Comment mesurer l’impact de ce qui est fait ?

Sunday 4 October 2009 by Muriel Bompart

Une réflexion autour de l’aide apportée aux élèves et des moyens d’en mesurer les effets.

La thématique retenue s’intitulait : « Aider les élèves à apprendre » et notre tâche consistait à mesurer l’impact de ce qui est fait en classe, dans l’établissement et à la maison pour y parvenir.

INTRODUCTION

Nous sommes partis de la problématique commune : « Que sont les difficultés d’apprentissage génériques et spécifiques ? » pour amorcer notre réflexion.

A. Nous avons recensé certaines des difficultés génériques autour des verbes suivants :

- Savoir être un élève
- Savoir mémoriser
- Savoir s’organiser
- Savoir transférer
- Apprendre à développer sa mémoire prospective(1)

Pour aller plus loin dans l’analyse, nous vous renvoyons à la lecture de l’article « Les difficultés ordinaires d’apprentissage » (2) et au site de l’inspection académie du Tarn et Garonne (3).

B. Voici également la liste non exhaustive des difficultés spécifiques à l’anglais auxquelles nous avons pensé :

- Écart graphie /phonie
- Différences entre langue maternelle et étrangère : par exemple, le français comme langue syllabique par opposition à l’anglais, langue plus accentuelle.
- Différences physiologiques dans la production des sons (approche phonatoire)
- Enfin, lors de notre tour de table nous avons beaucoup échangé autour du problème de l’inhibition de nos élèves français face à la culture anglophone et à sa spécificité. Nous nous sommes plus particulièrement interrogé sur le phénomène « d’exclusion de l’oral » en classe.

Pour certains, l’oral est opaque et reste un domaine dans lequel ils s’auto-censurent, ils s’interdisent de pénétrer, souvent à cause de difficultés réelles de compréhension mais parfois aussi en raison d’appréhension, de blocages. Nous avons aussi parlé de la nécessaire acceptation de perdre une partie de son identité et de lâcher prise pour basculer dans une autre langue, et du grand saut que représente en particulier le passage vers la culture anglo-saxonne, + étrangère et étrange pour nos élèves que les cultures méditerranéennes

D’où notre point de départ : pour mesurer l’impact, ne faudrait-il pas considérer l’élève- apprenant aussi comme une personne et prendre en compte son ressenti ?

I. LA QUESTION DE LA TRANSMISSION DES DONNÉES.

Traditionnellement, nous mesurons l’impact de ce qui est fait au travers de moyens de transmission comme la note, la copie annotée, le bulletin, le dossier scolaire. Mais cette transmission est un peu à sens unique. Pourquoi ne pas envisager que la mesure de l’impact soit le fruit d’informations croisées : l’élève lui aussi peut donner son avis, dire ce qu’il pense avoir appris, ce qui l’a rebuté et pourquoi, ce qui lui a paru « facile » ou « difficile » et pourquoi et contribuer ainsi à mesurer l’impact, le chemin parcouru.

Par ailleurs, avec la vulgarisation d’outils comme l’ENT et Pronote, nous aussi professeurs avons été amenés à changer nos pratiques : fini le temps où l’appréciation sur le bulletin était influencée, sinon calqués sur celles des collègues et/ou du plus grand nombre. Comme nous ne pouvons plus lire les autres appréciations, nous gagnons en autonomie et en indépendance de jugement.

La saisie informatique des bulletins a aussi eu un impact sur la nature même des appréciations : écrire « Ensemble satisfaisant » parait encore plus ridicule et pour le coup « insuffisant » car nous avons la place de développer notre avis de façon plus extensive et objective. De plus, cette appréciation est de plus en plus le fruit d’une synthèse, du travail collaboratif entre plusieurs collègues de langue, notamment dans le cas des groupes de compétences. Ce qui nous amène à réfléchir également à la mesure de l’impact au cœur même de nos classes.

II. COMMENT MESURER L’IMPACT : CRITÈRES, MOMENTS

Là encore, nous avons choisi d’aborder la question en nous mettant en situation.
En tant que professeurs de langues, nous avons souvent un même objectif délicat : faire participer le maximum d’élèves en classe.

Un premier parcours à évaluer pourrait donc être l’évolution de leur participation orale et de leur implication en cours. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que la non participation orale ne signifie pas forcément non participation au cours. On peut ainsi faire le choix de ne pas évaluer la participation des élèves (trop subjectif)

Première question : Qu’est-ce que la participation et qu’est-ce donc que je veux mesurer, quantifier quand je parle de « participation ».

