![]() |
Nouveaux programmes de Première. |
|||||||||||
|
||||||||||||
Sandrine Linger
Jean Pierre Debanc
| II : La France du milieu du XIXème siècle
à 1914 (10 heures) 1) Le cadre territorial et démographique On présente l’évolution du territoire national et sa maîtrise progressive – notamment grâce à l’achèvement du réseau routier et ferroviaire -, puis la spécificité de la transition démographique française 2) De la deuxième République à 1879 la recherche d’un régime stable On examine comment la France est à la recherche d’institutions capables d’inscrire l’héritage de la Révolution dans la société nouvelle. La présentation des années 1870-1871 –de la défaite et de la Commune- permet de souligner cet enjeu. 3) La République : l’enracinement d’une nouvelle culture politique (1879-1914) La culture républicaine qui s’impose progressivement à partir des années 1880 associe respect de l’individu, prépondérance de la Chambre des députés désignée par la nation souveraine, rôle décisif de l’instruction publique pour la formation du citoyen et le dégagement d’une élite, réponse aux attentes de la classe moyenne indépendante, adhésion à un ensemble de symboles et de rites : cette culture est dominante au tournant des XIXème-XXème siècles, ce qui ne signifie pas qu’elle n’a pas des adversaires |
II La France de 1900 à 1939 (12 heures) Tableau de la France à la « Belle Epoque » (4-5 heures) On présente des traits majeurs de la France durant la quinzaine d’années qui précèdent la guerre : poids et contrastes du monde rural, croissance économique , vie politique marquée par la constitution de partis et la domination des radicaux, large consensus républicain et patriotique et rayonnement culturel de Paris |
AGULHON M., Marianne : les visages de la République,
Gallimard, « Découvertes », 1992, 128 p.
AMALVI C., « Le 14 juillet, Du Dies irae à Jour
de fête » et VOVELLE M., « La Marseillaise,
la guerre ou la paix », in P. NORA (s.d. de), Les lieux
de mémoire 1, La République, Gallimard, « Quarto »,
1997
BERNSTEIN, S. : Les cultures politiques en France, Point seuil
H 317, janvier 2003
BERSTEIN S. et WINOCK M. (s.d. de), L’invention de la
Démocratie. 1789-1914, Histoire de la France politique, Seuil, «
L’univers historique », 2002
CHARLES C., Paris fin de siècle. Culture et politique,
Seuil, « L’Univers historique », 1998, p. 7-48.
DEMIER F., La France du XIXe siècle, 1814-1914, Seuil,
« Points », 2000
LEJEUNE, D : La France de la Belle Epoque, 1896-1914, Colin,
Collection Cursus, novembre 2002
REBERIOUX, M. : Jaurès, la parole et l’acte,
Gallimard, « Découvertes », 1994, 160 p.
REMOND René, La vie politique en France, 1848-1879,
Armand Colin, 378 p.
REMOND René, La République souveraine. La vie
politique en France, 1879-1939, Fayard, 2002, 435 p.
RIOUX J-P. et SIRINELLI J-F., Histoire culturelle de la France
4. Le temps des masses, Seuil, 1998.
ROUGERIE J., La Commune de 1871, PUF, « Que sais-je ?
», 1991, et Paris insurgé. La Commune de 1871, Gallimard, «
Découvertes », 1995, 160 p.
ROUSSELIER, N. La république sous la IIIème,
Documentation photographique n°7003 (février 1991)
WINOCK, M ; La France politique, Point Seuil H 256, 1999
WINOCK M., La Belle époque. La France de 1900 à
1914, Perrin, 2002, 432 p.
Les Instructions Officielles présentent des nouveautés
sur l'étude de la France dans cette période.
Le programme est différent en fonction des séries :
- Une étude dans la durée (1848 à 1914) pour les séries
L et ES,
centrée sur les aspects politiques : la construction du régime
républicain puis sur la culture politique de cette forme française
de la démocratie libérale. Une dizaine d'heures
est consacrée à cette partie du programme.
- Un tableau de la France à la Belle Epoque en série S.
