Introduction
Une île : 1974-2005, histoire de deux communautés qui se séparent.
Une île coupée en deux : la frontière
Une île : 1974-2005, deux économies

 

Introduction

Pour ceux qui veulent aller plus loin que ce dossier de synthèse et étudier la question un peu plus en profondeur voici les sources utilisées pour ce dossier :

Divers sites Internet notamment :

Dossiers en ligne pour les élèves :

On peut consulter le dossier de l'hebdomadaire L'Express : http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/chypre/dossier.asp?ida=427550 notamment une chronologie des grands évènements de l'histoire chypriote.

Le dossier de la documentation Française : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/chypre/index.shtml

Les photographies et les cartes sont celles de l'auteur.

Une île : 1974-2005, histoire de deux communautés qui se séparent.

Carte

Les cartes du Monde Diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/chypremdv49 (Note : la légende est incomplète en violet = les bases anglaises) sont très évocatrices du passage d'une situation d'imbrication des populations grecques et turques sur tout le territoire avant 1974 (en 1960 et antérieurement) à une séparation, après 1974 ( carte de 1999), en deux zones étanches l'une à l'autre .
On peut consulter bien sûr d'autres cartes notamment comme d'habitude celles de la Perry-Castañeda Library: http://www.lib.utexas.edu/maps/cyprus.html
Pour une image satellitale la NASA : http://veimages.gsfc.nasa.gov//1680/modis_cyprus_lrg.jpg

Pour comprendre la situation, un rapide historique des mouvements de population à Chypre.

La répartition globale de la population :

Périodes
Chrétiens en %
Musulmans en %
1881
75.6
24.4
1911
79.4
20.6
1931
81.5
18.5
1960
81.8 (dont 77% grecs orthodoxes)
18.2
2005 * *Estimations
80
20

                                                   

Schématiquement , actuellement, les grecs représentent 80% de la population de l'île sur 60% du territoire et les turcs 20%, sur 40 % du territoire. Ces proportions, finalement assez stables depuis un siècle, ne revèlent pas les grands bouleversements dans la répartition spatiale que la population de l'île a connus.
En effet, depuis 1974, date de la séparation en deux entités étatiques différentes, les chypriotes grecs ont eté déplacés en masse du nord vers le sud de l'île et les chypriotes turcs en sens inverse. En outre, l'immigration de colons et de militaires venus de Turquie a modifié la composition de la population au nord de Chypre.

La répartition spatiale et ses évolutions depuis 1960 :

Avant 1960, date de l'indépendance de Chypre, les chypriotes turcs étaient regroupés et organisés dans le seul quartier turc de Nicosie, ailleurs les chypriotes grecs ou turcs s'étaient installés un peu partout dans l'île et leurs communautés étaient mêlées et n'avaient pas de résidence géographique liée à l'exercice de leur religion.

Au milieu des années cinquante, pendant la lutte pour l'indépendance, des milices armées avaient combattu les britanniques  : pour les grecs l’EOKA (Ethniki Organosis Kyprion Agoniston, Organisation Nationale des Combattants Chypriotes) lancée par George Grivas, le 1er avril 1955 (début de la lutte armée) et pour les turcs le TMT (Turk Mudafa Teskilat, organisation de défense turque) crée en novembre 1957.
Elles ne désarment pas après 1960 et jouent un rôle dans les incidents intercommunautaires qui se déroulent à partir de décembre 1963 lorsque Monseigneur Makarios, président de la République depuis l'indépendance, propose de modifier la Constitution. Ces graves incidents (plus de 200 morts en six mois) provoquent des interventions extérieures successives (armée grecque, Etats-Unis, armée turque) et surtout les premiers grands déplacements de population. A Nicosie, un millier de grecs sont déplacés (essentiellement du nord vers le sud de la ville) mais ce sont surtout les chypriotes turcs (25 000 réfugiés) qui quittent les villages mixtes ou à majorité turque, où ils vivaient, vers les grandes villes les plus proches. La séparation géographique entre les deux communautés s'amorce.
Elle se renforce et se transforme en véritable coupure, en juillet 1974, quand, à la faveur de troubles internes, (tentative de renversement de Monseigneur Makarios) la Turquie intervient militairement pour protéger la communauté turque. A l'issue de cette opération, une frontière (ligne "Attila") isole chypriotes grecs et turcs. Cette fois ce sont les chypriotes grecs qui se sont massivement réfugiés (158 000 personnes) au sud, en dehors du territoire contrôlé par la Turquie sur lequel arrivent 12 000 chypriotes turcs qui quittent les enclaves du sud où ils vivaient.
L'île de Chypre est désormais, de fait, partagée entre deux états : au nord celui des chypriotes turcs contrôlé directement par la Turquie et au sud celui des chypriotes grecs indépendants. Seul celui du sud, est reconnu par l'O.N.U  (résolution 541 du 18/11/83) et le nord (la RTCN République turque de Chypre Nord) n'est juriquement pas considéré comme un Etat, sauf par la Turquie.
La mise en place de la séparation ethnique se termine de 1975 à 1978 : départ des 9000 turcs qui vivaient encore au sud de la ligne Attila et de celui des 14 000 grecs, encore présents au nord.