Comme on le voit, le 1er critère consiste à définir ce qu’on entend par participer. Et cette question du critère est fortement liée à celle du moment où j’essaie de l’évaluer dans la classe. Ce qui nous conduit à la 2eme question : : Comment faire participer le plus grand nombre ?

Lors d’un travail en groupe par exemple, si un élève ne parle pas mais est vraiment partie prenante dans le travail en cours, doit-on en conclure qu’il n’a pas « participé » ?

Quelle peut être la meilleure posture du professeur qui veut mesurer l’impact des outils qu’il a donné à un groupe pour mener à bien une tâche d’expression orale en interaction, par exemple ? On peut imaginer un professeur observateur, témoin qui circule de groupe en groupe et évalue selon certains critères préétablis (respect du temps imparti, tours de parole, etc.…).

Dans une situation de classe entière, la pratique sera différente : le professeur peut donner une fiche avec des critères à tous les élèves ou à certains seulement (auto évaluation ou inter-évaluation.

Se pose aussi la question de la correction linguistique comme critère de référence : certaines pratiques ou moments de classe peuvent aussi favoriser la participation sans que le renvoi à la norme soit prépondérant. En résumé, mesurer l’impact implique donc de varier les configurations de classe, les critères. Impact et évaluation sont donc intimement liés.

La mise en situation de classe nous a permis de poser la question : Comment mesurer l’impact ? Mais une autre question surgit à l’issue de l’analyse du terrain, et c’est celle du pourquoi. Mesurer l’impact : comment et pour quoi faire ?

III. IMPACT ET PROGRÈS

Lorsque nous voulons mesurer l’impact du travail fait, ce qui prime c’est la mesure du chemin parcouru par l’élève, la classe. Pour l’élève, ce qui a le plus d’importance c’est sans doute le chemin personnel parcouru, savoir qu’il est parti de tel point pour arriver à un autre.

Ceci implique une évaluation diagnostique : à quel moment elle devait avoir lieu : en début d’année, en début de séquence, avant chaque tâche ?

Le point crucial reste sans doute que l’élève prenne conscience de ses progrès. Les diagnostics peuvent sûrement l’y aider, au même titre que l’auto évaluation en amont et en aval de la même activité. Ce qui nous ramène au ressenti de l’élève, au rôle que nous jouons dans sa perception de la réussite ou de l’échec.

A ce point nous nous sommes aussi interrogés sur la fonction et l’efficacité de la note sur la copie, assortie ou non de commentaires. Les commentaires peuvent avoir une utilité s’ils ne sont pas redondants par rapport à la note, c’est-à-dire s’ils véhiculent une information susceptible de renseigner l’élève, et de l’aider dans la remédiation et vers d’autres progrès.

Cependant, si la copie ne fait qu’un seul aller-retour entre l’élève et son professeur, son usage reste limité. Pourquoi ne pas l’envisager plutôt comme une navette qui ferait le va-et-vient entre les deux et deviendrait un instrument de dialogue personnalisé ? On ne rend pas une copie comme si on rendait un verdict sans appel. Il n’y a plus une seule correction mais un jeu de corrections successives. Là encore, élève et professeur peuvent alors construire ensemble un parcours individualisé, avec les objectifs atteints et les étapes qui restent à franchir.

Enfin, l’évaluation finale n’est pas le seul moyen de mesurer l’impact. Pour bien faire, il nous semble que cet impact devrait être au cœur de nos préoccupations dès l’élaboration de nos scenarii. La tâche finale devrait être préparée de sorte que l’élève lui-même soit capable de juger le travail et les progrès accomplis. Si on prend l’image du sportif, c’est en courant de multiples fois le 100 mètres qu’il peut comparer ses différents temps, ses performances et ses progrès. Il lui arrive de regarder en boucle les enregistrements vidéo de ses entraînements qu’il commente avec son "coach". Si nous voulons aussi un élève performant et confiant en ses capacités de progrès, nous devrions le mettre dans les mêmes conditions : la tâche finale devrait être une tâche de transfert où l’élève est conforté dans l’idée qu’il se fait de ses progrès, et/ou renseigné sur le pourquoi d’une contre-performance par son professeur-entraîneur !

Notes bibliographiques

1.La Mémoire. Les essentiels de Milan

2. http://www.cahiers-pedagogiques.com...

3. http://www.ac-toulouse.fr/automne_m...

http://www.ac-toulouse.fr/web/ia-ta...


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