Seulement 4 heures sont consacrées à cette étude (qui se
situe dans un ensemble du programme qui comprend aussi "Les Français
dans la première guerre mondiale" et "Les années 1930").
Il s'agit ici d'une approche synchronique qui n'a pas à rechercher les
origines ni la construction ou l'évolution du régime mais à
présenter les caractéristiques majeures de la France à
une période qui laisse une image positive dans la mémoire
collective.
Pour les L et ES :
- Une présentation du cadre territorial et démographique
est demandée en début de leçon.
Quatre liens majeurs avec la partie politique de la leçon permettent
d'intégrer cette présentation :
. L'unification de l'espace national et l'intégration des provinces et
des campagnes : conditions de la vie politique nationale
. L'importance des classes moyennes indépendantes (40% de la population
active), classes au cœur de la politique républicaine et notamment
radicale.
. L'amputation du territoire à laquelle est lié le patriotisme
. Le problème démographique par rapport à l'approche de
la guerre
- La rupture de 1879 est soulignée
C'est celle d'une victoire complète de la République. C'est l'année
où après la crise du 16 mai 1877, Mac Mahon démissionne,
remplacé par Jules Grévy et où une majorité républicaine
s'impose au Sénat.
Ainsi, la première partie de l'étude politique est centrée
sur la mise en place de la République. Il ne s'agit donc pas d'une étude
factuelle de la Seconde République puis du Second Empire et de la Troisième
République. Il s'agit plutôt de voir comment la France inscrit
l'héritage de la Révolution dans la durée. A ce titre,
les circonstances, le poids électoral des campagnes, le rôle décisif
des acteurs comme Gambetta ou Thiers, les compromis, les années 1870,
1871 et 1875 … sont des éléments importants. La seconde
partie de l'étude, par sa formulation : "l'enracinement d'une nouvelle
culture politique", invite à privilégier une approche thématique
des caractéristiques du modèle français de la démocratie
libérale.
- L'enracinement d'une nouvelle culture politique (ceci doit aussi
être dégagé chez les S)
Cette culture politique s'appuie notamment sur :
- La place centrale de l'individu
Inscription dans l’héritage du mouvement des Lumières, de
la Révolution puis du positivisme. L'individu jouit des libertés
de base et une place importance est accordée à son éducation.
La méfiance prévaut envers un pouvoir trop fort notamment envers
l'exécutif. Le système parlementaire, rejette le césarisme.
Il favorise la pluralité et le débat et valide le représentant
ancré dans les départements : le député. La laïcité
est un élément de cette liberté de l'individu et la religion
passe dans la sphère privée. L'affaire Dreyfus joue un rôle
véritablement fondateur avec les valeurs qu'elle met en avant : droits
de l'homme, laïcité de l'Etat, parlementarisme…
- Une avancée démocratique
Après l'ancrage du suffrage universel, le rôle de l’école,
des lois sociales, l'impôt sur le revenu … renforcent cet aspect
de la culture républicaine qui vise à la fois la solidarité
(théorie de Léon Bourgeois) par une intervention correctrice de
l’Etat et la promotion des classes moyennes.
Au bilan, dit Bernstein, c'est le résultat d'une synthèse entre
opportunistes et radicaux entre libéralisme et démocratie qui
vise la défense des petits indépendants et de l’individu.
- Un patriotisme sans nationalisme :
Volonté d’affirmer la grandeur de la France (colonisation, reprendre
l’Alsace et la Lorraine) mais, chez les républicains, pas de volonté
de domination agressive à l’égard de l’étranger.
Affirmation de la volonté de défense nationale et rejet du nationalisme
cocardier de l’armée ou de la Ligue des Patriotes par exemple.
L'affaire Dreyfus marque une étape.
- Des ralliements mais des limites au consensus.
La culture républicaine parvient à rallier des socialistes et
des catholiques, pourtant très éloignés d’elle à
l’origine Toutefois ce consensus trouve des limites et la question sociale
renforce une opposition à gauche et laisse une large place au syndicalisme
et au socialisme tandis qu'à droite, bonapartistes, monarchistes et nationalistes
continuent à s'exprimer.
