion plus large que des lieux géographiques. Depuis les années 70, il y a un phénomène de pratiques démocratiques de mémoire, auparavant réservées à une élite. La réflexion autour du patrimoine se développe, on multiplie les commémorations.

Il y a différentes acceptions de « mémoire ». Pour ce qui est de la Shoah, dès les années 50 la loi en Israël prévoit un jour pour la commémoration : il y a donc une politique officielle de la mémoire de la Shoah.

En France, c’est surtout le film de Claude Lanzmann qui a popularisé l’expression et a posé la question de la mémoire des Français par rapport à cette période et des relations entre les Français et les Juifs et même des Juifs entre eux (par exemple, ceux d’Afrique du Nord, même s’ils ont été exclus des administrations, écoles… n’ont pas été directement concernés par la Shoah). Il y a un décalage entre la mémoire du peuple français et celle du groupe juif, minoritaire. Avec le temps, le groupe majoritaire a reconnu et intégré la mémoire du groupe minoritaire. Par exemple, à Paris, il y a deux mémoriaux de la déportations :

Aujourd’hui, il reste encore des points à approfondir : à l’intérieur du monde juif, il y a des difficultés à intégrer les victimes autres que celles des chambres à gaz (morts d’épuisement dans les ghettos, assassinats par les Einzatsgruppen…). La scène de la chambre à gaz est devenue la figure sensible et le « mythe » du génocide des Juifs. Il faut aussi travailler la notion de Shoah car l’utilisation de ce mot dans des contextes très différents le banalise et montre une incompréhension de ce qu’a été réellement le génocide. Cela est nécessaire pour combattre le négationnisme (qui accuse en fait les Juifs de complots pour tirer de l’argent à l’Allemagne) et le révisionnisme.

Quels vecteurs pour enseigner cela ?

Des camps dans Paris

Jean-Marc DREYFUS
Intervention qui présente, avec des photographies tirées d’archives l’existence de 3 petits camps, à l’intérieur d’immeubles, dans Paris pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Le camp du magasin Lévitan :
                        C’est un bâtiment en structure métallique qui expose des meubles, appartenant à un fabricant de meuble juif, Lévitan. Il a été transformé en camp d’internement pour les Juifs français, mais c’était secret et les apparences étaient conservées (en passant de l’extérieur on voyait quelques meubles, donnant l’illusion que le magasin venait d’être fermé). Les détenus travaillaient dans les étages et étaient logés en haut, ils n’avaient pas le droit de s’approcher des fenêtres sous peine d’être envoyés à Drancy. Il y a avait beaucoup de visiteurs allemands et les détenus avaient ordre de se mettre en scène et de travailler, mais en fait les couturières travaillaient pour les femmes des Allemands basés à Paris. Les détenus étaient choisis à Drancy pour aller travailler dans ce camp, c’étaient des artisans très qualifiés ou des détenus de statuts particuliers (conjoints d’aryens par exemple).
Ces bâtiments étaient choisis d’abord dans le cadre de l’aryanisation des bâtiments (confisqués aux Juifs) et puis pour leur fonction antérieure : l’immeuble Lévitan a été transformé en dépôt de meubles et de biens pillés dans les appartements des Juifs arrêtés depuis novembre 1941. cette opération de pillage, menée à Paris par Von Behr nécessite la réquisition de camions de déménagement et de la place pour stocker. Les détenus réceptionnent les caisses, classent les objets, anonyment ceux qui ont un nom, brûlent les photos et papiers personnels : il y a bien une volonté de faire disparaître toute trace des déportés.

Camp d’Austerlitz (43 quai de la gare , quais Levasseur et Panhard) :
le 31 octobre 1943, les 1ers détenus depuis Drancy arrivent. Il y a un droit de visite pour les familles. La plupart des détenus ne sont pas déportables car conjoints d’aryens.

Camp de Bassano dans le XVIème arrondissement :
tout petit camp ouvert en mars 1944 et dont les détenus venaient de Lévitan ou Austerlitz. C’est un immeuble avec des combles sans fenêtres éclairés par des verrières. Les salons servaient de lieux d’exposition pour les beaux objets pillés et étaient visités par les dignitaires nazis qui se servaient.
En août 1944, ces trois camps ont été évacués vers Drancy. Au total, 800 trains de meubles ont quitté la France, la Belgique et les Pays-Bas pour l’Allemagne où les objets ont été distribués aux victimes alliés des bombardements (chaque victime allemande est ainsi bénéficiaire de la Shoah). Au moins 795 détenus sont passés par les camps d’internement à Paris et 21% ont été déportés à Auschwitz ou Bergen-Belsen (pour les femmes des prisonniers de guerre).

Pourquoi a-t-on si peur parlé de ces camps ?
Dès leur libération, ces détenus ont cherché à parler mais en avril 45, on apprend la réalité des camps de concentration et d’extermination. Leurs témoignages ont donc été relativisés et se sont arrêtés. Ce n’est qu’en 1995 aux Etats-Unis que se crée une Amicale des détenus d’Austerlitz et qu’on voit apparaître la revendication d’une mémoire écrite collective et plus seulement familiale. Il y a eu auparavant comme « un trou de mémoire », dans le quartier, on savait qu’il y avait eu quelque chose à ces endroits mais on ne savait pas quoi. Cela change car maintenant cette mémoire est mise en valeur par les recherches sur les spoliations, il y a aussi une reconnaissance officielle par la mairie de Paris (pose de plaques) et les survivants parlent.

Ressources Internet pour enseigner les crimes et génocides du XXème siècle

Gérard FABRE et Hubert STROUK,
formateurs associés à l’IUFM de Toulouse

Atelier de mise en pratique avec les professeurs stagiaires (voir sur le site académique le travail et les liens )

Conclusion

Conclusion générale par Olivier LALIEU, responsable de l’aménagement des lieux de mémoire et des projets externes au CDJC

Il insiste sur l’enjeu pour le CDJC de toucher une population plus large dans une période où les témoins disparaissent et présente les disponibilités du CDJC pour l’enseignement de la Shoah : bibliothèque, prêts d’ouvrages et d’exposition, visite du lieu et des expositions, aide à l’organisation de voyages éducatifs, en particulier vers Auschwitz.

La mémoire est variable selon les périodes. Celle des camps d’internement est beaucoup plus tardive et lus discrète que la mémoire de la déportation et de la Shoah (elle est absente de l’enseignement jusqu’en 1970). Dans les années 50 et 60, on ne parle pas de « mémoire » mais de « souvenir » et cela débouche sur la création du mémorial du l’île de la cité et sur la journée du souvenir de la déportation (le film « Nuit et brouillard est une commande du réseau du souvenir )

La mémoire de la Shoah est plus tardive en France, elle s’internationalise dans les années 70 et s’inscrit dans un débats plus général ouvert par le procès Eichmann (cf ouvrage d’Annette Wiervorka: « l’ère du témoin »). Cette mémoire, qui s’éteint et est enregistrée à présent doit être transmise par l’école et donc la société (cela explique les nouveaux intitulés du programme de terminale L et ES)

 

 


Histoire géographie. Académie de Toulouse.