Introduction
Pour ceux qui veulent aller plus loin que ce dossier de synthèse et étudier la question un peu plus en profondeur voici les sources utilisées pour ce dossier :
Divers sites Internet notamment :
Dossiers en ligne pour les élèves :
On peut consulter le dossier de l'hebdomadaire L'Express : http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/chypre/dossier.asp?ida=427550 notamment une chronologie des grands évènements de l'histoire chypriote.
Le dossier de la documentation Française : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/chypre/index.shtml
Les photographies et les cartes sont celles de l'auteur.

Les cartes du Monde Diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/chypremdv49 (Note : la légende est incomplète en violet = les bases
anglaises) sont très évocatrices du passage d'une situation
d'imbrication des populations grecques et turques sur tout le territoire
avant 1974 (en 1960 et antérieurement) à une séparation,
après 1974 ( carte de 1999), en deux zones étanches l'une
à l'autre .
On peut consulter bien sûr d'autres cartes notamment comme d'habitude
celles de la Perry-Castañeda Library: http://www.lib.utexas.edu/maps/cyprus.html
Pour une image satellitale la NASA : http://veimages.gsfc.nasa.gov//1680/modis_cyprus_lrg.jpg
Pour comprendre la situation, un rapide historique des mouvements de population à Chypre.
La répartition globale de la population :
Périodes |
Chrétiens en % |
Musulmans en % |
| 1881 | 75.6 |
24.4 |
| 1911 | 79.4 |
20.6 |
| 1931 | 81.5 |
18.5 |
| 1960 | 81.8 (dont 77% grecs orthodoxes) |
18.2 |
| 2005 * *Estimations | 80 |
20 |
Schématiquement , actuellement, les grecs représentent 80% de la population de l'île sur 60% du territoire et les turcs
20%, sur 40 % du territoire. Ces proportions, finalement assez stables depuis un siècle, ne revèlent pas les grands bouleversements dans la répartition spatiale que la population de l'île a connus.
En effet, depuis 1974, date
de la séparation en deux entités étatiques différentes,
les chypriotes grecs ont eté déplacés en masse du nord vers le sud de l'île et les chypriotes turcs en sens inverse. En outre, l'immigration de colons et de militaires venus de Turquie a modifié la composition de la population au nord de Chypre.
La répartition spatiale et ses évolutions depuis 1960 :
Avant 1960, date de l'indépendance de Chypre, les chypriotes turcs étaient regroupés et organisés dans le seul quartier turc de Nicosie, ailleurs les chypriotes grecs ou turcs s'étaient installés un peu partout dans l'île et leurs communautés étaient mêlées et n'avaient pas de résidence géographique liée à l'exercice de leur religion.
Au milieu des années cinquante, pendant la lutte pour l'indépendance, des milices armées
avaient combattu les britanniques : pour les grecs l’EOKA (Ethniki Organosis Kyprion Agoniston, Organisation Nationale des Combattants
Chypriotes) lancée par George Grivas, le 1er avril 1955 (début
de la lutte armée) et pour les turcs le TMT (Turk Mudafa Teskilat,
organisation de défense turque) crée en novembre 1957.
Elles
ne désarment pas après 1960 et jouent un rôle dans
les incidents intercommunautaires qui se déroulent à partir
de décembre 1963 lorsque Monseigneur Makarios, président
de la République depuis l'indépendance, propose de modifier
la Constitution. Ces graves incidents (plus de 200 morts en six mois)
provoquent des interventions extérieures successives (armée
grecque, Etats-Unis, armée turque) et surtout les premiers grands
déplacements de population. A Nicosie, un millier de grecs sont
déplacés (essentiellement du nord vers le sud de la ville)
mais ce sont surtout les chypriotes turcs (25 000 réfugiés)
qui quittent les villages mixtes ou à majorité turque, où
ils vivaient, vers les grandes villes les plus proches. La séparation
géographique entre les deux communautés s'amorce.
Elle se
renforce et se transforme en véritable coupure, en juillet 1974,
quand, à la faveur de troubles internes, (tentative de renversement
de Monseigneur Makarios) la Turquie intervient militairement pour protéger
la communauté turque. A l'issue de cette opération, une
frontière (ligne "Attila") isole chypriotes grecs et
turcs. Cette fois ce sont les chypriotes grecs qui se sont massivement
réfugiés (158 000 personnes) au sud, en dehors du territoire
contrôlé par la Turquie sur lequel arrivent 12 000 chypriotes
turcs qui quittent les enclaves du sud où ils vivaient.
L'île
de Chypre est désormais, de fait, partagée entre deux états
: au nord celui des chypriotes turcs contrôlé directement
par la Turquie et au sud celui des chypriotes grecs indépendants.
Seul celui du sud, est reconnu par l'O.N.U (résolution 541
du 18/11/83) et le nord (la RTCN République turque de Chypre Nord)
n'est juriquement pas considéré comme un Etat, sauf par
la Turquie.
La mise en place de la séparation ethnique se termine
de 1975 à 1978 : départ des 9000 turcs qui vivaient encore
au sud de la ligne Attila et de celui des 14 000 grecs, encore présents
au nord.
Après ces transferts de population liés aux troubles militaires,
des mouvements migratoires, postérieurs à 1974, viennent
encore modifier la composition de la population de l'île.