Une série de notions peuvent ainsi être dégagées pour étudier ces points du programme (voir ci-dessous)
|
Le cadre territorial et démographique |
||||
| Seconde République | Second Empire | 1870 à 1879 | 1880 à 1914 | |
| Territoire Cartes | Acquisition Savoie et Comté de Nice | Perte Alsace et partie Lorraine | ||
| Population | Population, en1851, dans les frontières actuelles : 36.5 millions
dont 25,5% de citadins Taux net de reproduction 1841-1850 : 1,01 Angleterre 1,28 Allemagne 1,30 |
Population en 1866 :38.1 millions dont 30.5% de citadins Taux net de reproduction 1861-1870 : 1,01 Angleterre 1,42 Allemagne1,37 |
Population en 1911 : 41.4millions 39,6 dans le territoire de l'époque dont 44.2% de citadins Taux net de reproduction 1901-1910 : 0,96 Angleterre 1,23 Allemagne 1,48 1 160 000 étrangers en 1911 |
|
| Transports Cartes |
Fort développement des chemins de fer : le réseau passe de 3248 km à 16 465 km | Lancement du plan Freycinet : 30 000 km de voies dont 20 000 d'intérêt local + routes | ||
| Rappel du cours sur l'industrialisation : les classes sociales | Population active en 1866 : 49,8 % d'agriculteurs 29 % d'ouvriers |
Population active en 1906 42,7 % d'agriculteurs 30,6 % d'ouvriers |
||
|
Les évolutions politiques : la recherche
d'un régime politique de 1848 à 1879 et l'enracinement d'une nouvelle culture politique de 1880 à 1914 |
||||
| Seconde République | Second Empire | 1870 à 1879 | 1880 à 1914 | |
| Construction de la République et légitimité du pouvoir | L'insurrection populaire de février puis le suffrage universel
en mai 1848 Une République sociale puis conservatrice (répression des journées de juin, cléricalisme des lois Falloux et restriction du suffrage) |
Le coup d'Etat et les urnes (plébiscite) République confisquée au profit du césarisme |
La proclamation de septembre 1870, les décisions de la constituante notamment en 1875 puis les urnes. | Renforcement de la République par l'école,
par le dépassement des crises dont l'affaire Dreyfus et par les divers
ralliements République confortée sans cesse par le suffrage universel et notamment le soutien des paysans |
| Rôle des acteurs et part de l'aléatoire | Occasion de la crise de 1848 Rôle de Ledru-Rollin, Lamartine, Louis Blanc…Thiers, Cavaignac |
Rôle de Louis Napoléon | Occasion de Sedan, République validée par le travail de Thiers (paix avec l'Allemagne, répression de la commune) Compromis avec les monarchistes modérés et lois constitutionnelles de 75 et amendement Wallon et rôle de Gambetta Renforcement par les urnes lors de la crise de 77 et par la démission de Mac Mahon en 1879 et le passage à un Sénat républicain |
Travail des républicains opportunistes pour consolider le régime |
| Paris / Province | Paris fait et défait les
régimes. |
Une pratique électorale qui unifie la nation | ||
| Refus important par les élections du modèle démocratique et social parisien mais des campagnes commencent à voter démo-soc (ex Limousin) | Les provinces approuvent par le suffrage lors su plébiscite |
Refus du modèle communard et ancrage de la République dans
les campagnes Reprise du modèle centralisateur par la République |
||
| Exécutif / Législatif | Une constitution qui sépare nettement les pouvoirs. Force du Président toutefois limité à un mandat et qui ne peut dissoudre |
Césarisme puis évolution vers rôle du parlement en 1867 et 1869 | Lois constitutionnelles nuancées laissent une grande place au Président de la République mais la crise du 16 mai 77 et sa résolution désignent une pratique parlementariste | Pratique parlementaire |
| Avancées libérales et démocratiques Organisation vie politique |
Fort élan libéral et démocratique et mise en place quasi définitive du suffrage universel. Libertés de base | Maintien du suffrage universel mais libertés réduites