Après ces transferts de population liés aux troubles militaires, des mouvements migratoires, postérieurs à 1974, viennent encore modifier la composition de la population de l'île.
La zone sud a augmenté sa population de plus d'un tiers : d'un peu plus de 400 000 habitants à presque 500 000. Cet afflux de population s'est accompagné pendant quelques années (1975- 1980)d'une émigration de chypriotes grecs (environ 5000 par an) bien inférieure aux entrées.
Au contraire la zone nord connaît une forte perte de population : 228 900 habitants en 1973 et seulement 146 700 en 1976 (Jean François DREVET, Chypre en Europe, page 200). Les chypriotes turcs ont émigré massivement  : une estimation de 28 à 30 000 personnes selon les sources. Avec l'impulsion de la Turquie qui favorise l'installation de colons venus d'Anatolie (environ 110 000 personnes) auxquelles on peut ajouter 30 à 35 000 soldats turcs résidant en permanence il faut constater que les chypriotes turcs sont devenus minoritaires au nord.

Sous l'égide de l'ONU, un relatif maintien de la paix entre les deux communautés (UNFICYP : 1226 casques bleus le long de la ligne verte en 98) a duré jusqu'en 2005, mais on ne constate pas d'avancée réelle des négociations et très peu de circulation (hommes comme marchandises) entre les deux parties de l'île.

Une île coupée en deux : la frontière

La frontière interne de l'île est décelable sur les images satellitaires (voir http://veimages.gsfc.nasa.gov//1680/modis_cyprus_lrg.jpg). Il s'agit d'une zone démilitarisée (un no man's land ) plus ou moins large selon les endroits et qui représente environ 3% de la superficie totale de l'île. Elle est partout infranchissable et sous contrôle des Nations-Unies. Le seul point de passage (un pour les piétons et un autre pour les véhicules) se situe dans la capitale Nicosie, sous contrôle au nord des troupes turques et au sud de la Garde nationale chypriote. Depuis le 22 avril 2003, si les conditions de passage se sont assouplies, permettant notamment l'aller-retour quotidien de nombreux travailleurs turcs du nord vers le sud de Nicosie, il n'empêche que la capitale reste coupée en deux parties qui sont séparées physiquement par un "mur" infranchissable et sous haute surveillance militaire. Les tentatives de franchissement par des manifestants ont à chaque fois provoqué des incidents mortels (quatre morts en 1996).
La communauté chypriote grecque en exil au sud a installé, avant le point de passage, des panneaux d'information rappellant les conditions de leur expulsion.
Si la confrontation nord-sud des deux communautés est gravée en plein coeur de la ville par l'existence de ce mur qui défigure l'espace urbain de la capitale(voir plan et photographies ci-dessous), on peut aussi ajouter que l'opposition des deux patriotismes s'affiche ouvertement aux deux centres de la cité (voir les photographies des drapeaux turcs et des statues).
L'espace urbain de Nicosie est également marqué par un fort contraste économique. Au nord la vieille ville turque a de nombreux quartiers pauvres et l'habitat y est bien souvent délabré alors qu'au sud l'expansion économique a provoqué la naissance de zones de luxe, certes limitées mais inconnues au nord.