La zone sud a augmenté sa population de plus d'un tiers : d'un
peu plus de 400 000 habitants à presque 500 000. Cet afflux de
population s'est accompagné pendant quelques années (1975- 1980)d'une émigration de chypriotes grecs (environ 5000 par an) bien inférieure aux entrées.
Au contraire la zone nord connaît une forte perte de population
: 228 900 habitants en 1973 et seulement 146 700 en 1976 (Jean François
DREVET, Chypre en Europe, page 200). Les chypriotes turcs ont émigré
massivement : une estimation de 28 à 30 000 personnes selon
les sources. Avec l'impulsion de la Turquie qui favorise l'installation
de colons venus d'Anatolie (environ 110 000 personnes) auxquelles on peut
ajouter 30 à 35 000 soldats turcs résidant en permanence
il faut constater que les chypriotes turcs sont devenus minoritaires au
nord.
Sous l'égide de l'ONU, un relatif maintien de
la paix entre les deux communautés (UNFICYP : 1226 casques bleus le long de la ligne verte en 98) a duré jusqu'en
2005, mais on ne constate pas d'avancée réelle des négociations
et très peu de circulation (hommes comme marchandises) entre les
deux parties de l'île.
Une île coupée en deux : la frontière
La frontière interne de l'île est décelable sur les images satellitaires (voir http://veimages.gsfc.nasa.gov//1680/modis_cyprus_lrg.jpg). Il s'agit d'une zone démilitarisée (un no man's land ) plus ou moins large selon les endroits et qui représente environ 3% de la superficie totale de l'île. Elle est partout infranchissable et sous contrôle des Nations-Unies. Le seul point de passage (un pour les piétons et un autre pour les véhicules) se situe dans la capitale Nicosie, sous contrôle au nord des troupes turques et au sud de la Garde nationale chypriote. Depuis le 22 avril 2003, si les conditions de passage se sont assouplies, permettant notamment l'aller-retour quotidien de nombreux travailleurs turcs du nord vers le sud de Nicosie, il n'empêche que la capitale reste coupée en deux parties qui sont séparées physiquement par un "mur" infranchissable et sous haute surveillance militaire. Les tentatives de franchissement par des manifestants ont à chaque fois provoqué des incidents mortels (quatre morts en 1996).
La communauté chypriote grecque en exil au sud a installé, avant le point de passage, des panneaux d'information rappellant les conditions de leur expulsion.
Si la confrontation nord-sud des deux communautés est gravée en plein coeur de la ville par l'existence de ce mur qui défigure l'espace urbain de la capitale(voir plan et photographies ci-dessous), on peut aussi ajouter que l'opposition des deux patriotismes s'affiche ouvertement aux deux centres de la cité (voir les photographies des drapeaux turcs et des statues).
L'espace urbain de Nicosie est également marqué par un fort contraste économique. Au nord la vieille ville turque a de nombreux quartiers pauvres et l'habitat y est bien souvent délabré alors qu'au sud l'expansion économique a provoqué la naissance de zones de luxe, certes limitées mais inconnues au nord.
Une île : 1974-2005, deux économies
1996 |
République de Chypre (Sud) |
Chypre Nord (RTCN) |
| Secteur Primaire | 10,5 % de la population active | 21,2 % |
| Secteur Secondaire | 15,3 % | 9,3 % |
| Secteur Tertiaire | 65 % dont 13,1 % fonction publique | 55,9% dont 21,3 dans la F. P |
La répartition de la population active par grands secteurs d'activités donne une bonne idée globale du contraste économique et social entre les deux parties de l'île. L'examen de l'activité touristique est tout aussi parlant. Au nord, le tourisme représente des arrivées annuelles de l'ordre d'environ 350 000 personnes dont l'essentiel (les 3/4 au moins) provient de Turquie alors que le Sud franchissait en 1994 le cap des 2 millions de visiteurs. La capacité d'accueil y était de 86 000 lits en 1998, soit dix fois plus qu'au nord. Avant la partition, les visiteurs privilégiaient pourtant plutôt le nord de l'île où étaient concentrés les trois-quarts des capacités hôtelières du pays (Famagouste et port de Kirénia notamment). Ce n'est donc pas l'absence de potentiel qui explique le retournement de la situation mais bien la fermeture économique et politique de la RTCN qui est incompatible avec le développement d'une activité touristique de masse. Le refus du sud d'accueillir les touristes venus par le nord, comme les complications du passage du sud vers le nord (limitation à une journée) illustrent bien ce contexte.
Avant 1974, le nord de l'île représentait également l'essentiel de la production agricole de céréales, d'agrumes et de tabac. Si le potentiel naturel, surtout dans la région de Morphou, permet toujours à l'agriculture d'être une source de devises par l'exportation d'agrumes, il n'en demeure pas moins que depuis 1974 c'est au sud que les progrès agricoles sont les plus marquants avec un développement important de l'irrigation et de la spécialisation en fruits et légumes méditerranéens. Le développement économique du sud de l'île s'est également appuyé sur deux activités de service en plein essor : les transports marîtimes (6 ème flotte mondiale grâce en partie aux pavillons de complaisance) et les finances (reprise d'une partie des activités libanaises pertubées par la guerre).
La croissance de la partie sud de l'île a renforcé le contraste économique et social entre les deux communautés :
Revenu par habitant : (source J F Drevet) ratio du revenu des chypriotes turcs par rapport aux chypriotes grecs |
|
| 1960 | 86 % |
| 1973 | 50 % |
| 2000 | 30 % |
Thierry Couët
Histoire géographie. Académie de Toulouse.