(presse, campagnes électorales…) Loi sur les coalitions |
Les lois constitutionnelles établissent progressivement un régime libéral et démocratique | Lois républicaines libérales (presse, réunion, maires
élus, syndicats, divorce, révision constitution…) Loi de 1901 sur les associations Démocratisation et centralisation de l'école Impôt sur le revenu et solidarisme Création des partis politiques avec loi 1901 Parti radical en 1902 puis SFIO en 1905 |
| Quelques antagonismes | République sociale / parti de l'ordre | Césarisme / République | Monarchie / République Républicains modérés / radicaux Catholiques / République |
Anarchistes / république Nationalistes / république mais
l'affaire Dreyfus permet de dépasser ce clivage. République / Socialisme puis synthèse de Jaurès… |
| Eglise/Etat | Entente de "l'illusion lyrique" puis opposition républicains / cléricalisme | Accord jusqu'à la crise romaine | Religion un des éléments et des enjeux de l'opposition entre monarchistes et républicains | Poursuite de la sécularisation (transfert d'activité de
l'église à l'Etat) et fort mouvement de laïcisation
(séparation entre les croyances et la vie publique notamment avec
les lois sur l'école) Ralliement de 1892.1905, séparation de l'église et de l'Etat, la religion passe dans la sphère du privé |
| Culture républicaine | Culture libérale inspirée des Lumières et de la Révolution
avec la primauté absolue de l'individu L'organisation sociale n'est que seconde et relève d'un "contrat social" idée d'un progrès graduel de l'histoire et confiance dans la science (positivisme) |
Mise en place des symboles et rites républicains Renforcement droit de l'individu lors de l'affaire Dreyfus. Culture radicale du modèle du petit propriétaire travailleur et de la solidarité (en accord avec classes moyennes indépendantes). Possibilité de promotion individuelleDébut de la culture socialiste | ||
La période des soixante-six ans proposée par
le programme est, pour la France, celle de la mise en place d'un régime
républicain durable qui intègre les acquis de la Révolution
et devient le modèle français de la démocratie libérale.
Le fait que trois régimes différents (Seconde République,
Second Empire puis Troisième République) se succèdent sur
cette période ou le fait que la Troisième République nécessite
une dizaine d'années (1870 à 1879) pour se mettre en place montre
que la construction de ce modèle républicain ne se fait pas sans
difficulté.
"L’histoire du XIX° siècle français peut être
considérée comme l’histoire d’une lutte entre Révolution
et Restauration, à travers les épisodes qui seraient 1830, 1848,
1851, 1870, la Commune, le 16 mai 1877. Seule la victoire des Républicains
sur les monarchistes, dans les débuts de la Troisième République
signe définitivement, la victoire de la Révolution dans les profondeurs
du pays » (François Furet).
Issu de la période révolutionnaire marquée par la guerre
et la Terreur, la République est un régime qui divise les Français.
Aussi, pour que la République puisse l'emporter par le suffrage universel
et non plus seulement par la volonté de Paris, quelques conditions favorables
doivent être réunies parmi lesquelles une évolution sociale
liée à l'industrialisation et aux nouveaux groupes sociaux qu'elle
génère mais surtout le ralliement des paysans encore dominants
en nombre, sans négliger le rôle des acteurs politiques de la période.
Comment la France a-t-elle pu mettre en place, de façon quasi
définitive, une République et l'enraciner au point qu'elle devienne
un régime durable ?
Le cours présente d'abord la France des années étudiées,
dans sa dimension territoriale et démographique puis il tente de répondre
à cette question, en traitant d'abord la mise en place de la République,
de 1848 à 1879, puis son enracinement, de 1879 à 1914.