plan ligne verte ligne verte
Plan de Nicosie : cliquez pour agrandir.
Au sud de la ligne verte : "rue frontière"
Au sud de la ligne verte : rue barrée
ligne verte ONU Ligne
Cliquez pour agrandir Zone tampoon de l'ONU Cliquez pour agrandir Le mur, au nord de la ligne verte
passage Porte Paphos Sainte-Croix
Le point de passage inter-zone en venant de la partie nord de la capitale.
Près de la Porte de Paphos : sacs de sable et meurtières!
Sur la limite, l'Eglise Sainte-Croix, cliquez pour agrandir
luxe pauvreté Nicosie
Dans le sud de Nicosie, une rue piétonne vouée au commerce de luxe.
Quartier pauvre, Nicosie Nord (boulevard d'Istanbul)
Centre de Nicosie nord, la banque de Turquie.
Monseigneur Makarios
Kemal Mosquée
Au sud, Monseigneur Makarios trône non loin de la cathédrale.
Au nord, Mustapha Kemal surveille la porte de Kyrénia.
Ancienne cathédrale la Mosquée Selimiye comme support du patriotisme turc.
L'entrée de la République de Chypre dans l'Union Européenne et la candidature de la Turquie a remis sous les feux de l'actualité la question de la partition de Chypre. Pour mettre fin à l'existence de cette frontière de nombreux réglements et compromis doivent être réalisés tant sur l'organisation politique et territoriale que sur la délicate question des indemnisations des "exilés" (chypriotes grecs en majorité mais aussi turcs). La cour de justice de l'Union Européenne en demandant à la Turquie de mettre en place une procédure d'indemnisation des victimes de la partition de 1974 (arrêt du 22 décembre 2005) vient peut-être d'entamer le processus.

Une île : 1974-2005, deux économies

1996
République de Chypre (Sud)
Chypre Nord (RTCN)
Secteur Primaire 10,5 % de la population active 21,2 %
Secteur Secondaire 15,3 % 9,3 %
Secteur Tertiaire 65 % dont 13,1 % fonction publique 55,9% dont 21,3 dans la F. P

La répartition de la population active par grands secteurs d'activités donne une bonne idée globale du contraste économique et social entre les deux parties de l'île. L'examen de l'activité touristique est tout aussi parlant. Au nord, le tourisme représente des arrivées annuelles de l'ordre d'environ 350 000 personnes dont l'essentiel (les 3/4 au moins) provient de Turquie alors que le Sud franchissait en 1994 le cap des 2 millions de visiteurs. La capacité d'accueil y était de 86 000 lits en 1998, soit dix fois plus qu'au nord. Avant la partition, les visiteurs privilégiaient pourtant plutôt le nord de l'île où étaient concentrés les trois-quarts des capacités hôtelières du pays (Famagouste et port de Kirénia notamment). Ce n'est donc pas l'absence de potentiel qui explique le retournement de la situation mais bien la fermeture économique et politique de la RTCN qui est incompatible avec le développement d'une activité touristique de masse. Le refus du sud d'accueillir les touristes venus par le nord, comme les complications du passage du sud vers le nord (limitation à une journée) illustrent bien ce contexte.

carte économie Kourion Tourisme
Quelques aspects de l'économie, cliquez pour agrandir.
A l'ouest de Limassol, agriculture méditerranéenne et tourisme : un paysage emblématique de Chypre. Cliquez pour agrandir .
Résidences estivales pour touristes européens (anglais surtout) et publicité envahissante : le développement d'un tourisme de masse au sud d'Aya Napa.
Tourisme Larnaka Tourisme
Classiques "restaurants" pour touristes internationaux.
Front de mer au nord de Larnaca
Tourisme intérieur : les vertus de l'artisanat traditionnel (les dentelles de Lefkara).

Avant 1974, le nord de l'île représentait également l'essentiel de la production agricole de céréales, d'agrumes et de tabac. Si le potentiel naturel, surtout dans la région de Morphou, permet toujours à l'agriculture d'être une source de devises par l'exportation d'agrumes, il n'en demeure pas moins que depuis 1974 c'est au sud que les progrès agricoles sont les plus marquants avec un développement important de l'irrigation et de la spécialisation en fruits et légumes méditerranéens. Le développement économique du sud de l'île s'est également appuyé sur deux activités de service en plein essor : les transports marîtimes (6 ème flotte mondiale grâce en partie aux pavillons de complaisance) et les finances (reprise d'une partie des activités libanaises pertubées par la guerre).

La croissance de la partie sud de l'île a renforcé le contraste économique et social entre les deux communautés :

Revenu par habitant : (source J F Drevet)
ratio du revenu des chypriotes turcs par rapport aux chypriotes grecs
1960 86 %
1973 50 %
2000 30 %

Thierry Couët

 

 

 


Histoire géographie. Académie de Toulouse.