Ghost Teacher

Méthode d’oral libéré
Saturday 22 November 2008 by Serge Vizzini

Cet article, diffusé en 2004, propose une méthode de travail appelée Ghost Teacher. et dont l’objectif affiché est celui de favoriser l’oral libéré.

Une pratique de parole libérée dans la classe de langue (2ème cycle)

I Constat :

Si l’oral joue un rôle clé dans l’apprentissage de toute classe de langue, force est de constater que la prise de
parole est rarement spontanée. La plupart du temps, le professeur sollicite les élèves et cet échange artificiel
entretient une certaine passivité. Si l’on ajoute à cela la crainte de la correction systématique, on est très vite
confronté à un déséquilibre dans la prise de parole. Seuls les élèves déjà avancés s’expriment librement et de ce
fait augmentent leur temps de parole tandis que les autres avancent laborieusement, espérant saisir la perche qui
leur permettra de répéter ou reformuler le discours sans pour autant que leur imagination ou leur opinion
personnelles soient mises à profit. Autre fait marquant : le professeur a souvent tendance à combler les silences
éventuels et cette tendance devient rapidement tentation : à son insu, il peut monopoliser la parole et écourte
inévitablement le temps d’expression déjà réduit dont dispose chaque élève.

II Objectif :

Et si le professeur se taisait pour de bon? Et si les élèves s’accordaient un temps de parole parfaitement libre?
L’objectif clairement annoncé de Ghost Teacher est celui de rendre les élèves acteurs de leur apprentissage en
augmentant leur participation volontaire. Une fois par mois, souvent à l’issue d’une séquence, les élèves ont le
loisir de s’exprimer pendant vingt minutes sans qu’à aucun moment le professeur n’intervienne verbalement.
Parfois le temps déborde et l’heure entière est consacrée à ces échanges, notamment si les débats sont animés.
Certes, la correction et l’autocorrection sont plutôt absentes mais ce que l’on perd en qualité est largement
compensé par une confiance rétablie.
Rompre avec le cadre rigide de la leçon, créer un espace où les contraintes scolaires sont minimes n’excluent
cependant pas un certain nombre de règles indispensables.

III Organisation:

a) rôles :

- Lors de chaque session, un président de séance est nommé, chargé respectivement de distribuer équitablement
la parole et de solliciter les muets. Ce modérateur change à chaque nouvelle session de manière à ne pas figer les
rôles.
- Un volontaire est également nommé secrétaire et prend note des débats et des interventions. Il devra par la suite
rédiger un compte rendu de la discussion sur transparent (rétroprojecteur) en ayant soin de grouper les arguments.
- Chaque élève qui prend la parole doit clore son intervention en sollicitant soit l’avis de la classe afin de relancer le
débat, soit celui d’un élève qui ne s’est pas encore exprimé.
- En aucun cas l’élève ne peut s’adresser directement au professeur. S’il exprime un besoin linguistique particulier,
il doit s’adresser au groupe en évitant de recourir au français.

b) échanges :
L’activité peut se présenter soit sous la forme d’un débat général, souvent moins fructueux d’un point de vue
linguistique (l’élève favorise à priori le contenu aux dépens de la qualité de la langue), soit sous la forme d’un bilan
thématique qui peut donner lieu à une discussion plus large. Dans le deuxième cas de figure, l’objectif avoué est
bien sûr de réactiver le lexique et les points de grammaire récemment étudiés. En fin d’année scolaire, lorsque les
élèves sont « aguerris », il est utile de leur proposer un document inconnu et de les laisser émettre leurs
hypothèses librement; l’exercice est cependant difficile et implique des réflexes de méthode interprétative
développés.

c) le professeur :
Bien que fantomatique le professeur n’en est pas moins présent. On pourrait l’imaginer cantonné dans un rôle de
figurant alors qu’il doit faire preuve, au contraire, d’un regain de concentration. D’une part, il bénéficie d’une
occasion unique, celle d’assister à son propre cours sans en être l’acteur principal. Il peut se rendre compte de visu
de la manière dont évoluent ses élèves face à une situation de communication qu’il n’a pas forcément choisie.
Excellent moment d’évaluation où le professeur peut même se payer le luxe de tenir une comptabilité des
interventions! D’autre part, il peut intervenir visuellement (surtout lors des premières séances) et guider l’élève
dans son expression ou même sa réflexion. Grâce à un vidéo-projecteur (ou une tablette de rétroprojection à
cristaux liquides) directement relié à un ordinateur, il projette des consignes que les élèves sont libres de suivre.
Ces consignes sont de nature diverse : elles peuvent être des outils de communication, des commentaires ou des
conseils, des expressions langagières qui sont ponctuellement nécessaires à l’élève (la projection et l’emploi des
phatiques prédomine). Inutile de dire que le professeur doit être plus que jamais à l’écoute de ce qui est dit et faire
preuve d’une grande agilité mentale, notamment d’une capacité de synchronisation qui lui permette de trouver « the
right word at the right time » sur son clavier!

d) régularité :
Dans l’esprit de la plupart des élèves, cette activité est de nature ludique. C’est pourquoi il semble judicieux de ne
pas y avoir recours de manière systématique mais plutôt en fin de parcours. D’autre part, l’utilisation du vidéoprojecteur
doit être progressivement diminuée afin d’encourager l’autonomie.

IV Réflexions :

Il est clair que ce dispositif n’est pas applicable dans n’importe quelle classe. Il a également ses limites en termes
de correction ou de trace écrite.
- d’un point de vue linguistique il permet un rebrassage en douceur (sans qu’il soit nécessaire de passer
par l’interrogation orale) et active également la mémoire visuelle des élèves. Il permet de lutter contre l’écrit
oralisé.
- d’un point de vue psychologique, il crée une atmosphère de sérénité, voire de soulagement chez les
élèves très faibles que la correction ponctuelle/systématique ou la simple sollicitation gênent.
Paradoxalement, ils sont plus que jamais pris à parti dans la discussion: il est clair que le regard du
camarade de classe n’est en rien comparable à celui de son professeur. L’activité est souvent source de
complicités et d’entraide.
- d’un point de vue communicatif, l’élève est invité à échanger ses idées avec l’ensemble du groupe. Elle
exige désormais de l’élève qu’il s’explique et surtout qu’il maintienne une situation de communication
optimale! Il est en outre étonnant (et gratifiant) de constater à quel degré d’exigence les élèves
s’astreignent dés lors qu’ils doivent interpréter un document ou exposer une argumentation.


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22 November 2008
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