I. Le cadre territorial et démographique. (1 heure à
1 heure 30)
Un territoire de plus en plus unifié
- Quelques modifications des frontières
- Des réseaux de transports qui rapprochent les Français
Une démographie peu dynamique
- Une transition démographique originale en Europe
Une société en transformation (Rapide rappel de la première
partie du programme)
- La montée des classes urbaines
- L'importance des paysans
I. Entrée par "une étude de cas" : Les
paysans et la République de 1848 à 1914 (1 à 2 heures)
II. La France à la recherche d'un régime
politique : 1848 à 1879. (3 à 4 heures)
La fin de la monarchie et l'instauration du suffrage universel
- Des bases démocratiques
- Le refus d'une république démocratique et sociale
La république confisquée
- Le césarisme démocratique ou la "démocratie illibérale"
- La poussée des forces libérales
La République s'installe (Possibilité d'études de
cas)
- Sedan et la Commune, deux opportunités pour la République
- Un régime parlementaire.
III. La république : l'enracinement d'une nouvelle culture politique
(1879 à 1914) (2 à 3 heures)
La mise en place des symboles républicains
Les droits de l'individu renforcés
- Les libertés fondamentales
- L'éducation
Le renforcement dans les crises
- Les premières difficultés
- Le mythe fondateur : l'affaire Dreyfus
La laïcité
- L'avancée de la laïcité
- La séparation de l'Eglise et de l'Etat
La synthèse démocratique et libérale et ses limites
- La synthèse
- Les limites
- Le patriotisme défensif
On peut dans cette partie proposer un travail autour de Jean Jaurès
La Troisième République dote la France, dans les années 1870 et 80, d'un régime libéral, démocratique de type parlementaire et bientôt laïque. La mise en place de ce régime a été longue et les hésitations entre République Empire et Restauration marquent une grande partie du XIX siècle. Les événements de 1848, 1870 et 1871, le vote des lois constitutionnelles de 1875 sont des temps forts de l'avancée vers la République qui ne s'inscrit dans les profondeurs du pays, au moyen du suffrage universel, qu'après avoir prouvé sa capacité à apporter la paix et l'ordre social. Par sa capacité à résoudre les crises, et à répondre aux aspirations des Français, notamment à celles de la classe moyenne indépendantes encore très nombreuses, par sa capacité à les rassembler notamment au moyen des lois scolaires, du service militaire et d'un patriotisme défensif, la République s'inscrit dans la durée en ralliant progressivement ceux qui la critiquaient. En 1914, la République semble forte mais elle va devoir prouver sa capacité à gérer la dure épreuve de la Première Guerre mondiale.
Proposition d'activités pour une durée d'environ 4 heures
La "Belle Epoque" est entrée dans notre mémoire collective au même titre que le siècle des Lumières ou que la France du Front populaire…L'expression date du début des années vingt. Elle relève donc du mythe de l'âge d'or en disant les représentations des Français de l'immédiat après guerre. Reflète-t-elle aussi la société de 1896 (ou 1900) à 1914 ? Après la grande dépression, la France connaît une période de prospérité, de modernisation et de prestige, avant le carnage de la Grande Guerre. La Dion Bouton, la "fée électricité", le premier tour de France, le film Fantomas, les succès de la foire exposition de 1900, en constituent quelques images. Toutefois, la réalité est plus complexe et derrière ces images de société urbaine, de progrès techniques et d'avancées culturelles, se cache un pays encore à dominante rurale. Derrière un consensus républicain et l'unification à laquelle travaillent l'école ou la politique radicale, se cachent des contrastes forts et des oppositions, notamment sur le désir d'une république sociale. Quelle est, au fond, la réalité de la société de la Belle Epoque ?
I. Les images fortes de la Belle Epoque
Entrée possible par une étude sur
PARIS
Une étude de cas sur l'urbanisation et la modernisation de Paris, sur
son rayonnement culturel et son attraction peut constituer une entrée
dans le sujet.
Le retour de la croissance et la poursuite de l'industrialisation et de l'urbanisation
font entrer la France dans la modernité.
La France connaît une riche période culturelle (mouvements d'avant-garde
et culture de masse) et une image attractive dans le monde
II. Un consensus républicain et patriotique
Travail possible sur l'école ou sur le radicalisme
Une république parlementaire acceptée et unificatrice
La politique radicale comme synthèse entre libéralisme et démocratie
Le consensus patriotique
III. Une réalité plus complexe
Travail possible sur Jaurès (L'homme, la synthèse
entre république et socialisme, le rôle dans l'affaire Dreyfus
et son combat pour la paix)
Un monde rural divers et encore dominant dans une société où
la démographie stagne
Des clivages politiques et des conflits sociaux
Au bilan, la Belle Epoque mérite un traitement très nuancé.
Tableau de la France avant la guerre, elle dit un pays qui avance vers la modernité
avec un dynamisme, des lourdeurs et des contradictions. La richesse et le rayonnement
culturels de la France expriment une réelle vitalité intellectuelle
et artistique qui contribuent à la rupture de l'isolement diplomatique.
Son entrée dans la seconde révolution industrielle lui donne une
meilleure place en Europe, notamment par rapport au Royaume Uni. Le dynamisme
de son industrie automobile la place, dans ce secteur, au second rang derrière
les Etats-Unis.
L'originalité de la structure sociale correspond bien à l'idéologie
politique des radicaux et de leur république de citoyens propriétaires.
Mais la montée de la classe ouvrière, certes plus lente et différente
par rapport au RU ou l'Allemagne renforce la question sociale. Quant à
la faiblesse démographique, elle pose de façon encore plus aiguë,
la question du service militaire de trois ans à la veille de la Grande
Guerre.
Objectif :
E tudier la « Belle Epoque » en terme d’image, de représentation
à travers une ville phare de la période, la capitale française,
Paris. La problématique de cette étude de cas serait : en
quoi l’image que Paris donne au début du XXème siècle
est-elle celle d’une « Belle Epoque » ?
L’étude de cas est menée selon 3 axes :
- la modernité liée à l’urbanisation
( permet de revenir sur la Partie 1 et d’évoquer la révolution
industrielle) : Paris est une grosse ville, qui s’adapte à sa forte
croissance et se transforme au fur et à mesure des innovations techniques.
- le foisonnement culturel, la création artistique (
permet d’évoquer l’art et la pensée, comme révélateur
de mutations sociales)
- l’attractivité de Paris et son rayonnement mondial,
reflet d’un « âge d’or », de la prospérité
de la France et de son influence dans le monde
Les documents utilisés ( liste non exclusive, d’autres documents pourraient convenir ) :
1) Des documents évoquant l’Exposition Universelle de Paris en 1900 (image de la modernité, de l’attractivité de Paris et d’une culture technicienne). Parmi eux citons l’affiche de l’Exposition (Manuel Magnard 1ère p. 166), un témoignage montrant la fascination des contemporains et l’attractivité (Manuel Magnard 1ère p. 166) et les chiffres des entrées :

Ce graphique a été obtenu à partir des chiffres des entrées à l’Exposition Universelle, donnés par le journal « Le Figaro » du 10 décembre 1900 et reproduits dans l’ouvrage d’André ROSSEL, « L’histoire de France à travers les journaux du temps passé. La Belle Epoque (1898-1914) », éditions « à l’enseigne de l’arbre verdoyant », 1984
2) Des documents évoquant Paris comme un foyer culturel majeur, attirant des artistes étrangers. On peut le témoignage de Marc Chagall, peintre russe attiré par la dynamique de Paris (Manuel Hachette 1ère série S p. 66) et un tableau (la plupart des manuels reproduisent « Les demoiselles d’Avignon » de Picasso mais d’autres œuvres peuvent être préférées)
3) Des « Images » de Paris à la Belle Epoque : un station de métro dessinée par Guimard, l’illustration d’un autobus (photos dans Michel Winock, « La Belle Epoque », 2002) et une publicité d’un grand magasin montrant l’élégance féminine et la vie mondaine (Manuel Bréal 1ère série S p. 104)
D’autres documents pourraient compléter ce corpus, des descriptions littéraires de Paris par exemple et il faudrait également que les élèves aient en tête l’évolution de la population parisienne (chiffres dans M. Winock, « La Belle Epoque », 2002 p. 365-366)
Objectif :
Comprendre, à travers un homme à la fois figure politique nationale
et appartenant à l’histoire locale de notre académie, ce
qu’est la culture républicaine qui domine fin XIXème siècle-début
XXème siècle et en quoi le socialisme incarné par Jean
Jaurès s’inscrit-il en rupture ?
La réflexion proposée ici est centrée sur de nombreux documents écrits, longs et d’un abord assez difficile pour des élèves de Première. Elle est donc destinée prioritairement à alimenter la réflexion de nos collègues enseignants qui sauront adapter ou trouver des documents plus aisés à utiliser
On peut retenir 3 axes d’étude:
- L’intellectuel républicain, produit de l’école,
utilisant la presse pour diffuser ses valeurs, député républicain
- La rencontre avec le monde ouvrier et le socialiste, l’élu de
Carmaux, le soutien à la grève
- Un socialisme de synthèse et l’intégration du courant
socialiste dans la république
Un document permet de bien cibler le personnage et le parcours politique de Jean Jaurès. Il résume ses combats et ses valeurs mais on ne peut en retenir que des extraits car il est très long. C’est le discours à la jeunesse d’Albi, prononcé en 1903, publié par « La recherche socialiste » n°6 de mars 1999 et disponible sur le site de l’office universitaire socialiste (http://www.lours.org/default.asp ?pid=100).
Autres documents utiles :
- le discours de J. Jaurès à la chambre des députés
en 1893 qui présente une partie des valeurs républicaines (suffrage
universel, école…) mais qui montre en quoi le socialisme présente
une rupture en prônant la république sociale ( deux extraits différents
et complémentaires dans le Manuel Magnard 1ère p. 148 et p.
180)
- le discours de J. Jaurès au banquet socialiste de Paris de 1902 (Documentation
Photographique n° 6079 d’octobre 1985, «Les ouvriers au
XIXème siècle ») : défense du système parlementaire
et critique du socialisme révolutionnaire
- un extrait de l’éditorial de J. Jaurès dans le 1er numéro
de l’Humanité du 18 avril 1904 (Magnard 1ère p.48)
: intégration du socialisme dans la culture républicaine
- Un extrait de l’ouvrage de J. Jaurès « les Preuves »
écrit en 1898, concernant la défense de Dreyfus (extrait de M.
Reberioux, « Jaurès, la parole et l’acte », Gallimard,
« Découvertes », 1994) : journaliste, défenseur
des droits de l’homme et intellectuel républicain. Du même
ouvrage on peut tirer plusieurs illustrations de Jaurès orateur
- Un résumé de la carrière de député de Jean
Jaurès d’après des documents d’archives (Christian
Capdevielle, « Les élections législatives dans le Tarn,
1870-1914 », Service éducatif des archives départementales
du Tarn, 1993
| Les élections législatives
dans le Tarn Les élections du 4 octobre 1885 voient la victoire de la liste républicaine conduite par Angely Cavalié. Elle obtient en moyenne 47.594 voix et a 5 élus : Angely Cavalié : 47.639 Gabriel Compayré : 47.630 Jean-Baptiste Héral : 47.226 Jean Jaurès : 48.067 Bernard Lavergne : 47999 Deux sont élus pour la première fois, Jean-Baptiste Héral et J. Jaurès, dont la candidature a été appuyée par son oncle, l’amiral Benjamin Jaurès, notable républician du département et sénateur inamovible depuis 1875. La liste conservatrice avec une moyenne de 46.001 voix, n’a qu’un seul élu : le baron René Reille, député sortant (47.976 voix). |
| Les élections de 1893 se produisent dans
un contexte particulier. Le 15 août 1892, éclate une grève
des mineurs de Carmaux pour soutenir un ouvrier, renvoyé parce que
trop souvent absent (il s’absentait pour remplir son mandat de maire
socialiste de Carmaux). Le député, le marquis de Solages renonce
à son mandat de député. Les mineurs reprennent le travail
le 3 novembre. Après avoir hésité entre plusieurs candidats, c’est à Jean Jaurès, qui a soutenu activement leur grève (par des articles dans « la Dépêche » et un déplacement à Carmaux le 20 octobre) et accepté le programme du Parti Ouvrier Français que les mineurs font appel comme député. Il est opposé à un ancien député, Jean Héral, républicain opportuniste et favorable au gouvernement en place et à un autre candidat socialiste, Augustin Soulié, banquiste. Les ;conservateurs n’ont pas de candidat. Jaurès l’emporte au second tour par 5.180 voix contre 4.701 à Héral. C’est la première fois qu’un socialiste est élu dans le Tarn. A l’exception de la période 1898-1902, Jean Jaurès représente cette circonscription jusqu’à sa mort en 1914. J. Capdevielle, Les élections législatives dans le Tarn (1870-1914), Archives départementales du Tarn |
D’autres documents pourraient compléter ce corpus, une biographie
de Jaurès et une présentation du socialisme : les différents
courants et partis par exemple.
![]()
Etude de cas pour entrer dans le cours, en classe de L ou ES.
|
Documents possibles |
Incompréhension et refus |
Accord |
Intégration |
| D1 Extrait des Souvenirs d'Alexis de Tocqueville en 1850-51. |
Tocqueville raconte la réaction des campagnes en 1848. Des paysans critiquent la république sociale et craignent pour leur propriété. | Les paysans ont approuvé la fin de la monarchie et la mise en place de la république. | |
| D2 a Rapport du sous-préfet d'Orange en juillet 1857 Cité dans Lagoueyette P. « La vie politique en France au XIXème siècle », Orphys, Synthèse Histoire, 1989 p. 109 |
Les paysans soutiennent l'Empire. Ou par incompréhension de l'acte électoral votent moins pour un candidat en particulier que pour l'Empereur. Ils ne donnent pas tout le sens possible au suffrage universel. | ||
| D2b Quelques vers rédigés par un ancien communard Michel Winock, La Belle Epoque, Paris, 2002, p. 100 |
Incompréhension communard / paysan. Le communard prend le paysan pour faible et inculte. Le document exprime une opposition ville/ campagne. | ||
| D3 Texte de Gambetta en 1877 (Manuel Première L/ES, Hachette p. 134 |
Gambetta dit aux paysans l'importance de leur vote. Ce sont eux qui, par leur nombre, détiennent l'avenir de la France. Il défend la république conservatrice de l'ordre, contre le pouvoir d'un seul. | ||
| D4 Résultats électoraux dans le Tarn, lors de quatre d'élections législatives entre 1871 et 1914(1871, 76, 93 et 1914) |
Les résultats confirment un refus de la République en 1871 dans le contexte de guerre. | Ensuite, les résultats sont favorables aux républicains dès 1876 et ils évoluent même vers la gauche, pour devenir radicaux en 1893 et 1914. Les cantons industrialisés votent socialistes. | |
| D5 Biographie de MélineOn a retenu ici ce qu'en dit Michel Winok, dans l'ouvrage déjà cité, page 105 |
La république s'occupe des paysans … | La république favorise l'intégration des paysans en créant un ministère de l'Agriculture, en défendant la vie rurale, en créant le Crédit agricole et en protégeant les prix des produits par rapport à la concurrence | |
| D6 Extrait d'un discours de Jules Ferry, en 1885 |
L'intégration semble réalisée. L'électorat paysan est devenu "une assise de granit" pour la république. Les paysans votent républicain. Mais la paysannerie est plus que cela. Elle est un réservoir d'hommes… | ||
| D7 Témoignage sur les progrès de la scolarisation de R. Thabault. Manuel Magnard 1° p. 174 |
Le document exprime une confiance à l'égard de l'école républicaine. | Intégration des paysans par l'école de plus en plus fréquentée par les enfants d'agriculteurs que les progrès techniques libèrent du travail. | |
| D8 Photographie de Marcelin Albert lors de la révolte du Midi vigneron. Ouvrage cité, page 116 à 117. |
Les limites de l'intégration … car tous les paysans ne sont pas des petits propriétaires et la conjoncture économique intervient aussi. |